Cuddy avait été frappée, par la photographie placardée au-dessus du bureau de House. Le visage maculé de boue, un bras passé autour des épaules de Wilson.
On sentait d'ailleurs le lien indéfectible qui unissait les deux amis. Ainsi, il y avait des gens qui comptaient pour lui.
Sans doute par dépit, Cuddy avait longtemps considéré que son ex était définitivement inapte aux sentiments, voire à la vie en société. Peut-être s'était-elle trompée.
Elle se massa la nuque pour tenter de se détendre. Inutile de se torturer davantage. Elle avait un problème de taille à résoudre, House pouvait l'y aider, point. Quand tout cela serait rentré dans l'ordre, ils se diraient au revoir et sa vie reprendrait son cours paisible.
Pendant que Cuddy était dans ses pensées. House réfléchissait, parmi ces millions de gens, un type se promenait avec un appareil photo. Epiant Cuddy, la traquant comme un chien de chasse.
Attendant son heure. Dans quel brut !
House s'efforçait de raisonner avec ordre et méthode, selon son habitude. Le peu d'information qu'il avait sur le voyeur lui rappelait un cas d'unif, dont la presse avait retracé l'histoire.
Un universitaire spécialisé dans l'étude des comportements anxiogènes et moyens de défense psychiques, qui choisissait ses victimes au hasard dans la foule, les traquait pendant ds jours en les soumettant à des situations de plus en plus angoissantes jusqu'à les conduires au suicide.
Jouissance sadique, scénarisation ultra-contrôlée, c'est à ce genre de détails qu'on reconnaissait les criminels psychopathes. L e photographe de Cuddy semblait réunir quelques-unes de ces qualités…
House avait été ému de voir que Cuddy même si elle avait eu beau jouer les stoïques devant lui, était terrifiée. Il aurait donné cher pour pouvoir balayer ses craintes d'un revers de la main. Vu les circonstances, le moins qui pouvait faire, c'était de tout mettre en œuvre pour la protéger.
Et agir avec elle en ami. Le passé était définitivement mort, inutile de revenir là-dessus. Elle lui avait clairement signifié, d'ailleurs. En gardant ses distances, il lui évitait tout bouleversement supplémentaire. Et s'épargnait du même coup un douloureux examen de conscience.
Cuddy avait toujours su garder la tête froide. Il l'admirait pour ça jadis. Jusqu'à ce qu'il réalise que le désastre de leur relation ne l'avait pas le moins du monde affectée.
Comme si elle s'était faite à l'idée dès le départ. Il sentit son estomac se nouer.
« Typiquement le genre de souvenir à refouler » se dit-il en la regardant.
Il se força à regarder de nouveau les photos, cherchant à y découvrir un détail nouveau, un indice qui dessinerait un semblant de piste. Malheureusement, rien dans le parking, le parc ou le bar ne lui semblait anormal.
Des lieux publics, d'une neutralité parfaite. La seule chose qu'on pouvait dire, c'est que, photo en photo, le voyeur approchait l'intimité de sa victime. Il se rapprochait également de son domicile. Jusqu'à mettre hors service un système de sécurité ultra-perfectionné.
Il était évident qu'il aimait prendre des risques. Si on peut passer inaperçu dans un bar ou trouver un recoin sombre où se planquer dans un parking souterrain, il est plus difficile de sortir un téléobjectif dans un supermarché sans alerter l'attention des vigiles.
Peut-être que ça l'excitait. De même que venir devant une maison truffé de caméras vidéos. Ce type était un pervers, ça ne fessait aucun doute.
Cuddy le tire de ses pensées
- J'aimerais que les choses soient claires entre nous, House, ajouta-t-elle en le regardant droit dans les yeux. Si je t'ai contacté, c'est uniquement pour tes compétences professionnelles. Ton poste n'a jamais été pourvu et te savoir près de moi sans ambigüité pourrais m'aider. Tu as toujours fais fuir, ceux qui voulaient m'approcher.
