Chapitre 16 :
Kévin : Tu vas où ? T'es pas en repos aujourd'hui ?
Yann : Je dois juste faire un saut au commissariat pour parler avec les services sociaux, et je reviens.
Yann se pencha vers Kévin pour l'embrasser mais fut interrompu par une petite voix.
Antonin : Question. Vous passez tout votre temps à vous embrasser ?
La question surpris autant Yann que Kévin qui dévisagèrent le petit quelques secondes, puis Kévin se mit à rire devant le visage fermé de son époux.
Yann : T'as pas la langue dans ta poche, toi.
Antonin : Vu ce que je viens de voir, tu la gardes pas dans ta poche non plus !
Kévin rigola de plus belle.
Yann : T'es sûr de n'avoir que 8 ans ?
Antonin : Et 3 mois ! Vrai de vrai.
Yann : C'est rassurant.
Il se tourna vers Kévin.
Yann : Ca va aller avec lui ?
Kévin : Je pense pouvoir m'en sortir.
Yann : Pas sûr qu'on le garde ici tout compte fait.
Kévin sourit et passa une main sur le visage de son mari.
Kévin : C'est juste un enfant, Yann.
Yann : Ouais ben il pourrait s'abstenir de certains commentaires.
Kévin : J'en connais un autre.
Il lui fit un clin d'œil.
Yann : Ouais. Au moins il n'aura pas besoin de prendre exemple sur moi.
Antonin : Vous savez que je suis là et que je vous entends ?
Yann se renfrogna de nouveau.
Kévin : T'es craquant quand tu boudes.
Yann : J'boude pas.
Antonin : Yann ?
Yann : Hummm…
Antonin : Tu reviens après ?
Yann le regarda à nouveau.
Yann : Bien sûr que je reviens. Pourquoi je ne reviendrais pas ?
Antonin : Mes premiers parents, ils sont partis un jour et ils ne sont pas revenus.
Yann s'accroupit devant lui, tentant de chasser la tristesse qui avait fait place dans ses yeux, lui caressant le visage.
Yann : C'est pas mon genre bonhomme. Je fais juste un saut au travail et je reviens dans moins de deux heures. Je ne te laisse pas.
Antonin : Promis ?
Yann : Promis.
Antonin se jeta à son cou en l'embrassant bruyamment sur la joue. Au départ décontenancé, Yann finit par l'enlacer à son tour, devant le regard admiratif et amoureux de Kévin, qui s'étonnait de la capacité de son époux à se frayer un chemin dans le cœur de l'enfant.
Yann mit fin à l'étreinte et se releva un peu gauchement, ébouriffant la tête d'Antonin.
Antonin : On passe le reste de la journée ensemble, alors ?
Visiblement, autant qu'il disait toujours ce qu'il pensait, il avait tout autant besoin d'être rassuré en permanence.
Yann : Bien sûr. On fera des crêpes. Tu aimes les crêpes ?
Il vit le petit visage s'illuminer.
Antonin : J'adore les crêpes.
Yann : Bien. A tout à l'heure.
Antonin : A tout à l'heure.
Yann se dirigea vers Kévin, l'embrassa furtivement avant de s'arrêter un instant en voyant son regard.
Yann : Quoi ?
Kévin : T'es formidable avec lui. Je t'aime.
Yann : Moi aussi.
Il l'embrassa de nouveau puis, sous les yeux remplis d'amour et de fierté de Kévin, sortit de l'appartement.
Louis sursauta lorsque sa porte s'ouvrit à la volée
Louis : Monsieur est de bonne humeur, ça fait plaisir. Qu'est-ce que tu fais ici ?
Yann : C'est quoi ça ?
Il lui jeta le livre, qu'il avait pris soin de prendre, sous le nez.
Louis le regarda d'un air espiègle.
Yann : J'ai pas toute la journée.
Louis : C'était juste pour t'aider un peu…
Yann : T'avais tout prévu, quoi !
Louis sourit
Louis : Mais ça a marché, non ?
Yann s'assit en face de lui.
Yann : Ouais.
Louis : Comment va Kévin ?
Yann : Mieux.
Louis : Bien. Vous vous êtes expliqués ?
Yann : Oui
Louis : Et ?
Yann : Et quoi ? Y'a rien à dire, on passe à autre chose.
Louis : Et comment ça se passe avec le gamin ?
Yann : Oh alors lui… il a le don pour te sortir des trucs, c'est quelque chose.
Louis : Vous allez bien vous entendre.
Il fit face au regard interrogateur de Yann.
Louis : Vous avez le même caractère.
Yann : C'est bien ma veine, tiens. Et dire que j'ai dit à Kévin qu'on allait le garder.
Il vit les yeux pétiller et un grand sourire s'afficher sur son visage.
Yann : Oh ! On s'emballe pas ! Pour la durée de l'enquête, seulement. Après on verra.
Le sourire de Louis s'étira d'une oreille à l'autre.
Yann : Commence pas.
Louis : Tu l'aimes bien.
Yann : Ca fait pas tout.
Louis : Au contraire.
Yann : Tu m'emmerdes
Louis : Toujours à ton service, commissaire !
Yann : La nana est arrivée ?
Louis : J'aurai pu m'en occuper.
Yann : J'ai pas besoin de leçons sur la vie de famille, je te remercie. Et arrête avec ton sourire. Bon elle est là ou pas ?
Louis : Elle devrait pas tarder.
Yann : Je file au bureau en l'attendant.
Il se leva, toujours sous le regard malicieux de Louis. S'abstenant de tout commentaire, il sortit de la pièce.
