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O … Chapitre dix-neuf … O
"Fairy tale" - Desired
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Le doigt sous le menton, je regardais les quatre robes devant moi en ne sachant que choisir.
- Je prendrais la rouge perso, lança Amari en mangeant une pistache une jambe sur l'accoudoir. Elle est beaucoup plus sexy.
- Un peu trop peut-être… dis-je presque à moi-même en regardant la robe bustier courte.
- La verte est jolie, enchérie Tika. Je suis fan de ce petit vert d'eau, c'est très élégant.
- Moi qui préférait la noire… je murmurais.
- Ah non le noir c'est pour moi ce soir, s'exclama Sophie en désignant le sac à côté d'elle.
- Non, mais Laureline, regarde, soie, fente sur le côté, ras du cou, dos nue, la verte est parfaite pour toi.
- Aller prenons ça… C'est vrai qu'elle est sympa et j'en ai marre.
J'entendis Amari soupirer.
- Pas de regret pour la rouge alors ? dit-elle en touchant le tissu.
- Non, pas le moins du monde.
Comme me l'avait dit Sophie, Amari c'était un sacré personnage. Ses yeux me faisaient toujours peur, ce bleu perçant presque terrifiant, quand elle vous regardait, vous tuait sur place.C'était une une fille borderline qui pour ainsi dire ne mâchait pas ses mots, pour une Hinodienne c'était très surprenant. Elle était la première à boire et celle qui finissait les bouteilles à cinq heures du matin, mais derrière ce visage d'irresponsable diabolique, se cachait une fille incroyablement classe, tout autant que sa sœur d'ailleurs.
Nous avions passé une X après-midi entre filles en vue de nous trouver une tenue pour ce soir. Le palais d'Estë était sans dessus dessous pour les préparatifs. Ils avaient fait ça bien, je devais l'avouer, c'était grandiose. Il y avait des voilages partout accrochés aux voûtes du palais, des lampions de coquillages et de perles qui diffusaient une douce lumière bleuté. Je regardais ce décor fantastique en pensant à Emilie, partie avec Haldir depuis une semaine, elle reviendrait que dans plusieurs mois.
- Tu vas finir par avaler une mouche, se moqua Sophie derrière moi.
- ha, ha, mais tu as vu ça ? dis-je en désignant les lampions de cristaux qui se déplaçaient doucement sur toute la voûte centrale de la salle de réception.
- Heureusement que tu es sortie de la forêt Hinodienne… La fille sauvage…
- Moque-toi va, je lui répondais avec un sourire.
Elle me tapota l'épaule dans un soupire avant de m'entraîner vers les ascenseurs desservant les quartiers d'habitation.
- Dépêche-toi, il te faudra des heures pour te préparer.
- ça veut dire quoi ça ?
- Qu'il y a du travail.
Tika et Amari nous avaient laissé pour aller dans leur propre quartier, il était presque cinq heures et l'heure de la réception était pour dix-neuf heures, nous avions du temps devant nous.
- A quoi ressemble une Oracle ? je demandais alors que les étages défilaient.
- Tu te feras bien ta propre opinion, mais personne n'a jamais vu le visage d'une fée Oracle en public, elles sont trop précieuses, cette tactique permet d'éviter leur capture ou bien leur assassina.
- Je vois… Je ne sais pas vraiment quoi penser de cette histoire de boussole, mais j'espère faire partie de cette mission.
Je l'ai entendu soupirer.
- Quoi ?
- De toute façon, même si un de nos elfes est affecté à cette mission, nous ne ferons toujours qu'observer…
Je décelais un ton triste dans sa voix.
- C'est déjà ça non ?
- Tu n'es pas une Archive depuis assez longtemps pour comprendre. Holorïn a dû te le dire, mais nous possédons la mémoire physique et mentale de nos elfes.
- Et ? dis-je en ne comprenant pas vraiment.
- Et nous savons nous battre aussi bien qu'eux, de plus nos corps sont beaucoup plus forts, si on y réfléchit bien, nous sommes des machines à tuer Laureline…
Son sourire carnassier plein de reproches me montrait une part d'elle que je n'avais jusqu'ici pas découvert. Son discours prêtait à réflexion c'était certain…
- Mais nous sommes trop précieuses pour nous y autoriser c'est ça ?
