Notes de l'autrice :
Les personnages appartiennent bel et bien toujours à S. Meyer.
C'est fanfiction est en cours d'écriture.
N'hésitez pas à laisser un petite review à la fin de ce chapitre !
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À BRÛLE-POURPOINT
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CHAPITRE SIX
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POV Edward
Le lendemain de cet événement lors du match de hockey ne fut guère mieux. Je pensais aller mieux mais c'était faux. Mike avait raison, ça n'allait pas fort. Jasper aussi d'ailleurs, avec qui j'ai dû discuter après être sortie du bureau de ces foutus agents de sécurité. Mike l'avait appelé après m'avoir laissé tout seul et il m'avais appelé pour prendre de mes nouvelles et pour s'assurer que j'allais bien. Évidemment, il a pensé que non. J'eus à travers lui quelques nouvelles de Bella que je ne lui ai pas demandées, nouvelles que je n'écoutais pas vraiment. A-t-elle essayé de prendre de mes nouvelles depuis qu'elle m'a mis dehors, elle ? Non. J'ai lutté pour qu'elle me croit. Je ne sais pas qui lui a parlé du test négatif quant à la paternité de cet enfant – si quelqu'un l'a fait – ou comment a-t-elle pu connaître la vérité et je m'en fiche. Elle est une menteuse, pas moi.
Tu m'as volé huit ans de ma vie.
Je compte bien en profiter un peu.
Une quarantaine de jeunes employés actifs, comme j'aime les appeler, eurent les fesses vissées dans leur fauteuil et me regardèrent lorsque j'arrivai dans la salle avec trente belles minutes de retard. 18H30 et des poussières au lieu de 18h00. Au même hôtel. J'avais cette conférence prévue depuis des mois et je n'avais pas eu envie de l'annuler. J'eus d'abord pensé que ça me changerait les idées mais tout compte fait, de quoi j'allais leur parler ? De temps ? D'efficacité ? De rendement ? Quelle importance a tout ça ?
Je me plaçai derrière mon pupitre. Je n'avais pas pris le temps de dompter mes cheveux avant de venir et j'avais un pantalon en jean que jamais je n'aurais mis avant pour ce genre d'occasion. Derrière moi se jouaient des informations sur un grand écran censant compléter mon petit speech.
- Le temps.
Je pinçai mes lippes entre elles, pensif. Je n'ai pas vraiment envie d'être ici.
- Le rendement.
Je tapotai mon pupitre en haussant mes sourcils épais et foncés.
- Les habitudes organisationnelles, continuai-je d'énumérer.
Je passai ma main dans mes cheveux en pagaille. Je me moquai d'avoir l'air d'un pompeux professeur de philosophie.
- Il y a quelqu'un ici que ça ne fait pas chier ?
Je les regardai un à un, il semblèrent tous soit stoïques soit mal à l'aise. Dans les deux cas, ils furent tous silencieux comme des enfants intimidés qui n'auraient pas non plus envie d'être là, pas plus que moi. Je repris alors :
- Vous êtes là car votre patron a l'impression que si votre bureau est bien rangé et que votre emploi du temps est bien organisé, vous vendrez quelques produits de plus. Peut-être a-t-il raison... mais vous, est-ce que ça vous rendra plus heureux ? Est-ce que ça pourra empêcher que vous vous levier un matin avec une effroyable maladie ?
Ta gueule, Edward, tu n'es pas en phase terminale.
Ma conscience a raison. Néanmoins, tout ce qui a suivi cette anomalie chromosomique est effroyable.
- Est-ce que ça empêchera votre femme de baiser avec un autre ? lâchai-je.
Je ferais peut-être mieux de me taire. Mais c'est trop tard, il s'agit d'un flot de paroles ininterrompues.
- J'ai été trahi. Vous et moi, on a été trahis. Par les dictas de notre propre société. « Faîtes sagement la file, lassez bien vos chaussures, le travail assidu et le dévouement seront récompensés » mais est-ce que quelqu'un ici est réellement heureux ? Je vous écoute, répondez-moi. Si c'est le cas, levez votre bienheureuse main.
Je les invitai tous à communiquer avec moi d'une manière ou d'une autre d'un simple geste de la main mais je n'eus aucune réponse. Sans surprise. Je fis face à ce qu'on appelle un silence éloquent. À moins que ce ne soit juste de la gêne...
