Chapitre 8 :
Parce qu'il l'aimait d'un amour profond comme jamais il n'avait aimé quelqu'un auparavant ; parce qu'il ne pourrait jamais imaginer sa vie sans un autre homme que Yann à ses côtés, parce qu'il serait anéanti s'il devait, un jour, s'éloigner de lui, surtout par sa faute… Parce qu'il lui avait donné son cœur et sa vie, partagé avec lui les meilleurs moments qu'il n'avait jamais osé rêver ; simplement parce que depuis l'entrée de cet homme dans son existence, il s'était senti revivre ; il s'était fait violence. Ayant mis son envie d'adoption de côté, l'enfouissant dans un coin de son cœur, même si celui-ci battait chaque fois un peu plus fort lorsqu'il y pensait. Ce cœur qui le tourmentait, ce cœur qui parfois arrivait presque à transpercer son torse par ses accès de sentiments ; ce cœur jusqu'alors rempli par Yann, mais auquel il manquait aujourd'hui quelque chose. Cette partie vide qui le déchirait de l'intérieur. Le forçant à penser à Antonin, à rêver d'une vie à 3 qu'il savait impossible avec cet enfant ; ce cœur qui avait été sa force pour combattre les choses de la vie, pour apprivoiser Yann, et qui aujourd'hui devenait sa plus grande faiblesse.
Il se décida enfin à se lever du lit, entendant Yann s'affairer dans la cuisine. Debout depuis presque une heure. Et lui, n'ayant pas, pour la quatrième nuit consécutive, fermé l'œil de la nuit.
Sortant de la douche, s'habillant rapidement, regardant les traits tirés de son visage, s'assénant une claque et forçant le sourire, comme il l'avait fait durant ces 4 derniers jours, il descendit rejoindre son mari. Une odeur alléchante lui parvint aux narines, et lorsqu'il vit la table du petit-déjeuner dressée tel un festin, pancakes et crêpes maison, victuailles en tous genres, ses yeux se mirent une fois de plus à pétiller d'amour pour cet homme qu'il voyait bouger dans tous les sens, pour LUI. Il avait même pris le temps de sortir acheter des viennoiseries.
Yann se retourna en sentant sa présence, posant la cafetière sur la table.
Yann : Le petit-déjeuner est servi
Il se dirigea vers Kevin et l'embrassa à pleine bouche avant de s'écarter de quelques centimètres.
Yann : Bien dormi ?
Kévin : Et toi ? Yann, qu'est-ce que c'est que tout ça ?
Yann suivit le regard de son époux et s'arrêta sur la table, puis il lui adressa un grand sourire.
Yann : Parce que j'ai envie de faire plaisir à mon mari que j'aime. Pourquoi, c'est interdit par la loi monsieur l'agent ?
Son petit air coquin fit rire Kévin aux éclats, le premier rire depuis presque une semaine, 6 longs jours que ce rire cristallin ne s'était pas fait entendre, depuis leur première dispute à propos d'Antonin ; et les oreilles de Yann se mirent à bourdonner de joie en se régalant de cet éclat de rire ; son cœur se serrant de bonheur à voir son mari ainsi. Son but avait été atteint.
Yann : Si monsieur veut bien se donner la peine
Joignant le geste à la parole, il se saisit de sa main et le conduisit jusqu'à la table, où il le fit asseoir.
Kévin : T'es vraiment adorable, tu le sais ?
Yann s'assit en face de lui, servant le café.
Yann : C'est ça, le charme Berthier !
Il vit Kévin sourire une nouvelle fois, et son cœur s'accéléra de plus belle. Si une personne lui avait dit, 5 ans auparavant, qu'un petit basque exilé de sa province allait chambouler sa vie du jour au lendemain, elle aurait eu le droit à un aller simple en hôpital psychiatrique. Certes, le début de leur relation avait été douloureux, surtout pour son ange, qu'il avait traité comme un mec de plus, un mec sans importance. Mais même à ce moment-là, il avait su qu'il se racontait des histoires. Lui qui ne s'accrochait jamais, par principe. Lui qui ne couchait jamais avec le même homme deux fois, il était revenu. Il l'avait revu. Plusieurs fois. Son corps d'athlète avait été un atout de taille ; mais plus que ses muscles, ses yeux enfantin, ce regard azur tellement expressif dans lequel il ne se lassait jamais de se perdre ; et sa douceur, sa patience, avaient eu raison de lui.
Lorsqu'il l'avait jeté comme un malpropre, lui laissant pour toute explication quelques mots griffonnés à la va-vite sur une feuille de papier, il avait cru pouvoir se guérir définitivement de lui. Tourner la page, reprendre sa vie, tout simplement.
