Chapitre 7 :
S.O.S
Après avoir brièvement parlé de Nathaniel à leur enfants, Carlisle et Esmée passèrent une partie de la nuit devant leur ordinateur. Ils cherchèrent un moyen d'apprendre le braille au jeune homme et le trouvèrent en un livre fait spécialement pour cela. Voyageant sur les sites spécialisés, ils trouvèrent aussi d'autres choses qui pourraient améliorer le quotidien pour leur petit protéger, s'empressant de passer commande en sachant qu'il faudrait un petit moment avant qu'ils ne soient livrés. Et le lendemain, ils se rendirent de nouveau chez Nathaniel comme ils en avaient maintenant l'habitude.
Seulement ce jour là, ils furent suivis. En effet, Rosalie, Jasper, Emmet et Alice avaient décidé de suivre leurs parents en douce, très curieux à propos du jeune homme dont-ils s'occupaient. Edward avait voulu aller avec eux, intrigué lui aussi, mais Bella l'avait accaparé, se fichant totalement du jeune aveugle. Ils y étaient donc allés sans lui, suivant leurs parents de loin pour ne pas se faire repérer, sachant que cela ne leur plairait pas. Seulement, leur petite entreprise ne servit à rien puisqu'ils ne virent jamais le jeune homme. Lorsque celui-ci vint ouvrir la porte au couple de vampire, ceux-ci leur bouchèrent la vue et une fois la porte refermée, ils ne purent en voir davantage, les volets étrangement clos. Ils se tenaient à distance afin de ne pas se faire remarquer, aussi, l'éloignement et les bruits de la ville parasitant leur ouïe, ils n'entendirent rien. Ils ne sentirent rien non plus, le vent ne jouant pas en leur faveur. Ils s'étaient donc résignés à rentrer chez eux sans avoir rien vu et ils se firent passer un savon lorsque leurs parents rentrèrent : ils s'étaient fait repérer.
La semaine qui suivit se déroula comme la précédente, Esmée passant ses journées chez l'adolescent qu'elle chouchoutait littéralement. Il guérissait tranquillement et ils en eurent bientôt terminé avec le traitement antibiotique contre les infections et la pneumonie désormais guérie. Chaque jour, Carlisle retirait des pansements qui n'avaient plus lieu d'être. Il retirait aussi peu à peu les fils de sutures des blessures qui malheureusement laissaient d'avantage de cicatrices sur le corps du jeune homme, attristant le couple. Il y en avait une particulièrement qui avait su se faire détester : celle qui barrait sa joue droite, descendant dans son cou jusqu'à la jonction de ses clavicules. Mais Nathaniel n'avait pas semblé s'en inquiéter plus que cela, acceptant la chose simplement. Malgré l'amélioration de son état, l'adolescent restait cependant très faible et fatigué, manquant d'énergie et de force.
Esmée s'occupait de tout chez le jeune homme, veillant aussi étroitement sur lui et s'assurant qu'il se reposait suffisamment. Elle faisait aussi en sorte qu'il mange correctement alors que sa maigreur sous sa fine musculature avait tendance à beaucoup les inquiéter, elle et son mari. Nathaniel de son côté s'habituait lentement à avoir quelqu'un pour s'occuper de lui et il se rapprochait très vite du couple sur qui il comptait désormais, leur accordant un peu plus de confiance au fils du temps. Par le passé, jamais il ne se serait laissé approché si vite. Mais tout était différent aujourd'hui. Il n'était plus Harry Potter, il était Nathaniel Douglas et il avait besoin d'aide. Il était perdu et terrorisé, et il avait trouvé un point d'appuis avec Esmée et Carlisle. Ils étaient si gentils et bienveillants, il sentait qu'il pouvait leur faire confiance. Il n'avait jamais eu personne pour lui ainsi et ça faisait tellement de bien.
Dans la semaine, Esmée commença à essayer de lui faire reprendre contact avec le monde extérieur en lui faisant faire diverse choses. Ainsi un jour, elle lui avait amené un bouquet de fleurs. Nathaniel avait d'abord été triste, lui rappelant qu'il ne pouvait les voir. Mais elle lui avait répondu qu'il pouvait les sentir et les toucher. Il s'était donc prêté à l'exercice. Il avait touché et il avait senti. Et il avait découvert un autre monde en faisant cela. Il avait découvert que s'il ne voyait pas les fleurs, ils pouvait les percevoir d'une autre façon. Il avait touché tiges, feuilles et pétales. C'était tantôt rugueux, tantôt doux, lisse, rêche, piquant, râpeux, duveteux... Et il avait senti. Il avait pris le temps d'analyser chaque odeur. Enivrantes, agréables, dérangeantes, subtiles, brutales, âpres ou délicates... il avait fait attention à ces choses auxquelles il n'avait jamais prêté attention avant. Finalement, il avait pu profiter de ces fleurs et cela l'avait réconforté.
Avec cette histoire de bouquet, il avait découvert qu'il pouvait encore percevoir le monde autour de lui, seulement, il devait le faire autrement. Maintenant qu'il n'avait plus ses yeux, ses autres sens semblaient se renforcer doucement. Après cela, Esmée s'appliqua à l'occuper de toute sorte de manière pour stimuler ses sens. Ils jouèrent à reconnaître des formes, des goûts, des matières, des sons, des odeurs... La dame lui fit faire toute sorte de choses pour l'aider à s'habituer à la cécité. Avec elle, il s'entraîna à se servir de son portable pour qu'il puisse les joindre facilement s'il en avait besoin. Il apprit à différencier pièces et billets, organisant soigneusement son portefeuille pour qu'il s'y retrouve facilement. Il apprit à se servir des choses qu'il y avait dans sa maison comme la machine à laver et le micro onde par exemple. Il apprit à se servir à boire s'en en mettre partout, se guidant de ses doigts. Il s'entraîna encore à manger seul. Il réapprit à se servir d'un couteau sous la surveillance étroite d'Esmée. Il s'était coupé une fois ou deux mais heureusement, la vampiresse avait pu encore vérifier que son sang ne l'attirait pas du tout, n'éveillant guère le prédateur en elle. S'était comme s'il n'y avait pas de sang et elle n'en n'était nullement gênée. Elle s'était aussi mise à cuisiner avec lui, faisant des choses simples pour commencer comme des pâtes par exemple. Elle l'aida aussi à organiser son réfrigérateur et tout ses placards pour qu'il s'y retrouve facilement.
Bref, ils occupèrent leur temps entre activités et exercices pour qu'il s'exerce, et distractions. Ils ne travaillaient jamais très longtemps, Nathaniel fatiguant rapidement et attrapant facilement mal à la tête lorsqu'il se concentrait un long moment. Lorsqu'ils ne travaillaient pas, ils écoutaient de la musique, discutaient ou faisaient de la lecture. Et le soir, Carlisle venait et faisait les soins du jeune homme avant de parler tranquillement avec lui de ses journées ou d'autres choses suivant l'humeur. À chaque nouvelle problématique que le jeune aveugle rencontrait, ils réfléchissaient tout les trois à une solution, Nathaniel extrêmement soulagé par leur aide, leur soutient et leur réconfort.
Tout trois se rapprochaient très vite, les deux adultes s'occupant de l'adolescent avec attention. Ils étaient là pour tout, toujours calmes, tranquilles, doux et joyeux. Ils étaient là pour le rassurer et le réconforter, pour lui remonter le moral alors qu'il était au plus bas. Et chaque jour, Nathaniel leur faisait un peu plus confiance et acceptait de plus en plus facilement leur attention et leurs gestes d'affections, en profitant pleinement et découvrant ces choses qu'il n'avait jamais eu. Il restait pourtant relativement fermé. Il ne leur parlait pas de lui et de son passé, de ses cauchemars. Il n'arrivait pas à demander spontanément de l'aide alors qu'il attendait toujours que ce soit Carlisle ou Esmée qui lui demande, ceux-ci ayant le don pour deviner lorsque quelque chose n'allait pas. Et même alors, il avait bien du mal à avouer son soucis. Malgré leurs efforts, le couple avait énormément de mal à l'égayer et à le faire sourire même légèrement, n'ayant encore jamais entendu son rire. Il ne parlait pas de ce qui le minait, ne se plaignait jamais, ne demandait rien et tentait de cacher au mieux son mal-être. Il ne voulait pas les gêner.
Et les deux vampires apprenaient chaque jour à le connaître un peu plus à travers le quotidien et leurs longues discussions. Ils pouvaient parler de tout avec l'adolescent. Il était très ouvert d'esprit, tolérant, intelligent et réfléchi. Il avait souvent une opinion peu commune que ce soit par rapport aux autres ou par rapport à son âge. Parfois, on avait l'impression qu'il avait vu toute les peines du monde alors qu'il parlait avec une sagesse et une expérience profonde. C'était étrange à entendre pour eux qui avait déjà vécu si longtemps et cela ne faisait que renforcer leur curiosité à l'égard du passé du jeune homme. Mais ils avaient aussi peur de savoir parfois alors qu'ils avaient l'impression qu'il avait vu des choses auxquelles il n'aurait jamais dû assister. Ils découvraient la personnalité de leur petit protéger et pour eux, il était une personne en or. Il était doux et patient. Il pensait aux autres avant de penser à lui. Il était droit et juste, digne. Il était gentil et généreux, tranquille. Il avait une personnalité incroyable et paisible qui ravissait les deux adultes, cela ne se faisant que trop rare. Et ils ne pouvaient s'empêcher de se dire que c'était toujours aux meilleurs qu'il arrivait des catastrophes alors que l'adolescent n'avait certainement rien fait pour avoir mérité tout ce qui lui tombait dessus sans pitié.