- Parce que toutes les décisions que vous avez pris dans votre vie étaient merdiques. Pulsions, sans la raison. Risques, et non planification. Vous êtes où vous êtes aujourd'hui parce que vous êtes comateux. Vous manquez tous de passion. Vivez vos passions. Succombez à vos impulsions. Forgez-vous un nouveau Moi. Bordel, faîtes quelque chose avant qu'il ne soit trop tard. Dîtes oui à vos pulsions, dîtes oui aux risques et au chaos.
Je soupirai en me décalant de mon pupitre. Qu'est-ce que je fous encore là ?
- J'ai une vie à rattraper. Suivez mes conseils, c'est tout ce que je peux vous dire. Ne vous emmerdez plus avec tout ça.
Sur ces mots, je me rendis jusqu'à la sortie de la salle de conférence d'un pas ferme et décidé. Parce que je l'étais bel et bien.
Une fois arrivé au bar de l'hôtel, le même que le jour où les drames ont commencé à s'abattre sur moi, je fus cloué au comptoir à m'enfiler mon quatrième shot, sans compter ce que j'ai bu à côté. Je ne préfère pas dire quel alcool je bois dîtes-vous qu'il me décape assez le cerveau pour aller au milieu de la foule que je détestais pourtant habituellement. Croyez-le ou non, je cherchais à discuter. Tout l'opposé de ce que j'aimais. Avant, j'aurais été dans ma chambre d'hôtel en voyant tout ce monde.
- Edward ! Cullen !
Je tournai mon visage vers celui qui appartient à cette voix qui articule mon prénom et mon nom à travers la musique. Cette blonde. Tanya.
Les shots font leur effet car je m'approche d'elle, me glissant entre quelques personnes dansant.
- Toujours dompteur de temps, mon beau ?
Je la regardai. Elle pointait son index sur mon torse en me parlant, également occupée à tenir son sidecar. Elle sembla plus éméchée que moi.
- Essaye-tu toujours de briser des mariages, ma belle ?
Son sourire bête fana.
- Et toi, t'es encore gay ?
Au lieu de répondre à sa bêtise dont elle connaît très bien la réponse, je pris mes fameuses petites fiches dans ma veste. Avec mon stylo. Elles ne me quittaient jamais. Dessus, je gribouillai quelques choses. Elle ne comprit pas, alors je lui montrai ma petite lettre d'amour.
BAISER TANYA
Ses sourcils se froncèrent à cette lecture et sa réponse ne se fit pas attendre : sa main libre s'abattit violemment sur ma joue. Elle m'aurait presque réveillé et dégrisé, celle-ci. Jamais on ne m'avait giflé comme ça avant.
En réalité, je m'y attendis un peu. Ce dont je m'attendis moins, c'est la manière dont elle se jette sur moi et sur ma bouche. Elle dévora mes lèvres comme si ça devait vaincre le cancer tout en enlaçant mon cou. Cette femme est plus folle que je ne le croyais.
Alors pourquoi l'avais-je ramenée dans une chambre de l'hôtel ? Quel idiot. Quand j'ouvre les yeux, le soleil du matin m'aveugla légèrement et je dus plisser les yeux pour la voir. Elle était en train d'enfiler sa robe cache-cœur.
Et toi Edward, tu es plus bête que je ne le croyais.
Je grognai pour faire taire ma conscience et je relevai mon visage aux traits fatigués. Je fus enroulé dans les draps fins comme un burrito et je sentis bien que j'étais nu là-dessous.
- Quoi ? Tu ne te rappelles de rien, la bête de sexe ?
Je dus paraître plus interrogatif que je ne le pensais. D'accord : soit elle plaisante, soit elle ironise, soit je me suis découvert des prouesses sexuelles cette nuit grâce à l'alcool.
- C'était terrible, fit-elle en nouant sa robe noire.
- Dans le bon sens ? grimaçai-je.
- À toi de me le dire. J'ai bien cru que tu allais t'endormir en pleine action. Après ça tu as pleuré pendant plus d'une demi-heure, on aurait dit une petite fille. C'était comme regarder du porno toute seule dans un hôtel.
Je soupirai en laissant ma tête retomber dans ma taie d'oreiller froissée.
- Triste et insatisfaisant, se sentit-elle obligée de préciser en mettant cette fois-ci son trench beige.
- Ça va, j'ai compris, crachai-je, la voix étouffée dans le tissu de la housse.
T'as compris que ça ne va plus, aussi ? Rassure-moi.
