Chapitre 27 :
Cette porte qui se refermait sur lui et ses tourments. Sur son mal physique qu'il avait encore du mal à encaisser, sur son mois d'immobilité à venir qu'il ne savait comment gérer, sur ses questions et ses doutes quant à ce qui l'attendait. Rien n'allait depuis un moment, et l'appréhension grandissante dans ses veines ne faisait que croître. A quoi devait-il s'attendre ? Que devait-il faire ? Il savait que son caractère s'était fait plus fort ces derniers temps, sans qu'il puisse le contrôler. Mais le peu d'échanges qu'avait essayé d'initier Kévin l'avaient déstabilisé. Il se refusait à écouter, à comprendre, à entendre. Et même s'il avait été loin dans ses paroles, il n'arrivait pas à regretter. Il savait que son mari souffrait autant que lui de cette situation, il le voyait se renfermer, s'éloigner, depuis cette fameuse soirée. Kévin avait tenté de lui faire entendre raison, expliquant son recul du moment, perdu par ce qu'il s'était passé. Mais ses propos l'avaient déboussolé. Il n'y croyait pas, ne les comprenait pas. Et cette goutte d'eau qui avait fait déborder le vase. Comment avait-il osé ?
Il avait été de moins en moins présent chez eux, avec lui, avec eux, mais il ne pensait pas que le fossé s'était ainsi creusé. Et il refusait d'acquiescer aux dires de son époux. Comment pouvait-il ?
Alors il s'était muré dans son mauvais caractère, mais sa colère si intense l'empêchait de fonctionner autrement. Ses mots sortaient comme des lames de rasoirs qu'il voyait meurtrirent Kévin chaque jour un peu plus, mais il se refusait à l'écouter. Il avait fini par refuser les moments de tendresse et de proximité, ne sachant comment agir. Il ne voulait pas lui faire mal plus qu'il ne le faisait déjà, et leurs ébats d'habitude si parfaits risquaient de se transformer en une chose à laquelle Yann se refusait.
Il espérait, par cet arrêt inopiné, faire prendre conscience à Kévin de sa déraison. Du moins l'espérait-il. Car si la colère le rongeait, la tristesse le dévorait un peu plus à chaque minute. Ils avaient tellement galéré pour arriver là où ils en étaient que le précipice vertigineux qui s'était créé entre eux en si peu de temps le rendait malade. Oh, bien sûr il n'en montrait rien, toujours grande gueule, toujours fort… du moins… aux yeux des autres. Car son cœur, lui, le trahissait.
Il avait bien vu les regards insistants de Louis, les questions muettes que ses yeux trahissaient, son inquiétude à son égard. Il avait tenté de venir lui parler. Une fois seulement. Car il avait réagi avec tant de véhémence que Louis avait préféré ne pas en rajouter, et était parti sans un regard en arrière.
Il savait que l'éclat dans ses prunelles émeraude, cet éclat qu'il avait encore 2 mois auparavant, s'était éteint, et que malgré son caractère, ses yeux reflétaient sa condition. Sa tristesse et sa mélancolie.
Il savait aussi que Louis avait perçu le changement chez Kévin, et même si Yann se sentait coupable, il ne pouvait rien faire. Pas tant que Kévin se refuserait à admettre que ses mots, ses propos et son attitude étaient totalement absurdes. Mais durant ce mois, même si Kévin reprendrait des horaires normaux, il se promit d'essayer de se tempérer, et qui sait… peut-être que tout s'arrangerait. Du moins, l'espérait-il.
Kévin : Viens t'asseoir.
Il se laissa guider par son homme jusqu'au canapé, avant de s'y laisser tomber avec douceur, évitant de réveiller les douleurs causées par sa jambes et ses brûlures. Kévin avança la table basse, y déposa un coussin sur lequel il étendit sa jambe. Il le vit revenir avec un verre d'eau et ses médicaments. Le voilà qui jouait aux infirmières. Il se sentit bouillonner de l'intérieur, mais prit sur lui. Après tout, son mari s'était fait un sang d'encre, et son inquiétude toujours présente se lisait sur ses traits tirés. Il avala le tout sans rechigner avant de lui tendre le verre.
Yann : Merci
Kévin : T'as besoin de quelque chose ?
Yann : Ça va, merci.
Kévin : Bien.
Yann : Antonin ?
Kévin : Il est chez Louis et ma mère pendant trois jours, histoire que tu récupères un peu.
Yann : Il va me manquer.
Kévin : Tu l'auras pendant un mois quasiment à toi tout seul.
Yann : Et toi ?
Kévin : Moi ? Je vais te préparer un dîner comme tu les aimes, il faut que tu reprennes des forces.
Devant cette réplique si anodine, il ne put s'empêcher de sourire et lui tendit la main avant de l'attirer à lui. Il se releva et avec une infinie douceur, leurs lèvres se rencontrant dans un baiser intense qui lui avait tant manqué. La douceur de ses lèvres, la chaleur de sa bouche, la caresse de sa langue. Comme au premier jour, il ressentit ses papillons qui lui avaient fait défaut ces deux derniers mois, sentant son cœur s'emballer, et le gémissement de Kévin qui lui parvint aux oreilles comme du Crystal. Cette douce chaleur qui l'envahissait de nouveau et qu'il chérissait. Ce bourdonnement, signe qu'il quittait la réalité un instant. Sa tête, tournant de ce tendre échange auquel il ne s'était pas laissé aller depuis des lustres. C'est à bout de souffle qu'ils durent se séparer, et Yann passa sa langue sur ses lèvres, se délectant encore du suave balai échangé quelques secondes auparavant. Et ce qu'il vit alors le fit sourire, le remplissant d'une paix intérieure qu'il n'avait pas connue depuis si longtemps. Kévin le regardait avec tendresse, et dans cet océan azur, il la vit. Cette petite étincelle qui lui avait aussi fait défaut. Et qui brillait de mille feux à cet instant. Le bonheur, leur bonheur, était à portée de main.
