Chapitre 16 : Face-à-face tendus

Avant de me rendre dans le bureau de Lupin pour assister à l'interrogatoire des six agresseurs présumés, je déposai Albus dans le bureau vide de McGonagall. J'avais convoqué le Baron Sanglant pour qu'il reste avec le gamin en attendant que nous en ayons terminé avec ces six crétins, car je ne voulais pas que les portraits des directeurs et directrices commencent à interroger Albus pour aller répéter ensuite ce qu'ils auraient entendu dans leurs autres portraits. Ces fichus portraits du bureau directorial étaient l'une des raisons pour lesquelles les secrets étaient aussi difficiles à conserver à Poudlard.

J'arrivai en même temps que Pomona Chourave devant le bureau de Lupin. Une Pomona de très mauvaise humeur. J'en compris la raison en voyant que parmi les six garçons convoqués deux étaient des poufsouffles. Tous les autres étaient de Gryffondor, parmi eux James Potter. Tous les six commencèrent par nous prendre de haut avec deux arguments parfaitement contradictoires. D'un côté, ils n'avaient strictement rien fait et étaient accusés à tort. De l'autre, ils voulaient les noms de ceux qui les avaient dénoncés et qui ne perdaient rien pour attendre. Je bouillais intérieurement. McGonagall était bien beaucoup trop patiente avec ces scélérats. Elle voulait les amener à se dénoncer et à regretter leur geste, au lieu de les expulser directement de Poudlard, comme j'aurais souhaité qu'elle le fasse. Cependant, elle finit quand même par s'énerver, et par leur révéler qu'ils n'avaient eu besoin d'être dénoncés par personne. Rusard les avaient vus sortir très tard avec des balais et chargés de deux gros paquets, avant de les voir revenir sans les paquets juste à l'heure du couvre-feu. Il avait trouvé ça suspect et avait donc noté leur nom. L'heure de gloire de Rusard en quelque sorte. Cette révélation déstabilisa clairement les six agresseurs qui ne pouvaient plus nier leur implication. Notre Directrice en profita pour essayer de pousser son avantage afin de faire naître des remords chez tous ces abrutis :

« Vos camarades sont blessés, mais ça aurait pu être beaucoup grave que ça si les professeurs Rogue et Lupin, accompagnés d'Harry Potter et de Drago Malefoy n'étaient pas arrivés à temps pour les secourir. »

Nous avions mis au point cette fable pour n'avoir pas besoin de révéler quoi que ce soit à propos des capacités d'Albus.

Pensant avoir identifié le maillon faible du groupe, Minerva ajouta en se tournant vers James Potter :

« Vos deux camarades auraient même pu être tués. Vous avez failli tuer votre propre frère, James. »

« Ce sale bâtard de serpentard n'est pas mon frère ! C'est l'âme damné de cet ignoble mage noir ! » hurla le rouquin.

Pour une fois, c'est McGonagall qui avait manqué de la psychologie la plus élémentaire. En tant que frère d'Albus, pour n'avoir pas l'air de lâcher ses camarades, James Potter ne pouvait que s'enfoncer encore plus. De mon côté, je serrai les poings dans mes poches pour éviter tout geste regrettable. D'autant plus que la réponse hargneuse de l'aîné des Potter avait ouvert les vannes et libéré la parole de tous ses pitoyables complices.

« Malefoy est bel et bien le fils de Voldemort ! » hurla l'un « Sinon ils ne s'en seraient pas sortis. »

« Oui, c'était pas possible autrement ! » renchérit l'autre, sous les grognements d'approbation de tous ses acolytes.

A bout de patience, je décidais d'intervenir :

« Ce que vous venez d'avouer avec la stupidité qui vous caractérise, c'est que vous saviez très bien que votre lâche attentat pouvait causer la mort de Scorpius Malefoy et d'Albus Potter, ce qui me conduit à demander votre exclusion définitive de Poudard. Réjouissez-vous qu'ils soient en vie, sinon c'est à Azkaban que vous auriez fini la vôtre. Et sachez que votre chance insolente n'a rien à voir avec les prétendus pouvoirs de Monsieur Malefoy. »

Au lieu de hurler, j'avais laissé tomber chaque mot sur mon ton le plus glacial que possible. J'eus la satisfaction de voir enfin l'affolement se dessiner sur leurs traits. Les deux plus faibles lâchèrent un sanglot. Les autres n'en étaient pas loin. McGonagall soupira :