Alors ils tentaient de le détendre et de lui remonter le moral mais ils avaient bien du mal à y arriver. Ils comprenaient sa morosité, c'était difficile pour lui alors qu'il avait beaucoup de mal à accepter le handicap. L'adolescent ne parvenait pas à s'y faire. Il avait peur, il était terrorisé par l'obscurité. Il mourrait d'envie de revoir la lumière, les couleurs, les formes, les perspectives... tout cela lui manquait affreusement. Il se sentait parfois étouffer dans l'obscurité lorsqu'il se réveillait d'un cauchemar. Mais il y avait une chose qu'il avait encore plus de mal à accepter : la perte de sa magie. Il se sentait tellement faible et vide sans elle. Il ne sentait plus sa douce et puissante énergie couler en lui en une fraîche rivière. Non, elle était asséchée comme le dessert et le tiraillait affreusement. Il avait l'impression que sa vie l'avait fuis en ne laissant qu'une petite étincelle derrière elle. Tout juste assez pour rester en vie. Une vie à laquelle il avait beaucoup de mal à se faire. Elle lui manquait tellement sa douce magie qui avait été la seule chose de bien qu'il avait eu dans la vie hormis les êtres chers qu'il avait perdu. Il pleurait sa disparition alors que l'insécurité qui en découlait l'emplissait. L'insécurité et la faiblesse. Il se sentait démuni et impuissant alors que son corps était constamment faible, la fatigue toute proche à chaque instant. Il ne s'était jamais senti aussi vide de sa vie. C'était horrible et il ne parvenait pas à s'y faire. Il lui manquait cette vie, cette énergie dont un être magique tel que lui avait besoin pour vivre normalement. Lui ne l'avait plus et le ressentait durement.
Et puis en plus de la perte de ses yeux et de sa magie, il y avait encore la blessure de la trahison qui saignait sans discontinuer, il y avait les horreurs de la guerre trottant dans sa tête vicieusement et continuellement. Il y avait la douleur de la disparition de ceux qu'il avait aimé. Il y avait toutes ses blessures récoltées au fils des années et jamais soignées. Il y avait sa situation présente, la peur de voir le monde magique revenir en finir avec lui, la peur et l'incertitude d'un avenir qu'il ne parvenait pas à imaginer. Déjà qu'il ne savait pas sourire avant, maintenant, il ne parvenait presque plus à se forcer à faire semblant de temps en temps. Il n'avait jamais été heureux et aujourd'hui, il n'avait plus d'espoir de l'être. Il louait cependant le ciel d'avoir Carlisle et Esmée avec lui. Ils lui faisaient tellement de bien, ils étaient si gentils et si doux. Ils le réchauffaient et le réconfortaient, le rassuraient. Il se sentait bien et en sécurité avec eux. Ils étaient un cadeau dont-il connaissait la valeur mieux que personne. Mais le bonheur n'avait jamais été pour lui alors il se disait que ça ne durerait sûrement pas très longtemps. Il redoutait cependant le moment où cela prendrait fin, parce qu'il s'était déjà tellement attaché à eux. Ils étaient son seul repère dans cette vie d'obscurité et de faiblesse. Ils étaient sa lumière.
À la fin de cette seconde semaine au côté de l'adolescent, Esmée reçut le livre pour apprendre le braille et c'est avec Carlisle qu'ils le découvrirent tous ensemble pendant le week-end. Ils en commencèrent l'étude la troisième semaine. La dame aidait chaque jour son protéger dans cet apprentissage, lisant le livre pour lui et lui faisant toucher les différentes plaquettes en écriture braille correspondant à chaque explication. Et elle était impressionnée par Nathaniel. Il apprenait très vite et faisait preuve d'une excellente capacité de mémorisation et d'apprentissage. Elle tentait d'apprendre en même tant que lui mais il était bien plus rapide qu'elle. Ils ne travaillaient pourtant jamais très longtemps, ne faisant que de courtes séances plusieurs fois par jours alors que l'adolescent fatiguait vite, sujet aux maux de tête.
Cette semaine là vit d'autres changements. L'état du jeune homme s'était bien amélioré. Ses côtes s'étaient ressoudées précairement et même si elles étaient encore extrêmement fragiles, elles ne bougeaient plus et ne causaient presque plus de douleur. Ses plaies étaient presque complètement cicatrisées, ne nécessitant plus de soins ou de pansement et ses brûlures étaient pratiquement guéris. Elles avaient cependant laissé de lourdes marques et celles autour de ses yeux avaient laissé sa peau insensible, comme son pouce, son index, une partie de la paume et du dos de sa main droite. Mais elles étaient en bonne voie de guérison. Nathaniel allait mieux même s'il était très loin d'être en grande forme. Mais il était suffisamment bien pour que Carlisle l'autorise à faire quelques balades tranquilles avec Esmée.
La dame l'emmena donc chaque jour dehors, l'aidant à commencer à reprendre contact avec le monde extérieur. Lorsqu'ils sortaient, Nathaniel prenait son bras d'une main, scannant le sol devant lui de sa canne. Elle sentait sa peur et son appréhension terrible et elle le comprenait aisément. Pourtant, le jeune homme ne montrait aucun signe extérieur d'anxiété. Il se tenait droit, le visage neutre et marchant avec une certaine assurance. Seulement, intérieurement, il était terrifié et elle le sentait, commençant à s'habituer à le décrypter. Elle faisait donc tout pour le tranquilliser. Elle était toujours calme, le guidant avec précaution et attention. Elle avançait lentement, lui parlant des lieux par lesquels ils passaient. Elle essayait de le détendre alors qu'il se tenait toujours très proche d'elle avec inquiétude, sa main crispée sur son bras.
Chaque jour, ils allaient dans un autre endroit, Esmée lui faisant faire des sorties réduite en temps pour ne pas trop le fatiguer mais lui permettant aussi de repérer la route entre les divers lieux et sa maison. Ainsi, ils allèrent à la banque, Nathaniel découvrant que les distributeurs étaient équipés d'un système spécifique. Esmée lui avait expliqué et montré, qu'il pouvait brancher une paire d'écouteurs dans une prise prévue à cet effet et une voix synthétique était alors là pour le guider dans l'utilisation de l'appareil, lui permettant de contrôler ses comptes et son argent par lui même. Il avait été ravi de découvrir cela et il en profita pour rembourser Esmée des achats qu'elle avait fait pour lui. Ils allèrent aussi faire quelques courses, prenant leur temps pour que le jeune homme se familiarise un peu avec le commerce et les produits. Et alors qu'ils faisaient ces courses, Esmée se rendit compte que Nathaniel se restreignait durement. Il n'achetait que le strict nécessaire. Il semblait prêt à se satisfaire de peu, ne s'offrant rien d'extravagant. Et l'extravagance pour lui, c'était la viande, les sucreries, les douceurs... Il n'achetait que des produits de bases qui lui étaient absolument nécessaires. Il refusa net lorsqu'Esmée voulut lui offrir quelques petites choses, ne voulant pas qu'elle dépense le moindre centime pour lui. Et il ne se plaignait pas.
Ainsi, ils se promenaient chaque jour un peu, le jeune homme prenant ses repères en toute sécurité avec la brune. Ils continuaient l'apprentissage du braille et les activités qui permettaient à Nathaniel de se faire doucement à son nouvel état. Mais Esmée veillait à ne pas trop charger ses journées, gardant à l'esprit qu'il n'avait qu'une très faible endurance. Aussi, elle consacrait une bonne partie de leur temps au repos et à la détente, veillant étroitement sur lui avec Carlisle qui venait chaque soir passer du temps avec eux. Tout trois savouraient leurs calmes soirées qu'ils aimaient énormément. Et en fin de semaine, le couple avait décidé de faire une petite sortie à trois.
Nathaniel leur avait parlé du fait qu'il aimait les forêts et qu'il avait envie d'aller s'y promener. Aussi ce samedi là, ils avaient décidé d'exaucer son souhait. Ils étaient donc partis en voiture jusqu'à des chemins de randonnée qui seraient facilement praticables pour le jeune homme affaibli. Et ils étaient allés se promener tranquillement. Nathaniel avait cette fois pris le bras de Carlisle, se tenant très proche de lui. Et il s'était plu à caresser l'écorce rêche des arbres, à sentir le terrain légèrement mou sous ses pieds, à humer les parfums frais et vivants de la forêt, à en écouter les bruits... Le couple avait encore une fois pu admirer sa simplicité alors qu'il appréciait ces choses toutes bêtes comme des trésors. Cette journée de détente calme leur fit énormément de bien et une seule chose vint la ternir. Alors qu'ils rentraient, Nathaniel s'était endormi dans la voiture et il avait fait un violent cauchemar. Esmée l'avait alors pris dans ses bras comme elle en avait maintenant l'habitude à chaque fois qu'elle assistait à cela. Et elle l'avait calmé et réconforté pendant un long moment.