Alors, si pour une fois tes sales manies pouvaient me rendre utile. Nous retravaillerions ensemble, soit. Mais cela n'implique nullement que nous fassions la moindre allusion au passé. J'espère que nous sommes d'accord.
House se sentit piqué au vif. Pour qui le prenait-elle ? Il n'était plus celui qu'elle avait séduit deux ans auparavant. Il n'avait pas plus qu'elle envie d'évoquer leur vie commune, pas besoin non plus qu'on lui rappelle les limites à ne pas franchir.
Elle voulait des relations de travail ? Pas de problème. Il allait lui en fournir !
- Tout est oublié en ce qui me concerne, déclara-t-il froidement
- Parfait, dit-elle un léger tremblement dans la voix. Qu'est –ce que tu proposes ? On commence par quoi ?
- Au fait, tu n'as pas été victime d'un cambriolage récemment ? Demanda-t-il. Pas d'interférences radio ou télé ? Tu n'as pas reçu aucun cadeau à composantes électroniques, type réveil, lecteur cd…
- Pourquoi, cette question, coupa Cuddy en soupirant.
House leva un instant les yeux. Elle était prête à craquer. Pourtant elle n'était sans doute qu'au début de ses peines. Quand à lui il privilégiait l'efficacité. Pas de temps de s'attendrir. D'autant qu'on ne l'y avait pas convié !
- C'est très important, Cuddy, expliqua-t-il patiemment. Les cadeaux constituent souvent un excellent moyen d'infiltration. Tu reçois, il y a plein de gens, on t'offre des tonnes de paquets. Tu ne sais pas toujours qui t'a offert quoi. Et sans que tu t'en doutes, tu introduits toi-même un mouchard chez toi. Tu es certaine de ne rien avoir oublié
- Eh bien…, j'ai reçu des fleurs, des trucs pour mon anniversaire. Rien d'extraordinaire, déclara la jeune femme en haussant les épaules.
House avait envie de lui demander de qui était les fleurs, mais Cuddy n'était visiblement pas prête à lui répondre.
House comprit que Cuddy perdait contenance. Peut-être même regrettait-elle d'être venue.
Jusque-là, elle pouvait encore se raconter des histoires, pendre cette affaire d'enveloppes à la légère. Mais elle l'avait provoqué et il avait répondu. En professionnel. Il pensait que la situation était sérieuse et il lui avait dit. Sans ménagement particulier. Aucune affectivité, aucune compassion particulière. Bien sûr, il n'appréciait pas particulièrement de la sentit si vulnérable, quand elle était arrivée chez lui, tout à l'heure, il s'était même imaginé la prendre dans ses bras, comme au bon vieux temps. Mais puisque ce n'était ni possible ni même souhaitable…
- Ecoute, House, reprit-elle après un temps, d'une vois légèrement agacée. Je trouve ton interrogatoire un rien excessif. Je n'imagine pas être victime d'un complot dans lequel baigneraient mes proches. Je connais, comme toi les mécanismes de la paranoïa pour éviter d'y sombrer. La seule chose dont j'ai besoin, c'est de pouvoir mettre un visage sur le voyeur qui s'est mis en tête de me suivre.
Un bon système de surveillance devrait suffire et toi pour le dissuader de m'approcher. Ensuite, je l'attaque en justice et on n'en parle plus !
- J'ai peur que ce ne soit pas si simple, malheureusement. Mais si ça t'amuse d'y croire. Tu sais, je ne suis pas psychologue, mais j'imagine assez bien que, dans la situation où tu te trouves, ton anxiété te pousse à nier l'évidence. La politique de l'autruche, en quelque sorte.
- Je n'ai pas peur de ce cinglé. On n'est pas à NY, mais dans une petite ville ! C'est toi qui exagères tout.
Il resta un instant silencieux et étudia le visage de son ex, derrière ses traits déterminées, elle tremblait, il aurait pu le jurer. Quel orgueil ! Sans doute ne supportait-elle pas l'idée qu'il put la prendre en pitié ou pire encore, qu'il lise dans ses pensées.
- Ok, je meure de trouilles ! s'exclama-t-elle enfin. Tu es satisfait ?
