Le souffle de Cuddy sur son cou l'éveilla. Il resta un moment immobile, à l'écouter respirer.
Elle était dans ses bras !Il ne rêvait pas. Jamais, en deux ans, il ne s'était autorisé à penser qu'une telle éventualité puisse un jour se reproduire. Question de survie. S'en tenir à cette règle : pas de regrets, aucune illusion. Et elle était là…

6h30. Il n'avait fait que somnoler, maintenu éveillé par son désir. Mais elle dormait si bien…
Ce n'était pas le moment de la réveiller. D'abord parce qu'elle était épuisée et qu'elle avait vraiment besoin de repos. Et puis parce qu'avec le jour s'évanouissait la magie de la nuit, c'était bien connu. De leur plaisir, il ne resterait plus, à leur réveil, qu'un vague sentiment de culpabilité, un malaise en somme que l'un et l'autre, ils préféreraient esquiver. Cuddy, il en était convaincu, s'en voudrait de s'être donnée à lui. Son amour-propre reprendrait le dessus sur son élan spontané. Ses angoisses aussi.
Qu'attendait-elle de lui, alors ? Il avait bien des fois gambergé autour de cette question. Et d'expérience, plus il croyait tenir la réponse adéquate, plus il se trompait !
En l'occurrence, elle serait sans doute rassurée qu'il minimise ce qui s'était passé entre eux la nuit dernière. Simple attirance physique, contrecoup d'une journée riche en rebondissements…

Il connaissait le refrain… Cependant, il n'avait pas envie de lui mentir.
Quoi qu'elle soit en mesure d'entendre, ou d'accepter, il voulait avant tout être sincère. Et lui faire s'avoir à quel point il tenait à elle et cela même si elle le croyait définitivement incapable de s'engager.
Dans l'ensemble, il ne pouvait pas lui en vouloir. Que lui avait-il montrer jusqu'ici, que pour tenir le coup sa stratégie était le bourbon et les flambées de testostérones que tous ça l'avait empêcher de s'apitoyer sur ses faiblesses, sur les choses qui l'effrayaient , sur ses angoisses face au présent ou au futur. Ce refus de retour sur soi lui avait permis pendant des années d' échapper à ses doutes et avait crée une illusions…Que rien ne pouvait l'atteindre.
Pourtant, cette solution ne le satisfaisait plus aujourd'hui. Il ferma les yeux et laissa le sommeil l'emporter.

Dés son réveil Cuddy décida de se prendre en main. Eviter l'homme qui se trouvait dans le lit , et oublié si c'était encore possible les événements de la nuit et surtout les conséquences…

Elle se leva aux aurores , footing voilà se qu'il lui fallait…Si elle voulait rester un tant soit peu maîtresse de ses émotions, il fallait impérativement qu'elle s'occupe l'esprit. Surtout après ce qui c'était passé la veille. Il était à peine 8 heures quand elle s'apprêta à sortir courir. Rien de tel que le jogging pour se vider la tête.

Il s'empara de la pince et retira la photo de la solution lentement. A la lueur rouge de la lampe, il observa le visage de l'enfant. Ce qu'on pouvait faire avec un bon téléobjectif !
Qu'elle superbe enfant ! Un frisson de plaisir lui parcourant l'échine en pensant à la tête qu'elle ferait en découvrant le cliché. Ses yeux s'agrandiraient d'horreur, son sang quitterait ses veines. Peut-être même qu'un cri lui échapperait. Dieu que ce serait bon ! Elle se croyait en sécurité depuis que House la suivait partout, comme un bon toutou ? Peut-être. Mais ni lui, ni elle ne pourraient protéger tout son entourage. En imaginant sa fille en danger, la garce arrêterait de se croire plus maligne… Pour se jeter aveuglement dans la gueule du loup !
Il éclata de rire.

En courant, elle repensa à leur conversation de la veille. Avait-il seulement idée de la souffrance qu'elle éprouvait chaque fois qu'il évoquait leur passé ? Même les plus infimes la mettaient à la torture. Non seulement elle n'avait rien oublié, mais ses souvenirs intacts, avaient avec le temps gagné en intensité. Un effet probable de la nostalgie.

Reprendre avec lui une relation amoureuse n'avait strictement aucun sens. House se berçait d'illusions quand il parlait de leur relation. Il était seul, elle avait débarqué brusquement et réveillé en lui des émotions anciennes. Pas de quoi bâtir là- dessus un avenir solide. Si c'était pour recommencer comme avant : les disputes, les déceptions, les déchirures... Contrairement à ce qu'il avait évoqué, ils n'étaient pas faits l'un pour l'autre. Leurs relations étaient beaucoup trop conflictuelle, trop épuisantes… Pour envisager un futur commun.

Cuddy jura intérieurement, comme si sa n'était pas déjà asse compliqué.

Arrivée à l'hôpital, elle se dirigea vers l'ascenseur, quand un bruit de pas la surprit. House ! Rasé de près, vêtu d'une chemise bleue en accord parfait avec ses yeux et d'un jeans. Il avait l'air en pleine forme. Jouait-il les gardes du corps ou bien avait-il l'intention de reprendre leur discutions là où ils l'avaient laissée la veille ? C'était à peine croyable. Quoi qu'elle fasse, il était dit qu'elle ne serait pas tranquille !