Et après cet épisode, il fut encore plus difficile pour le couple de quitter l'adolescent le soir venu alors qu'ils savaient qu'ils ne le reverraient pas pendant deux jours. Ils avaient prévus une partie de chasse avec leurs enfants, la famille voulant passer un moment entre eux. Cela faisait longtemps. Malheureusement, Edward ne serait pas là alors qu'il avait encore décidé de privilégier Bella sur sa famille qui s'en attristait. Mais cela impliquait de laisser Nathaniel tout seul deux jours et cela ne plaisait pas vraiment aux deux adultes. Certes il allait mieux mais il n'était pas encore vraiment à l'aise et ils n'aimaient pas l'idée de le laisser seul. Ils s'occupaient de lui comme de leur fils et ils avaient l'impression de l'abandonner. Ils avaient l'impression d'abandonner l'un de leurs enfants et c'était un sentiment qu'ils détestaient.
Nathaniel tentait de les rassurer, assurant que tout irait bien et qu'il pourrait bien se débrouiller pendant deux jours. Esmée avait fait toutes les tâches et elle lui avait préparé des petits plats qu'il n'aurait qu'à réchauffer pour qu'il puisse manger tranquillement sans s'inquiéter d'avoir à faire une cuisine qu'il ne maîtrisait pas du tout. Elle avait veillé à ce qu'il ait tout ce dont-il avait besoin sous la main mais elle n'arrivait pas à le laisser comme Carlisle d'ailleurs qui s'inquiétait pour son petit protéger. La solitude n'était pas pour lui. L'adolescent les poussait pourtant à y aller, leur disant de profiter un peu de leur famille et de ne pas s'en faire pour lui, que leurs enfants passaient bien avant lui et que c'était important. Mais lui aussi était important pour eux maintenant. Cela faisait presque un mois que Carlisle l'avait vu pour la première fois dans la salle d'attente de la clinique, mais il était déjà tellement attaché à lui. Et il savait bien que Nathaniel n'était pas très à l'aise non plus d'être seul deux jours alors qu'il était plus tendu qu'à l'habitude ce soir là. Pourtant, il forçait un sourire et leur disait d'y aller et de l'oublier un peu
Mais en réalité, le jeune aveugle était très anxieux à l'idée d'être seul pendant ces deux prochains jours. Il n'était pas rassuré du tout. Il avait peur, peur de l'obscurité qui l'entourait et qui l'étouffait. Cette obscurité à laquelle il n'arrivait pas à se faire. Privé de toute nouvelle image, c'était immanquablement des visions de sang et d'horreur qui s'imposaient à lui, des visions qu'il n'arrivait pas à écarter. Avant de perdre la vue, il s'en éloignait en regardant les photos de ses parents, de Sirius, en lisant... en se concentrant visuellement sur autre chose. Mais il ne pouvait plus le faire désormais et il n'y avait que Esmée et Carlisle qui parvenaient à l'en distraire efficacement. Mais il ne voulait certainement pas se montrer capricieux. Il avait l'impression de monopoliser le temps du couple qui lui consacrait déjà tant. Il avait l'impression d'être une immense gêne et un poids pour eux alors qu'il n'était pas en mesure de leur rendre d'une quelconque manière. Il avait peur qu'ils se lassent de lui, qu'ils finissent par en avoir assez et qu'ils l'abandonnent. D'un côté, ça n'était pas du tout le genre du médecin et de son épouse mais il avait bien du mal à croire qu'ils ne finiraient pas par le laisser. Tout le monde l'avait abandonné d'une façon ou d'une autre et ce depuis toujours. Pourquoi cela changerait-il ?
Il ne voulait certainement pas qu'ils sacrifient plus de choses pour lui. Il les accaparait et leurs enfants devaient déjà bien lui en vouloir de tant occuper leur parents. Il était normal qu'ils aient réclamé deux jours de vacances avec eux et il était hors de question qu'il soit un obstacle. Il les gênait déjà bien assez comme ça. Alors il s'efforçait de les rassurer même s'il n'y croyait pas lui même. Il se sentait bien puéril d'être si anxieux à l'idée de passer deux jours seul. La solitude avait toujours été son lot quotidien depuis bien longtemps. Mais aujourd'hui, il n'arrivait plus à la supporter et à supporter tout les souvenir sombres, toutes les peurs et les angoisses qu'elle ramenait avec elle. Et puis il se sentait si bien avec Esmée et Carlisle alors qu'ils lui offraient une douceur, une gentillesse et une sécurité qui lui avaient été étrangères jusque là.
Ce fut plus tard qu'à leur habitude que le couple quitta son petit protéger. Ils avaient insisté pour qu'il les appelle immédiatement s'il avait un problème puis ils l'avaient étreint doucement avant de partir un peu à contre cœur. Et une fois la porte refermée et le bruit du moteur de la voiture éloigné, le silence tomba comme une pierre sur Nathaniel. Il frissonna un peu, tentant de se rassurer en se disant que tout irait bien même s'il avait un mauvais pré-sentiment. Mais c'était sûrement son anxiété qui lui faisait penser cela. Il alla finalement s'asseoir dans le canapé, attrapant les plaques de brailles qu'il avait eu avec le livre pour réviser un peu son alphabet. Il le connaissait déjà par cœur mais il le révisait souvent afin de l'imprimer profondément dans son esprit et sous ses doigts. Il savait que cela lui servirait même si c'était peu. Le braille était présent sur certaines installations publiques et certains produits de consommations comme les médicaments par exemple. Il savait cependant que ça ne lui permettrait pas de lire vraiment. Les livres en braille étaient très rares et trop cher. C'était un autre coup dur pour lui : devoir abandonner les livres. Ces livres qui lui avaient tant appris, qui l'avaient distrait efficacement et qui l'avaient tant aidé dans le passé.
Il révisa un moment dans le silence, celui-ci finalement coupé par le bruit de la pluie qui se mit à tomber drue à l'extérieur. Et cela provoqua un sacré boucan dans la petite maison. Il soupira sachant qu'il aurait rapidement mal à la tête avec un bruit pareil. Il abandonna alors ses révisions. Il était déjà tard et la promenade en forêt l'avait considérablement fatigué alors qu'il avait un peu insisté pour la prolonger lorsque Carlisle avait voulu rentrer. Il avait déjà mangé avec le couple un peu plus tôt aussi il alla se changer avec l'intention d'aller se coucher. Mais avant, il alla monter le chauffage. Il avait froid alors qu'il était devenu bien frileux depuis la perte de sa magie, et il savait que la pluie refroidirait vite la petite maison qui n'était pas parfaitement isolée. Carlisle avait d'ailleurs fait remarquer que quelques chauffages d'appoint ne seraient pas de trop lorsque viendraient l'automne et l'hiver. Il alla ensuite se coucher, prenant ses médicaments pour avoir quelques heures de sommeil tranquille.
Le lendemain lorsqu'il se réveilla, il trouva la maison un peu fraîche et s'en étonna, mais il mit tout d'abord cela sur le compte du fait qu'il venait tout juste de se réveiller. Il se leva doucement alors qu'il était encore tôt comme chaque matin. Il pleuvait encore et le bourdonnement de la pluie tombant sur son toit le déprima un peu plus qu'il ne l'était déjà. Il se dirigea vers sa salle de bain pour prendre sa douche matinale, heureux de pouvoir enfin le faire alors que depuis une semaine, il n'avait plus un pansement sur lui. Il eut cependant la mauvaise surprise de se rendre compte qu'il n'arrivait pas avoir d'eau chaude. Il alla vérifier ses chauffages pour réaliser qu'ils ne fonctionnaient pas non plus. Il alla donc voir sa chaudière, approchant son oreille. Il n'entendit pas le petit bourdonnement spécifique qu'elle produisait habituellement. Elle devait s'être arrêtée et il n'avait aucune idée de comment la remettre en route. Et sans ses yeux, il était hors de question d'essayer en tâtonnant, il risquerait de provoquer un accident avec le gaz de la chaudière.
D'après Esmée, cela faisait longtemps que la petite maison était inoccupée alors que personne n'avait voulu d'un si petit logis. Les installations n'étaient pas toutes jeunes même si elles fonctionnaient. Le fait qu'il avait voulu pousser le chauffage la veille avait dû provoquer un dysfonctionnement dans le système qui n'avait pas été sollicité ainsi depuis un moment. Il soupira lourdement et se résolut à prendre une douche froide. Il se dépêcha pour se laver rapidement mais cet épisode eut le don de le ramener des années en arrière lorsqu'il vivait, ou plutôt survivait, chez les Dursley où il n'avait droit qu'à l'eau froide. Ces souvenirs le firent trembler et il secoua un instant la tête pour tenter de se débarrasser des images qui lui étaient revenues en tête. Mais il n'y parvint pas totalement. C'est frigorifié qu'il sortit de sa douche éclair. Elle avait au moins eu le mérite de le réveiller. Il se sécha rapidement et enroula ses longs cheveux dans une serviette avant de s'habiller.