- Tu as tout compris.
- Tika m'a déjà parlé de ça une fois.
- Nous sommes toutes frustrées sur ce point, particulièrement Tika et Amari. N'as-tu jamais essayé de participer à un entraînement ?
- ça ne m'est jamais venue à l'idée, dis-je en la regardant.
- Tu devrais, parfois nous organisons des petites sessions dans le bâtiment des Archives, à l'abri des regards désapprobateurs de nos elfes, dit-elle d'un geste de la main. Lucienne est une très bonne professeur, elle accepte depuis que Tika lui as dit "ne faut-il pas que nous apprenions à nous protéger ?", c'est rare, mais ça permet de se défouler un peu.
- Quand ont lieu ces sessions ? j'ai demandé, interessée.
- Surveille tes mails, il y en a une tous les mois environ.
Nous étions arrivées dans les quartiers Green-Leaf tout en discutant du sujet. Cela m'intriguait au plus haut point et j'étais curieuse de savoir comment je pouvais réagir lors d'une session. Je ne savais pas me battre, mais selon les dires de Sophie, c'était inné. Devais-je en parler à Legolas ? Me taire et faire ma propre expérience derrière son dos ? En même temps, cela le regardait-il ? Avec le sourire j'étais rentrée dans mon appartement en réfléchissant à la question. Sophie m'avait donné rendez-vous dans une heure dans le hall d'entrée et j'avais fort à faire.
Curieusement je n'avais pas vu mon elfe dans les parages et ne sachant pas vraiment pourquoi, cela me mettait en rogne. Etait-il déjà là bas, dans un costume trois pièces à attendre le corps dorée d'Indra ? Je serrais des dents en passant le crayon noir sur mes yeux bridés. Il ne m'avait rien dit, pas même un on se rejoint là-bas, rien, comme s'il m'avait lâchement fui…
J'enfilais la robe sans grande conviction en l'attachant derrière mon cou et ramenais mes cheveux en chignon haut décoré de deux piques de cristal croisés. Après avoir enfilé les sandales à talons hauts et mis un bracelet d'argent assortie à mon Anthropoforme, je m'étais regardée dans le miroir en soupirant. Oui, c'était pas mal, la fente sur le côté mettait mes jambes en valeur et le dos nue, la courbure de mes reins, jolie, mais j'étais loin d'être une fée… Les lignes gravées sur mes bras et les pivots dorées me firent quitter le miroir des yeux pour récupérer la pochette sur le sofa. Une dose de rouge à lèvre plus tard, j'étais dehors à attendre Sophie dans le hall devant l'ascenseur.
Les talons claquaient dans le couloir pour me prévenir de la beauté fatale qui s'avançait vers moi. Robe de velour noir, gant tout aussi noir sur les avant bras, elle était superbe.
- Tu es magnifique Sophie, dis-je en lui souriant.
- Je sais, elle répondit avec un sourire fière.
Elle restera toujours la même…
- Tu es pas mal non plus, dit-elle en me détaillant de haut en bas. Oui, ce vert d'eau était fait pour toi. Aller en selle !
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D'un geste rapide, je desserrais la cravate pour chercher l'air. Il y avait un monde fou ici, l'air était brûlant d'un mois d'été et l'atmosphère tendue. A côté de moi se tenait Glorfindel et Aimée dans une robe drapée blanche. Un goût d'amertume me passa dans la gorge en pensant à mon comportement puéril… Non, je ne voulais pas être en présence de Laureline, je n'avais pas eu la force plutôt, pour être sincère envers moi-même. Indra sera devant moi dans quelques minutes et la fée n'hésitera pas une seconde à me prendre le bras.
