Chapitre 15 :
Yann se précipita vers la porte lorsqu'il entendit les coups. Son visage s'éclaircit en voyant Louis, et s'illumina en apercevant Kévin, un peu plus en retrait.
Il s'écarta pour leur laisser le passage mais Louis secoua la tête.
Louis : Je ne reste pas, je suis claqué. Ton mec m'a fait redécouvrir Paris, je suis mort. Il se poussa légèrement pour que Kévin puisse s'avancer, ce qu'il fit en hésitant et en tremblant.
Yann : Viens.
Ils se dévisagèrent quelques secondes avant que Kévin entre fébrilement dans l'appartement. Yann voulu l'aider mais Kévin lui fit comprendre que ce n'était pas la peine, et se dirigea vers le salon où il s'affala sur le canapé. Yann regarda Louis d'un air interrogateur.
Louis : Je l'ai retrouvé sur les bords de Seine, frigorifié. Je ne sais pas combien de temps il y est resté, mais vu son état je dirais qu'il n'a pas bougé depuis qu'il s'y est rendu. Je sais que vous devez discuter, mais remettez ça à plus tard. Là tu veilles sur lui. C'est tout ce dont il a besoin pour le moment.
Yann : Merci, Louis. Vraiment. Pour tout.
Louis : Tu sais que je vais m'y habituer
Yann : A quoi dont ?
Louis : A tes remerciements. Je vous laisse, c'est plus de mon âge tout ça.
Il s'éloigna sous les yeux de Yann, qui referma la porte avant de se retourner vers son mari. Les yeux clos, le teint toujours blafard, les lèvres légèrement bleues.
Kévin sursauta lorsqu'il sentit quelque chose le recouvrir, et ouvrit les yeux pour voir Yann, penché sur lui, apposant une couette sur son corps glacé.
Yann : Comment tu te sens ?
Kévin : J'ai froid.
Yann : Attends. Tiens…
Yann le fit s'allonger puis déposa des bouillottes tout autour de lui.
Yann : Ça va ?
Kévin : Mieux. Merci.
Yann : Bois ça
Il lui tendit une tasse fumante.
Yann : C'est juste du thé. Ça te fera du bien.
Kévin but sans se poser de questions, puis rabaissa la tasse, que Yann s'empressa de déposer sur la table basse, avant de lui caresser le visage tendrement. Kevin le regarda, le laissant faire, soudainement apaisé au contact de ces doigts chauds dessinant ses contours avec une infinie douceur. Doigts qu'il sentit descendre et s'apposer sur sa gorge rouge, l'effleurant fébrilement.
Yann : Je suis désolé.
Leurs regards se noyèrent l'un dans l'autre, sans plus qu'aucune parole ne soit échangée. Solidaires dans la joie comme dans la tristesse. Cette tristesse teintant l'émeraude, partagée comme un écho par l'azur. Le bleu et le vert, comme le miroir de l'autre, reflétant les mêmes émotions, leur même débat personnel, leurs regrets ; mais avant tout, l'amour qu'ils se portaient. Comme s'ils avaient échangé sur la marche à suivre, alors que seuls leurs yeux se parlaient, Yann se releva, s'approcha de son mari avant de se coucher délicatement à côté de lui, se serrant sous la couverture et enlaçant fermement le corps de Kévin.
Yann : T'es gelé
Il resserra un peu plus son étreinte, espérant ainsi le réchauffer, mais surtout le sentir. Ces dernières heures avaient été un supplice pour lui, et il n'aspirait plus qu'à une chose en cette nuit, sentir le corps de son ange collé au sien, respirer son odeur et se nourrir de sa présence. Kévin ferma les yeux, se blottissant un peu plus contre le corps fort et rassurant qu'il chérissait. Yann le regarda un long moment, dessinant une fois de plus de ses yeux et de ses doigts les contours du visage qui l'avait fait craquer. Ecoutant sa respiration, sachant qu'il s'était endormi depuis un long moment. Il effleura son front d'un baiser, et apposa son menton sur la tête de Kévin.