Il gagna ensuite sa cuisine pour avaler le frêle petit déjeuner qu'il se forçait à manger chaque matin. Carlisle et Esmée y tenaient beaucoup. Ses mains tremblaient alors qu'il avait froid et il mit la moitié à côté lorsqu'il voulut se servir un verre de jus d'orange. Agacé, il mit un petit moment à nettoyer convenablement, puis il s'assit à table pour manger un fruit et boire son jus. Une fois fait, il se servit un verre d'eau, renouvelant sa maladresse précédente alors qu'il tremblait toujours. Il n'arrivait plus à se réchauffer de lui même, son corps n'ayant plus l'énergie nécessaire pour cela. Il nettoya de nouveau avant de prendre les nombreux compléments alimentaires donnés par Carlisle. Esmée lui préparait ce qu'il fallait dans son pilulier pour qu'il ne se trompe pas. Une fois cela fait, il alla s'installer dans son canapé et s'enroula dans sa couverture, espérant se réchauffer. Et il écouta la pluie qui tombait toujours bruyamment. Il aurait bien écouté un peu de musique mais elle aurait été couverte par l'averse et il n'avait aucune envie de monter le volume, il n'aimait guère cela.
Il resta donc là, tremblant alors que le temps à l'extérieur refroidissait sa maison. Il révisa un peu son braille jusqu'au midi. Et même s'il n'avait pas faim, il alla réchauffer l'une des assiettes laissées par Esmée. Et cela eut le don de lui remonter un peu le moral alors qu'il mangeait la très bonne cuisine de la brune et il y trouva un certain réconfort. Mais même ce repas n'arriva pas à le réchauffer.
Le reste de la journée passa lentement pour lui alors qu'il était morose. Il passa ses heures à penser à tout ce qu'il s'était produit ces quatre dernières semaines. Quatre semaines depuis sa... victoire. Il ne se sentait pas vainqueur, il avait juste un ennemi de moins. Et comment pourrait-il tirer satisfaction ou quoi que ce soit d'autre d'un meurtre ? Enfin si, à bien y réfléchir, il en tirait une certaine satisfaction et une certaine fierté. Parce qu'il avait vengé ses parents et Severus que Voldemort avait tué de ses mains. Il s'était vengé pour leurs morts et pour celles de tout les innocents qu'il avait torturé et ou assassiné. Il y en avait eu tellement et il en avait vu tellement lui même. Il avait eu vengeance mais c'était une forme de satisfaction et de fierté bien étrange et bien spécifique. Il n'en retirait aucun bonheur et aucun soulagement. Il avait juste la sensation d'avoir fait une chose qu'il devait faire et c'était tout. Ça ne réparait rien et ça ne guérissait rien, ça ne changeait rien. Sa stoppait juste la folie de Voldemort mais il savait qu'il y avait bien d'autres fous pour provoquer de nouvelles catastrophes. Ce n'était qu'une question de temps, l'histoire l'avait prouvé depuis bien longtemps déjà.
Il ne retirait aucune satisfaction de ce meurtre. Depuis le tout début, il n'avait jamais ressenti la moindre satisfaction à tuer. Et Merlin savait qu'il avait ôté la vie de bien des gens depuis qu'on l'avait poussé dans les combats. Il n'avait jamais voulu tuer, mais il n'avait pas eu le choix. C'était la guerre et il y avait participé. Il pouvait dire qu'il y avait été forcé mais la vérité était qu'il ne savait pas ce qu'il se serait passé si on lui avait laissé le choix. Il ne savait pas s'il se serait battu ou s'il serait resté à l'écart. Et puis ce n'était pas son genre de rejeter la faute sur autrui. C'était lui qui avait tué ces gens. Des ennemis certes, des gens qui avaient essayé de le tuer lui ou d'autres innocents certes mais des vies quand même, aussi monstrueuses soient-elles pour certaines. Il s'était souvent posé la question de savoir si on avait ou non le droit de décider de la vie ou de la mort d'une personne quel qu'elle soit. Il n'avait jamais trouvé de réponse claire. Alors il ne savait pas s'il pouvait accepter l'excuse de la guerre pour justifier ses meurtres.
Depuis la première fois où il avait tué, il y avait souvent pensé. Au début, il s'était senti horrible, monstrueux. Il s'était dégoutté et il s'en était beaucoup voulu. Il s'était haïs pour avoir voler la vie. Il s'était senti coupable et ça l'avait rongé à petit feu. Il avait l'impression qu'il n'était pas mieux que Voldemort. Et puis il avait réfléchi et il avait compris qu'il était bien différent de lui. Lui, il n'avait jamais pris aucun plaisir à tuer. Il ne l'avait fait que lorsqu'il n'en n'avait pas eu le choix. Au début, sur les champs de batailles, il s'était efforcé de blesser et non de tuer. Mais il avait rapidement dû changer sa ligne de conduite. Un ennemi seulement blessé était un ennemi qui revenait, un ennemi qui continuait à tuer une fois qu'il s'était éloigné, un ennemi qui l'attaquait dans le dos lorsqu'il croyait l'avoir mis hors course alors que ce n'était pas le cas, un ennemi qui souvent était blessé dans sa fierté, surtout parmi les mangemort, et qui développait souvent une haine féroce envers lui, une haine qui le mettait encore davantage en danger à la rencontre suivante. Il avait compris qu'il se mettait lui même davantage d'obstacles en agissant ainsi. Alors il s'était résigné à tuer, il avait réalisé qu'il devait devenir un meurtrier s'il voulait survivre jusqu'à l'affrontement final. Il prenait des vies pour en sauver d'autres et pour parvenir à son but.
Alors il avait tué en toute conscience et il savait pourquoi il l'avait fait. Et c'était pour cela qu'aujourd'hui, il ne s'en sentait plus coupable. Il savait pourquoi il l'avait fait, il l'avait toujours fait aussi proprement qu'un meurtre pouvait l'être et il l'avait toujours assumé. Mais il ne se le reprochait plus désormais. Il ne se torturait plus avec ça. Il n'en retirait aucune fierté, aucun plaisir mais il ne se torturait pas non plus. C'était comme ça et c'était tout. Il avait fait la guerre et il aurait été bien naïf de croire qu'il aurait pu faire la guerre sans tuer. Il n'avait pas choisi pleinement d'y participer mais à bien y regarder bien des gens étaient pris dans les guerres sans l'avoir voulu bien au contraire. Il ne pouvait pas se plaindre plus qu'un autre.
Et puis il avait gagné au final alors il n'avait pas fait tout cela pour rien. Mais il savait aussi que la disparition de Voldemort n'avait pas fait disparaître ses partisans dont beaucoup étaient encore en vie. Ça n'avait pas réglé les problèmes de société du monde magique et ça n'avait pas arrêté Dumbledore et les politiques en mal de pouvoir et d'argent. Il avait stoppé la guerre pour le moment, mais une autre commencerait sûrement bientôt d'une façon ou d'une autre. Il y aurait encore d'autres morts, d'autres massacres et encore plus de douleur et de tristesse. Le monde magique ne s'en sortirait pas sans changements profond. Changements dont ironiquement, il ne voulait même pas entendre parler. Alors il n'était pas satisfait et il ne se sentait pas mieux d'en avoir fini. Il n'en retirait rien si ce n'était une suite d'horreurs, de peurs et d'angoisses, de regrets et de souffrances qui le torturaient.
Et en plus de tout ce qu'il y avait déjà, il y avait la perte de ses yeux et de sa magie. Il y avait la douleur de la trahison. Il avait beau l'avoir vu venir, il n'avait jamais cru que ça arriverait vraiment. Il avait espéré qu'on le laisserait simplement tranquille, qu'on le laisse enfin vivre sa vie mais on lui avait refusé. On avait dirigé toute sa vie pour lui, on s'était servi de lui et on lui avait tout pris jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien. Il ne lui restait plus qu'une petite étincelle de vie aujourd'hui. Dumby et les autres devaient le croire mort vu où ils l'avaient abandonné et dans quel état. Il l'espérait en tout cas, il voulait juste qu'on l'oubli.
Et il voulait juste oublier mais il n'y arrivait pas alors que tout tournait dans sa tête. Il n'y avait qu'une seule bonne chose dans cette affaire : sa rencontre avec Carlisle et Esmée. Son premier petit rayon de soleil depuis bien longtemps. Avec eux, il arrivait à mettre de côté tout ce qui le tourmentait un moment mais ils n'étaient pas là à cet instant et privé de ses distractions habituelles, il ne pouvait que penser et ses pensées étaient submergées par ses tourments. La journée fut donc bien longue pour lui et c'est un peu vaseux et toujours gelé qu'il alla se coucher alors qu'il pleuvait encore.
Lorsqu'il ouvrit les yeux le lendemain, il se sentit tout d'abord un peu étrange alors que sa tête tournait. Lentement, il s'assit au bord du lit, sentant qu'il valait mieux qu'il attende un peu avant de se lever. Il était engourdi et se sentait mal, plus faible qu'à l'habitude. Il porta une main à sa tête pour se rendre compte qu'il transpirait légèrement et que son front était anormalement chaud. Confus, il finit par comprendre qu'il devait avoir de la fièvre et cela l'inquiéta. Ça faisait à peine une semaine qu'il était à peu près tranquille avec ses blessures de batailles et voilà qu'il allait retomber malade. Ne pouvait-il être tranquille quelques temps histoire de souffler un peu ? Mais il savait que ça risquait d'arriver souvent avec la perte de sa magie, surtout les premiers mois. Julius lui avait bien expliqué qu'il allait être fragile et le coup de froid provoqué par sa panne de chaudière ne lui avait pas réussi visiblement. On avait beau être en été, il ne faisait pas très chaud à Forks et il pleuvait toujours à torrent, le vent sifflant. Il ne faisait donc pas très chaud et lui était devenu frileux et fragile.