Oui, c'était bien ça, je n'avais pas eu la force… Tournant le problème dans mon esprit, j'avais décidé de fuir plutôt que de me demander pourquoi j'agissais ainsi. Je fronçais les sourcils en le tournant dans tous les sens. Pour ne pas irriter Indra ? Certainement, elle n'hésiterait pas à attaquer Laureline de sa langue bien pendue. Pour profiter de la princesse telle qui ce doit ? Oui, depuis trop longtemps mon désir était endormi et j'avais grandement besoin de l'assouvir… Pour ne pas blesser Laureline ? Pourquoi cela la blesserait au juste… Pour ne pas me sentir mal à l'aise ? Et pour quelle raison d'ailleurs… Pour ne pas avoir honte ? Honte de quoi, elle était mon Archive, simplement ça, pas autre chose… Alors pourquoi je me sentais fautif ? Coupable, ou même mal à l'aise de mes actes et de ceux qui se produiront cette nuit ?
Mon regard se perdait dans la foule qui s'agglutinait dans la grande salle de réception et je reconnu mon père et ma mère. Comme d'habitude durant les grandes soirées, mon père ne venait pas avec Sophie et cela me rassurait, au moins Laureline ne serait pas seule. J'ai encore avalé ma salive à cette pensée en me mordant la lèvre.
- Laureline n'est pas avec toi ?
Me demanda Tika en s'approchant avec Elladan.
- Non… Non, elle est avec Sophie, je répondais mal à l'aise sous son regard.
- Tu ne voulais pas la présenter à ton plan cul c'est ça?
La voix sanglante d'Amari avait fendu l'air d'un rire moqueur.
- Amari, dit sévèrement Elladan.
- Oh ça va, tout le monde est au courant et je suis certaine qu'elle aussi, vu les images qu'elle porte dans sa mémoire.
Mon sang ne fit qu'un tour en n'y ayant pas vraiment réfléchi. J'avais encore tendance à oublier les enjeux de mon archivage et il venait de me rattraper au pires moments. Je dévisageais l'Archive blanche en ne sachant pas quoi répondre.
- Tu avais oublié c'est ça ? dit-elle dans un rire de plus.
- Amari, ça suffit, lança Glorfindel. ça ne te regarde pas il me semble.
- Ok, ok, s'il ne veut pas assumer après tout ce n'est pas mon problème.
- Je ne veux pas mêler Laureline à ma vie personnelle. Ma relation avec Indra ne la regarde aucunement.
- Voyez-vous ça et …
- Amari ! la prévient sévèrement Elladan. S'il te plaît, Elrohir dit quelque chose par les Valars.
- Comme si je pouvais l'arrêter… dit l'autre d'un regard de dédain.
- Vous êtes irrécupérable vous deux, lança Glorfindel en prenant l'arête de son nez.
- ça va, dis-je. Je n'ai rien à cacher sur ce point de toute façon, elle peut bien dire ce qu'elle veut.
Le couple s'installa à côté de Glorfindel et Elladan à côté de moi avec Tika dans sa robe bleue.
- Je pense que Laureline aurait apprécié d'être avec toi, murmura Tika à mon oreille en passant à côté de moi.
Toujours ce goût d'amertume… Et ça ne s'était pas arrangé en posant les yeux sur elle alors qu'elle venait de se placer en face de nous avec Sophie. Séparés par le long tapis blanc d'acceuil, elle croisa mon regard en fronçant les sourcils. Elle était superbe dans sa robe satinée, ses cheveux relevés qui dévoilait son port de tête si particulier et ses yeux bien dessinés semblaient me renvoyer tout les rapproche du monde comme elle le faisait si bien. Pourquoi avais-je fait ça au juste ? Elle aurait pu être à mon bras à cet instant… D'un pas en avant, j'ai voulu traverser l'allée pour la rejoindre, mais les chants et la musique annonçant la venue du cortège s'élevaient dans l'air. Je regardais dans leur direction, puis celle de Laureline qui me fit un mouvement négatif de la tête de ses lèvres pincées. J'avais encore perdu une occasion d'être respectueux et venais réellement de m'en rendre compte… La colère me prit les veines devant ma faiblesse d'esprit, il fallait à tout pris que je me calme, moi et ce désir gênant qui me prenait les tripes. Il était inutile et insultant, je n'avais pas le droit de m'imposer à elle… Jamais je ne me le permettrais, pas après tous ses sacrifices.
