Chapitre 40 :

Kévin se sentait apaisé. Pour la première fois depuis des mois, il commençait à reprendre goût à quelque chose. Louis n'avait pas été tendre avec lui, mais il lui avait fait réaliser que, malgré la douleur qui l'oppressait, la vie continuait. Et avec elle, des choses qui valaient le coup de se battre. Il était loin de s'imaginer de nouveau père, il ne le pouvait pas. Dès qu'il repensait à Antonin, la peine le rattrapait. Mais son mari, qui, depuis des semaines, faisait preuve d'une force et d'un soutien sans failles, venait de lui prouver, une fois de plus, que malgré ce qu'ils avaient traversé, il restait là, présent pour lui. Ne le brusquant pas, le laissant aller à son rythme, ne lui posant aucune question. Le laissant venir à lui.

Un changement de comportement radical qui étonnait Kévin, mais dont il le remerciait.

Ce diner écoulé lui avait fait un bien fou. Et le baiser échangé avec son homme encore plus. Après le mouvement d'humeur de Louis, il était resté avec lui, se confiant sur tout ce qui le rongeait, ses craintes sur l'avenir, et s'était étonné lui-même de voir avec quelle facilité il avait réussi à mettre des mots sur ce qui lui avait fait perdre pieds. Et comme toujours, Louis s'était montré d'une écoute et d'une patience infinies.

Kévin savait qu'il devrait en parler à Yann tôt ou tard ; seulement, pas tout de suite. Il se délectait encore de sa soirée, du baiser, de la déclaration de son époux. Déclaration qu'il chérissait, sachant son compagnon peu à l'aise avec les mots. Ces mêmes mots qui retentissaient encore à ses oreilles comme une douce litanie.

Son regard accrocha le réveil. Bien deux heures qu'il était allongé dans le lit, savourant une certaine liberté. Il vit Yann entrer, lui sourire, se déshabiller et le rejoindre sous la couverture. Kevin sentit alors sa main chaude venir se presser contre sa hanche. Premier contact depuis un mois. L'épisode un mois plus tôt, lui restait en mémoire ; et jusqu'alors, il avait refusé tous rapprochements avec son époux. Les premiers temps, il avait même dormi sur le canapé, refusant de se retrouver dans le même lit que lui. Il s'était réapproprié la douceur de leur couche une semaine auparavant, et Yann avait respecté ses réticences. Aucun geste, aucun mot. Ils s'endormaient tous les soirs dans un silence pesant.

Mais ce soir, il avait besoin de retrouver la chaleur de ces bras qui lui avaient tant manqué. Il se retourna vers Yann, avant de caresser le bras qui l'entourait, lui souriant timidement. Yann le regardait amoureusement, ne cherchant pas à aller plus loin. Ce qui enchantait Kévin. Son mari, à l'écoute de ses attentes comme il ne l'avait jamais été jusqu'alors.

Yann : T'es bien mon ange ?

Kévin : Sers-moi.

Sa demande, quelque peu hésitante, fut immédiatement exaucée. Yann se rapprocha de lui, le collant contre son torse sur lequel Kévin posa sa tête, fermant les yeux dans un soupire de bien-être, se laissant bercer par le rythme du cœur de son mari, transporté par la chaleur de la main de Yann qui courrait doucement au creux de ses reins. Un moment de quiétude comme il n'en avait plus connu depuis des semaines.

Il bougea légèrement sa jambe et sentit l'érection de son mari contre sa cuisse. Il releva les yeux vers un Yann gêné.

Yann : Je suis désolé, mais ça fait si longtemps…

Il l'interrompit en déposant ses lèvres sur les siennes, baiser chaste qui devint vite fiévreux, les mains de Yann l'agrippant plus fort, se faisant baladeuses sur son dos et sur sa nuque, caressant ses hanches. Et pour la première fois depuis un mois, Kévin n'avait plus envie de lutter. Juste retrouver son mari. Il laissa tomber les dernières barrières ; et à son tour, ses mains vinrent caresser le torse de son mari, son ventre, cette peau douce et chaude qui l'avait, dès le départ, absorbé. Il délaissa les lèvres sensuelles de son compagnon et sa bouche commença une course sur le corps survolté de Yann, traçant un chemin empressé jusqu'à atteindre un téton qu'il agaça de sa langue, le mordillant jusqu'à ce qu'il devienne dur d'excitation, tandis que ses mains baladeuses caressaient les cuisses fermes du commissaire, qui se laissa emporter par les sensations qu'il ressentait, fermant les yeux, rejetant sa tête en arrière sur les oreillers, le souffle court, ne pouvant retenir ses cris de plaisir sous les assauts qui transformaient son corps en braiser.