C'est un peu inquiet qu'il se leva, sachant déjà que la journée risquait d'être pire que la précédente. Sa tête tournait et il se sentait lourd aussi, il dut s'appuyer un peu sur le mur pour gagner la salle de bain. La chaudière n'avait pas l'air de vouloir se remettre en route et il n'y avait toujours ni eau chaude ni chauffage. Soupirant, il se contenta d'une rapide toilette au lavabo, sachant qu'une nouvelle douche froide ne l'aiderait guère. Il alla ensuite prendre son petit déjeuner avant de se rouler en boule dans le canapé, enroulé dans sa couverture. Il avait terriblement froid pourtant, il transpirait de tout son corps alors qu'il frissonnait. Il se sentait lourd et engourdit, nauséeux et particulièrement faible. Et ça ne s'arrangea pas dans la journée alors que le bruit de la pluie sur son toit lui donna rapidement mal à la tête. Il se sentait de plus en plus mal, cela l'angoissant graduellement alors qu'il l'était déjà énormément et il pensa à appeler Carlisle mais il se ravisa finalement, ne voulant pour rien au monde déranger le médecin. Il resta donc là sans bouger, ne sachant pas trop quoi faire. Il se sentait de plus en plus mal et de plus en plus confus et le soir venus, il alla se coucher sans même se changer, n'en n'ayant plus la force. Il espéra qu'un peu de sommeil lui ferait du bien mais il faisait toujours aussi froid dans la petite maison et c'est avec le son de la pluie qu'il s'endormit d'un sommeil lourd et fiévreux.
Lorsqu'il se réveilla de nouveau, il ne se sentait pas mieux bien au contraire. Il avait un peu de mal à respirer maintenant. Une migraine affreuse lui fendait le crâne et il se rendit compte que ses vêtements étaient humides de sueur, son front brûlant même s'il se sentait toujours frigorifié. Il avait le vertige, tremblant alors qu'il n'avait plus de force. Il avait du mal à ce concentrer. La pluie semblait s'être arrêtée alors qu'il ne l'entendait plus ni elle ni le vent. Le silence était total dans la maison. Il n'y avait vraiment pas le moindre bruit à tel point que s'en était étrange, vraiment étrange et cela l'inquiéta beaucoup. Il se redressa doucement et difficilement alors qu'il se sentait raide et lourd. Il ne put s'empêcher de gémir lorsqu'il fut prit d'un violent vertige et il se figea immédiatement en comprenant que quelque chose n'allait vraiment pas. Il venait de gémir pourtant, il n'avait rien entendu et il n'avait pas entendu le bruit de son mouvement dans son lit, pas un son.
Prit d'une horrible peur, il s'assit au bord du lit, constatant avec panique qu'il n'avait toujours rien entendu. Il tenta de parler tout d'abord et il n'entendit rien. Posant une main sur son cou et parlant de nouveau, il sentit sa gorge vibrer pour lui prouver que sa voix fonctionnait. C'était donc ses oreilles qui avaient un problème. Il se sentit paniquer alors qu'il tentait de parler plus fort mais il n'entendait rien, absolument rien. Il était sourd par Merlin ! Affolé, il se leva précipitamment, s'écroulant presque aussitôt alors que ses jambes engourdies et tremblantes protestaient. Confus et mal, il se mit à respirer plus vite, prit d'une panique incontrôlable. Il eut l'impression d'étouffer alors qu'il essayait de faire n'importe quel bruit en claquant des doigts ou en frappant dans ses mains mais il n'entendait strictement rien. Un désespoir et une terreur sans nom s'emparèrent de lui. Qu'allait-il faire s'il n'entendait plus rien ?! Comment cela était-il arrivé ? Était-ce un effet retard du sort d'Ether ou d'un autre sort qu'il aurait pris ? Allait-il perdre ses sens un à un ? Cette supposition le désempara complètement. Il se sentait comme enfermé dans son propre corps, c'était horrible, il ne supporterait pas ça en plus du reste. Il était paniqué comme jamais, terrifié et une seule chose lui vint à l'esprit : appeler Carlisle et Esmée à l'aide, vite ! Il avait besoin d'eux.
Tentant de se concentrer au milieu de la panique et de sa faiblesse, rendu confus par la fièvre qui n'arrangeait rien et amplifiait son affolement, il essaya de réfléchir. Il devait appeler le couple et pour cela, il avait besoin de son téléphone. Il se souvint qu'il l'avait laissé au salon la veille, trop mal pour y penser. Il se redressa péniblement, son mal de tête l'embrouillant davantage. Il gagna le salon difficilement, s'appuyant lourdement sur les murs et s'en aidant pour se guider. Il se cogna et s'effondra plusieurs fois alors qu'il tremblait, se sentant terriblement mal et il s'écroula finalement dans son canapé. Il chercha immédiatement son portable à tâtons sur la table basse, toujours plongé dans ce terrible silence en plus de l'obscurité. Sa tête battait furieusement et il se sentait au bord de l'effondrement alors qu'il peinait à respirer. C'était un cauchemar ! Il trouva finalement l'appareil et l'activa les mains tremblantes. Il lâcha un cri de frustration lorsqu'il se rendit compte que sans rien entendre, il ne pouvait téléphoner directement. Il devait donc envoyer un message mais sans ses yeux pour voir le téléphone et sans ses oreilles pour entendre les confirmations vocales, la tâche s'avérait compliquée et la panique enfla un peu plus. Il pleura sans larmes, voulant terriblement que Carlisle et Esmée soient là pour lui dire une fois encore que tout irait bien.
Il tenta de se calmer un peu pour essayer d'envoyer son message. Il lutta pour réfléchir et il se dit que s'il faisait les choses dans l'ordre, il pouvait réussir à envoyer quelque chose. Aussi, s'il n'entendait rien, il tenta de donner les commandes vocales distinctement et lentement pour faire ce qu'il voulait mais il ne put savoir s'il avait réussi ou non. Il espéra de toute son âme que ça avait fonctionné et se rassura un peu en se disant que de toute manière, Carlisle et Esmée devaient revenir le voir aujourd'hui. Lâchant son téléphone, il se roula en boule dans le fauteuil, respirant de manière erratique et désordonnée, sa tête battant furieusement alors qu'il se sentait très mal. Il paniquait comme jamais maintenant alors qu'il avait déjà été hyper tendu depuis sa dernière bataille. Il ne supporterait pas ça en plus, c'était trop, beaucoup trop. Et cette fois, il ne savait comment gérer, perdant tout ses moyens. Il resta roulé en boule, assis, ses jambes pliées contre sa poitrine et entourées de ses bras, son front posé sur ses genoux. Et il priait pour que le couple vienne l'aider alors que la panique et la peur le submergeaient, amplifiés et encouragé par le silence et l'obscurité.
Carlisle et Esmée souriaient doucement aux moqueries d'Alice et Rosalie qui riaient d'Emmet. Ils étaient rentrés de leur partie de chasse depuis quelques heures et le grand brun était toujours la cible des deux vampiresses qui se moquaient gentiment de lui. En effet, Emmet, prit dans son enthousiasme de chasser un ours, s'était pris un arbre de plein fouet dans sa course alors qu'il ne regardait pas où il allait, s'apprêtant à sauter sur sa proie. Et le dit arbre l'avait stoppé net alors qu'il s'y était profondément encastré, sa proie fuyant. Sa famille l'avait rejoint pour le trouver étalé au sol en étoile, boudant comme un enfant et pestant contre l'arbre, demandant qui avait bien pu le mettre là. C'était vrai quoi ! Un arbre dans une forêt, ça n'était pas commun ! Et depuis, ses sœurs se moquaient de lui, pourtant, il l'avait rattrapé cet ours ! Enfin tout le monde s'en amusait, même le concerné au fond.
Ils avaient passé un bon moment en famille. Tous avaient déploré l'absence d'Edward qui était présentement avec sa copine dans sa chambre. Il était juste venu leur dire bonjour rapidement, l'air gêné et un peu triste de ne pas être allé avec eux en voyant qu'ils s'étaient amusés. Puis il s'était de nouveau éclipsé. Mais ils avaient quand même passé un bon moment. La seule ombre au tableau était que durant ces deux jours, le couple parental avait été continuellement inquiet pour son jeune protégé laissé seul. Jasper l'avait senti et en avait fait part à ses frères et sœurs. Tous savaient pour qui ils s'inquiétaient.
Carlisle et Esmée ne leur parlaient jamais de l'adolescent dont-ils s'occupaient et ils leur avaient défendu de de nouveau essayer de les espionner. Ils avaient obéis et donc, ils n'en savaient toujours guère plus sur lui. Mais ils avaient bien vu ces dernières semaines que le couple s'était beaucoup attaché à lui. Ils paraissaient très épanouis depuis leur rencontre avec le jeune homme. Esmée avait retrouvé un immense sourire comme Carlisle et ils étaient tout deux plus tranquilles. Et ils étaient aussi toujours un peu inquiet pour leur protégé, pressés d'aller le voir chaque jour et il fallait dire que toute la maison en était très intriguée. Mais comme le couple ne souhaitait pas partager avec eux pour le moment, disant qu'ils protégeaient la vie privée de l'adolescent, ils n'avaient pas insisté, leur faisant confiance alors que cela semblait leur réussir. Et Carlisle et Esmée savaient ce qu'ils faisaient. Ils avaient compris leur inquiétude mais ils ne leur avaient pas reproché. De toute manière, ils ne l'avaient perçu que grâce à Jasper alors qu'ils ne la faisaient pas peser sur eux.
