Chapitre 20 :
Ses yeux se fermèrent mais se rouvrirent aussitôt brusquement lorsque la pression se relâcha. Il suivit le mouvement de l'homme et s'écroula à terre à côté de lui, toussant, essayant de faire entrer le maximum d'air dont ses poumons avaient été privés. Louis était arrivé, et sans réfléchir, voyant la situation, avait assommé l'homme avec la cross de son arme. Il s'agenouilla auprès de Kévin, lui apposant la tête sur sa jambe, massant sa gorge, comprimant l'entaille dont s'écoulait encore du sang.
Il l'entendit lutter pour reprendre sa respiration, une main sur son torse, avant qu'Alex et Lyes arrivent en courant.
Louis : C'est maintenant que vous arrivez, vous deux?
Alex : Y'avait des travaux ! Kévin ?
Louis : Je m'en occupe. Lui, là, vous me le foutez au frais!
Voyant leurs regards toujours braqués sur leur collègue, il perdit patiente.
Louis : Putain ! Maintenant !
Son intonation fit réagir Lyes et Alex, qui menottèrent l'homme, avant de se saisir du couteau, et de l'emmener tant bien que mal. Louis reporta son regard sur Kévin.
Louis : Je t'emmène à l'hosto
Kévin : Non, ça va.
Louis : Kévin.
Kévin : Louis !
Il l'aida à s'asseoir contre le mur, maintenant toujours ses doigts sur la coupure.
Louis : Ça serait bien que tu montres ta gorge à un médecin.
Kévin : Y'a eu plus de peur que de mal.
Louis le regarda dubitativement se masser la zone douloureuse, ou les doigts de l'homme avaient laissé leurs traces, qui commençaient déjà à violacer.
Louis : Il a pas fait semblant. Tu te sens comment ? Il t'a frappé quelque part ? Pas de trouble de la vision ? Du mal à parler ?
Kévin soupira
Louis : Ok, ok ! J'ai rien dit. Il s'est passé quoi exactement ?
Le lieutenant ferma les yeux, déglutissant difficilement, sachant qu'il allait avoir le droit à un remontage de bretelles en règles. Qui ne tarda pas une fois son récit terminé.
Yann : Mais c'est quoi ce merdier !
La voix tonitruante du Commissaire résonna dans le bureau. Alex, Lyes et Kévin avaient baissé la tête tandis que Louis continuait à le fixer.
Louis : On l'a attrapé, c'est le principal non ?
Yann souffla longuement, essayant de reprendre son calme perdu lorsqu'il avait aperçu Alex et Lyes ramener un homme toujours inconscient. Ils lui avaient fait un bref rapport, lui déclinant l'identité du suspect. Yann s'était félicité quelques secondes de l'arrestation de celui qui l'avait fait tourner en bourrique un bout de temps, avant que sa colère ne reprenne le dessus. Il n'avait pas été mis au courant de l'information révélée ni de la planque qui s'était organisée en urgence.
Yann : Je gère ce commissariat. Est-ce que c'est trop demandé que je sois informé de ce qui se passe ici?
Alex : On n'a pas vraiment eu le temps, on était super rackos…
Yann : Mais merde Moreno ! MERDE ! C'est moi qui donne les ordres, ici. Moi qui dis où et quand intervenir. Dans quelles conditions. Avec qui. Avec quoi. Est-ce que c'est clair !
Un silence pesant s'était fait.
Yann : Est-ce que c'est clair ?
Quatre voix résonnèrent dans un « Oui Commissaire ». Yann souffla une nouvelle fois
Yann : Et l'arrestation ? Un flag ?
Alex et Lyes se terrèrent un peu plus, n'ayant pas assistés à toute la scène. Kévin se racla la gorge, resserrant son blouson autour d'elle, avant de commencer son récit. Il eut à peine le temps de finir que Yann explosa une nouvelle fois.
Yann : Je peux savoir ce que tu fous dans la police ? C'est pas possible !
Il se passa une main sur le visage.
Louis : Hé ! On a le gars, qu'est-ce qu'il te faut de plus ?
Yann : Et c'est tout ce que ça t'inspire ? Il s'est fait avoir comme un bleu, même un gamin de 5 ans aurait eu l'idée d'aller vérifier ! Il aurait pu le laisser filer…
Louis : Mais c'est pas le cas. Et si tu le laissais t'expliquer en détails…
Yann : Je crois en savoir bien assez comme ça. Dehors.
Louis : Yann.
Yann : DEHORS. MAINTENANT.
Alex et Lyes se précipitèrent, suivi de Louis. Kévin commença à se tourner mais Yann le stoppa.
Yann : Pas vous Lieutenant Laporte.
Le regard sympathique de Louis croisa celui de Kévin, avant que le commandant ferme la porte.
Yann : Tu te rends compte de ce que t'as fait ?
Kévin : Je sais que j'ai merdé mais…
Yann : Mais quoi ? Hein ? Mais rien du tout ! Tu me déçois beaucoup Kévin. Qu'est-ce qu'on apprend dès le 1er cours à l'école de police ? Je te le demande !
Kévin : A faire attention et fouiller chaque endroit.