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Elle était sublime… Mes yeux dégoulinaient sur la robe noire vaporeuse qui traînait derrière la princesse Indra. Une couronne d'or et les bijoux du même métal qui dégringolaient sur sa peau bronzée, la rendait juste exceptionnelle. Elle était sulfureuse et j'ai su en la voyant en chaire et en os, pourquoi Legolas avait une relation avec une telle femme. C'était la beauté incarnée, comme l'indiquait son prénom d'ailleurs, soit " beauté ou splendeur", d'après mon nouveau savoir…
Derrière elle et sa mère la grande reine Manikarnika, cachée derrière un ensemble de gardes, qui tenaient entre leurs mains un large voile noir pour la dissimuler aux yeux de tous, était l'Oracle. Visiblement grande, très grande même, ses mains liées devant elle sur sa robe noire et son visage caché par un énième voile et un masque presque terrifiant. Tous étaient silencieux en la regardant passer à pas de loup sur le tapis blanc. En face de cette marche silencieuse, se tenaient les haut elfes et autres membres du conseil de l'ABL, Gil-Galad, Galadriel et son époux, Elrond, Gandalf et tous les autres.
- Soyez la bienvenue sur Estë, reine Manikarnika, Princesse Indra, nous vous serions à jamais reconnaissant pour votre aide.
- Les fées serviront toujours l'ABL et répondront à leur requête en cas de besoin, cela va de soit Gil-Galad, surtout en étant un membre moi-même, dit suavement la reine.
- Un appartement particulier a été préparé pour vous et l'ensemble de vos suivants, nous parlerons des raisons de votre venue demain, mais pour l'instant, pour vous faire honneur et en remerciement, place aux réjouissances, fini Gil-Galad en embrassant sa main.
- Ainsi soit-il, siffla Manikarnika.
- Ainsi soit-il.
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L'Oracle resta assise aux côtés de ses gardiens sur la grande estrade en ne bougeant pas d'un pouce depuis une heure déjà. La pauvre fille, me dis-je en la regardant immobile comme une statue.
- Alors tes impression, me lança Tika en s'approchant en tendant ses mains que je pris avec un sourire.
- On se croirait à un enterrement si tu veux un avis sincère.
- A qui le dis-tu, les Oracles me donne la chair de poule, brrrr…
- Je me demande à quoi elle ressemble sous toute cette couche de tissu ? demanda Sophie en tournant l'olive dans sa coupe.
- Même après des centaines de soirées sur Émeraude ou Améthyste, je n'en ai jamais vu une sans masque, dit Amari.
- Aurais-tu vu Legolas ? je demandais par hasard.
- Avec son plan cul, dit-elle d'un mouvement du pouce.
- Amari…
- Quoi ? lança-t-elle à sa sœur. Ils sont avec mon elfe, son frère et Glorfindel, rassure toi il ne se sont pas encore éclipsés, ha ha… Je crains que tu ne vois pas trop ton elfe cette nuit ma belle.
- Sasuga (pas étonnant), dis-je en buvant mon verre cul sec. Vu les images qui traînent dans ma tête…
Je prenais ça à la rigolade, mais au fond de moi, ça me faisait chier, vraiment chier, ça m'énervait, surtout parce qu'il ne m'avait rien dit. Ou peut-être parce que j'étais juste jalouse… N'importe quoi… J'avais cru franchir une ligne que je n'aurai pas dû franchir avec Legolas, mais au final j'en étais bien loin. Des regards, quelques gestes dénués de sens et je me faisais des idées comme une vierge effarouchée… Ce que j'étais… Je me maudissais, en constatant de par sa mémoire que j'étais à des kilomètres de leur relation, oui, je n'étais rien du tout. Il la connaissait depuis des centaines d'années et avait partagé sa couche presque aussi longtemps, alors que moi, j'avais à peine effleurer des lèvres… J'arquais un sourcil désappointé au constat déplorable de ma condition…
- Ah ! les danses vont enfin commencer, dit Tika alors que la musique envahissait la salle. Je me voyais mal bouffer encore des petits fours…
- Fait chier, je vais devoir me tapper une valse avec Elrohir, pesta Amari.
- Les filles, Elladan et Elrohir vous cherchent, dit Aimée en venant vers nous.
- Et ne devrais-tu pas être avec Glorfindel ? lança Sophie d'un regard froid.