Et maintenant, ils se doutaient bien qu'ils étaient impatients de rejoindre l'adolescent. Carlisle ne travaillait exceptionnellement pas aujourd'hui. Esmée regardait fréquemment l'heure, comme son mari et tous savaient qu'ils attendaient qu'il soit presque neuf heure pour partir alors que c'était à cette heure là que la brune allait chez leur protégé chaque jour. Il était juste huit heure pour le moment et ils patientaient, ne voulant pas y aller trop tôt de peur de le réveiller et de le priver d'un peu du sommeil dont-il avait tant besoin. Ils s'étaient beaucoup inquiétés pour lui ces deux derniers jours et ils étaient vraiment pressés de le retrouver pour s'assurer que tout allait bien.
C'est sur un éclat de rire général provoqué par un Emmet boudant puérilement que le portable du médecin sonna soudain. Il le sortit, souriant encore des pitreries de ses enfants mais il reprit son sérieux en voyant que c'était Nathaniel qui lui avait envoyé un message. C'était la première fois. Il l'ouvrit et écarquilla les yeux en lisant : « S.O.S ». autour de lui, tous le virent se tendre brutalement, les inquiétant alors que Jasper sentait soudainement son angoisse fulgurante.
- Carlisle ? demanda-t-il alors que tous regardaient le blond.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Esmée en s'approchant pour regarder le téléphone.
Elle lut le message et eut la même réaction que son mari, inquiétant davantage leurs enfants. Ils se regardèrent avant de se lever précipitamment et de partir comme des flèches, disant vaguement qu'ils avaient quelque chose à faire. Jasper, Alice, Emmet et Rosalie les regardèrent prendre la Mercedes de Carlisle et partir en trombe, se demandant ce qu'il se passait.
Sur le chemin vers la petite maison de Nathaniel, Esmée tenta de l'appeler mais l'adolescent ne répondit pas, inquiétant horriblement les deux vampires. Il ne fallut pas longtemps pour qu'ils arrivent. Ils sortirent de la voiture alors que tout semblait normal de l'extérieur de la maison. Ils gagnèrent la porte et Carlisle appuya sur la poignée. Étrangement, la porte s'ouvrit, Nathaniel n'oubliait jamais de fermer sa porte à clef. Ils entrèrent sans attendre, s'annonçant à voix haute mais n'obtenant aucune réponse. Ils allumèrent et cherchèrent Nathaniel des yeux frénétiquement pour le trouver roulé en boule sur le canapé. Il tremblait fortement et ils entendaient clairement sa respiration erratique alors qu'il semblait sur le point de s'étouffer, son cœur battant la chamade.
- Nathaniel, appela Carlisle en s'approchant rapidement.
L'adolescent ne réagit pas à son appel mais il réagit violemment lorsque le médecin posa une main sur son épaule. Il sursauta très brutalement, fuyant le contact en reculant sur le fauteuil et en lâchant un cri qui les surprit beaucoup. Pouvant maintenant voir son visage, ils se rendirent compte qu'il était extrêmement pâle, les joues rougies et sa peau couverte de sueur. Le jeune homme avait l'air complètement paniqué sans qu'ils ne comprennent pourquoi. Mais il n'avait vraiment pas l'air bien. S'approchant de nouveau, Esmée juste derrière lui, Carlisle attrapa sa main, le faisant sursauter de nouveau :
- Nathaniel, dit-il tranquillement, Nathaniel, c'est moi, c'est Carlisle. Calme toi, pria-t-il.
L'adolescent ne réagit pas mais il se mit soudainement à toucher sa main, comme s'il cherchait à la reconnaître.
- Carlisle ? demanda-t-il finalement difficilement alors que son souffle était désordonné et agité. Carlisle c'est toi ?
- Oui, c'est moi, répondit le vampire en serrant un peu plus ses mains. Calme toi. Qu'est-ce..., commença-t-il avant d'être interrompus par l'adolescent complètement paniqué qui serrait maintenant désespérément sa main.
- Carlisle ! s'écria-t-il. Je... je n'entend plus rien, bredouilla-t-il difficilement. Je n'entend plus rien, dit-il avec affolement.
Le blond se figea une seconde comme sa femme derrière lui, comprenant soudain ce qu'il se passait et pourquoi il était au bord de la crise de panique. La première chose qu'il fit fut d'attirer l'adolescent dans ses bras alors qu'il paniquait assurément. Il l'enferma dans ses bras et caressa ses cheveux, voulant le calmer. Esmée vint s'asseoir près d'eux et prit l'une de ses mains.
- Esmée ? bredouilla le jeune homme en reconnaissant ses fins doigts doux.
Elle serra la sienne en réponse avant de lancer un regard à son mari qui essayait de calmer un peu le jeune homme :
- Qu'est-ce qu'il se passe Carlisle ? Demanda-t-elle.
- Je ne sais pas, répondit-il avec inquiétude alors qu'il berçait son protégé qu'il devait calmer. Je ne peux pas le dire comme ça. Mais il a beaucoup de fièvre, remarqua-t-il alors qu'il sentait la chaleur de son front contre lui. Il faut le calmer et puis on ira à la clinique pour voir ce qu'il se passe.
Ils se concentrèrent alors sur Nathaniel, le câlinant pour tenter de l'apaiser un peu. Et même s'il ne pouvait l'entendre, ils ne pouvaient s'empêcher de murmurer de rassurantes paroles. L'adolescent s'accrochaient à eux et il se calma finalement un tout petit peu. Le médecin s'éloigna alors et il paniqua de plus belle :
- Carlisle ! appela-t-il avec peur. Carlisle !
Le blond prit immédiatement ses mains dans les siennes alors qu'Esmée l'entourait de ses bras, leur assurant leur présence qu'il ne pouvait détecter autrement que par le toucher. Le médecin prit l'une de ses paumes et se mit à y écrire lentement pour essayer de communiquer avec lui.
« Calme toi. » commença-t-il.
Il l'écrivit plusieurs fois lentement et l'adolescent sembla comprendre ce qu'il faisait. Il tenta d'apaiser sa respiration mais il n'y parvint pas vraiment alors qu'il tremblait de tout son corps, semblant être sur le point de s'effondrer. Devinant qu'il avait son attention, Carlisle continua, écrivant le plus clairement possible dans sa main :
« Nous sommes là et on ne te laissera pas. » rassura-t-il d'abord. « Depuis quand tu n'entends plus rien ? »
- Ce matin, répondit difficilement l'adolescent la voix faiblarde et hachée. Je me suis réveillé comme ça, dit-il d'un ton hésitant et mal assuré.
« Et depuis quand tu as de la fièvre ? »
- Hier, dit-il. La chaudière s'est éteinte, expliqua-t-il. Je ne sais pas pourquoi. Et il a fait froid. Je crois que c'est à cause de ça, expliqua-t-il laborieusement.
Ce n'est qu'à ce moment que le couple remarqua qu'il faisait en effet très froid dans la petite maison habituellement bien chaude. Et avec sa fragilité, il était tombé malade. Mais ça n'expliquait pas sa surdité soudaine.
« On va aller à la clinique. » expliqua le médecin parlant en même tant à voix haute pour qu'Esmée suive. « On va y faire quelques examens pour voir ce qu'il y a. On s'occupe de toi ne t'en fait pas. » assura-t-il.
L'adolescent acquiesça et ils n'attendirent pas plus longtemps pour s'en aller. Tenant ses mains, Carlisle l'incita à se lever, l'aidant. C'est très difficilement que le jeune homme se mit sur ses pieds et dés que ce fut fait, ses jambes lâchèrent immédiatement. Le médecin le rattrapa avec douceur alors qu'il le soutenait déjà et constatant que Nathaniel était très faible, il ne réfléchit pas et le souleva dans ses bras, portant le frêle jeune homme pas très grand. Il le cala précautionneusement contre lui, le sentant trembler avec force, peinant à respirer. Nathaniel vint accrocher ses mains à ses vêtements, se tournant légèrement vers lui alors qu'il était clair qu'il était complètement terrorisé. Et les deux adultes comprenaient parfaitement. Aussi, ils ne tardèrent pas, voulant savoir au plus vite ce qu'il se passait. Esmée devança son mari pour lui ouvrir la porte d'entrée alors qu'il portait leur précieux protégé. Elle referma à clef lorsqu'ils furent sortis et accourut vers la voiture pour ouvrir la portière au médecin qui s'assit sur le siège passager avec sa jeune charge dans les bras, la dame prenant ensuite le volant pour aller vers l'hôpital. Le trajet se fit en silence, Carlisle tenant l'adolescent contre lui et essayant de le rassurer un peu, le scrutant aussi sous toutes les coutures alors qu'il essayait déjà de savoir ce qui lui arrivait. Dans tout les cas, il était évident que Nathaniel n'allait pas bien du tout.