- Tritter vient d'arriver dans mon bureau, lui dit-elle
- ça t'ennuie si je t'accompagne ? Demanda-t-il esquissant un sourire timide.
- Parce que j'ai le choix ?

Elle reçut un haussement d 'épaules pour toute réponse

- les portraits- robots ? S'enquit House en indiquant l'enveloppe que rapportait Tritter.
- Bingo !

Tritter déposa les feuilles sur le bureau. La photo représentait Charles Laurie, l'infirmier, tel que Cuddy l'avait décrit. Chacun demeura un instant silencieux, concentré sur le portrait.

- On pense à un ancien flic, détective, soldat une personne susceptible de manipuler un attirail électronique digne de la Nasa.

House lança un regard noir à Tritter. Inutile d'en dire trop. Il ne voulait pas affoler Cuddy. De plus, n'était ce pas la règle : en matière de sécurité, l'ignorance était souvent le meilleur des garants. Dans la mesure, bien sûr, où la police s'avait eux, où ils allaient.

- J'ai aussi un résultat d'expertise concernant les photos, reprit Tritter. Rien à en tirer. Le type utilise un papier ordinaire, qu'on trouve chez n'importe quel revendeur.

Il poussa un soupir avant de reprendre.

- Sans vouloir insister, la piste du passé policier paraît valable. Ça n'évoque rien de spécial pour vous, Dr Cuddy ?

- A priori, non, mais je vais y réfléchir.
- En tout cas, en matière de surveillance, il connaît son affaire, confirma Tritter .

Une personne vient à l'esprit de Cuddy, mais se reprit très vite, elle ne voyait pas le lien et puis elle l'aurait reconnu en aillant été si proche de lui.

House fit quelques pas dans la pièce, la mine sombre, les pièces du puzzle s'assemblaient petit à petit, mais ils étaient loin du compte. D'abord parce qu'il restait d'énormes trous à combler.

- C'est un homme tourmenté, ajouta Cuddy, qui n'avait pas quitté le portrait des yeux. J'ai lu de la haine dans son regard ? Et une sorte de rage. Si nous savions ce qui le ronge, nous ferions un grand pas.

- Je t'arrête tout de suite, Cuddy, intervient House. Ne t'avise pas de vouloir guérir ce type ? Il ne t'a d'ailleurs pas demandé ton aide puisqu'il cherche à te nuire.

- Tu sais, certains patients commencent leur thérapie en déversant toute leur agressivité sur leur médecin, c'est bien connu.

- Un tu n'es pas psychologue et puis ce mec est timbré. Et dangereux. Il n'a rien d'un dépressif qui aurait simplement mal vécu son Œdipe !

Pourquoi avait-il dit ça ? La situation lui échappait totalement…

- Si vous voulez bien m'excuser, déclara froidement Cuddy, je vais allez voir si ils n'ont pas besoin d'aide en consultation.

- Qu'est ce qui vous à pris ? Dit Tritter, une fois que la jeune femme fut sortie. Vous manquez un peu d'objectivité.

- Je la connais, Tritter. Si elle se met en tête d'aider ce type on est fichu. Elle va d'abord relativiser, chercher les causes de son problème et bientôt, elle fera de lui une victime. Je ne récuse pas la validité d'une telle démarche, mais dans le cas qui nous occupe. Vous imaginez comme moi ce qu'elle aurait de désastreux. Je tiens à ce que Cuddy soit bien consciente du danger qu'elle encoure. C'est elle qui est visée, c'est elle la victime.

- Ne sous-estimez pas l'intelligence du Dr Cuddy. House. Elle sait très bien à qui elle a affaire. Elle l'a vu de suffisamment de près, il me semble.

- Justement, il se rapproche et c'est bien ce qui m'inquiète sur cette phrase House partit à la recherche de Cuddy.

- Mes mots ont dépassé ma pensée, s'excusa House, confus.

Assise sur une chaise à la cafétéria de l'hôpital, Cuddy sirotait un café. Elle l'étudia un instant avant de poser sa tasse.

- Je crois au contraire, que tu n'as jamais été plus sincère.
- Je respecte ton travail, continua-t-il, je voulais juste te faire comprendre…

_ Inutile de te justifier, House, nous avons déjà eu ce genre de conversation. Il me semble, il y a à peu près deux ans, si ma mémoire est bonne.

-Merde, Lisa, je flippe totalement !

Cuddy lui jeta un regard étonné.

- Oui j'ai peur, reprit-il. Tu n'imagines pas ce qui m'a traversé l'esprit quand tu m'as appelé de l'hôpital. Quand je pense que tu t'es trouvée seule avec lui dans l'ascenseur…J'étais tellement impuissant…S'il t'était arrivé quoi que ce soit…

Etait-ce possible ? Pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient House doutait. De lui, de sa capacité à maitriser la situation, de la marche à suivre. Plus encore, il faisait état de son indécision. Dévoiler ses sentiments n'était pourtant pas son fort. Avait-il à ce point changé qu'il soit capable, aujourd'hui, de reconnaître ses failles ?

