Chapitre 24 :
Tension. Tout ce mot se répercutait dans son être. Il ne savait quoi dire ni quoi faire. Un mois. Un mois que cela durait. Il savait qu'il aurait dû réagir immédiatement, mais son temps de présence était plus que limité. Il se sentait perdu. Comme si sa vie personnelle était vécue par une autre personne. Il était rarement chez eux, et lorsqu'il s'y trouvait, il partageait son temps entre Antonin et ses devoirs – l'enseignement à distance ayant été privilégié- et son sommeil en retard, croisant son époux en courant d'air. Les horaires aménagés avaient du bon, mais certainement pas pour lui. Ils travaillaient en décalés ; leur vie de couple, leur vie de famille, en pâtissant. Alors qu'il s'était promis de veiller sur eux, il faisait tout le contraire. Malgré lui. Ce qui l'énervait d'autant plus.
Un malaise s'était insinué, et bien qu'il ait tenté une approche à diverses reprises, les débuts d'explications avancés par son mari l'avait conduit à s'emporter plus d'une fois, allant jusqu'à le traiter de menteur. 2 mois que cela avait commencé à se dégrader, et lui… lui voyait sa vie se dérober sous ses yeux sans pouvoir y faire quoi que ce soit. Il savait que cette demande d'adoption les mettait à rude épreuve, que la réponse allait prendre du temps. Un an minimum, c'est ce qu'on lui avait dit. Même si les services sociaux les avaient rencontrés à plusieurs reprises, dans une procédure assez inhabituelle puisque la garde rapprochée était toujours en place. La dernière rencontre, deux semaines plutôt, avait été extrêmement tendue ; l'attitude de son mari… distante. Lui qui avait pris à cœur cette affaire, il le sentait s'éloigner, sans savoir quoi faire. Les conflits étaient désormais courants entre eux sans qu'il parvienne à quoique ce soit.
Ses pensées furent interrompues par le téléphone.
Yann : Ouais !
Kévin : C'est moi.
A la tension dans sa voix, Yann se raidit une nouvelle fois.
Yann : Qu'est-ce qui se passe ?
Kévin : Il est plus là !
La tension laissa la place à la panique, et la voix tremblante de Kévin lui fit manquer un battement.
Yann : Quoi ? De quoi tu parles ?
Kévin : Antonin ! Je l'ai laissé dans sa chambre pour faire ses devoirs, en lui demandant de venir me les montrer quand il aurait fini. Il n'est pas descendu alors je suis allé voir et il était plus là.
Yann retint le cri qui s'était formé, tentant de se calmer. Kévin était paniqué et crier ne ferait que rajouter à son angoisse.
Yann : Les agents, dehors ?
Kévin : Ils l'ont pas vu. Sa fenêtre est ouverte. Il a dû passer par là.
Yann : Y'a des gars tout autour Kévin…
Kévin : Mais puisque je te dis que personne ne l'a vu !
Yann : BORDEL !
Il s'était retenu au maximum, mais son inquiétude avait pris le dessus, et son cri retentit dans la pièce, faisant trembler les vitres, résonnant en écho de sa rage. Il entendit un sanglot à l'autre bout du combiné, mais malgré son bon vouloir, il laissa sa fureur éclater.
Yann : Mais qu'est-ce que t'as foutu, Kévin ! Qu'est-ce que t'as foutu ? Hein ? Je t'avais bien dit de pas le laisser seul ! MERDE !
Kévin : Je suis…
Yann : Désolé ? Tu peux ! Sur ce coup-là, tu peux !
Il raccrocha sans laisser le temps au Lieutenant de rajouter quelque chose, balançant le téléphone contre le mur. Il enserra sa tête de ses mains, les scénarios se superposant. Antonin était-il simplement parti faire un tour sans en avertir Kévin ? L'homme, toujours non identifié, avait-il fini par retrouver la trace du petit ? L'avait-il enlevé ? Si c'était le cas, il ne pouvait pas penser à ce qu'il lui ferait. C'était au-dessus de ses forces. Et lui, que ferait-il à cet homme quand il le retrouverait. S'il le retrouvait. Et son petit garçon dans tout ça, comment allait-il ? Où était-il ?
Dans l'impossibilité de fonctionner, son cœur comprimé par un étau de questions et d'agonie, il resta là, la tête entre les genoux, les bras sur la nuque, emporté par la souffrance muette qui avait prise possession de son âme.