Ils arrivèrent rapidement et Esmée vint ouvrir à son mari qui tenait toujours précieusement l'adolescent tremblant qui semblait avoir du mal à respirer, il avait l'air vraiment mal alors qu'il s'accrochait au médecin. Il se remettait à pleuvoir aussi, ils se dépêchèrent d'entrer dans la clinique. Il n'y avait encore personne hormis le personnel à cette heure et dés qu'elle les vit entrer avec l'adolescent, la réceptionniste bondit pour venir aider le médecin. Carlisle marcha rapidement vers son cabinet, demandant en même temps à l'infirmière de lui réserver plusieurs examens en urgence. Elle s'éloigna pour appeler les différents services qu'il lui lista alors que le blond et sa femme entraient dans le cabinet de celui-ci. Et il alla immédiatement déposer son protégé sur la table d'auscultation. Esmée vint le remplacer, entourant Nathaniel de ses bras et le tenant contre elle pour le rassurer alors que Carlisle allait chercher ce dont-il avait besoin. La brune se mit à caresser les cheveux de l'adolescent hyper tendu qui s'était tourné vers elle, recherchant sa présence. Il avait l'air très faible et elle grinça des dents en posant une main sur son front brûlant. Elle s'en voulait maintenant terriblement de l'avoir laissé pendant ces deux jours.
Le médecin commença par l'examiner simplement, prenant sa tension et sa température, regardant ses oreilles et faisant un tour complet de sa personne. Esmée garda continuellement le jeune homme contre elle, voulant le rassurer. Carlisle reprit finalement la main de son protégé, y écrivant quelques questions pour savoir ce qu'il ressentait. Et Nathaniel répondait de plus en plus faiblement alors qu'il semblait avoir du mal à se concentrer, le blond devant réécrire certaines questions plusieurs fois. Mais ils arrivèrent finalement au bout et il expliqua ensuite rapidement au jeune homme les examens qu'ils allaient faire. Et ainsi pendant le temps qui suivit, ils allèrent faire différents test pour savoir ce qu'il se passait. Carlisle portait l'adolescent pour le transporter et Esmée restait toujours avec lui pour le rassurer. Rapidement, Nathaniel sombra dans un sommeil fiévreux qui eut au moins le don de le détendre et de le calmer un peu. Mais Esmée ne le lâcha pas pour autant, ne s'éloignant que lorsqu'il le fallait pour les examens.
Il fallut un long moment pour terminer mais ils furent finalement de retour dans le cabinet du médecin. Bien que Nathaniel ait sombré dans un état de mi sommeil, mi inconscience, il tremblait toujours, respirant difficilement alors qu'il restait une certaine tension dans son corps. Malgré ses joues rougies, il était si pâle qu'on aurait pu le prendre pour un vampire. Il transpirait, quelques mèches de cheveux collées à son visage. Il gémissait doucement de temps à autre, inquiétant la dame qui le tenait précieusement.
- Il va me falloir un moment pour avoir tout les résultats et les analyser, expliqua Carlisle qui regardait son protégé avec inquiétude. En attendant, tu veux bien le ramener à la maison, chez nous, précisa-t-il. Rien que notre fauteuil est déjà bien plus confortable que son lit et il fait bien trop froid chez lui pour le moment, surtout qu'il ne doit plus y avoir d'eau chaude si sa chaudière ne fonctionne plus. Il sera mieux à la maison et on pourra s'occuper de lui.
Esmée acquiesça, entièrement d'accord alors qu'elle avait aussi toujours un peu de mal à voir le jeune homme dans la petite maison triste et modeste.
- Il faut qu'il se repose, expliqua Carlisle. Il faut le garder au chaud, au calme et peut-être rafraîchir un peu son visage pour l'aider. S'il se réveille, il faudra le faire boire. Moi je vais rester ici et regarder les résultats pour voir ce qu'il y a, j'ai déjà ma petite idée mais je ne suis pas encore sûr. Je vais me dépêcher et dés que je sais ce qu'il y a, je rentrerais avec ce qu'il faut pour le soigner. Pour le moment, garde le confortable et au chaud et s'il se réveille, essaye de le détendre au maximum. Il faut éviter qu'il stresse trop.
- D'accord, approuva Esmée. Carlisle, qu'est-ce que l'on va faire s'il perd aussi l'ouïe ? Il a déjà beaucoup de mal à encaisser la cécité, remarqua-t-elle avec inquiétude.
- On n'en n'est pas encore là, répondit-il, mais si ça devait arriver on lui proposera, dit-il alors qu'ils savaient tout deux ce qu'il voulait dire. Je vais le ramener dans la voiture, annonça alors le blond.
Il prit alors délicatement son jeune protégé dans ses bras, l'installant confortablement et ils sortirent en silence. Ils regagnèrent la voiture et Carlisle déposa Nathaniel toujours endormi à l'arrière, embrassant ensuite sa femme avant de vite regagner la clinique pour analyser les résultats qu'il avait déjà et attendre les suivant. Esmée reprit le volant et partit vers sa maison, conduisant délicatement pour ne pas secouer son précieux protégé qu'elle surveillait attentivement. Dans un sens, elle était bien heureuse de le ramener chez elle. Il y serait bien mieux et elle pourrait veiller sur lui constamment au moins le temps qu'il guérisse en espérant que ça irait. Elle ne voulait pas que l'adolescent ait à encaisser un nouveau coup dur alors qu'il ne s'était pas encore sorti du précédent. Et elle ne voulait pas qu'il ait un nouveau coup dur tout court d'ailleurs. Elle voulait juste qu'il retrouve un peu le sourire et qu'il puisse vivre sans souci.
Elle arriva rapidement chez elle et elle sortit pour aller chercher Nathaniel resté dans le même état. Elle le prit délicatement dans ses bras alors qu'entre sa force de vampire et le gabarit menu du jeune homme, c'était loin d'être un problème. Elle ferma la portière avec sa jambe et se tourna vers la maison pour voir que tous ses enfants ainsi que Bella s'étaient rassemblés à l'entrée. Après son départ précipité quelques heures plus tôt, elle ne fut pas surprise. Ils devaient être inquiets. Tous regardaient Nathaniel, intrigués et curieux de savoir ce qu'il se passait.
- Esmée, qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Jasper qui la sentait extrêmement inquiète.
Tous remarquèrent sans mal qu'elle tenait très précieusement sa charge et que celle-ci ne semblait pas aller bien au contraire et ils furent si surpris qu'ils ne remarquèrent même pas son odeur particulière sur le moment. Esmée continua à s'avancer vers la maison :
- Je vais vous expliquer, dit-elle simplement. En attendant, Emmet, tu peux aller me chercher une couverture et Alice, une bassine d'eau fraîche et un linge, s'il vous plaît, demanda-t-elle.
Tout deux s'exécutèrent immédiatement alors qu'elle entrait et qu'elle se dirigeait vers le salon avec sa précieuse charge. Elle allongea d'ailleurs doucement Nathaniel dans le canapé, calant sa tête d'un gros coussin et s'asseyant juste derrière. Emmet et Alice revinrent rapidement avec ce qu'elle avait demandé et elle s'empressa de couvrir son protégé soigneusement, avant de rafraîchir un peu son visage, posant le linge humide sur son front en prenant garde à ne pas mouiller son bandeau. Les trois autres couples s'étaient assis au salon en silence, attendant les explications en regardant l'adolescent avec curiosité, Bella faisant furtivement la grimace. Ils regardèrent Esmée installer précautionneusement en silence le jeune homme qui ne semblait pas conscient et finalement, Edward demanda :
- Alors c'est lui Nathaniel ? remarqua-t-il alors qu'il devinait.
Il s'efforçait de ne pas lire les pensées de sa mère de cœur alors qu'elle et Carlisle lui avaient demandé de respecter la vie privée de l'adolescent. Aussi, il s'y était plié, comprenant que ça ne le regardait pas. Et si habituellement, ça ne l'empêchait pas d'écouter les pensées des autres, là, il respectait les souhaits de ses parents, comprenant que c'était important pour eux.
- Oui c'est lui, confirma-t-elle alors qu'elle caressait délicatement les longs cheveux noirs, il ne va pas bien.
- On odeur, elle est..., hésita Alice curieuse et très étonnée parce qu'elle sentait.
Edward, Emmet, Jasper et Rosalie qui retenaient leur respiration se tendirent un peu en entendant sa remarque, se demandant ce qu'il y avait avec l'odeur de l'humain. Esmée les regardant, souriant légèrement.
- Vous pouvez respirer, signala-t-elle. Son odeur ne vous attira pas du tout.
Intrigués, ils respirèrent doucement pour s'étonner énormément de ce qu'ils perçurent.
- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Bella qui ne pouvait se rendre compte.
- C'est bizarre, répondit Edward qui scrutait l'adolescent. Son odeur ne nous attire pas du tout, elle n'attise pas nos instincts de chasseur, expliqua-t-il. C'est comme.. c'est comme..., dit-il sans trouver ses mots.
- C'est comme une laitue devant un lion, reprit Emmet en les amusant. Ça se mange, il peut la manger mais il n'en n'a pas du tout envie et il ne le fera pas.
- C'est à peu près ça, sourit Esmée, son odeur, comme son sang n'attire pas plus les vampires qu'un verre d'eau.
- Son sang aussi ! s'étonna Jasper.
- Oui, et j'ai fais l'expérience plusieurs fois quand il se coupait avec un couteau ou autre chose. Je n'ai jamais eu ne serait-ce qu'une minuscule envie de l'attaquer, expliqua-t-elle. Alors ne vous en faîte pas, vous pouvez respirer sans crainte.