_ House, dit-elle dans un souffle. Je crois vraiment qu'il faut qu'on se parle.

Il acquiesça d'un signe de tête et regarda sa montre.
- Rentrons !

A peine vingt minutes plus tard, Cuddy et House étaient assis face à face dans le salon.
Elle était sous le choc House venait d'admettre qu'il n'était pas aussi invincible qu'il voulait le laisser paraître. C'était un vrai changement ! Combien de fois dans le passé avait-elle attendu qu'il s'ouvre ainsi à elle, qu'il brise la carapace derrière laquelle il faisait taire sa sensibilité ? Dès qu'elle avait essayé d'aborder avec lui un problème qui lui tenait à cœur, il se taisait.
Mutisme complet. Comme s'il avait craint, en exprimant ne serait-ce qu'un début de sentiment, de passer pour un faible ou bien de se faire manipuler.

House s'était élevé seul. Avec un père soldat et violant. Elle l'avait apprit très tard, lors de la mort de celui-ci . Dans son monde, il fallait choisir son camp : celui des prédateurs qui regardes, qui analyse et qui évitent les pièges ou bien celui des victimes. Et si on voulait survivre, on devait veiller à rester sur ses gardes. Prêt à parer les coups, sans brocher.

Elle l'observa, un instant, hésitant à engager la conversation. Elle le sentait les nerfs tellement à fleur de peau qu'elle craignait de le froisser au moindre mot. Le mieux, au fond, était encore d'attendre qu'il prenne la parole le premier.

- Je suis vraiment fière de ce que tu fais pour les autres Cuddy, prononça-t-il enfin ! Je connais peu de gens capable de passer au dessus de leur propre peine et accompagner les couples avec un tel dévouement. Si j'ai eu l'air de dévaloriser ton travail, je m'en excuse… Car tu as beaucoup changé en deux ans. Tu as prit le temps d'analyser les troubles des uns et des autres, pour comprendre la détresse humaine.
Il avait l'air sincère. Emu, même.

- Tu aides les gens à reprendre confiance, à se battre, à retrouver un semblant de vie après un tel drame.
Cuddy baissa les paupières. Jamais House ne lui avait parlé ainsi. Avec autant de délicatesse, de justesse aussi..

- C'est possible, confia-t-elle à son tour, troublée. Il est toujours complexe de discerner, dans le tissus de nos premières déterminations, ce qui à motivé nos choix les plus essentiels. Mais y réfléchir est certainement un moyen d'apprendre à se connaître.

- C'est sans doute pour cela que tu t'intéresses à la psychologie de celui qui te poursuit. Et je comprends ta motivation. En théorie, même je l'approuve. Mais la situation m'inquiète et je ne voudrais surtout pas que tu perdes de vue la dangerosité de ce type.

- Je ne suis pas naïve au point de minimiser un risque que j'ai eu moi-même moyen d'apprécier. Depuis que la première photo a passé la porte de mon bureau, je ne vis plus. Nous sommes dans le même camp House. Moi aussi, je veux voir cet homme hors d'état de nuire.

En fait, elle ne s 'avait plus quoi penser. Evidement elle se réjouissait de voir House baisser sa garde et se livrer à elle comme jamais, il ne l'avait fait. Mais aussi, son désarroi la désemparait. Question d'habitude, sans doute. House d'autrefois assurait. Elle le lui reprochait souvent parce qu'il ne laissait pas grande place au dialogue, en même temps, elle avait sans doute pris le pli de se reposer sur lui. De s'en remettre à ses décisions, à ses certitudes. Elle comprenait maintenant combien elle avait fait reposer sur lui la responsabilité entière de leur couple tant au travail que dans leur vie privée.

Mais devant l'aveu qu'il venait de lui faire, aussi minime soit-il au demeurant, elle prenait conscience de son erreur. House avait ses fêlures lui aussi, et il était prêt à le reconnaître. Elle s'était fait l'image d'un homme dur qui refoulait ses sentiments plutôt que de les reconnaîtrais, mais qu'en était-il d'elle-même ?

Ne s'arrangeait-elle pas pour qu'on lui tourne le dos ?
N'avait-elle pas encouragé chez lui une tendance au mutisme et à la désertion pour s'épargner à elle-même le risque inhérent à tout engagement véritable ?

Elle s'était toujours dit qu'il l'avait poussé à la séparation. Qu'il l'avait quittée sans remords, mais qu'avait-elle fait pour le retenir ? Son choix de vie depuis lors, était révélateur. Elle avait préférer fuir le bonheur, rester seule avec Rachel, plutôt que de s'impliquer dans une relation qu'elle préjugeait décevante.

- Je crois que nous avons enfin eue notre discutions, murmura-t-elle, les larmes aux yeux.

Sans le regarder, se leva et se dirigea vers la toilette. Il fallait qu'elle se ressaisisse. Et pour cela, elle avait besoin d'être seule.