Chapitre 43 :

Alex : Putain mais ils peuvent pas se bouger ces cons ! Tu peux pas forcer le passage ?

Lyes : Tu veux quoi ? Que je leur rentre dedans ? On peut rien faire, là ! Je peux pas les pousser !

Alex : Mais c'est toi aussi qui conduit comme une merde, pourquoi t'es passé par-là, surtout à cette heure-ci. Putain ! Mais ils entendent pas le gyro.

La circulation dans Paris à 12h30 était des plus denses. Alex passait d'un commentaire enragé à son portable, qu'il ne lâchait pas.

Lyes : Alors ?

Alex : Mais qu'est-ce qu'il fou ! J'te jure, le Kévin je vais lui foutre un radar au cul.

Il ouvrit sa fenêtre et passa la tête dehors, s'adressant violemment aux conducteurs devant eux, les insultant de tous les noms.

Alex : POLICE bordel ! P.O.L.I.C.E. Vous savez pas lire ?

Les conducteurs lui répondirent par des noms tous aussi flatteurs les uns que les autres.

Alex : Non mais je rêve.

Il sortit de la voiture rageusement, se retrouvant côté conducteur, extirpa Lyes et prit sa place.

Alex : Ben qu'est-ce tu fous ? Tu restes à faire le tapin?

Lyes se remit de sa surprise et rejoignit le côté passager. A peine le temps de rentrer ses pieds qu'Alex commença à manœuvrer.

Lyes : Mais qu'est-ce que tu fais ? On peut aller nulle part.

Alex : Ah ouais ?

Il percuta l'avant et l'arrière des deux véhicules entre lesquels ils étaient coincés, se faisant insulter copieusement, avant de bifurquer sur la gauche, se hissant sur le terre-plein, faisant vrombir le moteur.

Lyes : Non, non, non, Alex, t'es en contre sens, là.

Alex : Tu crois ?

Alex sourit, avant d'accélérer. Lyes se cramponna comme il le pouvait à son siège, priant intérieurement en voyant les voitures arriver sur eux.

Lyes : Putain Alex, putain Alex, putain Alex, on va mourir, fais gaffe ! ALEX !

Il ferma les yeux

Lyes : Je veux pas mourir, je suis trop jeune pour mourir.

Alex : Oh mais merde ! Déstresse ma caille, c'est pas la première fois !

Le dernier commentaire eut pour effet de paniquer Lyes encore un peu plus. Se tassant au possible sur son siège, il ouvrit rapidement les yeux pour les refermer aussi sec en voyant une voiture devant eux, ignorant à tout prix Alex zigzagant entre les véhicules qui le klaxonnaient à n'en plus finir.

Lyes : Rappelle- moi… où est-ce que t'as eu ton permis déjà ?

Plus Antonin approchait, plus Kévin tentait de s'éloigner de lui, glissant et rampant sur le sol, une main sur son dos. La douleur commençait à le faire vaciller, la trace de sang laissé par son déplacement lui tournant la tête. Il se retrouva finalement adossé au meuble de la cuisine, sans plus aucune échappatoire. Il s'y appuya tant bien que mal, essayant de calmer les battements frénétiques de son cœur.

Le voir devant lui, chez lui, chez eux, lui remémorait les brefs moments de joie qu'il avait eus à son contact. Cependant, le couteau toujours vissé à la main, le visage cynique de ce gamin qu'il aimait, ou qu'il avait aimé… lui faisait perdre tous ses repères, ses sentiments se bousculant et se mélangeant.

Il ne pouvait renier l'attachement qu'il lui portait, mais être pleinement conscient des attentions d'Antonin à son égard l'effraya. La culpabilité enfouie depuis une semaine le rattrapa violemment. Il avait voulu l'aider… il n'y était pas arrivé.

Son regard se posa alors sur le téléphone trônant derrière Antonin. Ce dernier eut un petit rictus, et enfouit sa main libre dans la poche de son pantalon avant d'en ressortir des fils.

Antonin : Tu peux toujours essayer, je les ai coupés.

Il les lui balança à la figure, avant de s'arrêter à ses pieds, le surplombant de sa petite hauteur, qui, devant l'état de Kévin, devenait sa force. Il s'amusa un moment avec le couteau, le faisant tourner dans sa main, et l'habileté dont il faisait preuve effraya encore un peu plus Kévin.

Antonin : Il a fallu que tu t'en mêles ! C'était pas tes affaires. C'était à moi de régler tout ça, mais t'as pas pu t'en empêcher. Pourquoi t'as fait ça ? Hein ? POURQUOI ? On aurait pu vivre heureux ! Mais non, t'a tout foutu par terre.

