Cuddy raccrocha et s'assit sur le lit de House. La nuit l'avait toujours fascinée. Toutes ces lumières, les sillons rougeoyants des voitures… Elle soupira. Elle venait de raccrocher avec Julia qui lui avait juste téléphoné pour lui donner des nouvelles de Rachel.
House a la situation en mains,
s'était-elle entendue prononcer. C'était du moins ce qu'elle espérait. Mais elle ne parvenait pas à se débarrasser d'une sorte de pressentiment. Elle s'inquiétait aussi pour Pénélope. Imaginer sa secrétaire aux prises avec un pervers la pétrifiait. Pour une fois qu'elle croyait avoir trouvé l'amour… A croire que certains êtres étaient prédestinés à souffrir toute leur vie.
Rassuré par le son de sa voix, House contempla Cuddy. Ses yeux cernés paraissaient immenses dans son visage livide. Une bouffée d'amour le submergea, plus forte et plus urgente que tout ce qu'il avait connu jusqu'alors. Sans rien dire, il la prit dans ses bras.
Les mots lui manquaient, lui qui les déversait généralement par torrents.
Plus tard, les souvenirs afflueraient, par pages entières, tous nés de cette heure si précieuse passée avec Lisa, deux ans plus tôt.
La radio était allumée, à son chevet. Il avait chassé le silence avec des voix. Mais lorsqu'il la toucha, elle fut toute la musique dont il avait besoin.
Alors, il la déshabilla lentement, la regardant, absorbant chaque moment avec frénésie. Plus tard, il se rappellerait le frémissement de la circulation de l'autre côté de la fenêtre, le recréant sous forme de basses et d'aigus. Les petits soupirs qui échappaient à Cuddy deviendraient l'accompagnement d'une mélodie. Il pouvait même entendre le chuchotement musical de ses propres mains, tandis qu'elles glissaient sur la peau de la jeune femme.
Le corps de Cuddy changeait déjà, subtilement sous la lente poussée de la vie qui grandissait en elle. Il caressa son ventre arrondi, ébahi par ce miracle de la nature. Plein d'humilité, il y posa les lèvres, avec une sorte de vénération.
C'était idiot, mais il se sentait comme un soldat au retour de la guerre, couvert de blessures et de médailles. Enfin, ce n'était peut-être pas si idiot que ça ! L'arène dans laquelle il avait combattu et gagné n'était pas un endroit où il pouvait emmener Cuddy. Elle avait attendu et cette patience, il le lisait dans ses yeux verts, tandis qu'elle le prenait tendrement dans ses bras.
Sa passion était toujours plus calme, moins égoïste, s'équilibrant avec les besoins et l'urgence qui l'agitaient lui. Avec Cuddy, il se sentait un homme et non plus un symbole dans un monde qui en était affamé. Et lorsqu'il pénétra en elle, il murmura son prénom en un long soupir de gratitude et d'espoir.
Plus tard, comme elle reposait entre les draps froissés, House se mit à parler avec un enthousiasme décuplé. Tout ce qu'il avait rêvé, se trouvait à sa portée.
J'ai besoin de toi, murmura-t-il
Cuddy lui sourit et acquiesça.
Quelques minutes plus tard, Cuddy sortant des toilettes s'effondra dans un fauteuil de la chambre, le visage blême.
House, j'ai du sang dans mes urines.
Il la regarda et su à l'instant même que son avenir venait de lui glisser entre les mains. Tout se suivit, l'hospitalisation de Cuddy, le soutien de Wilson, les examens, le diagnostique. Cette douleur, ce déchirement et cette sensation de perdre pied, quand le gynécologue leur annonça ce qu'il avait plus ou moins deviné. L'éclampsie et la perte inévitable du bébé.
Wilson qui le tient par les épaules, et lui, conscient que plus rien ne le retient. Le plus dur fut le regard de Cuddy. Les yeux remplis de larmes, la douleur, l'épuisement et ce sentiment d'avoir loupé quelque chose, de n'avoir pas été là pour elle. Il ne pouvait pas l'aider dans sa douleur, car la sienne le submergeait. Face à se constat, il se dirigea vers son lit.
Je m'en vais Lisa
Elle le regarda sans comprendre, se demandant s'il était possible d'avoir encore plus mal.
Je ne peux rien t'apporter, je ne suis pas bon pour toi.
Elle le regarda, toujours, en se demandant comment il pouvait mettre autant de « je » face à cette douleur commune.
Il quitta l'hôpital sans un regard, repassa chez lui, prit dans un tiroir le dernier flacon de Vicondin et se perdit dans le sous-sol de son cœur meurtri.
A ce moment, depuis le lit de House Cuddy se mit à hurler, hurler, hurler jusqu'à ce que le son de sa voix eût empli chaque recoin de la maison et… House ouvrit les yeux.