- Qu'est-ce qu'il a ? demanda Emmet.
- Sa chaudière l'a lâché, raconta-t-elle en regardant Nathaniel qui tremblait et peinait à respirer. Et comme il est fragile, ça a suffi pour qu'il tombe malade.
- Il a simplement pris froid, remarqua Bella avec désinvolture en haussant les épaules. Ce n'est rien.
Esmée tourna un regard sévère vers elle, ne supportant pas qu'elle minimise ainsi les choses alors qu'elle était si inquiète pour son précieux petit protégé. Les cinq autres vampires remarquèrent immédiatement sa colère alors qu'elle avait une main protectrice et douce posée sur la poitrine de l'adolescent, l'autre caressant les cheveux ébènes.
- Il ne serait pas dans un état pareil s'il avait simplement pris froid, remarqua-t-elle durement. Il a plus de quarante de fièvre et il est dans un état de faiblesse inquiétant. Et il y a pire, remarqua-t-elle.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Rosalie.
- Il n'entend plus rien, lâcha Esmée.
Il y eut un instant de silence, tous regardant le jeune homme mais très vite Bella demanda :
- Et alors ? Dit-elle simplement.
Les vampires la regardèrent, incrédules. Comment ça « Et alors ? ».
- Et alors ? Reprit la mère de famille visiblement en colère. As-tu la moindre idée de ce que ça veut dire pour lui ?! I peine un mois, il survivait à un très grave accident qui aurait aisément pu le tuer et il vient à peine de s'en remettre. Il y a perdu la vue et c'est encore très difficile à accepter et à gérer pour lui. Et ce matin, il se réveille et il n'entend plus rien. As-tu la moindre idée du cauchemar que c'est pour lui ? De l'état de panique dans lequel moi et Carlisle l'avons trouvé ! S'il n'entend plus rien, il perd son principal moyen de contact avec les autres et avec son environnement. L'ouïe est devenue son sens le plus important avec le toucher. Le perdre serait terrible pour lui alors qu'il a déjà beaucoup de mal à accepter la cécité. Imagine toi ne plus rien entendre et ne plus rien voir !
Un silence un peu lourd tomba dans la pièce, tous méditant ce que cela devait être pour l'adolescent.
- Vous savez ce qu'il a ? demanda Alice.
- Non, répondit Esmée en câlinant son protégé. On a passé la matinée à faire des examens à la clinique pour savoir ce qu'il se passe. Carlisle y est encore pour attendre les résultats et on a décidé de le prendre ici en attendant pour veiller sur lui.
- Et pourquoi pas chez lui ? Demanda l'humaine.
- Il n'y a plus de chauffage et plus d'eau chaude, répondit Esmée. Ça manque cruellement de confort et moi et Carlisle voulons pouvoir veiller sur lui. Nous sommes la seule aide qu'il a et il est plus qu'évident qu'il ne peut pas être seul à cet instant. J'espère que sa surdité n'est que temporaire, il n'a pas besoin de ça et il ne le mérite certainement pas, dit-elle en regardant son protégé avec inquiétude.
- Et qu'est-ce qu'il va se passer si c'est permanent ? Demanda Alice. Vivre comme ça va être difficile. Tu vas continuer à l'aider tout les jours ?
Esmée hésita un moment avant de décider d'être franche. Ça concernait toute la famille de toute manière et ils devraient bien finir par leur en parler. Carlisle et elle ne l'avaient pas encore fait, Nathaniel était leur petit protégé mais ils devaient bien ça à leurs enfants maintenant.
- Si c'est permanent, Carlisle lui proposera de le transformer, lâcha-t-elle en les laissant tous incroyablement étonnés.
- Quoi ? Bredouilla Rosalie.
- Ça fait déjà un moment que Carlisle y pense et je suis de son avis, expliqua-t-elle.
- Mais pourquoi ? demanda la blonde. Il n'est pas mourant et sa famille ?!
- Tout ses proches sont morts, raconta la brune en regardant tristement Nathaniel. Il n'a personne et il est complètement seul. Il est émancipé depuis qu'il a quinze ans et il s'est toujours débrouillé tout seul. Et c'est vrai, il n'est pas mourant. C'est principalement ça qui a empêché Carlisle de le faire plus tôt. Mais il a une santé très fragile en plus d'être aveugle, son avenir s'annonce plutôt mal pour le moment alors que d'ici deux petites années au mieux, il n'aura plus rien pour vivre. Il aimerait bien trouver du travail d'ici là mais dans son état, avec son handicap et à son niveau d'étude, ça va être très très compliqué, sans compter qu'il n'est pas encore habitué à la cécité. Et si en plus il perd l'ouïe... Carlisle voudrait pouvoir lui rendre la santé et la vue et aussi lui donner une famille et un soutient dont-il a besoin. Et je suis d'accord. Alors s'il devient sourd, on lui proposera.
- Vous êtes sûr de vous ? demanda Alice. Je veux dire, ça lui rendrait tout ce qu'il a perdu mais il y a aussi des inconvénients.
- Nous lui expliquerons et nous lui laisserons le choix, posa Esmée.
- Mais il est jeune, remarqua Rosalie, est-ce qu'il va vraiment comprendre ce que ça implique ou est-ce qu'il va juste se jeter sur l'occasion de retrouver la vue et la santé pour ensuite le regretter ? Il n'y a plus de retour en arrière possible une fois fait.
- Vous ne le connaissez pas, remarqua Esmée, donc vous ne pouvez pas savoir, mais Nathaniel est quelqu'un de prudent et de réfléchit. Si nous lui proposons, il réfléchira très attentivement. Il est très réaliste et objectif, très mature. Même dans cette situation, il ne prendra pas une telle décision à la hâte, j'en suis certaine.
Le silence plana un moment, lourd alors que tous se demandaient ce qui avait pu décider ainsi le couple. Carlisle ne prenait jamais cette option à la légère mais malgré le handicap de l'adolescent, ils avaient du mal à comprendre. Isabella elle, était très agacée par le nouveau venu dans la maison. Elle était censée être la seule humaine dont devait se préoccuper la famille de vampire. Elle n'en revenait pas que Carlisle et Esmée envisagent de transformer cette avorton balafré alors qu'elle n'arrivait pas à l'avoir. Toute la famille sauf Rosalie était d'accord pour sa transformation mais la décision finale revenait à Edward et celui-ci avait décidé qu'ils devaient prendre leur temps avant de prendre une telle décision, comme pour leur mariage. Aussi, sa transformation était retardée à elle ne savait quand. Et lui, il allait peut-être se la voir proposée juste comme ça alors qu'il venait de débarquer, lui volant déjà sa place auprès d'Esmée et Carlisle. Et elle le détestait déjà pour ça depuis la première fois où elle en avait entendu parler.
Les autres eux, regardaient leur mère de cœur cajoler l'adolescent semble-t-il endormi. Il n'avait vraiment pas l'air bien et Esmée était plus que visiblement inquiète pour lui, faisant preuve d'une grande douceur et de beaucoup d'attention. Et après ce qu'ils venaient d'apprendre, ils voulaient tous en savoir plus sur le jeune homme qui semblait si important pour le couple, estimant qu'ils en avaient le droit si cela allait jusqu'à potentiellement l'intégrer à la famille. Et ce fut Jasper qui posa la première question :
- Pourquoi porte-t-il ce bandeau ? demanda-t-il tranquillement.
- Ses yeux ne supportent pas la lumière, expliqua Esmée.
- Alors il n'est pas vraiment aveugle, remarqua Bella.
- Si. Même sans ce bandeau sur les yeux, il est complètement et irrémédiablement aveugle, expliqua-t-elle. Les médecins ne l'expliquent pas mais lorsqu'il a perdu la vue, ses yeux ont développé une hyper sensibilité à la lumière. Ils ne supportent pas la moindre lueur même paupières fermées. C'est pour ça qu'il porte ce bandeau. Il est fait d'un très épais tissu occultant qui empêche la moindre lumière de passer.
- Et qu'est-ce que ça fait si ses yeux sont exposés à la lumière ? demanda Alice.
- Ça lui fait très mal. On a été obligé de le faire une fois parce que dans l'accident, il a été brûlé autour des yeux et Carlisle devait le soigner. Ça a été juste horrible pour lui même si ça n'a pas duré longtemps. Alors il est juste impensable de lui faire retirer s'il n'est pas dans le noir total.
- Et il a dix sept ans c'est ça ? demanda Emmet.
- Il aura dix sept ans dimanche exactement, répondit Esmée. J'espère que ça ira mieux d'ici là, murmura-t-elle. Déjà qu'il n'était pas en grande forme.
- Qu'est-ce qu'il a exactement ? demanda Edward.
- Sa santé est fragile, commença-t-elle. Ses défenses immunitaires sont en piteux état alors il tombe facilement malade. Il est sujet aux maux de têtes alors il ne peut pas se concentrer longtemps sans finir avec une migraine carabinée. Et il manque cruellement d'énergie et de force. Il est constamment plutôt faible et il fatigue vite. Et puis il est bien trop maigre. Carlisle et moi essayons de lui faire prendre du poids mais il n'a pas beaucoup d'appétit donc c'est difficile.
Emmet voulut poser une autre question mais Nathaniel remua un peu, attirant immédiatement l'attention entière d'Esmée qui se concentra sur lui alors qu'il allait peut-être se réveiller.