La rage mêlée à la tristesse de l'intonation fit passer Kévin par toutes les couleurs. Il avait l'impression d'avoir un total inconnu face à lui ; acerbe, fougueux, ne se contrôlant plus. Il ne le voyait plus comme un enfant, mais comme un fou, totalement déconnecté du monde. Il rassembla ses idées, soufflant intérieurement. Malgré sa panique, il tenta de garder son calme. Le reste ne servirait à rien, si ce n'était à éclater le peu de self-contrôle qu'Antonin conservait.

Kévin : Antonin, s'il te plaît, calme-toi.

Son ton doucereux et posé eut l'effet escompté. Antonin se calma instantanément, son corps se détendit et il plongea son regard dans le sien. Ne lâchant rien, Kévin continua.

Kévin : Où étais-tu passé ? Je me suis inquiété.

Ne pas impliquer qui que ce soit d'autre, au risque de faire sortir Antonin de ses gonds. Seulement lui. Visiblement, le pseudo problème sur lequel le garçon avait fait une fixation venait de lui. A lui d'essayer de le régler, même s'il ne savait pas comment s'y prendre. Son mutisme le fit frissonner.

Kévin : Antonin ?

Ne pas le brusquer. Il le vit enfin bouger et s'avancer vers lui avant de s'arrêter à quelques centimètres de son visage. Le temps se suspendit lorsqu'Antonin lui caressa la joue du bout des doigts.

Antonin : Tu m'as manqué

Le couteau toujours fermement encré dans l'une de ses mains, il passa ses bras autour du cou de Kévin et appuya sa tête contre le torse du Lieutenant. Kévin sentit son cœur s'accélérer, si la chose était encore possible, et se raidit malgré lui, la douleur irradiant son corps à son geste. Il ferma les yeux et se mordit la langue pour éviter un hurlement, tentant de refreiner le tremblement de ses mains, évitant de bouger au contact de la lame du couteau contre sa joue.

Antonin releva alors ses yeux vers les siens. Ses yeux qui s'étaient éclaircis et laissaient désormais la place au bleu intense qui avait transporté Kévin dès leur rencontre.

Antonin : Je t'ai manqué ?

Le jeune basque respira profondément, essayant de contrôler sa voix emplie de détresse, de douleur mais surtout, d'incompréhension.

Kévin : Bien sûr que oui.

Ce n'était pas totalement la vérité, mais ce n'était pas totalement un mensonge. Malgré tout, malgré cette folie ou quoique ce soit qui avait égaré ce garçon hors du temps et de la réalité, Antonin l'avait touché en plein cœur. Même si la tentative de meurtre dont il avait fait l'objet l'avait décidé à revoir sa position, cet enfant resterait à jamais une part de lui.

Antonin se redressa avant de passer une jambe de chaque côté de la taille de Kévin, s'asseyant de tout son poids sur lui. De nouveau, la douleur happa le policier, qui retint une nouvelle fois un hurlement. La tête commençait sérieusement à lui tourner, et une fatigue pesante s'abattit soudainement sur ses épaules. Il se força à garder les yeux ouverts, toujours aux aguets de ce couteau lui frottant la joue et d'une réaction incontrôlée de l'enfant.

Antonin : T'as pas l'air bien, t'as mal ?

Kévin écarquilla les yeux. Ce gosse vivait dans un délire totalement hors de sa portée. Il venait de s'adresser à lui comme si tout était normal, comme s'il ne l'avait pas poignardé quelques minutes plus tôt, comme si le fait d'être en possession d'un couteau était d'une banalité quotidienne, comme si le sang qui s'étiolait autour d'eux n'était ni plus ni moins qu'un fragment de son imagination chaotique.

Antonin : Tu veux un chocolat ? Je sais que tu aimes le chocolat.

Kévin fut estomaqué. Il prenait réellement conscience de ce qui se jouait à cet instant. Que cet enfant était dans un monde, son monde, et qu'il ne réalisait pas. Plutôt, il réalisait très bien. Lorsque qu'il était lui-même. Comme quand il était arrivé avant de le poignarder. Seulement, si ses gestes étaient effrayants, ses absences l'étaient encore plus. Enveloppé dans une bulle, il oubliait ses actes. Le présent et le passé se mélangeaient dans son esprit, et Kévin se sentit faiblir face à la situation. Car il venait de réaliser que lorsqu'Antonin sortirait de son univers, la colère reprendrait le dessus, et avec elle, ce qu'il avait commencé.