Mais Kévin s'était rappelé à lui en permanence, chaque fois qu'il avait fermé les yeux, chaque fois qu'il les avait ouverts, chaque fois qu'il respirait. Tellement inconcevable pour un homme tel que lui, qu'il s'était posé des questions, mais la réponse avait toujours été la même : il avait son petit basque dans la peau, et quoi qu'il fasse, il ne pourrait jamais l'oublier. Et même si l'idée de construire quelque chose avec quelqu'un l'avait terrifié, il avait fini par prendre le taureau par les cornes, et avait été le chercher. Il était désormais marié à un homme dont la définition était tendresse, écoute, mais surtout amour. Et pour rien au monde il ne changerait ça.
Son Kévin s'était fait le meilleur appui de patience et de réconfort lorsqu'il croyait avoir perdu son bras, et son travail. Lorsqu'il avait été hospitalisé suite à son agression. Car, oui, c'était son Kévin ; toujours là pour lui, sans le juger, à le soutenir les yeux fermés, à le pousser toujours en avant, à l'aimer inconditionnellement.
Depuis cette soirée 4 jours auparavant, depuis qu'il avait fini par rentrer, Yann avait bien vu le changement de comportement de son époux. Ses traits fatigués, son manque d'appétit qui était signe, chez Kévin, d'un sérieux problème, son amaigrissement spectaculaire en si peu de temps, cette tristesse qui voilait ce regard d'habitude si joyeux, son manque d'élocution, ses bourdes au travail.
Il avait donc décidé de prendre les choses en main, de mettre lui aussi entre parenthèse leur envie commune, et de s'occuper de son basque. De le faire de nouveau rire, de le faire se sentir bien et épanoui ; de l'aimer, tout simplement. Et cela commençait par un petit-déjeuner qu'il avait pris soin de préparer. Commençant tous les deux à 10h ce matin, il avait vu là l'occasion parfaite de faire plaisir à son mari, et de tenter, par la même occasion, de lui faire avaler quelque chose.
Mais le voyant la tête dans son bol de café, il grimaça intérieurement.
Yann : Tu ne manges pas ?
Kévin releva la tête, un petit air coupable dans le regard.
Kévin : Si, si, bien sûr que si.
Il se servit une crêpe, regardant Yann manger la sienne avec gourmandise, puis avaler un croissant et un pancake de bon cœur. Il tenta d'honorer la préparation de son mari, mais à la fin du petit déjeuner, seule la moitié d'une crêpe avait pu se frayer un dur passage jusqu'à son estomac totalement noué. Il vit la tête de Yann lorsque celui-ci se rendit compte que ses efforts n'avaient pas servi à grand-chose.
Kévin : Je suis désolé, Yann. Je n'avais vraiment pas faim.
Yann commença à débarrasser la table, dos à son mari. Déception, colère, stupidité de réagir de la sorte ; il ne savait pas trop ce qu'il ressentait, tout était confus. Il sentit les bras de Kévin enserrer sa taille, et la tête de celui-ci venir se nicher dans sa nuque.
Kévin : Pardon mon amour. Ce que tu as fait est fantastique, vraiment. Et ce n'est pas parce que je n'ai pas mangé que ça ne m'a pas fait plaisir. Au contraire. Je t'aime Yann. Tellement !
Yann se retourna dans les bras toujours immobiles de Kévin, et ses prunelles émeraude percutèrent l'azur. Il n'y vit pas la tristesse de ces derniers jours, il n'y vit pas de mensonge, il n'y vit que l'amour que son mari lui portait, et ce qu'il ressentait se transforma alors en un tourbillon de sentiments plus forts les uns que les autres. Respect, bonheur, joie, désir, passion, Amour.
Il avança alors ses lèvres et l'embrassa jusqu'à bout de souffle.
Yann : Je sais !
Il lui sourit, puis lui pris la main.
Yann : On y va ?
Kévin sourit à son tour.
Kévin : Oui. Sinon je vais être en retard et je ne voudrais pas que mon commissaire me mette un blâme.
Yann : Bonne idée ça, un blâme…
Kévin : Yann t'es pas drôle !
Yann : Restau obligatoire avec ton commissaire, ça te va ?
Kévin : Et tu proposes un restau à chaque personne qui reçoit un blâme?
Yann eut un sourire en coin en percevant l'intonation de jalousie dans la voix de son homme
Yann : Non. Ce blâme-là, il est unique, et seulement pour toi.
Un baiser en coin, et Kévin se dirigea vers la porte. Le suivant du regard, Yann se demanda comment Kévin avait réussi à gérer son caractère de merde au début de leur histoire, caractère de feu qui refaisait surface encore maintenant. Mais pourtant son ange avait réussi, il avait composé avec lui, à force de patience, il lui avait appris le sens du mot aimer, de la vie à deux, de la présence de l'autre. Il s'était occupé de lui plus que de raison. Il n'avait jamais capitulé. Et si Kévin avait pu le faire avec lui, Yann se dit qu'il arriverait, lui aussi, à prendre soin de Kévin, à lui faire oublier ces derniers jours, à lui faire oublier cet enfant. Il allait l'aider à revivre, comme Kévin l'avait fait avec lui.
