Chapitre 17 :

Les fêtes de Noël approchaient à grands pas en ce 23 décembre. La PJ était débordée plus que nécessaire, chacun enchaînant les heures supplémentaires. Tous étaient fatigués, le manque de personnel se faisant sentir. Comme tous les ans à cette période de l'année, certains se mettaient en arrêt afin de pouvoir faire leurs achats et finaliser les préparatifs des fêtes de fin d'année.

Yann était d'humeur massacrante, plus qu'à son habitude, et même Louis, qui habituellement ne s'en formalisait pas, évitait de le taquiner.

Yann ragea une fois de plus en regardant un nouvel arrêt sur son bureau. Les larcins s'enchaînaient, et plus personne ne savait où donner de la tête.

Il se calma immédiatement en posant son regard sur une photo récente, où Kévin et Antonin prenaient la pose. Deux jours auparavant, ils avaient réussi à s'échapper une petite heure pour déjeuner et étaient passés chercher Antonin. La mère de Kévin avait été mise au courant de la situation et s'était portée volontaire pour venir garder le petit lorsque son fils et son mari travaillaient. Ils ne faisaient que se croiser, rentrant tard, partant tôt, ne profitant quasiment plus. Et malgré tout, Antonin ne leur en tenait pas rigueur. 10 jours qu'il était arrivé chez eux, et pour un enfant de son âge, Yann était étonné qu'il ait autant la tête sur les épaules. Pas une seule fois il ne s'était plaint, profitant de Brigitte au maximum la journée, se précipitant sur les deux hommes dès qu'ils rentraient.

Et ce midi-là, devant le spectacle qui s'était offert à lui, Yann n'avait pu s'empêcher de prendre les deux êtres qui lui étaient les plus chers en photo. Photo qu'il s'était pressé d'imprimer et d'encadrer.

Antonin n'avait pas fait avancer l'affaire. Il s'était confié à demi-mots, encore traumatisé par ce à quoi il avait assisté. Il cauchemardait souvent, une voix résonnant à ses oreilles, et se levait en nage, rejoignant Yann et Kévin, se blottissant contre eux. Cette voix dont il se souvenait mais sur laquelle il ne pouvait mettre un visage, seulement une ombre. Cette voix ressemblante à celle de l'homme qui était venu au centre. Ils avaient lancé une recherche qui s'était révélée infructueuse. L'homme n'avait pas été enregistré en tant que visiteur, et était resté si peu de temps que la seule description qu'ils avaient eue était celle de son crâne dégarni et de sa carrure imposante. 1m80 environ. Rien de plus. Un profil correspondant à plus d'un tiers des parisiens. Et encore, s'il était de Paris.

Le rapport d'expertise avait confirmé la thèse de l'incendie criminel, mais aucun indice n'était exploitable.

Yann fulminait. Tourner en rond n'était pas son genre, laisser une affaire en suspend non plus. Mais avec rien sur quoi travailler, il ne pouvait pas faire de miracles. Il avait espéré que cela se règle au plus vite, afin que le petit puisse se libérer de ce fardeau. Qu'il ne vive pas dans la crainte, nuit après nuit, de ces images qui se rappelaient à lui. Qu'il puisse de nouveau savourer la vie pleinement.

Le seul côté positif était qu'ils allaient pouvoir le garder plus longtemps. Et même si la première partie l'agaçait au plus haut point, le visage radieux de son mari depuis 10 jours était une source d'apaisement et de bonheur pour lui.

Il se saisit du téléphone pour appeler chez lui. Brigitte l'avait prévenu qu'elle devait s'absenter une petite heure et qu'elle ne pouvait emmener Antonin avec elle, lui assurant, devant son air inquiet, qu'il était parfaitement capable de se gérer. Mais déjà, et sans qu'il s'en rende réellement compte, les réflexes paternel s'étaient installés, et avec eux le souci du bien-être de l'enfant.

La sonnerie résonna quelques instants à ses oreilles, avant que sa petite voix se fasse entendre.

Antonin : Allô ?

Yann : Hé champion ! Ça va ?

Antonin : Yann !