Il fallait qu'il trouve un moyen, n'importe lequel, pour réussir à prévenir l'extérieur. Il se sentait de plus en plus fébrile, le sang continuant de s'écouler de son dos, et si Antonin repartait dans une crise, il savait qu'il n'aurait pas la force de lutter contre lui.

Antonin : T'es tout mince Papa Kévin, plus mince qu'hier. Faut manger ! Tu sais, j'adore tes gâteaux. On pourrait faire un gâteau tous les deux.

Plus mince qu'hier… Kévin continua de le scruter, ne sachant quoi penser. Avait-il réellement fait l'impasse sur ce qui s'était produit ces derniers mois, ou le faisait-il exprès ? Il avait manipulé tous les gens qu'il avait côtoyés dans sa brève existence. Il l'avait manipulé. Et ce mot… Papa… La première fois qu'il l'entendait dans sa bouche. Il avait tant espéré le jour où ce mot lui serait adressé. Mais certainement pas comme ça, pas dans cette situation. Restant sur ses gardes, Kévin hocha la tête.

Kévin : Avec plaisir, tu le sais, ça. Tu pourrais peut-être sortir ce qu'il nous faut ?

Il devait tenter de l'éloigner le plus possible. Il ne savait pas encore quoi faire, mais une certaine distance lui permettrait de respirer. Et de réfléchir. Il savait que ses jambes ne pourraient pas le porter, qu'il était dans l'incapacité même de fuir, et se sentait de plus en plus mal à l'idée qu'un enfant, cet enfant, aurait sa peau.

Antonin s'écarta, et Kévin rejeta sa tête en arrière, fermant les yeux de soulagement. Il les rouvrit rapidement et son regard s'arrêta sur cette forme, en hauteur. A quelques mètres devant lui, sur le plan de travail ouvert sur le couloir de l'entrée. Son portable. Si près et pourtant si loin. Il tourna légèrement la tête. Voyant Antonin perché sur une chaise, fouillant dans le meuble pour en sortir les provisions, il se saisit de cette chance. Peut-être son unique chance. Il prit appui sur ses bras, mais ils cédèrent presque directement. Il était illusoire qu'il espère se lever. Malgré la douleur, malgré la fatigue, il se concentra sur son objectif et, abaissant son buste à terre du côté de sa blessure, afin d'éviter de la grandir un peu plus par son mouvement suivant, il se tourna, se servant de sa jambe encore mobile comme nouvel appui, plaquant ses avant-bras au sol, et se mit à ramper le plus silencieusement et le plus rapidement possible, tentant de contrôler son souffle laborieux, regardant toujours Antonin du coin de l'œil.

Après quelques secondes qui lui parurent des heures, son corps meurtri réclamant plus ardemment de l'aide, il s'appuya sur un bras, sur une jambe, concentrant toute sa force sur ce simple geste. Il tendit son bras gauche, sentant sa blessure s'ouvrir un peu plus encore, se mordant la lèvre à sang, et ses doigts atteignirent enfin l'objet tant convoité. Il bascula un peu trop brusquement contre le meuble, et s'arrêta de respirer, espérant que le garçon n'ait rien entendu. Une seconde s'écoula… Le bruit de quelqu'un fouillant dans le placard toujours présent à ses oreilles. Une deuxième seconde, où il abaissa son regard sur son portable… éteint. Il l'alluma mais son souffle devint court. La seconde qui venait de s'écouler s'était passée dans un silence religieux. Il était caché des yeux d'Antonin, lui-même ne pouvant le voir.

Il attendit une seconde plus, et se hasarda prudemment à avancer sa tête. La chaise était toujours à la même place ; les portes du placard, ouvertes. Mais le gamin n'était plus là. Il se redressa avec du mal, et ses poils se hérissèrent lorsqu'il sentit une présence dans son dos. Il eut à peine le temps de tourner la tête qu'il sentit le poids d'Antonin sur lui, et il se retrouva à terre, s'affaissant sur sa blessure. Son cri ne put être retenu et un coup de poing dans son dos le fit hurler de nouveau. Les yeux fermés, le corps tremblant, sentant ses dernières forces lui échapper, il s'étonna de l'arrêt brutal des coups. Prenant sur le peu de volonté qu'il lui restait, il se força à ouvrir les yeux. Antonin se tenait de toute sa hauteur devant lui ; les yeux une nouvelle fois noircis.