Un poids sur lui, et il se réveilla en criant, basculant, se retrouvant sur les fesses, faisant sursauter Kévin par la même occasion.
Il se retrouva face à deux yeux bleus, un sourire coquin et une tignasse ébouriffée.
Antonin : Bien dormi ? J'ai faim.
Ce dernier se retourna vers Kévin qui se passait dubitativement une main sur le visage pour tenter de se réveiller de ce qu'il prenait pour un rêve. Ou était-ce un cauchemar ?
Il revint rapidement à la réalité lorsqu'il sentit le petit corps chaud venir se serrer contre lui.
Antonin : Kévin ! T'es rentré.
Kévin regarda Yann, toujours par terre, avant de revenir vers Antonin. Il l'enlaça à son tour, avant de reporter son attention sur Yann.
Yann : Je vais faire le p'tit déj'
Il se leva, se massant les fesses sur lesquelles il était tombé un peu trop violemment.
Kévin et Antonin le rejoignirent 10 minutes plus tard. Le café coulé, et un bol de chocolat chaud pour Antonin.
Yann : Je savais pas ce que tu prenais, alors…
Antonin : Merci. J'adore le chocolat.
Yann sourit et leva son regard sur Kévin.
Yann : J'en connais un autre. Tu vas mieux ?
Kévin : Ça va, oui.
Kévin sourit à son tour. D'un accord muet, ils prirent place autour de la table, se promettant d'avoir une sérieuse discussion lorsqu'Antonin serait en haut.
Kévin : Tu m'expliques ?
Ils avaient profité qu'Antonin soit dans la salle de bain pour entamer le dialogue. Yann lui raconta les derniers évènements qui l'avaient conduit à le ramener chez eux.
Kévin : Il passe la nuit ici et tu ne m'en parles pas. Tu crois pas qu'il aurait été utile que tu me le dises hier soir ?
Yann : Kévin, s'il te plaît. J'étais tellement inquiet. Quand tu es rentré, je n'y ai vraiment pas pensé. Je t'assure. Ma priorité c'était toi.
Kévin se calma. Yann était loin d'être un adepte des déclarations, et ces derniers mots résonnèrent comme une litanie à ses oreilles.
Yann : Tu aurais dû prévenir les services sociaux. Pourquoi tu ne l'as pas fait ? Tout le monde a tourné en bourrique.
Kévin : J'en sais rien, Yann. Je t'assure. J'étais tellement heureux de le voir, il avait froid, ma principale occupation était de le réchauffer. De savoir ce qui s'était passé, même s'il ne m'a rien dit de concret. Je n'y ai pas pensé. Je suis désolé. Vraiment.
Yann soupira.
Kévin : Et on va faire quoi maintenant ? Je veux dire, il va falloir lui trouver un endroit sûr.
Yann : Ici c'est un endroit sûr.
Kévin le regarda fixement.
Kévin : Tu veux que…
Yann : Oui. Je me suis dit qu'après tout, vu qu'il nous aime bien, il pourrait rester ici le temps de l'enquête.
Il vit le visage de Kévin s'assombrir. Il lui prit la main et l'embrassa.
Yan : Kévin, je peux rien te promettre le concernant, mais si ça se passe bien, il sera toujours temps de faire une demande d'adoption.
Kévin : C'est vrai ?
Yann : Oui. Je suis vraiment navré pour ce que je t'ai dit hier. J'ai réagi sous le coup de l'émotion. Mais je t'aime. Et j'ai autant que toi, l'envie de fonder une famille. Je sais que je n'en parle pas souvent. Je sais que tu t'es senti délaissé par rapport à ça, que je ne t'ai pas soutenu. J'ai vraiment, vraiment, envie d'avoir un enfant avec toi.