Je déglutis, les yeux perdu sur la vue que j'avais de la fenêtre depuis le lit dont je ne me décollais pas, alors que j'entendis les pas de Tanya suivis d'une porte claquée. Au moins, elle repartira en apprenant que ce qu'on désire peut nous décevoir. J'ai désiré pendant Bella avant de l'avoir pour moi. J'ai désiré une vie à deux pendant des mois avant que la vie ne veuille bien me l'offrir. Ça m'a pris environ huit ans pour que le sentiment de déception ne me gagne. Ça n'était jamais arrivé avant. Entre nous, j'avais toujours pensé que la vie était presque trop rose avec Bella. Elle avait ses défauts et ses qualités qui la rendaient parfaite et facile à vivre juste comme il le fallait sans rendre la vie conjugale sans rebondissement.
Ça apprendra aussi à cette greluche à picorer les hommes mariés.
Je ne vais pas bien. Et mon jeu commence à me nuire.
Je me décidai à passer un appel à la dernière personne que je pensai désirer voir.
POV BELLA
- Edward, c'est moi... je sais que c'est le trente-troisième message que je te laisse mais rappelle-moi s'il te plaît, ok ? Il faut que je te parle. Je t'aime...
J'appuyai sur le bouton rouge de mon téléphone en pinçant mes lèvres.
La vie devint de plus en plus compliquée sans Edward. Il manquait à Nessie et je craignais qu'il ne sombre. Il ne doit pas se laisser aller, même si je sais qu'il souffre beaucoup. Sa petite fille a besoin de lui et moi aussi. De plus, j'en ai marre de pleurer tous les jours en cachette et en faisant bonne figure devant elle.
Je soupirai en attrapant mes clefs de voiture. Il est actuellement 11h40 et j'avais envie de me terrer chez moi pendant que ma fille se régale à la cantine avec ses copines, loin de toutes mes préoccupations d'épouse et de maman. C'est mieux qu'elle soit préservée de tout ça. Au maximum, du moins.
- Bella !
Je levai les yeux vers la voix masculine qui m'interpella lorsque j'ouvris la grande porte rouge composant l'entrée de l'école primaire. J'aurais aimé qu'elle soit celle d'Edward. J'aurais tant aimé. Mais elle appartint à un homme – qui tint par ailleurs un bouquet de roses rouges par dizaine – que je ne désirai pas voir. Jamais. Plus jamais.
Mon sang ne fit qu'un tour : je fis demi-tour en refermant derrière moi. Au lieu de passer par l'entrée principale, je trottai vers la porte de la cour de récréation par laquelle j'allais pouvoir sortir sans avoir à le croiser. Du moins, c'est ce que j'avais espéré, mais il me devançait. Il fut là lorsque je sortis, je ne sais comment.
- Arrête de me suivre ! Et arrête aussi de m'apporter des fleurs ! lui crachai-je en le contournant sans même daigner le regarder.
C'est la deuxième fois. Qu'il me suivait et qu'il m'envoyait un bouquet. Ça suffit.
- Bella, donne-moi une chance, j'essaie simplement de faire ce qu'il faut !
- Tu ne peux rien faire !
- Alors j'essaie de ne pas faire ce qu'il ne faut pas !
Chaque fois que je tentai de le contourner mais il me barra le passage à chaque fois. Il manque de me faire perdre patience.
- C'est déjà fait !
- Mais je t'aime, moi ! Ça compte pas, ça ? répliqua-t-il lamentablement avec son bouquet dans la main.
- Non, répondis-je sans le moindre tact, sans le moindre remord et sans le moindre regard à son égard.
- Ne joue pas les martyrs avec moi, t'es pas toute seule là-dedans, je suis aussi bouleversé que toi ! cria-t-il dans mon dos.
J'avais enfin réussi à le dépasser mais il se fit moins discret. Je n'appréciai pas. Pas du tout. Je suis sur mon lieu de travail où ma fille suit également sa scolarité et j'allais devoir le calmer. Je me retournai donc pour le regarder pour la première fois. Il me dégoûta en un regard, je ne croyais pas ça possible.
- Alors trouve-toi un autre trou dans lequel déprimer, il n'y a plus de place dans le mien.
J'arrivai à lui clouer le bac de surprise pour seulement quelques secondes.
- Et qu'est-ce que tu fais de Nessie ? C'est notre enfant.
Il n'aurait pas dû dire ça. Je n'arrivais pas à l'entendre.