Il n'eut pas le temps d'entrer qu'une tornade brune s'abattit contre lui, manquant de le faire tomber.
Yann : Quel accueil !
Antonin : T'es revenu
Yann : Je te l'avais promis, non ?
Antonin hocha la tête avant de lui prendre la main.
Antonin : Viens voir ce qu'on a fait avec Kévin.
Il ne lui laissa pas le temps de répondre et l'entraîna vers la cuisine.
Antonin : Regarde !
Yann : Quoi ? La farine sur le plan de travail ou celle qui se trouve par terre.
Antonin : T'es pas drôle quand tu t'y mets. Mais non ! Ca !
Il le dirigea vers un gâteau au chocolat encore tiède.
Yann : Je vois que vous ne vous êtes pas ennuyés dis-moi.
Antonin : Non ! Il est cool Kévin. Toi aussi t'es cool
Yann se mit à rire.
Yann : En parlant de Kévin, tu sais où il est ?
Antonin : Parti prendre une douche. On a fait une bataille de farine. Mais j'ai gagné.
Yann : Ca explique le champ de bataille.
Antonin : On va nettoyer !
Yann : Va regarder la télé, je reviens.
Il monta pour tomber sur Kévin sortant de la salle de bain.
Kévin : T'es rentré.
Ils s'embrassèrent.
Yann : Il paraît que tu as perdu ?
Kévin : Il en avait autant que moi. Je l'ai douché. Comment ça s'est passé ?
Yann : Bien. Tout est réglé.
Kévin : Ils ont accepté ?
Yann : Ils n'ont pas vraiment eu le choix. C'est un témoin sous protection après tout. On passera les voir de temps à autre pour qu'ils voient si tout se passe bien avec lui. Si les services sociaux venaient ici, ça paraîtrait louche. Je ne veux pas lui faire courir de risque.
Kévin : Je te le dis peut-être de trop, mais t'es un amour.
Yann : Avec mon charme, ça n'a pas été trop difficile.
Il sourit à la tête soudainement fermée de son mari.
Kévin : Parce que tu lui as fait du charme ? Il était beau au moins !
Yann prit le visage de Kévin entre ses mains, lui caressant les joues.
Yann : Beau, si on peut dire. Pas du tout mon genre. J'dirais 90B, jupe et talons aiguilles.
Kévin : Hum.
Yann : Tu sais que tu me fais craquer quand t'es jaloux ?
Kévin : C'est de ta faute aussi. J'ai la chance d'avoir un mari ultra sexy. Ça me flatte que tu plaises, mais pas trop non plus. Parce que tout ça m'appartient
Kévin posa une main sur le torse de Yann, apposant ses lèvres sur celles de son mari, et ils partirent tous deux, une fois de plus, dans ce monde qui n'appartenait qu'à eux. Ils se décollèrent pour reprendre leurs respirations.
Yann : J'aime quand tu es possessif comme ça.
Kévin : Fais gaffe à ton matricule, Berthier. Je peux être plus que possessif s'il le faut.
Il lui fit un clin d'œil.
Kévin : Au moins il n'y aura pas de problèmes pour le garder.
Le ton de la voix de Kévin était tout d'un coup triste. Yann le regarda sans comprendre.
Yann : Tu parles de quoi ?
Kévin : Ben… vu que je suis mis à pieds…
Yann le stoppa net.
Yann : J'ai agi sous le coup de la colère. Louis a déchiré la feuille, et même si c'est la procédure à suivre dans ce cas, je le ferai pas.
Kévin : Donc je peux aller bosser demain ?
Yann : Non.
Ce fût au tour de Kévin de le regarder sans comprendre.
Kévin : Mais tu viens de dire que…
Yann : Que tu iras travailler, mais pas avant une semaine.
Kévin : Pourquoi ?
Yann : Vu ton état, je préfère te mettre en vacances. Tu récupères, tu te remets sur pieds correctement, et tu reviens dans une semaine. Et puis, ça te laissera du temps pour t'occuper d'Antonin.
Kévin se colla à lui, la tête dans son cou, déposant ses lèvres délicatement.
Kévin : Faudrait aller faire les boutiques pour Antonin cet après-midi.
Yann : Ah.
Kévin : Je sais que ce n'est pas ce que tu préfères mais…
Yann lui posa un doigt sur la bouche
Yann : Ca commence par ça, être père. Quand tu vois que les couples passent des heures dans les magasins avant que leur bébé naisse… Même si c'est loin d'être un nourrisson, il faut bien commencer quelque part.
Regardant Antonin rire à gorge déployée, la tête couverte de farine, en arrosant Kévin de temps à autre, mais s'appliquant à réussir la pâte à crêpes ; fixant son mari, dont le sourire gonflait son cœur de bonheur ; se remémorant leur après-midi, à trois, pour la première fois ; le regard émerveillé d'Antonin devant le choix de vêtements qui s'était offert à lui, comme si c'était la première fois que quelqu'un prenait réellement soin de lui ; son regard tourné vers eux, comme pour les remercier ; un regard enfantin pourtant remplit d'amour à leur égard ; les rires et la joie de cet enfant, le calme apaisant dans les yeux de son homme… Pour la première depuis presque deux semaines, Yann se sentit enfin serein et heureux. Ce petit être d'une énergie débordante venait à peine de débarquer dans leur vie, et déjà il se sentait partir dans un monde encore inconnu. Un monde qui le remplissait de joie, de fierté, exaltant son amour.
Non, il ne savait pas où il allait ; mais il était sûr d'une chose : c'était du bonheur à l'état pur. Parce qu'il se sentait plus heureux que jamais. Et c'était bon.
