Chapitre 30 :
Kévin rentra une fois de plus exténué de la journée écoulée. 1 mois qu'il avait repris, et déjà il regrettait ses repos. Depuis sa reprise, il n'avait eu le droit qu'à deux jours, et même si c'était contraire à loi, Lyes ne pouvait faire autrement, faisant tourner au maximum les effectifs.
Depuis ce jour où l'homme avait été vu devant leur appartement, chacun était sur les nerfs. La décision avait été prise de les faire déménager dans une maison sécurisée, où la surveillance serait plus aisée. Les équipes extérieures avaient été renforcées, et divers trajets avaient été établis afin que Kévin puisse rentrer sans être suivi. Une mise en place lourde mais qu'il suivait à la lettre, ne voulant pas faire courir le moindre risque ; ni à Antonin, ni à son mari.
Yann avait fait un portrait-robot précis, mais les recherches dans les bases de données s'étaient révélées infructueuses. L'homme n'était pas fiché et apparemment inconnu des services de police. Ce qui augmentait le malaise, plus pesant chaque jour.
Kévin se délesta de sa veste, soufflant un bon coup. Le plâtre de Yann allait lui être retiré sous peu, et les examens de contrôles avaient tous révélés une parfaite guérison de ses brûlures. Les plaies diverses avaient cicatrisées au mieux, mais le commissaire ne pouvait pas encore se déplacer à son aise. C'est pourquoi Kévin s'occupait de toutes les tâches ménagères, se levant de bonne heure le matin, faisant le ménage, la cuisine, la lessive, s'échappant durant ses courtes poses du midi pour aller faire les courses, et il était à bout. Son quotidien lui pesait de plus en plus, il ne s'en sortait plus. Et depuis l'incident avec le suspect, Yann s'était renfermé dans ses retranchements, et Kévin avait l'amère impression d'un retour en arrière, 3 mois auparavant. Aucune discussion cordiale n'avait eue lieu les dernières semaines, et Kévin en pâtissait. Mentalement et physiquement.
Yann : Tu daignes enfin te montrer ?
Kévin : Pas ce soir Yann, je suis crevé
Yann : C'est toujours le même refrain ! T'es fatigué, t'es crevé, t'as pas envie de parler.
Kévin soupira intérieurement. Yann avait décidé de faire ressortir sa frustration une fois de plus, et comme les autres fois, il lui servait de punching-ball. Il essaya de se calmer, n'ayant pas la force de repartir dans une énième joute verbale.
Kévin : Mon amour, s'il te plaît.
Yann : On se voit plus, j'ai l'impression d'être une femme au foyer célibataire.
Kévin : T'es injuste, là. Je fais tout ! T'as juste à t'occuper d'Antonin, c'est tout.
Yann : Oh ! C'est tout alors ! Tu crois que c'est déjà pas suffisant comme ça ?
Kévin : Je te facilite la vie, c'est pas toi qui cuisine, qui fait le ménage ou les courses…
Yann : Et moi dans tout ça ? J'ai l'impression de ne plus avoir de mari
Kévin rigola jaune.
Kévin : C'est ce que tu m'as fait vivre Yann. Durant des mois. Alors ne vient pas me reprocher de travailler.
Yann : Ça va être de ma faute maintenant ?
Kévin : Est-ce que j'ai dit ça ?
Yann haussait le ton et Kévin prenait sur lui de ne pas faire de même.
Kévin : Ecoute, je sais que tu commences à te sentir oppressé de rester enfermer et de ne pas pouvoir travailler, c'est compréhensible, mais ce n'est pas ma faute.
Yann : Tu me le reproches en plus ?
Kévin : Ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit. T'es invivable en ce moment, on ne peut plus rien te dire sans que tu interprètes mal les choses. Et ça m'épuise d'être constamment sur mes gardes de peur de dire un truc qui pourrait te faire sortir de tes gonds. Mais c'est pas en me gueulant dessus à longueur de temps que ça résoudra le problème. Faut vraiment qu'on parle. Posément.
Yann : Tu veux qu'on parle ? Bien ! Tu peux m'expliquer ce que c'est que ça ?