Je m'approchai de lui d'un pas déterminé, une lueur de colère animant désormais mes iris couleur chocolat au lait, comme le dit si bien mon mari.
- Nessie et toi n'avez rien en commun. Rien.
- Quoi ? Elle me déteste, c'est ça ?
Je plissai les yeux, abasourdie. De quoi est-ce qu'il me parle, bon sang ?
- Elle ne peut pas te détester, elle ne te connaît même pas suffisamment !
- Mais si elle me connaissait, elle me détesterait, n'est-ce pas ?
Je pris une grande inspiration, fermant mes yeux un petit moment. Il me courait sur le haricot. Il cherchait une affection qu'il n'aura jamais et il valait mieux pour tout le monde que nous en restions là.
- Qu'est-ce que tu attends de moi ? fis-je plus calmement, prête à discuter de manière et de choses raisonnables.
Pas du fait que ma fille te détesterait ou pas si elle apprenait à vraiment te connaître, connard.
- J'ai passé toute ma vie à entendre tout le monde me dire que je n'étais pas responsable. Et c'est vrai, je ne le suis pas, je n'ai jamais voulu l'être. Mais là, c'est différent. Pour une fois, j'aimerais faire quelque chose de correct. Mais qu'est-ce qui est correct, au final ?
Il s'assit sur le tourniquet bleu juste à côté de nous, tenant toujours son bouquet avec défaite. Il sait au fond de lui que les choses ne changeront pas.
Je fus quelque peu prise de pitié mais je me fis violence et je lui tournai le dos pour retourner à ma voiture. Il n'a réussi qu'à me donner désespérément envie de retourner chez moi et de passer un trente-quatrième appel à Edward.
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Bien sûr, il ne m'eut pas répondu.
Je l'ai appelé trois fois, ce soir. Je n'ai laissé qu'un message vocal de plus. J'ai l'impression que nous inversions notre position... maintenant, c'est moi qui manquait de le harceler. Mais je m'en fiche.
- Je t'aime, tu sais ? chuchotai-je à ma fillette qui somnola dans son lit, hochant vaguement le menton.
Elle s'était dépensée aujourd'hui, elle avait beaucoup joué. Je déposai un long baiser sur son petit crâne. Elle sent bon la fraise.
Elle est tellement belle et tellement pure. Elle n'a rien à voir avec son père biologique et tout en elle me rappelle Edward. Elle est son enfant. Et je le fais que le penser de plus en plus, surtout depuis que son géniteur connaissait sa paternité et me cassait les pieds avec ça. Et je ne veux rien entendre.
Je laissai Nessie s'endormir tranquillement tandis que je me rendis au rez-de-chaussée dans le but de me servir un verre de vin.
Comme si ça allait soigner quoi que ce soit.
Je sais que le vin rouge n'agit pas sur une plaie comme de l'alcool à 90 degrés le ferait, du moins pas exactement, mais j'aime le goût. Edward a toujours ri en m'entendant dire qu'une plaie ouverte se soignait avec de l'alcool à 90 degrés et une peine avec de l'alcool en shot. Et au vu de ce que je traverse et de ce que je fais traverser à ma famille en ce moment, je m'autorise toute seule ce plaisir sans me chercher d'excuse.
Je passai par la salle à manger dans le but de me rendre à la cuisine quand j'entendis un bruit derrière moi. Je fronçai mes sourcils et fis marche arrière.
La vue qui s'offre à moi me serra subitement la gorge et mes yeux s'humidifièrent.
Edward. Il est là. Il se tient dans la salle à manger, près de la table. Il me regardait, il tenait son bonnet entre ses deux mains et était négligé. Sa barbe n'était pas rasée et ses cheveux étaient complètement indisciplinés. S'il n'avait pas eu l'air aussi perdu et souffrant, je me serais permise de le trouver incroyablement beau.
- Oh, seigneur... je suis... tellement... je suis tellement désolée, Edward, peinai-je à dire, menaçant d'éclater en sanglots.
Il me regarda. Ses yeux verts sont brillants mais tellement durs. Je ne l'avais jamais vu comme ça.
- Tu es au courant.
Ses mots ne sonnèrent pas comme une interrogation mais comme une affirmation. Au sujet de son ADN qui ne coïncide pas avec celui de Nessie ? Oui. Malheureusement. Je hochai alors la tête, trop honteuse.
- Pourquoi tu ne m'as pas parlé ? tentai-je, de peur qu'il se braque.