Antonin : Pourquoi tu fais toujours ce qu'il faut pas ! Pourquoi t'as pas tenu tes promesses, pourquoi tu me fais ça ! Pourquoi t'es parti à noël, quand tu m'avais dit que tu resterais avec moi ? Pourquoi tu m'as pas téléphoné quand Yann m'avait promis que t'allais le faire ? Hein ? Tu m'as abandonné, comme les autres. Pourquoi t'es pas mort dans la maison ? J'avais tout prévu, et toi, comme toujours, t'en as fait qu'à ta tête ? Pourquoi t'as eu des doutes sur moi ? Tu m'en as jamais parlé, mais je l'ai senti. Pourquoi t'as fait tout ça ! Je t'ai entendu plusieurs fois au téléphone avec un docteur. C'était pour moi, tu lui parlais de moi. Tu voulais quoi ? Qu'il vienne me prendre ? Qu'il m'enferme ? Je suis pas fou, c'est à cause de toi. Tu voulais plus de moi, c'est ça ? Je veux plus de toi non plus !

Kévin le vit lever son couteau et ferma les yeux, s'abandonnant à sa fatigue , à sa douleur, mais avant tout, à son échec. Son esprit se concentra sur les images des jours heureux avant qu'il se laisse dériver vers le néant qui lui tendait les bras.

Yann bifurqua dans sa rue, sifflotant, le dvd sous le bras, un sac de provisions à la main. Heureux, il s'imaginait déjà l'après-midi avec son époux, avant la petite soirée qu'il avait en tête. Il se figea en entendant une voix stridente. Cette voix… Il ne prit pas le temps de réfléchir. Il lâcha ce qu'il avait dans les mains et se mit à courir. Au même moment, une voiture pila juste devant leur appartement ; les portes s'ouvrant à la volée pour laisser Alex et Lyes apparaitre. Yann ne se posa aucune question et passa à vitesse éclaire devant eux, son cœur à ses tempes, ouvrant la porte avec fracas, tous les scénarios possibles s'imposant à son esprit. Mais la réalité s'étalant devant ses yeux lui glaça le sang. Car du sang… il y en avait. Partout. Son sang. Kévin. Allongé sur le côté, les yeux clos, ne bougeant pas, Antonin au-dessus de lui, un couteau ensanglanté dans les mains, prêt à lacérer celui que Yann considérait comme sa vie.

Yann : ANTONIN !

Il cria sans même s'en rendre compte, espérant de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces que ce n'était pas trop tard. Qu'il n'était pas arrivé trop tard. Qu'il restait encore une chance, un espoir. Un vieux réflexe lui fit porter la main à sa ceinture, avant de se rappeler qu'il était en congé et que son arme de service se trouvait en lieu sûr à l'étage. Il sentit Alex et Lyes à ses côtés, tout aussi déboussolés que lui à la vue de ce carnage, leurs armes pointées sur le garçon, qui s'était arrêté net au son de sa voix et qui le regardait.

Yann : Fais pas ça.

Sans réfléchir, il s'avança vers Antonin, qui se mit à trembler comme une feuille.

Alex : Yann… fais gaffe !

Alex et Lyes regardaient avec effarement la scène. Le sang, leur ami, un enfant, un couteau, un cauchemar éveillé.

Yann s'arrêta à quelques centimètres d'Antonin, dont les larmes s'étaient mises à couler. Les deux bras au-dessus de la tête tenant le couteau désormais pointé vers le Commissaire. Le beau brun inspira profondément, résistant à l'envie de tourner les yeux vers son mari, se concentrant avant tout sur le garçon, totalement perdu à cet instant.

Antonin : Papa ? T'es rentré ?

Yann sentit son cœur se serrer, à la fois de peine devant la tristesse du gamin, mais aussi de colère à la vue des gouttes de sang qui tombaient du couteau, une par une, pour venir s'écraser contre les bras et dans les cheveux d'Antonin. Il s'avança de nouveau, mettant de côté la rage qui avait pris possession de son être, et le serra contre lui.

Antonin laissa tomber ses bras et se colla au beau brun, qui s'empressa de récupérer le couteau, tendant le bras derrière lui, sentant l'arme lui être prise des mains.

Il entendit alors deux voix hurlant son prénom et celui de Kévin, avant qu'Etienne et Louis débarquent à leur tour dans la pièce.

Etienne : Putain.

Gardant toujours Antonin contre lui, il se décida enfin à tourner la tête. Voyant les regards horrifiés de ses collègues, semblables au sien. Il fit un petit signe de tête et Louis s'approcha doucement, prenant Antonin dans ses bras, laissant ainsi le loisir à Yann de se précipiter aux côtés de son mari, inerte.

