Chapitre 37 :
Il caressait son plus beau souvenir du bout des doigts ; souvenir de son cœur, reprenant vie dans sa tête. Une photo d'eux, à Madrid, lors de cette journée si particulière qui avait chamboulée leurs vies. A jamais. Dessinant les contours du visage de son ange blond avec délicatesse, passant son pouce sur ce sourire qu'il aimait tant, accrochant ses fossettes qui rendaient toujours son visage rayonnant et juvénile. Sourire qui lui manquait atrocement. Seul, allongé sur ce lit qui lui paraissait trop grand, trop vide, trop froid. 1 mois s'était écoulé depuis l'incendie, 3 semaines qu'il parlait régulièrement avec le psy ; 1 semaine que Kévin lui reparlait à nouveau, se donnant la contenance d'une personne heureuse tandis que ses yeux s'égaraient dans ce vide qui l'habitait et auquel Yann n'arrivait pas à se résoudre.
Il voyait son mari lutter tous les jours contre cette vie qui leur avait été si cruelle, essayant de tenir bon et de se raccrocher à une existence précaire, à un futur incertain : son sourire, faux. Son regard : Hagard. Son esprit… Plusieurs fois Yann avait tenté de le faire parler de ce qu'il ressentait, mais Kévin avait toujours trouvé le moyen de se dérober, changeant de sujet ou le regardant sans rien dire avant de tourner la tête.
Tandis que lui se vidait le cœur et l'esprit de ses sentiments contraires qui se livraient une guerre sans merci au sein de son propre corps ; ayant une échappatoire grâce au Dr Malroye, qu'il appréciait ; avec qui, bizarrement, sa langue s'était déliée sans qu'il ne s'en rende compte ; qui ne le jugeait ni sur ses actes ni sur ses paroles, et l'aidait à se remettre sur les rails, Kévin s'était enfermé dans un silence affolant concernant les 6 derniers mois écoulés.
Face au Dr Malroye, Yann s'était laissé aller. Complétement. Faisant part de tout ce qui l'accablait, ne cachant rien. Et il avait fini par pleurer, plusieurs fois, se libérant d'un fardeau trop lourd sur une épaule réconfortante.
Il continuait ses caresses, serrant finalement la photo un peu plus contre son cœur, fermant les yeux, se laissant bercer par la douce mélodie que venait d'entamer son âme. Se nourrissant de l'amour qu'il éprouvait pour son mari. Laissant danser son esprit sur les moments heureux qu'il ferait tout pour retrouver. Retrouver ses mains douces, la chaleur de son corps, le réconfort de ses lèvres, la malice de ses yeux, son visage enjôleur et heureux.
Car il l'aimait et ne le laissera pas se détruire. Il était prêt à déplacer des montagnes pour que Kévin retrouve sa joie de vivre qui l'avait totalement enveloppé avec lui. Peu importe les moyens, peu importe le temps que cela prendrait, il se sentait apaisé par cette nouvelle force qui s'était emparée de lui. Il était prêt à tout affronter pour lui. Son mutisme, il faisait déjà avec. Mais il arriverait à le faire parler, un jour ou l'autre. Ses mots durs que Kévin n'avait pas encore prononcés mais auxquels il s'attendait, les sachant mérités. Ses reproches, qu'il subirait avec joie. Et enfin… ses pleurs… Kévin n'avait toujours versé aucune larme, et pour le sensible qu'il était, Yann savait que le jour où les vannes lâcheraient, rien ne pourrait les tarir avant un long moment. Alors oui, il était prêt. A l'affronter, à le consoler, à le prendre à bras le corps, à le rassurer, et à tout encaisser sans broncher.
Car ses bras seraient renforcés de la tendresse qu'il voulait lui donner. Ses actes seraient tous dirigés vers et pour lui. Ses mots seraient là pour le soutenir. Et son cœur, son cœur, lui, ne battait que pour Kévin, et ne battrait que pour son bonheur retrouvé.
