Chapitre 18 :

Le réveil fut plus que difficile en ce matin du 25 décembre pour Kévin. Il avait passé une bonne partie de la nuit debout, dans le salon, pour ne pas réveiller Yann et Antonin ; à tousser, et sa gorge ainsi que sa tête n'avait pas appréciées ce traitement. Ses poumons étaient en feu et il n'aspirait qu'à une seule chose : être en vacances. Il espérait simplement que la promesse de son mari ne tombe pas à l'eau avec, comme à l'accoutumé, des effectifs absents après les fêtes, se remettant de leurs abus de fin d'année.

Il s'était recouché vers 5 heures du matin, mais son mal de tête l'avait rappelé à l'ordre. Ouvrant les yeux avec bien du mal, il posa son regard Yann, toujours endormi. Ce dernier ne s'était pas réveillé une seule fois, Kévin n'ayant pas le courage de le privé d'un repos tellement mérité. Il savait son époux à cran et épuisé. Le peu de sommeil qu'il pouvait alors obtenir, entre les horaires surchargés et la venue régulière d'Antonin dans leur lit, suite à ses cauchemars, lui était indispensable.

Il se leva une nouvelle fois sans faire de bruit, descendant, s'arrêtant quelques minutes devant le sapin. Ils l'avaient fait avec Brigitte et Antonin, ce dernier plus ravi que jamais. Découvrant avec merveille les décorations, mettant tout son cœur à l'ouvrage en apposant les guirlandes, irradiant comme Kévin ne l'avait encore jamais vu.

Son regard dériva sur les cadeaux. C'était la première fois qu'ils fêtaient Noël à trois. Ils n'avaient pas eu beaucoup de temps pour faire leurs achats, mais ils s'en étaient donnés à cœur joie pour le petit. Ils avaient dépensé une fortune, emportés par l'euphorie du moment, mais ne regrettaient pas. Kévin avait hâte de voir la tête d'Antonin à son réveil. Espérant que cela lui plairait.

Tout s'était enchaîné à une vitesse infernale, et il réalisait encore avec bien du mal tous les évènements de ces 21 derniers jours. Du jour de sa rencontre avec l'enfant à son arrivée chez eux. Et ce Noël en famille. En vraie famille.

Tant qu'ils dormaient encore, il en profita pour s'avaler de nouveau un cachet et s'afférer à la préparation du petit déjeuner. La veille au soir, ils n'avaient pas pu réveillonner. Brigitte et Louis devaient venir manger le midi, s'occupant de la cuisine. Un vrai repas en famille, comme Kévin n'en avait plus fait depuis un moment. Il appréciait énormément Louis, qu'il voyait parfois comme une figure paternelle. Louis qui avait toujours été là pour lui, dans les bons comme dans les mauvais moments, Louis qui était parti à sa recherche l'autre soir, qui s'était occupé de lui. Son propre père n'aurait jamais fait ça. Il sourit à l'idée que cette famille qui était en train de se créer était recomposée de toute part, mais fonctionnait à merveille.

Une main sur sa hanche le fit sursauter, et il rencontra deux petits yeux bleus encore endormis.

Kévin : Salut Bonhomme.

Antonin : Bonjour

Kévin lui déposa un bisou sur le front.

Kévin : Pourquoi tu es debout si tôt ?

Antonin : J'ai entendu du bruit.

Kévin : Je suis désolé, je ne voulais pas te réveiller.

Antonin : Pas grave. Ça sent bon !

Kévin rigola et le souleva dans ses bras, avant de lui montrer les pancakes cuisant dans la poêle. Antonin se retourna vers lui, bien plus réveillé d'un coup, un grand sourire aux lèvres.

Antonin : Miam !

Kévin : Tu crois ?

Il les regarda un moment, riant aux éclats, Antonin trempant son doigt dans la pâte ; goûtant, faisant goûter Kévin à son tour, lui en étalant volontairement sur la joue. S'il avait, un seul instant, imaginé assister un jour à une telle scène dès le réveil … Une scène qui l'enivrait de joie. Il se glissa derrière eux et enlaça Kévin, qui sursauta.

Kévin : Bonjour toi.

Yann l'embrassa, savourant ce contact qu'il appréciait tant.

Antonin : Si je vous dérange, vous me le dites !

Ils s'écartèrent en riant, avant que Yann ne le prenne à son tour dans ses bras.

Yann : Ça a l'air d'aller, toi.

Antonin hocha rapidement la tête avant de l'embrasser sur la joue.

Yann : T'as bien dormi ?

Antonin : Oui. Pas un seul cauchemar !

Yann : Bien.

Antonin : T'as vu ce qu'il prépare ? C'est bon !

Yann partit à rire de plus belle en regardant Kévin.

Yann : On a trouvé la réplique parfaite de ton estomac, mon ange.

Kévin lui tira la langue avant de se reconcentrer sur la cuisson. Yann passa sa main autour de la taille de son époux, l'embrassant sur la tempe, Antonin dans ses bras. Son regard vaquant de l'un à l'autre, il sourit intérieurement. Ils étaient bien. Ils étaient heureux. Une vraie famille.

Kévin : Antonin ! Viens.

Ils virent le garçon s'avancer doucement vers le sapin devant lequel Yann et Kévin s'étaient accroupis.

Yann : Approche.

Il lui tendit la main, qu'il saisit avec empressement avant de venir se blottir dans ses bras, nichant la tête dans son cou, à la grande surprise des deux hommes.

Yann : Qu'est-ce qui se passe champion ?

Antonin secoua seulement la tête.

Yann : Tu ne veux pas ouvrir tes cadeaux ?

L'enfant se décida enfin à le regarder, puis fixa que Kévin lui tendait un paquet.