Kévin continua sa descente, glissant sa langue dans le nombril de son époux, qui sursauta de plaisir. Il caressa son bas ventre, reprenant sa course, mais s'arrêta net à la démarcation du boxer et releva la tête, cessant toutes ses caresses, se reculant d'un mouvement brusque, se recroquevillant sur lui mêle, ce qui fit réagir Yann d'un bon.

Kévin : Je… je peux pas. Je suis désolé, je peux pas.

Les images de cette nuit-là lui revinrent en tête, du comportement de Yann à son propre sentiment de rejet et de souillure qu'il avait ressenti.

Yann le regarda, tremblant, à l'autre bout du lit. Une fois de plus, sa culpabilité le frappa en plein cœur. Il s'approcha lentement de Kévin, posant simplement sa main sur son bras.

Yann : T'as pas à t'excuser. C'est moi qui ai agi en salopard ce soir-là. Je… J'aurais pas dû… J'ai regretté tout de suite après, mais c'était trop tard.

Kévin : Pourquoi… Pourquoi tu m'as traité comme ça ? Pourquoi tu t'es servi de moi ?

Les sanglots dans la voix de Kévin augmentèrent, et les larmes se mirent à couler sans qu'il puisse y faire quoi que ce soit, ne pouvant s'empêcher de ressentir une violente nausée. Tandis que Yann lui-même peinait à contenir ses propres larmes qui lui piquaient les yeux.

Yann : J'étais… bouleversé. J'arrivais à pas à croire ce que j'entendais, ce que tu voulais me faire comprendre depuis des mois. A chaque fois qu'on se disputait c'était de ma faute. Car tu me disais qu'An… qu'Antonin avait des problèmes, et je refusais de croire ça. Je refusais de te croire. J'étais pas là, je voyais pas, je l'aimais tellement. Et je… j'aurais dû te croire, mais j'ai pas voulu. Pour moi, il était parfaitement normal. Le soir où je suis rentré, quand tu m'as dit qu'il t'avait frappé, j'étais totalement perdu. Et après ça, tu insistais pour me parler de lui, de ce qu'il faisait dans la journée, des crises qu'il avait, mais moi je pouvais pas. J'étais tellement heureux, Kévin. Heureux à l'idée d'être enfin père, et je voulais pas penser que mon fils puisse avoir des problèmes.

Ce soir-là, quand tu m'as fait part de tes doutes, en me disant que c'était peut-être lui qui avait mis le feu à toutes ces maisons… L'idée qu'il ait pu faire ce dont tu parlais, l'idée que ce petit garçon, mon petit garçon, puisse être un meurtrier… Je… J'ai pas… J'étais tellement obnubilé par lui. J'avais la haine. J'étais tellement en colère. Et quand j'ai entendu ce qu'il t'a dit juste après que je sois monté… J'ai commencé à douter. Pas de toi, mais de lui. Et ça m'a foutu dans une rage… Car tu ne pouvais pas avoir raison. Et quand t'es arrivé… Je me suis servi de toi. J'ai pas réfléchi. Toute ma colère, mes doutes, je les ai déversés sur toi. Car je te tenais pour responsable de notre situation, de notre éloignement, alors qu'en fait, le seul coupable c'était, c'est… moi.

Kévin : J'ai eu l'impression d'être trahi, Yann. D'avoir été violé. Pas dans ma chair, mais dans mon être. J'ai eu si mal.

Yann : Je me pardonnerais jamais la façon dont je me suis comporté ce soir-là, Kévin. Ça me hante. Je me dégoûte…

Toutes les bonnes résolutions de Yann s'effondrèrent sur ses derniers mots, et ses larmes jaillirent. Tremblant, il enserra ses jambes contre son torse, cachant sa tête dans ses genoux, ne pouvant plus supporter ce fardeau.

Kévin s'essuya rageusement le visage, calmant ses pleurs, respirant profondément. Il regarda le corps de son mari vibrer en accord des sanglots qui l'étreignaient, et se rapprocha doucement de lui. Il se cala contre ses jambes, et posa son menton sur la tête cachée de son homme, l'enserrant de ses bras.

Ils restèrent ainsi de longues minutes, jusqu'à ce que Yann refasse surface, le visage ravagé par les larmes, les yeux rougis par sa honte. Kévin posa alors ses fesses sur ses talons, leurs deux visages à même hauteur, se faisant face.

Yann : Est-ce que tu pourras me pardonner un jour ?

Kévin : Il me faudra du temps, Yann. Mais j'ai enfin compris pourquoi. Alors… oui. Mais il faudra que toi aussi tu arrives à te pardonner.

Yann : Si tu savais comme je m'en veux.

