Chapitre 22 :
Ils se prélassaient sur un banc, leurs blousons remontés au maximum. Malgré le froid, ils n'avaient pas pu refuser à Antonin une sortie à l'extérieur. Ils le regardaient passer d'une balançoire à l'autre, d'un trampoline à un toboggan, le visage rayonnant.
Les doigts entrecroisés, ils savouraient ce moment de plénitude, cet instant en famille, oubliant presque les hommes en civils chargés de la protection de l'enfant.
Trois jours qu'ils étaient en vacances. Ils en avaient profité pour récupérer le sommeil leur faisant cruellement défaut, se levant tardivement lorsqu'Antonin ne leur sautait pas dessus au réveil. Kévin n'était toujours pas au meilleur de sa forme, mais Yann veillait. Prenant soin de lui, constamment soucieux de son bien-être et de son état de santé. Il s'était promis d'être plus attentif à son mari, ne voulant pas renouveler l'expérience de la dernière fois. En entendant les détails de l'intervention, son cœur avait manqué un battement à l'idée que Kévin aurait pu y laisser la vie, si Louis n'était pas arrivé à temps. Comme à son habitude, au lieu de dire calmement ce qu'il ressentait, sa colère avait pris le dessus. Et même si, une fois de plus, il s'était fait pardonner, il savait qu'à l'avenir il devrait prendre sur lui, se maîtriser pour éviter toute nouvelle dispute.
La pression se resserra sur ses doigts et Yann plongea instantanément dans ces deux grands yeux azurs qui le regardaient, l'enveloppant comme nulles autres. Un frisson léger, un battement plus fort de son cœur, et il partait déjà à la dérive.
Incroyable comment, en quelques mois, le basque lui avait fait ressentir un manque tellement inconnu pour lui, ne sachant pas alors le définir. Définition qui s'était imposée à lui lorsqu'il lui avait couru après suite à leur rupture. Manque qu'il ne saurait revivre, tant sa présence l'emportait dans un tourbillon de sentiments tous plus magnifiques les uns que les autres.
Kévin : On est bien, là.
Il tourna la tête vers Antonin tandis que Yann le regardait toujours. Parce qu'il se sentait serein et fort. Parce qu'il avait envie de crier tous les jours au monde entier qu'il l'aimait. Parce qu'il était heureux. Et Amoureux. Ces petits mots si insignifiants habituellement mais qu'il savourait sans retenue. Ce bonheur qui le débordait presque. Il se tourna à son tour vers le garçon, qui s'en donnait à cœur joie. Parce que ce petit bonhomme faisait d'eux une véritable famille, et qu'il ne saurait plus s'en passer.
Yann : Oui, on est bien.
Tout était dit.
Calés l'un contre l'autre, l'après-midi était passé à une vitesse folle ; et déjà, l'heure du repas s'était imposée. Kévin était en cuisine avec Antonin, qui adorait participer à cette activité. Yann n'arrêtait pas de sourire. Si on lui avait dit, il y a quelques années, alors qu'il passait d'un mec à l'autre sans se soucier du jour suivant, qu'il se poserait avec un homme, qu'il en tomberait follement amoureux et de surcroît qu'il l'épouserait, il aurait rigolé. Lui en en couple ? Avec une petite vie rangée ? Impossible. Et face au spectacle qui s'offrait à lui, regardant son époux s'afférer et rire aux élucubrations d'Antonin, il savait qu'il ne changerait tout ça pour rien au monde.
Le repas fini, Antonin était allé se coucher, fatigué de sa journée. Yann attendait ce moment avec impatience, avant de faire asseoir Kévin sur le canapé.
Kévin : Yann ? Y'a un souci ?
Yann s'accroupit en face de lui, lui tendant un dossier qu'il tenait dans son dos depuis quelques minutes déjà, profitant d'aller coucher Antonin pour le prendre au passage.
Kévin : Qu'est-ce que c'est ?
Seul le sourire de Yann lui répondit. Il l'ouvrit, ses yeux s'agrandirent, ses lèvres dessinant un « Oh » de surprise sans qu'aucun son ne sorte. Il continua à parcourir le dossier des yeux, avant de le laisser tomber sur ses genoux, fixant Yann. Le regard azur voilé par les larmes mais embrasé par la joie, le regard émeraude à la fois inquiet et confiant. Kévin se jeta alors dans ses bras, l'enserrant au maximum, déposant les effluves de mille baisers sur son front, ses yeux, ses joues, ses lèvres. Yann sentit de nouveau son cœur s'accélérer devant le bonheur qui irradiait de son époux.
Kévin : Mais quand ?... Comment… Enfin…. T'es sûr ?
Yann : Quand je suis sorti hier pour faire les courses, j'en ai profité pour faire un détour.
Kévin posa son regard sur le dossier, puis revint à Yann.
Kévin : T'es sûr ? C'est pas trop tôt ? Pour toi, je veux dire.
Yann entrecroisa leurs doigts, collant son front à celui de Kévin.
Yann : Tout se passe bien. Je t'ai jamais vu aussi heureux. Je ne me suis jamais senti aussi bien. Alors pourquoi attendre ? Je t'aime, Kévin, et je l'aime.
Kévin : Mais les ….
Yann : Chut. Bien sûr qu'ils étudieront notre demande. Mais vu comment ça se passe, il serait étonnant qu'ils nous disent non.
Kévin : Tu crois ?
Yann le serra contre lui.
Kévin : Alors ça veut dire qu'il va devenir notre petit garçon ?
Yann : Je ne peux rien te promettre, la procédure est longue, mais j'ai discuté avec la nana qu'on a vue la dernière fois. Elle est plus que confiante.
Kévin redéposa alors ses lèvres sur celles de son mari, se délectant de leur saveur, goûtant la peau de son cou, s'abreuvant de la douceur de sa peau, dans une litanie de « Je t'aime », qui emporta Yann dans leur paradis. Oui, il avait pris la bonne décision. Il l'avait su dès le départ, mais le spectacle de joie et de plaisir qui s'était déroulé devant lui en cuisine l'avait conforté. Voir son mari si heureux, entendre le rire cristallin d'Antonin se répercuter en écho à ses oreilles ; l'avaient englouti une fois de plus dans l'amour qu'il ressentait pour eux. Ils allaient pouvoir arrêter de prétendre. Désormais, ils allaient enfin être une vraie famille.