Comme à chaque fois, sa voix s'était faite éclatante. Il l'imaginait aisément avec un grand sourire, et son cœur se gonfla à cette pensée.

Antonin : Oui, je joue.

Yann : T'as l'air essoufflé.

Antonin : J'étais dans la chambre

Chambre que Yann et Kévin avaient réalisé et aménagé en un temps record dans la deuxième chambre qui leur servait jusqu'alors de débarras.

Antonin : J'ai pas entendu le téléphone tout de suite. Et comme tu m'avais dit que tu m'appellerais, je voulais pas te manquer.

Ces simples paroles, cette attention, auxquelles Yann s'était si vite habitué, le remplissait chaque jour un peu plus de joie, et le confortait sur son envie de paternité. Envie qu'il assouvissait malgré lui avec Antonin.

Antonin : Tu me manques ! Kévin aussi me manque. Je peux lui parler ?

Yann : Il est pas là, champion, il est parti travailler dehors.

Antonin : Oh.

Un « oh » de déception qui fit mal à Yann. Le petit ne s'était encore jamais formalisé de leurs horaires, mais pour la première fois Yann pris conscience que les voir si peu devait le toucher fortement.

Yann : Tu sais quoi ? Dès qu'il rentre, je lui saute dessus et je lui dis de t'appeler.

Antonin : Demande-lui juste de m'appeler.

Yann : Quoi ?

Antonin : Ben oui, si tu lui sautes dessus, vous allez faire autre chose et il va oublier. Crois pas que je sais pas ce que vous faites dans la chambre, hein ! Ou ce que font deux grandes personnes qui vivent ensemble. Que ce soit entre une femme et un homme ou entre deux hommes.

Yann pensait s'être habitué aux commentaires innés d'Antonin, mais il resta une fois de plus hébété, et surtout gêné.

Yann : Euh… ok je lui demande juste de t'appeler alors.

Antonin : Sois pas gêné comme ça, après tout c'est naturel. Brigitte, elle vient de rentrer. Je te fais un bisou, et tu fais un bisou de ma part à Kévin. Mais sur la joue, seulement.

Il raccrocha sans que Yann puisse sortir un mot. Toujours étonné de sa maturité. Un coup à la porte le fit sortir de sa torpeur.

Yann : Entrez !

Un sourire dessina ses lèvres.

Yann : Ça va ?

Kévin : Et toi ?

Kévin avança et s'assit sur les genoux de son mari, nichant la tête dans son cou. Yann lui caressa tendrement le dos, déposant un baiser sur son crâne. Suite à son errance nocturne, Kévin était tombé malade. Rien de bien grave, mais les horaires plus que soutenus de ces derniers jours ne l'aidaient pas à récupérer, et le manque d'effectif avait obligé Yann à le réquisitionner plutôt que prévu.

Yann : Fatigué ?

La seule réponse fut un léger hochement de tête.

Yann : Ca a donné quoi ?

Kévin : Le gars est bouclé, juste le rapport à terminer.

Yann : Faut que tu appelles Antonin.

Kévin releva la tête.

Kévin : Comment il va ?

Yann : On lui manque.

Il caressa la joue de son mari de son pouce.

Yann : Toi aussi tu me manques. On fait que se croiser depuis quelques temps.

Kévin : Je sais. Tu me manques aussi. Mais le boulot ne va pas se faire tout seul.

Yann : Après les fêtes on se prend une semaine de vacances.

Kévin : Vraiment ?

Yann : Oui. T'as besoin de repos, et moi aussi. Louis pourra se charger de superviser Lyes, et on laissera les affaires en cours aux connards qui se sont pris des vacances sans autorisation. Ça leur apprendra à se mettre en arrêt et à nous foutre dans la merde.

Leurs lèvres se rencontrèrent mais avant d'aller plus loin, la porte s'ouvrit et Louis s'arrêta net.

Yann : Putain Louis ! Merde !

Louis : Je vois que ça roule.

Kévin s'empourpra légèrement.

Louis : Désolé d'interrompre ce moment mais on a un nouvel incendie sur les bras.

Kévin : Criminel ?

Louis : Selon les pompiers. Ce sont eux qui nous ont appelés.

Yann : Merde. Bon tu préviens Moreno et on y va.