Il avait déjà fait un pas vers moi en venant jusqu'ici, dans cette maison. Je refuse qu'il reparte.
- C'est difficile de parler avec quelqu'un qui nous a poignardé, Bella.
- Non, écoute... paniquai-je, ne supportant pas que ces mots sortent de sa bouche. Ce n'est pas qu'il s'est passé. Ça c'est produit un peu avant le nouvel an. Après ce soir-là il n'y a eu que toi, je te le jure.
Il sembla me jauger en serrant son bonnet. Comme s'il restait méfiant malgré mes mots.
- Pas de double vie ? D'amant dans le placard ?
- Non, bébé, non.
Je pris le risque de m'avancer un peu vers lui. J'en ai besoin.
- Jamais, lui assurai-je doucement de nouveau.
- Tu sais de qui est cette fille ?
Je me figeai, refroidie.
- Ce n'est pas qu'une fille. C'est Nessie.
- Est-ce que tu le sais, Bella ? s'impatienta-t-il, la voix dure.
Derechef, je hochai le menton en manquant de m'écrouler au sol en sanglotant.
- C'est la tienne, Edward. Peut-être pas médicalement ou biologiquement parlant mais elle est ta fille sur tout les autres points de vue. Tu es son père.
Durant mes paroles, je me fus rapprochée de lui, allant jusqu'à passer mes deux mains sur ses bras dont je sens les muscles crispés sous son manteau. J'ai besoin de le sentir. Il m'avait tellement manqué.
- Dis-moi de qui elle est, Bella.
Mon visage s'était rapproché du sien et pourtant, il ne prenait pas. Ses traits ne s'étaient pas adoucis. Une larme coula ridiculement sur ma joue.
- Dis-moi de qui elle est la fille, répéta-t-il inlassablement.
Il espéra une réponse autant que j'espérai ne pas avoir à lui répondre.
- C'est la tienne. C'est la tienne, c'est la tienne, c'est la tienne, craquai-je.
Ça y est. Les vannes s'ouvrent, les larmes coulent et ma voix se fait tremblotante comme celle d'une gamine prise en flagrant délit.
- C'est la tienne parce que... parce que lorsqu'elle a eu sa pharyngite, tu l'as bercée trois nuits d'affilées jusqu'à ce qu'elle n'ait plus de fièvre. C'est la tienne parce que son premier mot a été papa.
Il détourna et c'est grâce à la lueur tamisée de la salle à manger que je remarquai sa pommette mouillée. Il pleurait.
- Parce que tu as eu la peur de ta vie quand tu l'as perdue pendant quarante secondes au centre commercial.
Là, il baissa les yeux. Tout était bon pour ne pas me regarder. Il n'avait pas à fuir, la réalité est là.
- Parce que tu es tellement heureux chaque matin, que tu ouvres les yeux et que tu vois qu'elle était là à surveiller ton réveil. Elle t'aime, Edward... et toi aussi, tu l'aimes.
Je me hissai sur la pointe des pieds pour coller mon front au sien tandis que les larmes coulèrent toujours. J'agrippai ses épaules pour me soutenir. Il est et il sera toujours mon soutien pour tout, dans la vie.
- Ici c'est chez toi, on est ta famille... je t'en prie, Edward.
Son regard est baissé et je sens qu'il fait toujours tout pour fuir le mien qui au contraire fait tout pour le rencontrer. La zone de ses cernes marqués – par une hygiène de vie douteuse ou par un manque de sommeil ou peut-être même les deux – est humide.
Je sais que tout ça te touche, Edward. Alors je t'en supplie, laisse-toi faire.
J'approchai toujours un peu plus mon visage du sien que je vois meurtri jusqu'à ce que je choisisse de clore mes paupières. Tout ça est ma faute. J'ai été assez stupide pour laisser un homme entrer en moi quelques jours avant de rentrer avec Edward le soir du nouvel an et j'imagine que notre moyen de contraception n'avait pas fonctionné. Je me sens tellement honteuse. J'ai fait du mal à l'homme que j'aime et qui m'a toujours respectée et j'ai perturbé la vie de la chair de ma chair, bien qu'elle ne sache pas encore tout ça.
Je sentis la respiration d'Edward et je réalisai, le cœur lourd, qu'un silence apaisant fut installé entre nous que lorsque j'entendis une petite voix depuis l'étage.
- Maman ? m'appela Nessie.