Yann : Et en plus tu t'en souviens ! C'est le bouquet.
Kévin : Tu peux me laisser t'expliquer s'il te plaît ?
Yann : Y'a rien à expliquer ! Tu t'es planté c'est tout ! 1 mois à l'accueil et stage de requalification obligatoire si tu veux retourner sur le terrain.
Kévin redressa alors la tête. Les mots se coincèrent dans sa gorge. Il avait mal, il était mal, fatigué, et Yann se bornait dans ses retranchements, ne lui laissant pas l'occasion de s'expliquer. Ses derniers mots le blessèrent, et sans attendre l'autorisation, il sortit à toute vitesse, passant à côté de Louis sans l'apercevoir.
Louis : Kévin, où tu vas ?
Kévin : Je rentre
A sa mine déconfite, Louis soupira. C'était repartit pour un tour, et c'était encore à lui de s'y coller. Ces deux-là allaient lui donner plus de cheveux blancs en deux mois qu'il en avait eu ces 30 dernières années.
Yann se raidit en sentant une présence derrière lui.
Yann : Pas maintenant Louis.
Il n'y avait que lui qui osait l'approcher alors qu'il était dans cet état.
Louis : Si c'est pas maintenant ce sera quand ? Tu lui as dit quoi cette fois ? Tu lui as encore promis une mise à pied
Yann se retourna vers lui.
Yann : Mais de quoi tu te mêles ?
Louis : De ce qui me regarde.
Yann : Ça te regarde pas
Louis : Si, justement. Parce que t'es déjà incroyablement chiant en ce moment, et si tu t'engueules avec lui c'est sur nous que ça va retomber. On n'a pas besoin de ça. On est déjà assez fatigués comme ça sans avoir à subir ton humeur de merde.
Yann : Je suis ton supérieur je te rappelle.
Louis : Prends pas tes grands airs avec moi. C'est moi le plus ancien, tu me dois le respect. Maintenant crache le morceau. Et arrête de gigoter dans tous les sens.
Il se saisit du bras de Yann, qui n'arrêtait pas de se mouvoir de part et d'autre, et l'obligea à s'asseoir.
Yann : Il a fait une erreur.
Louis : T'en as jamais fait toi ?
Yann : C'est pas pareil. J'ai toujours été prudent et j'ai toujours suivi les règles.
Louis : Tu veux que je te dise pourquoi t'es en rogne ?
Yann : Je serais curieux de le savoir, tiens.
Louis : Pas parce qu'il s'est fait avoir comme un débutant, mais parce que t'as eu peur pour lui.
Yann : Bien sûr que j'ai peur c'est mon mari. Mais ça n'a rien à voir.
Louis : Ca a tout avoir, au contraire. Il failli être étranglé et se faire égorger, et au lieu de le rassurer, tu l'envoies chier. Faut que tu comprennes un truc Yann, dans ta position tu peux pas être tout le temps sur le terrain à le surveiller. T'es pas superman.
Yann : Je comprends pas comment il a pu faire une bourde pareille. C'est pas son genre !
Louis : Et voilà, j'en étais sûr. T'es un emmerdeur de première quand tu t'y mets ! Tu lui as même pas laissé l'occasion de t'expliquer.
Yann : M'expliquer quoi ?
Louis lui raconta ce que Kévin lui avait dit sur son état de santé, ce à quoi Yann parut choqué.
Louis : Tu vis avec lui, tu dors avec lui, tu bosses avec lui et tu t'es même pas rendu compte que ça n'allait pas ?
Yann : Je pensais pas que… enfin…
Louis : Faut que tu déconnectes deux secondes du boulot, de temps en temps.
Yann : Mais pourquoi il m'a rien dit, lui, aussi ?
Louis le laissa réfléchir quelques instants avant qu'une lueur transparaisse dans les yeux verts.
Louis : Tu comprends vite mais faut t'expliquer longtemps !
Yann : Mais il est vraiment con !
Louis : Ce n'est certainement pas comme ça que tu vas arranger les choses.
Yann : Je comprends son geste mais… il va me détester après ce que je lui ai dit. Faut que j'aille le voir.
Louis : Ah ben là c'est déjà beaucoup mieux.
Yann s'apprêta à rajouter quelque chose mais Louis l'interrompit.
Louis : Je m'occupe du commissariat, et toi de ton mari. Aller, file. Prends ton après-midi. Mieux, prends ta semaine ! J'en ai marre de ton caractère à la con. Ça nous fera des vacances.
Yann s'avança vers lui.
Louis : J'ai beau t'adorer, Yann, mais si tu m'embrasses, c'est mon poing dans la gueule.
Le visage de Yann se détendit soudain et ses lèvres dessinèrent un sourire.
Yann : Je voulais juste…
Louis : Me remercier, je sais. Je pense de plus en plus à ouvrir un cabinet conjugal quand je serai en retraite. La prochaine séance, je te la fais payer. Aller, oust, et que je ne te revois plus avant quelques jours.
Yann : T'es vraiment un ami, Louis.
Il se dirigea vers la sortie sous le regard du commandant.
Louis : Ouais ! Un ami qui va bientôt avoir besoin d'une perruque à ce rythme-là !