- Il TE cherche, dit-elle avec un clin d'œil.
- Hein ?
Si elle n'avait pas avalé son olive de travers, elle avait eu de la chance.
- Il est avec Legolas, il souhaite t'offrir sa première danse.
- Oh, voyez-vous ça, ça prend forme on dirait. Il va falloir que tu nous dise ce qui s'est passé à TechNoir ma fille, dit Tika en tapant son épaule.
- Mais, mais, mais, rien du tout !
- Menteuse, dis-je avec un sourire, je t'ai vue avec lui dehors et la conversation avait l'air intéressante.
- Quoi ?! Tu m'as suivie ?
- Non, je prenais l'air.
- Tsss, très bien, j'y vais…
Amari lui lança un tape dans le dos et elle partie en faisant une grimace les joues rouges. Deux cents ans et pourtant l'amour nous semblait nous rappeler que nos vingt-cinq ans étaient éternels.
- Depuis une centaine d'années ils ne se quittent pas du regard ces deux là, il est temps de passer à la vitesse supérieur ou je vais m'endormir, dit Aimée en prenant un verre.
- Vous, vous étiez au courant ? j'ai demandé surprise.
- Attends, tu rigoles… ça se voit comme le nez au milieu de la figure. Sophie est beaucoup trop professionnelle et timide pour lui parler et Glorfindel n'a jamais osé l'admettre alors qu'il essaye toujours d'être là pour elle en la surveillant du coin de l'œil.
- Je vois… Il y en a beaucoup des histoires comme ça ?
Les filles m'avaient envoyé un regard gêné en se regardant entre elles. Aimée rougissait à n'en plus pouvoir et Amari la regardait avec son sourire carnassier.
- Tout le monde connaît ma relation avec Elladan, ça n'a rien de nouveau, dit Tika
Première nouvelle…
- Et Aimée en pince pour mon elfe, la taquina Amari.
Deuxième nouvelle…
Au moins j'étais fixée sur les rumeurs maintenant… Notre heure de conversation puérile terminée, nous étions restées silencieuses en regardant les premiers danseurs s'avancer. Je refusais de les regarder, elle et lui, mon regard se posa sur Sophie dans les bras de l'elfe blond en souriant bêtement comme pour faire passer le mal qui grandissait dans mon cœur de métal. Aimée était restée à mes côtés alors que les deux autres étaient toutes parties à leur propre danse. Je me sentais abandonnée et cette seule pensée me sortait par les yeux, avant j'aurais tout fait pour l'éviter et ce soir je détestais ça. J'étais pas croyable… Pitoyable même… Comment j'en étais venue à ça au juste… Les heures passaient et mes verres avec. C'était une soirée grandiose, les lumières bleutées renvoyaient une ambiance tamisées fantastique et moi je déprimais presque en soupirant comme une gamine abandonnée.
- Laureline ? Tu n'es pas avec Legolas ?
Je me retournais pour voir Holorïn, lui aussi un verre à la main.
- Bonsoir Holorïn, non, non, il est avec la princesse Indra.
- Oh, je vois… Souhaiterais-tu danser un peu ?
Je regardais un instant Aimée à côté de moi qui me fit un sourire d'encouragement.
- Pourquoi pas… je murmurais.
Il était un danseur fantastique, mes pieds suivaient sans que je ne m'en rende compte, certainement grâce au savoir de Legolas. Il regardait à droite et à gauche, critiquant les personnes présentes à m'en faire rire à gorge déployée. Je savais très bien qu'il essayait de me détendre et de me remonter le moral, j'avais toujours été une personne transparente avec un visage limpide d'expression et de sentiments, en gros la dépression se peignait sur mes traits comme la colère ou la joie. Je riais aux éclats dans ses bras en me disant que finalement la soirée n'était pas si mauvaise que ça… Qu'importe les désagréments, j'étais adulte maintenant, à moi de mûrir… Je priais juste que ce qui tirait dans mon cœur n'était simplement qu'un béguin puéril de jeunesse.
Nous avions terminé notre danse et il m'entraîna pour boire un énième verre sur la terrasse. Les lumières d'Estëlia étaient douces dans le paysage et les deux lunes brillaient au milieu des étoiles. Un vent chaud passa dans ma nuque et je me sentis beaucoup mieux.
