Chapitre 21 :

Kévin était rentré chez eux, remerciant les officiers de garde. Antonin s'était jeté dans ses bras, l'embrassant à n'en plus finir. Kévin l'avait serré fortement, puisant tout le réconfort possible que ce petit garçon était capable de lui procurer. Ses yeux gonflés par des larmes retenues, la tristesse se mêlant à tout l'amour qu'il ressentait et dont il était le sujet à cet instant. Brigitte avait, une fois de plus, fait des merveilles en allant parler à l'enfant lorsqu'il s'était mis en colère contre Kévin quelques semaines plus tôt, lui expliquant longuement les obligations de Kévin et de Yann vis-à-vis de leur travail, n'omettant pas de le rassurer sur la tendresse qu'ils éprouvaient à son égard.

Antonin : Tu rentres tôt.

Kévin : Oui bonhomme. Je me sentais pas très bien.

Antonin : Tu veux un chocolat ? Attends !

Il le vit se diriger vers la cuisine en courant. Il le suivit, s'assit et le regarda faire. Un moment comme celui-là valait tout le bonheur du monde.

Antonin : Yann, il rentre bientôt aussi ?

Kévin : Il est très occupé, tu sais.

Antonin : Je sais oui. Mais c'est pas grave, t'es là. Un sur deux c'est déjà mieux que rien.

Kévin sourit à cette réflexion avant d'enlever son blouson et de se détendre, enfin. Antonin posa la tasse fumante devant lui avant de s'arrêter net, fixant son cou.

Antonin : T'es blessé ! C'est qui qui t'a fait ça ?

Kévin : C'est rien.

Antonin : C'est un méchant monsieur qui t'a fait ça ?

Kévin : Oui, mais on s'en est occupés.

Antonin : Il est ou que j'aille lui botter les fesses.

Kévin : Antonin ! Tu ne dois pas parler comme ça.

Antonin baissa la tête, se rapprochant de Kévin, lui demandant l'autorisation de venir s'asseoir sur ses genoux. Autorisation qui fut vite donnée lorsque Kévin le hissa sur lui. Ses petits bras vinrent se croiser sur sa nuque.

Antonin : Je m'excuse. Mais il avait pas le droit de te faire du mal.

Kévin : Tu sais bonhomme, il y a des gens qui ne savent pas s'exprimer autrement qu'en faisant du mal aux autres.

Antonin plongea son regard dans celui de Kévin, avant que son visage se ferme.

Kévin : Qu'est-ce qu'il y a ?

Antonin : Faudrait leur faire autant de mal qu'ils en font.

Kévin : Ça ne marche pas comme ça. On ne peut pas se venger, c'est mal. Parce que les gens qui se vengent font aussi du mal. La justice est là pour ça. Elle règle ce genre de choses. C'est pour ça que mon travail me permet d'arrêter les gens qui ne sont pas corrects. Ensuite ils sont conduits devant la justice.

Antonin : Et ils ne font plus de mal alors ?

Kévin : Non, ils ne peuvent plus en faire. Ils vont en prison.

Antonin : Et toi tu protèges les gens contre les méchants.

Kévin partit à rire.

Kévin : Oui, oui, on peut voir les choses comme ça.

Antonin : Donc tu me protégeras contre le monsieur qui me veut du mal.

Kévin : Viens là.

Il l'enlaça fortement contre lui, l'embrassant sur la tempe, lui murmurant à l'oreille.

Kévin : Je ne laisserai jamais personne te faire du mal mon poussin, jamais.

L'appartement était étrangement silencieux quand il y pénétra.

Yann : Kévin ? Antonin ?

Il jeta un rapide coup d'œil dans le séjour et la cuisine, se délestant de sa veste, avant que le bruit de quelqu'un dévalant l'escalier se fasse entendre.

Antonin : T'es là !

Il réceptionna cette boule de nerf. Accueil dont il avait fini par prendre l'habitude au fil des semaines.

