Le troisième jour
Peter vivait l'une des pires journées de sa vie. Il n'avait que peu dormi, trop préoccupé par l'épreuve qui l'attendait le lendemain. Lorsque sa mère était venue le réveiller, il avait du lutter contre l'envie de courir se terrer sous son lit et les larmes de terreur qui menaçaient de le submerger. Il ne voulait pas quitter sa mère, il ne voulait pas quitter le cocon familial et tout l'amour qu'il représentait pour lui. Il voulait juste continuer à vivre sa petite vie comme avant. Personne ne l'attendait dehors et il n'y avait pas de raison que ça change. Alors à quoi bon ?
Tel un condamné à l'échafaud, il saisit la main maternelle et transplana en fermant très fort les yeux. Il monta dans ce train fatidique persuadé qu'il n'en sortirait jamais. Mais il ne pleura pas et il réussi même à réfléchir correctement. Il se précipita dans un compartiment, laissant sa valise en plein milieu pour mieux se coller à la fenêtre et voir ses parents lui faire de grands signes d'adieu. D'adieu.
Lorsqu'il les eu perdu de vue, il hissa tant bien que mal sa valise dans le filet à bagages, ce qui le laissa en sueur. Puis il se blottit dans un coin du compartiment, roulé en boule sur un siège, la tête contre la vitre, et s'efforça de ne penser à rien. D'autres élèves entrèrent et lui demandèrent son nom. Il marmonna une réponse et les oublia à nouveau, si bien qu'ils lui fichèrent la paix. Il n'eut droit qu'à des regards curieux ou moqueurs. Rien qui ne changeait de ses habitudes.
La nuit tombait à mesure qu'ils s'approchaient du château. Lorsqu'il descendit du train, Peter tremblait de peur. Tout était si inconnu autour de lui ! Aussi obéit-il immédiatement lorsqu'une voix bourrue appela les premières années. Le géant à qui elle appartenait faisait un peu peur, mais au moins, il semblait savoir ce qu'il fallait faire.
Etrangement, la traversée du lac et la découverte du château l'exaltèrent. Tout était si calme sur ce lac. Tout allait doucement et la vue majestueuse de l'école qui se découpait sur la nuit semblait avoir ralenti le temps. Et puis personne ne pouvait voir son visage, sa peur. Il se sentait tout seul dans le cocon de la nuit et il aimait ça.
Mais toutes les bonnes choses ont une fin. Trop vite, beaucoup trop vite, il se retrouva dans la Grande Salle, avec tous ces visages qui le dévisageaient. Sans savoir comment, il avait la tête sous le Choixpeau, était à la table des Gryffondor – peut-être parce qu'il n'avait pas pleuré ?
Là encore, Peter ne se sentait pas si mal. Tout le monde discutait avec tout le monde. Personne ne faisait véritablement attention à lui et il écoutait tout avidement sans oser intervenir. Peter aimait écouter. Il apprenait plein de choses rien qu'en écoutant, en regardant, en observant. Par exemple, cette fille rousse semblait déjà avoir en horreur deux de ses camarades masculins. Si elle avait déjà une opinion sur chacun, jamais elle ne l'apprécierait, songea Peter avec une pointe de tristesse.
Puis il fallu monter dans le dortoir. La peur revint. Il monta à reculons, redoutant de se retrouver seul avec les trois autres garçons répartis dans sa maison. Il voulait son lit, sa chambre solitaire, un endroit ou jamais personne ne pourrait l'embêter. Il les laissa diplomatiquement choisir leur lit et prit le dernier. Puis il plongea la tête dans sa malle pour qu'on l'oublie.
Hélas, le destin ne semblait pas vouloir le laisser en paix. Une main lui tapota l'épaule. Il sursauta, sentant sa dernière heure arrivée. Mais le visage du propriétaire n'était pas hostile, au contraire.
- Excuse-moi, mais j'ai oublié ton nom, il y avait tellement de monde nouveau, ce soir… Comment tu t'appelles ?
- Peter, murmura Peter.
- Enchanté ! Moi, je suis Sérieux. Mais pas lui ! répondit le garçon en désignant le second brun de la chambrée.
Après un instant d'hésitation, Peter ne pu réprimer son fou rire et Sirius le suivit.
C'était le début d'une amitié.
J'adore la fin. A vrai dire, c'est l'une des premières phrases qui me soit venue à l'esprit quand j'ai songé à écrire cette fic. Et vous, avez-vous aimé?