Antonin : C'est juste… J'ai jamais eu de cadeaux.

Kévin regarda Yann interloqué.

Kévin : Comment ça ? Mais avant… dans les familles…

Antonin : Je suis jamais resté assez longtemps pour fêter Noël. Ils me renvoyaient tous avant la fin de l'année. Et au centre, c'était pas ça.

Yann lui caressa les bras tendrement.

Yann : Hé bien, mieux vaut tard que jamais. Ils sont à toi. Tu peux les ouvrir.

Antonin : Tous ?

Yann : Tous, champion.

Antonin : Alors je peux ?

Yann et Kévin se regardèrent rapidement, l'hésitation d'Antonin les attristant.

Yann : Tous à toi, j'ai dit. Et puis, le père Noël ne serait pas content si tu n'ouvrais pas ce qu'il t'a apporté.

Antonin : Hé ! J'suis peut-être jeune mais pas stupide. Il existe pas le gros monsieur.

Il se détacha de Yann et se précipita vers le paquet tenu par Kévin, qu'il s'empressa de déballer. Devant la lumière qui éclaira, une nouvelle fois, le visage de ce petit garçon, Yann et Kévin se rapprochèrent, s'enlaçant, se délectant du spectacle qui s'offrait à eux, des cris émerveillés de l'enfant qu'ils considéraient être leurs fils, de ce rayon de soleil à qui la vie souriait enfin.

Yann avait dû partir travailler à 14h. Louis et Brigitte était venus déjeuner avec eux, et passaient l'après-midi avec Kévin et Antonin, qui se délectait des jouets qu'il avait eu, quémandant sans cesse l'attention du Lieutenant, qui avait fini par s'éclipser quelques minutes avec Louis pour préparer un chocolat chaud à tout le monde.

Louis : Ça se passe bien on dirait.

Kévin : C'est extraordinaire, Louis, tu peux même pas savoir. Ça n'a pas dû être facile pour lui, et même si parfois il est un peu…

Louis : Direct ?

Kévin rigola.

Kévin : Oui, oui, c'est le moins que l'on puisse dire. Mais c'est un amour. Je pensais pas que ça me rendrait si

Louis : Heureux ?

Kévin : Oui.

Louis : Et avec Yann ?

Kévin : Tu le verrais avec Antonin. Il est merveilleux. Il est fait pour ça !

Ravi par tout l'amour qui se dégageait du visage de Kévin, le commandant se sentit fier. Il avait certes fait le forcing, mais vu le résultat, il le referait sans hésiter. Il regarda le jeune homme s'afférer. Il n'avait pas encore reprit de poids, mangeant peu, mais cette fois à cause de la maladie. Vu ses traits tirés, Louis se doutait qu'il n'avait pas du bien dormir. Lui-même enchaînait les heures et était sur les rotules. Brigitte était aux petits soins pour lui, une chose dont il n'avait jamais eu l'habitude, et à laquelle il prenait goût. Ils étaient proches, comme deux bons amis, n'ayant pas besoin de mots pour se comprendre. Même s'il espérait que leur relation évolue un moment donné, il se contentait de cette alchimie parfaite pour le moment.

Il fût sorti de ses pensées par la toux de Kévin.

Louis : Tu devrais peut-être aller te reposer un peu.

Kévin : Pour une fois que je passe un Noël en famille, il en est hors de question. Et puis si Yann peut, il nous met une semaine en vacance. Ça ira jusque-là. Tu imagines, Louis ? Des vacances. A trois !

Son visage radieux eut pour effet de stopper Louis dans sa tirade paternelle. Le voir ainsi lui suffisait.

Le portable de Kévin le rappela à l'ordre, et Louis vit sa mine contrite lorsqu'il raccrocha.

Louis : Un souci ?

Kévin : Je dois aller bosser. Il manque beaucoup de monde, et Alex s'en sort pas avec une affaire.

Louis : T'es sûr ? Je peux…

Kévin : Non, non, reste. Maman est tellement contente.

Louis : Ca va aller ?

Kévin : Pas de problème.

Enfilant sa veste, il s'approcha d'Antonin.

Antonin : Tu sors ? J'peux venir ?

Kévin : Non bonhomme, je suis désolé, il faut que j'aille travailler.

Antonin : Mais t'avais dit que tu resterais ici ! Avec moi ! T'avais promis.

Kévin : Antonin.

Antonin : T'es méchant !

Il bondit du canapé et s'enfuit dans sa chambre en courant. Kévin se sentit d'un coup mal. Mal de lui avoir fait de la peine, mal des paroles du garçon envers lui, qu'il savait pourtant justifiées. Une promesse était une promesse, et visiblement Antonin avait compris cela depuis un bout de temps. La main de sa mère sur sa joue le fit sursauter.

Brigitte : Il est déçu mon chéri. Il ne pensait pas ce qu'il a dit.

Kévin : Je sais, Maman.

Brigitte : Vas-y, je vais aller lui parler. Ne t'en fais pas.

Kévin se releva, embrassant sa mère.

Kévin : Merci

Brigitte : De rien. Tu fais bien attention.

Puis elle lui remonta le col de sa veste

Brigitte : Tu prends pas froid, surtout, et t'es prudent.

Kévin : Maman !

Brigitte : Ok, ok. A tout à l'heure.

Regardant son fils partir, toujours l'air triste, elle soupira. La vie de famille, surtout avec un travail comme le sien, n'était pas facile. Mais elle espérait qu'avec le temps, beaucoup de patience et d'explications, Antonin finirait par comprendre. Et elle savait qu'avec un peu d'organisation, la nouvelle vie qui s'offrait à eux se passerait pour le mieux.