Alex : J'ai appelé une ambulance quand on est entrés. Elle devrait plus tarder.

Yann suffoquait à la vue du sang, le sentant s'imprégner dans son jean, révulsant ses entrailles. C'est tremblant qu'il avança deux doigts vers le cou de Kévin, ne sentant pas ses larmes se déverser, son corps totalement indépendant de sa volonté. La peur, ce sentiment qu'il avait combattu plus d'une fois au cours des derniers mois, l'envahit de nouveau, cette fois avec une puissance inouïe qui le fit vaciller. Il sentit deux mains sur ses épaules, et vit vaguement Louis se pencher sur le corps de son homme, avant de lui adresser un maigre sourire.

Louis : Il est en vie

Son regard se porta sur Etienne, qui surveillait Antonin, secondé par Lyes. Alex s'était auprès de lui et exerçait une pression sur la blessure de son ami. Il ne se rendit pas compte de l'arrivée des secours, et ses yeux suivirent les soins prodigués à Kévin sans réaliser. Il se vit offrir un verre d'eau, qu'il but sans hésitation.

Louis : Ils l'emmènent, viens.

Yann : Je… Il…

Les mots se coincèrent dans sa gorge.

Louis : Il est fort.

Du moins, Louis l'espérait.

Le commandant l'aida à se relever, et Yann cru sortir d'un rêve. Plutôt, d'un cauchemar. Comme si une autre personne avait vécu les derniers évènements à sa place. Ses émotions se firent d'un coup violentes. Colère, peur, rage, doute, tension, horreur, soulagement aussi. Enveloppé dans un tourbillon effréné que le bras de Louis se refermant sur son épaule, arrêta. Il se rendit compte qu'il tremblait, qu'il pleurait. Se redonnant contenance, il s'essuya vivement le visage, décontractant ses muscles tendus.

Louis : Ca va aller ?

Yann ne répondit pas, son regard tourné vers Antonin, qui scrutait la civière sur laquelle était allongé Kévin.

Etienne, Alex et Lyes s'avancèrent vers les voitures à l'extérieur, emmenant le garçon avec eux, Yann et Louis à leur suite.

Le Commissaire inhala une grande bouffée d'air frais, les yeux rivés sur les secouristes qui prenaient le plus grand soin à monter Kévin à bord de l'ambulance. La petite voix lui fit baisser les yeux. Antonin, quelques pas devant lui, regardant toujours en direction de Kévin, releva la tête vers lui.

Antonin : Papa? Pourquoi il bouge pas Kévin ? C'est qui qui lui a fait du mal ? Il va s'en remettre, hein ? Ça va aller ?

Et à son tour, Yann comprit. Il comprit que peu importe ce qu'il ferait, il ne pourrait jamais aider celui qu'il avait considéré comme son fils. Que personne ne pourrait jamais percer ce monde dans lequel sa maladie et sa folie l'avaient enfermé. Il lui passa alors une main autour des épaules, et lui ébouriffa les cheveux, un geste dont il avait pris l'habitude au fil des mois.

Yann : T'en fais pas Champion, ça va aller.

Toute la haine, la rage, la colère ressenties face à cet enfant avait laissé place à cette petite flamme. Celle de l'amour qu'il avait ressenti pour lui durant des mois, qu'il ressentait encore aujourd'hui, malgré ce qui venait de se produire. Cette petite étincelle mêlée de peine devant ce petit esprit malade contre lequel toute lutte s'avérerait inutile.

Il regarda l'ambulance partir et ses yeux la suivirent encore bien après qu'elle ait disparu. Le claquement d'une portière de voiture, Antonin enfermé à l'intérieur, lui adressant un dernier regard, la paume de sa main contre la vitre embuée, et le véhicule s'éloigna.

Le bras de Louis sur son épaule, il se retrouva sur le chemin de l'hôpital, une fois de plus. Respirant presque normalement pour la première fois en 3 mois. Pour la première fois depuis qu'Antonin avait été reconnu coupable des incendies. Inquiet sur l'état de Kévin, il ne put s'empêcher de sourire malgré lui. Oui, enfin ça irait. Le cauchemar venait de prendre fin. Antonin était désormais arrêté, et avec lui une pression s'était envolée. Yann aspirait enfin à revivre pleinement. Tout simplement. Aux côtés de son mari, dès que celui-ci serait rétabli. Une page venait d'être tournée, et avec elle, une autre s'ouvrait enfin.