- Comment tu t'habitue à cette nouvelle vie ? il me demanda.
- ça va, c'est un peu morose parfois… J'ai l'impression de n'être qu'une bibliothèque ambulante.
- Je comprends…
- Holorïn, pourquoi ne pouvons-nous pas en faire plus ?
Il plissa des yeux en déposant ses mains sur la rambarde de la terrasse.
- Que veux-tu dire ?
- Nos connaissances détiennent aussi la mémoire physique de nos elfes, pourquoi ne pouvons-nous pas l'utiliser ?
- Vous êtes beaucoup trop précieuse pour combattre Laureline, tu devrais le savoir, votre vie compte plus que tout.
- Je trouve cela injuste.
- Injuste ?
- Je croyais pouvoir garder mon libre arbitre et faire ce que je souhaitais.
- Laureline, pas si c'est pour te mettre en danger.
- Nous sommes plus fortes que vous, Holorïn.
- Quand bien même, dit-il d'un ton plus rude maintenant.
- Vous ne pourrez pas nous garder enfermées éternellement, je vais finir par devenir folle sans avoir de challenge dans ma vie, sans effort, sans objectif, sans rien, je ne suis pas d'une nature à attendre sans rien faire.
Un air triste passa sur ses traits alors qu'il détournait le visage pour regarder les lunes dans le ciel. Je le regardais débattre avec lui-même, en serrant la rambarde.
- Rose était comme toi… Avant son Archivage, elle me disait déjà que sa situation ne resterai pas à me regarder faire ma vie en attendant d'avoir une utilité. ça à toujours été un problème pour vous, ce que je comprends, mais pour nous, vous êtes les êtres les plus précieux de cet univers.
- Ce n'est pas une raison pour nous garder en cage.
- Jamais nous ne vous laisserons aller au combat Laureline, imagine si l'une de vous périssait… Imagine que ce soit toi, Legolas mourrait et son savoir avec.
- Vous ne voulez pas nous perdre parce que cela engendrerait la perte de l'elfe archivé et de son savoir, c'est tout, mais nous en tant que personne ça vous est égal.
Mon ton avait été beaucoup plus froid que je ne l'aurai souhaité.
- Je t'interdis de dire une telle chose, dit-il en me menaçant du doigt.
- Alors laissez nous décider de notre vie et de la façon dont nous souhaitons la vivre ! N'est-ce pas une règle de nous autoriser à faire ce que l'on souhaite ?!
Son bras tomba nonchalamment le long de son corps en détournant les yeux de moi. Il savait pertinemment que je n'avais pas tort… Il savait aussi que notre façon de vivre actuellement ne tenait qu'à un fil.
- Ce jour viendra Laureline, quand je ne sais pas, mais nous savons tous qu'il arrivera, nous voulons juste le repousser.
- Les Archives se multiplient, ce jour est proche Holorïn et personnellement je ferais partie de cette rébellion…
- Je sais Laureline, je sais… Et c'est tout à ton honneur, finit-il dans un sourire.
Je m'en voulais d'avoir presque crié, mais en même temps c'était de ma vie dont il était question. Il caressa mon bras dans un geste voulant dire que tout allait bien et je lui sourit pour faire passer ma colère.
Sache que je vous entends et que malgré ma crainte, je vous soutiendrais, je l'ai toujours fait. Un jour Laureline, un jour je te le jure.
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- Alors comme ça tu es un elfe archivé maintenant ? lança Indra en me regardant avec l'air suave qui lui allait si bien.
- En effet, depuis une semaine.
- Et où est donc cette petite Archive que je juge si elle est digne de toi ?
- Tu n'as pas à le savoir et elle est amplement digne de moi, c'est plutôt l'inverse que tu devrais demandé, je répondais d'un air froid.
Indra était resté en ma compagnie tout le long de la soirée. C'était ainsi que je l'avais prévue bien entendu, mais mon regard sur elle avait visiblement changé. Avant je me prêtais facilement à ses petits jeux de séduction, mais ce soir mon humeur n'y était pas. Je sentais mon désir se tendre ainsi que mon envie, mais ma patience avait visiblement atteint sa limite, bref, je voulais en finir.