Il vit les yeux pétillants de Kévin rougirent. Il lui caressa la joue de son pouce.
Yann : Pleure pas mon ange.
Kévin : C'est juste… Je savais que tu avais tu en avais envie, mais tu en parles si peu.
Il passa ses bras autour du cou de Yann et sa bouche rencontra les lèvres délicates de son époux dans un tendre baiser, mais il se recula brusquement.
Yann : Quoi ?
Kévin : Tu ne fais pas ça uniquement pour me faire plaisir, dis ? Parce que je veux que tu en aies envie autant que moi. Je veux que tu le fasses pour toi aussi, pas seulement pour…
Yann l'interrompit en déposant un doigt sur ses lèvres.
Yann : Kévin, je veux que tu sois heureux. Mais crois-moi, une décision pareille, je ne la prends pas uniquement pour toi. Je veux entendre le rire d'un enfant dans cette maison, je veux pouvoir faire des sorties en famille avec une petite main dans la mienne, je veux pouvoir être là pour lui, je veux avoir le bonheur d'être père. Et je veux avoir le bonheur de te voir être père.
Cette fois-ci, les larmes de Kévin se mirent à couler.
Yann : Tu pleures encore.
Kévin : J'ai jamais autant pleuré que depuis hier.
Quand il s'était précipité au dehors, il avait couru à en perdre haleine, à s'arracher les poumons brûlants de l'air froid. Il s'était laissé choir à l'endroit ou Louis l'avait trouvé. Epuisé par ses émotions, par ses larmes qui ne cessaient de couler, ses jambes ne le portant plus, il s'était laissé glisser contre l'arbre, enserrant ses jambes à son torse, les bras croisés fermement sur ses mollets, la tête sur les genoux. Les sanglots n'avaient pas taris, son cœur n'avait pas lutté contre ses sentiments. Contrit, déçu de lui-même, malade des mots de Yann qui ne cessaient de résonner en écho dans sa tête. Croyant avoir finalement perdu l'homme de sa vie. Et, sans trop savoir comment, le froid le submergeant, il s'était laissé aller au sommeil.
Yann se raidit mais Kévin se colla contre lui, la bouche à son oreille.
Yann : Tu seras un père formidable mon amour. Et je suis le plus heureux des maris.
Leurs bouches se rencontrèrent une fois de plus dans un balai sensuel, et Yann fit basculer Kévin sur le canapé, caressant son torse, ses hanches, ses bras, ses cuisses, redécouvrant comme à chaque fois, avec bonheur, ce corps qu'il aimait tant.
Kévin : Yann, tu fais quoi là ?
Yann : Réchauffement corps à corps. T'es encore froid mon ange.
Il parsema de baisers le cou de Kévin puis s'attaqua de nouveau à ses lèvres.
Kévin : Yann… Yann on n'est pas tous seuls je te rappelle.
Yann murmura un « hum » désapprobateur, mais continua ses caresses, descendant lentement le long du corps de son époux, avant qu'une voix se fasse entendre.
Antonin : J'ai fini !
Yann grommela, et son air grincheux fit rire Kévin.
Yann : C'est pas drôle
Il se leva contraint et forcé, avant de fouiller dans le sac que Louis lui avait procuré.
Kévin : C'est quoi ?
Yann : Louis. Il m'a donné deux trois trucs pour le gamin.
Il s'arrêta net et écarquilla les yeux, avant de sortir un livre.
Yann : Il avait tout prévu. L'enfoiré. J'y crois pas, je vais le tuer !
Antonin : Yann ?
Yann : J'arrive.
Il se saisit des vêtements, jetant le bouquin sur la table, puis monta à la salle de bain.
Kévin se saisit du livre, le retourna, et partit dans un fou-rire à la lecture du titre : « Education et Psychologie des Enfants pour Les Nuls ».
Effectivement, sur ce coup là, Louis allait se faire tuer.