Ils rentrèrent chez eux plus exténués que jamais. Et malgré l'heure plus que tardive, une bourrasque leur fonça dessus.

Antonin : Vous êtes là !

Brigitte sortie aussitôt de la chambre.

Brigitte : Impossible de l'endormir avant qu'il vous voit.

Kévin : Merci Maman.

Brigitte : De rien mon chéri. C'est un plaisir de garder un enfant pareil.

Elle adressa un petit clin d'œil à Antonin qui la regarda fièrement.

Brigitte : Je vous laisse. Reposez-vous bien.

Elle embrassa tour à tour Antonin, Yann puis Kévin, lui essuyant la suie se trouvant sur son visage.

Brigitte : T'as vu l'état dans lequel tu es ?

Kévin : Maman !

Brigitte : Tu fais attention à toi. Yann tu prends soin de lui !

Yann : Promis.

Brigitte : Au revoir les garçons.

Elle sortit de l'appartement. Elle s'était précipitée dans le premier train lorsque Kévin l'avait informé de la situation. Elle qui rêvait d'être grand-mère, s'était réjouie, malgré les recommandations de Kévin, l'ayant informée de l'état certainement temporaire de la chose. En arrivant sur Paris, Yann l'avait gracieusement invité à loger chez eux, mais une rencontre fortuite avec Louis en avait décidée autrement, et ses affaires s'étaient retrouvées chez le commandant, en tout bien tout honneur. Leur relation n'avait pas repris, mais les liens étaient toujours présents malgré tout, et ils prenaient le temps d'apprendre à se découvrir de nouveau.

Un bras autour de la taille de Kévin et l'autre autour de celle de Yann les fit sursauter, avant que le contact cesse et que Kévin se reçoive un coup sur la cuisse.

Kévin : AIE ! Mais qu'est-ce qui te prend ?

Antonin : Tu m'as pas appelé !

Yann se baissa à sa hauteur.

Yann : On a vraiment été débordés, je lui ai dit de le faire, il allait le faire mais on a dû partir au même moment. Je sais que c'est dur en ce moment champion, je te promets qu'on va se rattraper, mais tu ne dois pas taper les gens, tu comprends ? C'est mal, et tu lui as fait mal.

Antonin : J'ai compris

Puis il apposa un regard fautif et contrit sur Kévin, qui se massait toujours la cuisse.

Antonin : Je suis désolé. Tu me pardonnes ?

Kévin s'accroupit à son tour, mais en toussant. La bronchite qui avait résulté de ses heures passées dans le froid n'arrivait pas à partir, et la fumée de l'incendie n'avait pas aidée ses poumons.

Kévin : Bien sûr que je te pardonne bonhomme. Mais ne recommence jamais, d'accord ?

Antonin : D'accord. T'es toujours malade.

Kévin : C'est pas grave.

Antonin : Une bonne soupe et dodo.

Les deux hommes se mirent à rire.

Yann : Et toi jeune homme, au lit. T'es encore trop jeune pour rester éveillé aussi longtemps.

Ils allèrent le border, un rituel dont ils avaient pris l'habitude chaque soir, avant de lui déposer chacun un baiser sur le front.

Antonin : Et une douche. Parce que vous sentez bizarre.

Kévin sourit.

Kévin : C'est la fumée. Dors bien bonhomme.

Yann : Bonne nuit champion.

Antonin : Bonne nuit.

Ils sortirent, refermant la porte. Kévin se lova dans les bras de Yann, heureux, malgré la fatigue, de ce bonheur. Bonheur d'avoir l'homme de sa vie à ses côtés, de partager tant de choses avec lui ; bonheur d'avoir enfin, chaque jour, un petit être à retrouver, à éduquer, sur lequel veiller. Bonheur que l'amour des deux hommes qu'il aimait plus que de raison, embellissait chaque jour. Le rendant fier. Et heureux. Car s'il devait y avoir une définition du mot bonheur, il la vivait pleinement depuis 10 jours, et pour rien au monde il ne voulait l'échanger. Un homme pour lequel son cœur battait chaque seconde, et un petit garçon, connu depuis si peu, mais qu'il considérait déjà comme son propre fils.