Yann : Ca va champion ?

Antonin : Oui. Tu rentres tôt toi aussi.

Yann : Oui. Je suis en vacances.

Antonin : C'est vrai ?

Yann : Oui. Kévin aussi.

Antonin : Chouette !

Yann : Tu sais où il est ?

Antonin : Dans votre chambre. Il était triste quand il est rentré. Il est malade. Et y'a un monsieur qui lui a fait mal.

Yann : Je sais champion, je sais. Tu vas jouer dans ta chambre, il faut que je parle avec lui.

Antonin : D'accord. Et t'es gentil avec lui !

Il remonta les escaliers quatre à quatre sous le regard étonné de Yann. Il ne s'y habituerait jamais.

Il ferma doucement la porte et le regarda quelques instants. Dos à lui, sous la couette.

Il s'approcha et s'assit sur le lit, lui caressant la nuque du bout des doigts.

Yann : Kévin ?

Ce dernier resserra la couette autour de lui.

Yann : Mon ange.

Kévin : Laisse-moi, Yann. J'ai pas envie de parler.

Yann retira ses chaussures et s'allongea contre son mari, passant une main sous la couette pour lui caresser le bras.

Yann : Je m'excuse.

Il lui embrassa le haut du crâne, mais Kévin enfonça sa tête dans l'oreiller.

Yann : Pardon mon amour. Je suis vraiment désolé.

Kévin : Comme d'habitude !

Yann : Quoi ?

Kévin se retourna enfin, s'allongeant sur le dos, plongeant son regard azur dans le vert émeraude.

Kévin : Tu gueules toujours sans savoir. T'es toujours désolé. Mais tu ne me laisses jamais l'occasion de m'expliquer.

Yann passa ses doigts sur son front mais Kévin lui dégagea la main.

Kévin : J'en ai marre, Yann. J'en ai marre.

Il voulut se retourner mais Yann l'en empêcha, lui saisissant la taille fermement, lui bloquant un bras sous ses jambes.

Yann : Regarde-moi. Kévin, regarde-moi.

Il lui leva le menton.

Yann : J'ai eu peur.

Kévin : Super

Yann : Je sais, et tu sais, que je ne suis pas doué pour ce genre de choses. Oui j'ai eu peur quand tu m'as raconté ce qui s'était passé, et oui je t'ai envoyé balader. Je sais pas faire Kévin. J'apprends, mais c'est pas facile. Louis m'a dit pour toi. Je sais pourquoi tu m'en n'as pas parlé, et je te remercie, mais c'était pas prudent.

Il apposa ses doigts sur son cou, effleurant doucement sa gorge et l'entaille, qu'il découvrait pour la première fois.

Yann : Seigneur.

Leurs yeux se cherchèrent à nouveau et Yann se pencha pour déposer ses lèvres sur celles de son mari. La première seconde, il redécouvrit cette saveur si particulière qui lui avait tourné la tête dès la première fois. La deuxième seconde, sa langue quémanda doucement la présence de celle qui le portait dans un monde totalement étranger aux autres. Et à cette troisième secondes, lorsque leurs langues se rencontrèrent enfin dans un balai enflammé, se cherchant encore et encore, se savourant comme au premier jour, il se sentit happer par cet univers étoilé dans lequel il perdait pied, comme à chaque fois. Dans cette constellation qui n'appartenait qu'à eux, ses mains brûlantes trouvèrent la peau nue de son homme, se délectant des frissons lui parcourant le corps, choyant chaque parcelle, la massant délicatement, se repaissant de cette peau de velours qui était sienne, s'enivrant de ce contact, de cette chaleur, de cette odeur qui lui étaient si familières, s'abreuvant de corps qu'il ne se lassait jamais de redécouvrir. Il délaissa les lèvres gonflées de Kévin pour embrasser légèrement sa gorge meurtrie, passant délicatement sa langue sur les hématomes, sondant ces blessures qui auraient pu faire de lui un veuf. Chassant cette pensée, deux mains vinrent à la rencontre du brasier qui s'était emparé de lui, caressant ses fesses, remontant le long de son dos dans une caresse dont il ne saurait plus se passer.