Il lui balança un dossier en pleine figure. Kévin resta médusé quelques secondes devant le geste de son mari, avant d'apposer les yeux sur ce qu'il tenait entre les mains. Il releva la tête vers un Yann en furie.
Yann : Hé ouais ! Quand j'ai ouvert ça, tu peux te douter de mon étonnement. Et alors le meilleur, c'est quoi… deux minutes après, j'ai reçu un coup de fil. Docteur Malroye. Ça te dit quelque chose ? Il a appelé ici car il n'arrivait pas à te joindre sur ton portable. Pour te prévenir qu'il s'était trompé d'adresse et qu'il ne l'avait pas envoyé au commissariat. Et pour une fois que le transfert de courrier de la Poste est efficace…
Kévin se sentait pris en faute. Mais il savait que tôt ou tard, la discussion aurait lieu. Peut-être comprendrait-il enfin de quoi il retournait. Il avait espéré que, durant ce mois d'inactivité, Yann prenne conscience de ce dont il avait tenté de lui parler mainte et mainte fois, mais sans succès.
Kévin : J'ai fait des démarches.
Yann : Sans m'en parler !
Kévin : Ecoute…
Yann : Un psy, Kévin ! Un putain de psy ! Tu te rends compte de ce que tu fais !
Kévin : T'as jamais voulu m'écouter. Les fois où j'ai voulu t'en parler, tu t'es braqué.
Yann : Parce que c'est pas possible, tu comprends ? C'est impossible Kévin. Est-ce que tu te rends compte de tes propos ? Et ça, ce… ce type, ces démarches que tu as faites sans que je sois au courant…
Kévin : C'est pour notre bien, Yann ! Tu vois pas comment on se détruit, là ? Tout ça à cause…
Yann : A cause ? Vas-y, fini ta pensée.
Kévin : Pourquoi tu me crois pas ?
Yann : Est-ce que tu réalises que c'est ignoble ?
Kévin : Peut-être, oui. Mais il faut régler le problème, Yann. Ça peut pas durer comme ça
Yann : Tu veux que je te dise ? C'est TOI le problème, personne d'autre que toi !
Kévin : Cette marque sur ma joue, ce soir-là, je me la suis faite tout seul, c'est ça ? Tu crois que je te mens sur le reste aussi ? Redescends sur terre !
Yann : Parlons-en du reste, tiens. Tu crois que tu es le seul impliqué ? C'est ça ? Tu te fous bien de nous, de lui, tu t'occupes que de toi, de toi, et uniquement de toi !
Kévin : Non, je…
Yann : Il en souffre ! Tu t'es jamais demandé pourquoi Antonin avait fugué ? Bien sûr que non, Monsieur est irréprochable. C'est de ta faute Kévin ! Uniquement de ta faute. C'était qu'un putain de bol.
Kévin : Quel bol ?
Yann : Fais pas celui qui n'a pas compris ! Tu n'arrêtes pas avec lui. C'est toi qui l'as voulu, et tu le rejettes. Tu crois qu'il ne souffre pas ? Tu crois que je ne souffre pas ? Je te reconnais plus, j'ai l'impression d'avoir un étranger en face de moi. T'as un psy sous la main ? Bien ! Sers-t'en. Pour ton bien. C'est toi qui devrais consulter. Et ne t'étonnes pas si Antonin ne t'appelle jamais « Papa ». Tu ne le mérites pas !
Kévin eut un haut le cœur, et regarda, les yeux piquants, Yann monter les marches. Il resta tout seul, désireux de contenir ses larmes, le cœur serré dans un étau. Il s'avachit contre l'évier, fermant les yeux, reprenant son souffle, avant qu'une présence le fasse réagir. Il abaissa ses yeux lourds et fatigués sur ceux, noirs, d'Antonin. Il tenta de maîtriser les sanglots dans sa voix.
Kévin : Ca va bonhomme ?
Antonin : T'es méchant ! T'es méchant, méchant, méchant. Tu fais souffrir papa alors qu'il ne t'a rien demandé, moi non plus je t'ai rien demandé. Et arrête de m'appeler bonhomme, je ne suis pas TON fils, je ne le serais jamais, je ne veux pas l'être. J'ai un seul papa, et c'est Yann, c'est pas toi. Toi t'es rien ! On serait plus heureux sans toi.
