Chapitre 42 :
Yann : Ca y'estttttt
Le Dr Malroye le regardait, consterné et abasourdi. Le Commissaire, d'habitude si posé, sautait d'un pied sur l'autre, un sourire à s'en décrocher la mâchoire plaqué sur le visage. Il lui faisait penser à un grand gamin euphorique. Mais intérieurement, il rigolait. Plus de 3 mois qu'il le recevait régulièrement, 1 semaine qu'il ne l'avait pas vu, et le changement était totalement grandiose. C'était la première fois qu'il le découvrait aussi… radieux, content, heureux, jouasse. Il irradiait, tout simplement. Il se doutait de la raison, mais il voulait l'entendre de la bouche du Commissaire, qui ne tenait pas en place depuis qu'il était arrivé presque 30 minutes plutôt.
Dr Malroye : Alors ?
Yann : On a franchi le cap.
Dr Malroye : Bien.
Yann : Bien ? Mais c'est plus que bien. C'est… Y'a pas de mots. Vous vous rendez compte que c'était son initiative ? Il m'a pardonné ! C'est… Oh putain. Je m'étais pas senti aussi heureux depuis…
Dr Malroye : Ça fait plaisir de vous voir comme ça Monsieur Berthier.
Yann : On fait de nouveau plein de choses ensemble, je veux dire… pas que dans la chambre. On se ballade, on se parle, on rit… Toutes ces choses qu'on n'avaient plus faites depuis…
Yann continuait de sautiller dans le bureau, ne revenant toujours pas de la liberté intérieure qu'il ressentait. Léger, c'est ainsi qu'il pouvait se décrire. Après tous ces mois à se battre et à se déchirer, il était, enfin, apaisé. Même si le chemin qui s'offrait à lui et à Kévin était loin d'être rose, la tournure que prenaient leurs vies était des plus engageantes.
Yann : Je le dis pas souvent, mais… Merci à vous.
Dr Malroye : Pas de quoi. Si j'ai été utile à quelque chose…
Yann : Si vous avez été utile ? Franchement Doc, si je me retenais pas, je vous roulerais la pelle du siècle.
Le psychiatre partit à rire, suivit de Yann dans la seconde.
Yann : J'y vais, il m'attend.
Dr Malroye : Ne relâchez pas la pression surtout
Yann : Y'a pas de risque, Doc. On s'est enfin retrouvé, je ne le lâche plus ! Merci, merci, merci.
C'est en sautillant qu'il sortit du bureau, après une poignée de main franche. Il était on ne peut plus heureux, et le Dr Malroye on ne peut plus soulager.
Cependant, sur ce bonheur retrouvé planait toujours une ombre. Celle d'un petit garçon de presque 9 ans, qui se rappelait perpétuellement aux esprits des divers témoins de l'horreur qui s'était déroulée.
Etienne déboula dans le bureau de Louis comme une tornade.
Louis : Qu'est-ce qui te prend ?
Etienne lui plaqua la feuille qu'il tenait sous le nez. Le commandant manqua une respiration.
Louis : J'appelle Yann. Tu envoies une équipe chez eux tout de suite !
Yann déambulait dans le rayon, scrutant le moindre détail, lorsqu'il sursauta en sentant une main se poser sur son épaule.
Yann : Eric !
Eric : Ca va commissaire ?
Ils se serrèrent dans les bras, ravis de se revoir. Eric était passé chez eux quelques fois, mais depuis un mois, le travail l'avait rattrapé.
Yann : Comment tu vas, Capitaine ?
Eric : La routine. Le boulot, la maison, les enfants. Petite vie tranquille, quoi.
Il se stoppa en se rendant compte de ses mots.
Eric : Merde, je m'excuse.
Mais c'est un Yann relativement calme et souriant qui lui répondit.
Yann : T'en fais pas, va. Je me suis fait une raison.
Eric : T'as vraiment l'air bien, j'en suis ravi.
Yann : Oh ça, tu peux le dire.
Eric : Kévin ?
Yann : Qui d'autre ?
Eric : Il va bien ?
Yann : Il a un peu de mal à se faire à l'idée que celui qu'il considérait comme son premier enfant soit un assassin.