- Puis-je deviner, après tout, si un nouveau visage de métal passe je le saurais, je les connais toutes.
- Indra, tu n'as pas besoin de la connaître…
- Pourquoi tu n'oses pas me la présenter, aurais-tu peur de ma réaction ? De ce que je pourrais lui dire ?
- Tout juste.
- C'est mal me connaître mon cher Prince.
Après une danse, puis deux et après avoir perdu le compte, j'aperçus Laureline dans les bras d'Holorïn prendre les pas de la danse suivante. Elle était gracieuse et élégante dans cette robe, ces pas étaient juste et j'ai un instant froncé les sourcils en regardant la main de l'elfe dégringoler dans ses reins. Il murmurait à son oreille et elle lui répondait d'un rire franc qui plissa mes yeux plus encore. Je ne savais pas quoi faire, le sang bouillonnait dans mes veines d'une colère incomprise. J'avais l'impression d'être dans un guet-apens, au bras d'Indra, à regarder l'elfe qui volait la place que je lui avait cédée de bon cœur en pensant que cela était la meilleure chose à faire…
- Oh, c'est elle. Une Hinodienne c'est drôle, comme ces chers jumeaux, dit-elle au creux de mon oreille. Tu n'as pas hérité de la plus jolie, plutôt passable et bizarre ce corps entièrement mécanique.
- Tu ne la connais pas, je répondais durement en la dévisageant.
- Alors présente là moi.
- Hors de question.
- Tu sais à quel point j'aime quand tu me parles de cette façon n'est-ce pas ? Me chercherais-tu, Prince des elfes ?
Elle me rendait fou à la regarder avec un regard de dédain si mal caché.
- Nous avons mieux à faire dans ce cas.
- Je vois, avec grand plaisir…
Je l'entrainais durement par le bras vers les quartiers d'habitation après avoir regardé mon Archive une dernière fois partir au bras de l'elfe sur la terrasse de la grande salle.
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J'avais perdu Legolas des yeux depuis notre retour, je ne voulais pas me poser plus de question, mais je savais très bien ce qui en retournait. Je regardais calmement Sophie au bras de Glorfindel en sirotant mon verre. Il était tard, ou plutôt tôt, si on voulait être honnête…
- Tu commences à fatiguer on dirait ? me lança Tika en arrivant vers moi avec un grand sourire.
- Oui, je dois bien l'avouer.
- Legolas est parti lui aussi on dirait bien.
- Oui avec cette beauté féerique qui plus est, dis-je en finissant mon verre.
- Jiji, ne t'attache pas trop, c'est quelqu'un de réservé et n'a jamais laissé de place aux sentiments dans sa vie… Mais ça tu dois déjà le savoir.
- Oui, mais je n'ai rien demandé tu sais…
- Je sais… dit-elle en posant une main sur mon bras.
- Ne t'inquiète pas pour moi Tika, je lui rendis dans un sourire. Aller, il est quatre heures, il est temps d'aller au plumard.
- Ha, ha, oui tu as raison, dors bien Jiji.
- Tu me raconteras la fin de soirée, dis-je en désignant le couple blond qui dansait encore du menton.
- Compte sur moi !
L'étage des Green-Leaf était silencieux et plongé dans le noir, à pas de loup et le coeur battant j'étais passé devant l'appartement de tout mes maux pour n'entendre que le silence. Visiblement ils n'étaient pas là et c'était rassurée que je marchais dans le couloir jusqu'à mon propre domaine. J'ai retiré cette foutue robe avant de mettre un vieux tee-shirt et un cycliste pour me poser sur le balcon et sentir l'air frais de la nuit sur mon visage. Je ne pouvais pas retenir l'air maussade qui coula sinistrement sur la peau artificielle de ma joue. Elle était naturellement chaude, elle avait un cœur de chair, la peau maculée de pores et certainement douce. Elle était tout ce que je n'étais plus, vivante et organique. Leur corps devaient se mélanger comme ils devaient le faire depuis des centaines et je n'aurais, moi, jamais droit à ça… Je n'avais rien à lui offrir.
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