Antonin lui jeta un dernier regard, rempli de haine, avant de partir en courant à l'étage, laissant Kévin une nouvelle fois seul. Devant les mots dédaigneux de l'enfant, il perdit le peu de contrôle qui lui restait, sa gorge se noua encore, et sous l'impression de suffoquer, l'air ayant du mal à passer dans ses poumons, sa tête tournant, il s'effondra contre le meuble de la cuisine, n'essayant pas de se retenir, ses jambes refusant de le soutenir plus longtemps ; et les larmes s'échappèrent en flots déroutants, reflet de sa fatigue pesante, de sa peine dans laquelle il se noyait, de sa solitude contre laquelle il ne pouvait lutter, de son cœur malade et brisé.
Antonin se glissa doucement en côté de Yann, semi allongé sur le lit, le dos calé dans les oreillers, les yeux ouverts, fixant un point inexistant. Le garçon colla sa tête contre le torse de son père, enroulant ses doigts dans le pull noir que portait le commissaire.
Antonin : Pourquoi il est méchant comme ça ?
Yann avait tout entendu, mais n'avait pas réagi. Il posa son bras autour des épaules de son fils, lui caressant les cheveux du bout des doigts.
Yann : C'est rien mon cœur.
Antonin : On serait tellement heureux rien que tous les deux.
Yann ne répondit rien, réfléchissant. Il commençait à douter de Kévin, et de leur vie. Le petit corps se mit à tressauter et il le serra contre lui, lui embrassant le front, avant d'essuyer les larmes de son garçon.
Yann : Il est juste à cran.
Antonin : Pourquoi il nous fait ça ?
Yann : Ca va aller mon poussin, ça va aller.
Antonin : Tu me quitteras pas, hein ?
Yann : Jamais.
Antonin : Je t'aime Papa.
Yann : Je t'aime aussi mon cœur.
Antonin se blottit à nouveau contre son père, et ils restèrent là durant une heure, se serrant à s'étouffer, se repaissant de la présence de l'autre.
C'est fébrilement qu'il arriva jusqu'à leur chambre, s'arrêtant un instant à la salle de bain pour se rafraîchir le visage. Cerné, les yeux rouges, les joues creuses, le regard… vide. Il stoppa à la porte, fixant Yann. Ce dernier venait d'aller allonger Antonin dans sa chambre et s'était mis devant la télé, s'interrogeant sur leur futur. Il tourna la tête en sentant un regard insistant sur lui.
Kévin était appuyé au chambranle, ne sachant pas combien de temps encore il pourrait tenir debout, ne sachant pas non plus quelle attitude adoptée vis-à-vis de son mari. Il vit ce dernier tourner la tête vers lui et l'émeraude le détailla un instant, avant que Yann tapote le lit, signe pour lui de s'avancer.
Il s'assit château branlant sur le rebord, n'osant ouvrir la bouche. Yann continuait de le scruter avec une lueur dans le regard qu'il ne lui avait encore jamais vu, et ses poils se hérissèrent d'une manière peu agréable.
Yann se sentait bouillonner de l'intérieur, une sensation dont il avait l'habitude depuis quelques temps, mais qui s'était fait plus violente depuis qu'il était réapparu devant lui.
Ne sachant comment agir, Kévin retira ses vêtements, gardant son boxer, avant de vouloir s'allonger, mais il fut brusquement attiré contre Yann, et ses lèvres happées par celles de son mari dans un baiser rageur et fougueux.
Il voulut s'écarter, mais la main de son mari s'insinuant dans son boxer l'en empêcha, et malgré ses doutes, il se laissa transporter par cette caresse qui réveilla son excitation. Il ne put s'empêcher de gémir face aux doigts habiles qui le torturaient délicieusement, avant que le baiser ne prenne fin subitement et que la main de son mari se retire.