Leurs regards se rencontrèrent une fois de plus, brillants du feu de leurs corps, exaltés par leur amour. Se raccrochant l'un à l'autre, comme pour effacer les tumultes, pardonner les non-dits et s'excuser mutuellement, leurs langues reprirent le chemin du balai sensuel dont elles avaient le secret, avant de se perdre à nouveau sur le corps de l'autre. Corps qui s'entrelacèrent à l'unisson, leurs jambes s'entrecroisant ; leurs paumes se cherchant et se trouvant, leurs peaux se collant l'une contre l'autre, bougeant en concert des sentiments qui les transperçaient, leurs baisers se faisant précis et détonnant, leurs frissons en accord à leur excitation croissante.

Ses mains pressantes enlevèrent le pull de Yann ; et le regardant penché au-dessus de lui, ses cheveux en bataille, son torse en avant, ses yeux mutins, Kevin se sentit de nouveau transporté à mille lieues de leur chambre et de cette réalité qui se faisait dure, pour en retrouver une autre, d'une douceur et d'un bonheur façonnés à leur image. Solide, stable, insatiable.

Leur danse reprit dans un tourbillon, la couette s'enroulant autour d'eux tandis que leurs membres se rencontraient, s'apprivoisant une fois de plus. Yann fut bientôt aussi dévêtu que son compagnon, et leurs érections douloureuses du plaisir qu'ils éprouvaient à être ensemble se frottèrent l'une à l'autre, d'un mouvement langoureux, tendre et impatient, tandis que leurs lèvres continuaient à les embraser, demandeuses, brûlant leurs corps de leurs passages, marquantes comme le fer rouge, guérisseuses comme la douceur du coton, déchaînées par cette passion dans laquelle ils ne faisaient plus qu'un.

D'un accord muet, ne pouvant plus lutter contre ce désir qui les dévorait, qui leur vrillait l'estomac, Yann se délectant de la sensualité de la langue de son mari sur ses doigts, vision l'excitant au plus haut point, il les retira pour en introduire doucement un dans ce passage de plaisirs qu'il ferait sien dans quelques secondes. Le mouvant au rythme de la respiration saccadée et des gémissements incompréhensibles de son mari, avant d'en introduire un second, caressant les pourtours, jouant avec la prostate de son amant qui se déhanchait au rythme de ses doigts et de leur envie commune. Dans l'osmose de ce monde étoilé qui les emportait au-delà de tout rivage, Yann retira ses doigts, les remplaçants de sa verge dans un coup de rein lent et profond, son cri en écho à celui de Kévin, tous deux savourant l'unité de leurs corps, le plaisir qu'ils s'offraient, la passion dévorante qui les habitait. Il entama ses mouvements, tantôt accélérant, tantôt ralentissant, afin que cette symbiose dure le plus longtemps possible. Dévorant son mari du regard, leurs lèvres s'apprivoisant une fois de plus ; leurs bassins en accord parfait. Yann chercha sa main, et entrecroisa ses doigts aux siens tandis que ses doigts libres se posèrent sur le sexe tendu de son époux. Leurs corps se déhanchèrent de plus belle, s'imbriquant parfaitement, leurs lèvres rouges de s'être trop embrassées, leurs yeux fiévreux de cet échange par lequel leur amour se transformait en feu d'artifice, et c'est à quelques secondes d'intervalle qu'ils rejoignirent ces étoiles à portée de main, le brasier se calmant, se nourrissant de l'extase de l'autre, de leurs corps l'un sur l'autre, de leurs respirations saccadées par le plaisir, du bonheur d'être ensemble.