Kévin se rapprocha de lui, et Yann enfouit sa tête dans la douce chaleur de cette nuque aimante, passant ses bras autour de la taille de son ange basque, embrassant son épaule.

Yann : Et dire qu'il m'avait dit que ça serait facile.

Kévin se recula, intrigué.

Kévin : Tu parles de qui ?

Yann plongea son regard dans l'azur qui le scrutait.

Yann : Le Dr Malroye.

Kévin : Hein ?

Yann : Dès que t'es sorti de l'hôpital, j'ai pris rendez-vous avec lui. Pour avoir des explications sur Antonin. J'avais besoin de savoir pourquoi il avait fait tout ça. Comme tu lui en avais déjà parlé, je me suis dit que j'allais le contacter. Que ça serait plus facile. Et puis… enfin disons qu'on a un peu discuté, le contact est bien passé ; et je ne savais plus quoi faire pour toi, pour nous. J'étais mort de trouille, alors il m'a proposé son aide.

Kévin : Tu consultes ? Un psy? Toi ?

Kévin était plus qu'étonné de la démarche de son époux. Connaissant le caractère de

Yann, cela avait dû être une épreuve de plus pour lui.

Yann : J'avais du mal à encaisser tout ça, et je te voyais dans un état second… ça me faisait peur. Je savais pas comment gérer. Et je ne voulais pas t'imposer quoi que ce soit. Il était là. Alors j'ai dit oui. Ça fait un peu plus de 3 semaines que je le vois régulièrement. Qu'il m'aide à y voir plus clair sur tout ce que je ressens. Et le pire, c'est que je lui ai tout dit. De A à Z. Dont cette soirée, que je lui ai raconté, et en détails en plus. Parce qu'être écœuré de moi-même, je l'étais. Mais je ne comprenais pas pourquoi je t'avais traité ainsi. Il m'a aidé à comprendre. En me disant de te parler, que ça irait, que ça me ferait du bien.

Kévin : Et tu te sens comment, là ? Ça t'a fait du bien ?

Yann : Oui, mais c'était éprouvant. Je me sens mieux, un peu moins accablé. Fatigué, mais plus léger.

Kévin : Je suis heureux que tu l'aies fait

Yann : Je suis heureux que tu m'aies laissé faire.

Kévin : Je sais que mon comportement des derniers temps pourrait te faire penser le contraire, mais je t'aime.

Yann : C'est de ma faute, Kévin, t'as pas à te sentir coupable. J'aurais dû t'écouter, au lieu de ça j'ai fait tout l'inverse.

Kévin : T'as un foutu tempérament, Berthier, faut juste que tu apprennes à le contrôler.

Yann partit à rire

Yann : C'est exactement ce que le Doc m'a dit, mot pour mot

Kévin sourit

Kévin : Et il est toujours en vie ? Tu ne l'as pas encore tué ?

Yann : J'y pense, j'y pense…

Kévin : C'est un mec bien.

Yann : Il l'est ! Il n'a pas sa langue dans sa poche, il ne se gêne pas pour me dire mes 4 vérités en face. Il m'aide, beaucoup. Il m'a fait réaliser beaucoup de choses. Mais avant tout, il m'a permis de relever la tête et de ne pas sombrer.

Les yeux de Kévin se voilèrent de tristesse.

Kévin : Ça aurait dû être mon rôle.

Yann : Je t'interdis de dire ça. T'as passé des mois à essayer de me convaincre, et à chaque fois je t'ai repoussé. Et comme tu l'as dit, j'ai un caractère de merde. Après tout ce que je t'ai fait subir, il est normal que tu ne sois pas venu vers moi. Et c'est à mon tour de m'occuper de toi. Parce que j'ai crevé d'être si près mais en même temps si loin de toi, Kévin. Et je ne veux pas que ça se reproduise. Peu importe le temps qu'il nous faudra, je te promets qu'on va y arriver.

Kévin : Tu crois ? Je veux dire… qu'on va réussir à se reconstruire un avenir ?

Yann : Oui mon ange, parce qu'on est tous les deux. Que je t'aime comme un fou. Et que tu suffis à mon bonheur.

Yann l'attira à lui, leurs lèvres se scellant dans un baiser passionné, puis ils s'allongèrent blottis l'un contre l'autre, rabattant la couverture sur leurs deux corps à moitié dévêtus.

Yann : Je t'aime Kévin, et du moment que je suis avec toi, plus rien d'autre m'importe.

Kévin se colla un peu plus contre lui, et les bras de Yann l'entourèrent d'une étreinte forte et rassurante.

Kévin : Je t'aime aussi.

C'est dans cette position qu'ils s'endormirent, vidés émotionnellement, mais heureux de s'être enfin retrouvés.