Eric : Je comprends, oui. J'ai été complètement abasourdi lorsque Louis m'a raconté ça. Et toi ?
Yann : Je peux pas dire que ce soit facile, mais il faut bien passer à autre chose, même si j'oublierai jamais.
Eric : Toujours pas de nouvelles ?
Yann : Il est introuvable. J'espère simplement qu'il ne recommencera pas.
Eric : Ça vous dirait de venir manger un soir ? Violette me demande souvent de vos nouvelles
Yann : Avec plaisir. J'en parle avec Kévin et je te dis la date.
Eric se retourna vers le rayon
Eric : DVD ?
Yann : Il adore le cinéma, alors j'essaye de trouver un truc pas trop mal.
Eric : Soirée romantique ?
Yann : Mmm. On se retrouve, j'en profite.
Eric : Content que ça aille. J'ai eu peur que vous ne vous en releviez pas.
Yann : C'en n'était pas loin. Mais j'ai eu de l'aide; ça m'a permis d'y voir plus clair, et de pouvoir soutenir Kévin par la même occasion.
Eric : Je suis vraiment content pour vous. Sincèrement.
Yann : Je sais. Et merci pour ta présence.
Eric : J'ai pas fait grand-chose.
Yann : T'as fait plus que tu ne peux imaginer.
Il sortit son portable pour vérifier l'heure, il savait que Kévin l'attendait et voulait profiter un maximum de son homme et de leur après-midi ensemble avant que tous deux ne reprennent le boulot dans deux semaines. Il maugréa dans sa barbe.
Eric : Un souci ?
Yann : T'as l'heure ? J'ai plus de batterie.
Louis envoya valser son téléphone avec rage. Etienne apparut au même moment.
Etienne : Toujours rien ?
Louis : 10 messages que je lui laisse et il répond pas !
Etienne : J'ai appelé chez eux, ça sonne dans le vide.
Louis : Je sais que Yann avait rendez-vous, j'espère simplement que c'est son portable qui a lâché.
Etienne : Laporte ne répond pas au sien non plus. Je lui ai laissé 4 messages.
Louis : On y va. Ils en sont ou Moreno et Belloumi.
Etienne : Coincés dans la circulation
Louis : Putain c'est pas vrai.
Ils sortirent en trombe, Louis le portable vissé à l'oreille. Il tomba directement sur la messagerie.
Louis : Putain Kévin, un portable c'est fait pour être joignable, merde. Je sais pas si t'as eu les messages d'Etienne ou si Yann est avec toi, mais dès que t'as ce message, vous vous barrez de l'appart' sans vous poser de questions, on arrive !
Kévin s'était prélassé toute la matinée en attendant son homme. Revigoré par les derniers jours et les retrouvailles avec amant, il se sentait enfin revivre. Malgré le cauchemar qui se rappelait de temps en temps à lui, le soutient dont Yann faisait preuve à son égard l'aidait à avancer. Il remangeait, s'était remis à la musculation afin de reconsolider son corps amaigri, retrouvait la joie de vivre, pas à pas, dans la chaleur des bras de son mari.
Une envie subite d'un repas spécial en l'honneur de son époux, il s'était mis aux fourneaux. Plus amoureux que jamais. Savoir que Yann avait accepté l'aide d'un psychiatre l'avait étonné, puis rendu fier. Car il savait que son homme avait fait ça, pour lui. Pour l'aider à se reconstruire. Et Kévin était aux anges de voir tout ce dont son compagnon était capable, pour lui. Le chemin ne serait certainement pas facile, mais auprès de Yann, il se savait capable de tout. Son beau brun s'était mis en quatre pour lui, il était temps qu'il le soutienne à son tour.
Perdu dans ses pensées, il n'entendit pas le bruit de la porte d'entrée se refermant. C'est lorsqu'une violente douleur à la base de son dos le percuta, s'effondrant à terre dans un cri de douleur et de surprise mêlées, qu'il releva la tête. Son souffle se coupa. Deux yeux le regardaient, noircis par la haine, un sourire malsain sur les lèvres, un couteau tâché de sang. Son propre sang.
Antonin : Alors, je t'ai manqué ?