Le bleu dans le vert, Kévin sut à cet instant ce que son homme attendait de lui. Il enleva la couverture qui recouvrait le corps nu de Yann, et ce dernier se saisit avec force de sa nuque pour guider sa bouche à l'endroit stratégique. La douceur n'était visiblement pas au rendez-vous, mais Kévin se laissa faire, toujours heureux de combler son mari, et son excitation redoubla lorsqu'il apposa ses lèvres sur le membre gorgé de sang de Yann. Il lécha son gland, apposant de petits coups de langues qu'il savait rendre fou son mari, puis l'engloutit au plus profond de sa gorge, avant de remonter en passant ses dents sur toute la longueur.
Yann ferma les yeux et se mit à son tour à gémir sous la caresse buccale que son époux lui prodiguait, avant que sa main libre vienne de nouveau rejoindre l'entre-jambe de Kévin, qu'il commença à caresser doucement.
Kévin continuait ardemment sa tâche, soucieux du plaisir qu'il procurait à celui qu'il aimait plus que tout malgré les tensions répétées. Sa langue et ses dents taquinant sans cesse le membre enfoncé dans sa bouche, sa main se posant sur les deux abricots du commissaire, les malaxant avec fougue. Il gémit en sentant les caresses de Yann sur son propre sexe, et se mit à onduler au rythme de sa main, accélérant le mouvement de sa bouche. Il sentit Yann se tendre, et dans un cri bestial, ce dernier se déversa dans sa bouche, lui agrippant la nuque à lui faire mal afin qu'il ne se retire pas. Kévin tenta de reculer légèrement sa tête, mais Yann l'en empêcha. Ne pouvant respirer à son aise, il se fit force d'avaler toute la semence de son mari, qui avait abandonné ses caresses sur son corps.
Il attrapa le bras de Yann et se dégagea vivement, toussant à n'en plus finir, essayant de reprendre vainement son souffle, à deux doigts de s'étouffer. Il se massa la nuque et la gorge, et écarquilla les yeux lorsqu'il vit Yann rabattre la couverture sur lui et se retourner.
Kévin : Yann ?
Yann : Quoi ?
Kévin le regarda plus perdu que jamais, avant de poser ses yeux quelques secondes sur son entre-jambe en feu, pour les reporter sur son époux.
Yann : Et alors, tu peux pas te débrouiller tout seul ?
Kévin : Mais… Tu peux pas m'exciter comme ça et…
Yann : … Et quoi ? Tu crois franchement qu'après ce soir je pourrais avoir envie de te faire l'amour ? T'as assuré comme toujours, mon ange ! Ta bouche est divine.
Et il se retourna, lui présentant son dos. Le « mon ange » avait été prononcé avec tant de dédain que Kévin se sentit d'un coup martelé de l'intérieur. Il sauta du lit et couru se réfugier dans la salle de bain, juste à temps pour vomir. Il s'affaissa devant la lunette des toilettes, son estomac se vidant du peu qu'il avait ingurgité de la journée, avant de laisser son front brûlant se poser contre le carrelage froid. Il se sentait vide, il se sentait mal ; et pour la première fois, il se sentait souillé par son mari. Les larmes redoublèrent; il se leva tant bien que mal avant de retirer son boxer pour se glisser sous la douche brûlante, essayant de se laver de cette salissure qu'il ressentait, son excitation ayant fondue sitôt que Yann s'était retourné ; ses pleurs se mêlant aux gouttes d'eau, tournoyant sur ses joues, sur son torse, pour finir leur course aspirées par le siphon. Il appuya sa tête contre la faïence, son dos se courbant de ce poids qui l'accablait, ses poings frappant rageusement le mur. Tandis que dans la chambre, un homme tentait de rassembler ses pensées et maîtriser sa colère, se remémorant les 5 derniers mois, se maudissant du 6eme mois qui commençait plus que mal ; dans la salle de bain, un autre homme se laissait glisser sur ses talons, l'eau frétillante venant combler le silence de ses sanglots muets, ne soulageant pas son dos recroquevillé, ses mains rougies d'avoir trop frappées, son corps sali d'un affront qu'il ne pensait jamais vivre, son cœur et son esprit anéantis par la souffrance, n'effaçant pas les larmes qui continuaient de couler, silencieuses, comme cette douleur qui l'accablait.