Je me détachai de mon mari comme si son contact m'avait brûlé : non pas que je ne voulais plus être près de lui, bien au contraire, je voulais même me rapprocher de lui et l'embrasser à pleine bouche, mais je ne voulais pas non plus le brusquer. Non, là, je dois plutôt m'occuper d'éclaircir ma voix, de dénouer un peu ma gorge et d'essuyer rapidement mes joues. Hors de question qu'elle me voit dans cet état.
- J'arrive, bébé !
Je reniflai bêtement tandis qu'Edward me fixa. Je soutins son regard et je caressai doucement sa joue. Je l'aime et je sais qu'il m'aime toujours aussi, alors je peux me le permettre.
J'aimerais tellement que tout revienne comme avant... on était heureux.
- Tu restes ici, d'accord ? Je vais voir ce que veut Nessie, j'en ai pour une minute... reste, s'il te plait, lui demandai-je.
Je me surpris à remercier Dieu en silence lorsqu'il hocha timidement son menton mal rasé sans utiliser ses cordes vocales pour me répondre. Il n'en a pas besoin, j'ai la réponse que je voulais. Mon pouce caressa tendrement sa pommette et je me permis un baiser sur ses lèvres. Un baiser chaste certes, mais long et doux pour profiter de lui et comme pour lui transmette tout l'amour que j'ai pour lui malgré tout ça. Il me rendit la même pression, sans me toucher de ses mains.
Un pas après l'autre, Bella. Laisse-le se remettre et revenir à son rythme.
Je le sentis soupirer, signe qu'il avait retenu sa respiration. Satisfaite du peu que j'ai obtenu jusque-là, je le contournai pour gagner l'escalier puis l'étage pour rejoindre Nessie qui s'est remise dans sa chambre. Et dans son lit, visiblement. Elle n'a pas dû entendre la voix de son père en bas, sinon elle serait descendue.
- Ça va, ma puce ? Qu'est-ce qu'il y a ?
- J'ai fait un cauchemar...
- Oh, bébé...
Je m'approchai d'elle pour m'asseoir au bord de son matelas. J'avais pris soin de bien effacer toute trace d'humidité sur mon visage avant d'entrer ici.
- Tu veux me le raconter ?
Elle marmonna quelque chose que je ne compris pas. Non pas qu'elle ne veuille pas me répondre, je vis qu'elle somnolait déjà. Son cauchemar ne devait pas être bien méchant, si elle manquait déjà de se rendormir le temps que je monte ici...
Je caressai son petit crâne, veillant à ne pas emmêler ses cheveux, et ça ne prit que quelques minutes pour qu'elle se rendorme. Après quoi, je pus revenir au rez-de-chaussée.
- Edward ?
La salle à manger était vide. Il n'était plus là. Ce n'est pas vraiment son genre... du moins, je ne l'espère pas. Je me rendis à la cuisine.
- Edward ? appelai-je à nouveau.
Personne. Je fronçai les sourcils. Mon verre est toujours sur l'îlot central, rien n'avait changé mis à part quelques choses. D'abord, un verre à pied. Il était bien chargé en vin.
Ensuite, le bouquet de fleurs. Il m'a été livré ce matin par le géniteur de Nessie qui a cru bien faire. Je l'avais posé près de la plaque de cuisson et je le retrouvais maintenant sur l'îlot avec le verre de vin. Il tentait toute approche depuis qu'Edward lui a parlé de ce pseudo test ADN qui révélait qu'il n'était pas le père biologique de notre fillette. Il n'est pas amnésique, il n'a pas oublié la nuit qu'on a passé juste avant que je ne me mette avec Edward et c'est cette raison qu'il s'est mis à paniquer. Et moi, là, je pris peur.
Après quoi, en m'approchant, je remarquai une troisième chose que je n'aurais pas voulu voir. Le minable petit mot qui accompagnait ce minable bouquet :
« Dure manière d'apprendre la paternité...
Rappelle-moi s'il te plaît,
Mike »
… sur lequel est posé une alliance que je reconnus immédiatement. Celle d'Edward. Je pris et la serrai entre mes doigts en m'effondrant sur le carrelage de ma cuisine, sous mes sanglots qui éclatèrent enfin. Edward a vu ce bouquet. Il a lu ce mot.
Il ne reviendra jamais. Je l'ai perdu.
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Comment allez-vous ? Je sais que les choses semblent tourner au vinaigre pour l'instant... promis, ça ira mieux par la suite ! Un peu de patience ;)