« Sachez que je ne suis pas loin de partager l'avis du Professeur Rogue concernant votre exclusion. J'ai cependant décidé de vous laisser une dernière chance. Je vous exclus pour les deux semaines qui restent avant les vacances. Vous retournerez chez vous dès aujourd'hui, vos familles vont en être averties. Chacun de vous va mettre à profit ce temps pour rédiger des aveux complets sur vos agissements de ces derniers mois et exprimer les regrets qu'il convient. Ce n'est que lorsque vous l'aurez fait que vous pourrez revenir à Poudlard. Dans l'immédiat, je vous retire 50 points à chacun. »

Et c'est tout ? J'étais ulcéré. Le pire était de constater qu'au lieu d'être reconnaissant à notre Directrice pour son infinie clémence, ces six crétins semblaient indignés de la sanction qui les frappait, ce qui prouvait à quel point ils n'avaient toujours rien compris.

« Professeur Chourave » enchaîna McGonagall « Je vous laisse le soin de veiller à ce que ces messieurs préparent leurs affaires et d'avertir leurs familles de la sanction qui les frappent. Les professeurs Lupin et Rogue et moi-même avons d'autres élèves à rencontrer maintenant. »

Devant le bureau directorial, nous attendaient Drago et Scorpius Malefoy, ainsi qu'Harry Potter qui faisait les cent pas un peu plus loin, sans doute pour ne pas avoir l'occasion de parler avec son ancien camarade de promotion qui d'ailleurs l'ignorait tout autant de son côté. Comme quoi la bêtise n'était pas l'apanage des enfants. Mais une autre présence détourna mon attention, le Baron Sanglant nous attendait lui aussi devant le bureau de McGonagall au lieu de veiller sur Albus à l'intérieur comme je le lui avait demandé. Le Baron entreprit de se défendre pour prévenir mes récriminations :

« Il voulait lui parler. Je ne pouvais pas le lui interdire. »

« J'avais interdit qu'il parle à qui que ce soit. » fulminai-je « Avec tous ces fichus portraits qui n'attendent que des ragots à aller colporter partout. »

« Mais il n'est pas qui que ce soit. A lui, je ne pouvais pas dire non. Et puis, il n'y aura pas de ragots puisqu'ils ne se comprennent qu'entre eux. » répondit le fantôme en reculant un peu devant mon air furieux.

« De qui parlez-vous à la fin ? » râlai-je

« Mais de notre fondateur bien sûr ! Il est venu dans le portrait de Phineas Nigellus Black pour pouvoir s'entretenir avec son descendant » indiqua le fantôme.

Traduction : Salazar Serpentard avait fait l'insigne honneur à Albus de remonter des cachots pour pouvoir lui parler, lui parler en Fourchelang bien sûr. De mémoire de sorcier, jamais il n'avait fait ça pour personne. Autour de moi, tout le monde avait fait la même traduction.

« Son descendant ! » reprit Harry d'un ton indigné.

« Oui, son descendant, comme nous tous évidemment ! » intervins-je « Quelles que soit les fables que nous nous racontons, les familles anciennes de sorciers sont si peu nombreuses que toutes se sont croisées au cours des mille dernières années. Non seulement, nous descendons tous de Salazar Serpentard, mais nous nous sommes tous liés également à Rowena Serdaigle, Helga Poufsouffle et Godric Gryffondor. Maintenant si on n'en a fini avec les indignations, il serait temps que nous allions au bout de la discussion avec ces jeunes gens. »

Quand la gargouille eut fait apparaître l'escalier, nous suivîmes McGonagall en silence. Dans un coin du bureau, Albus accroupi devant du portrait de Phineas Nigellus Black faisait face à Salazar Serpentard dont le serpent toujours juché sur ses épaules ne perdait pas une miette de leur conversation. Phineas Nigellus Black essayait de faire bonne figure devant l'illustre fondateur qui l'honorait de sa visite, mais il s'était réfugié à l'extrême bord de son cadre pour rester hors de portée du serpent qu'il ne quittait pas des yeux. Tous les anciens directeurs et directrices accrochés aux murs ne perdait rien de la scène même s'ils ne comprenaient rien à la conversation. Dumbledore paraissait encore plus attentif que les autres. Cependant, en m'apercevant il s'empressa de fermer les yeux feignant de dormir. Je jurai entre mes dents. Le jour venu, il devrait s'expliquer sur la foutue magie qu'il avait utilisé et il ne serait plus temps de faire semblant de dormir ! Mais pour le moment, je me contentais d'assourdir d'un sort tous les curieux et curieuses qui tapissaient les murs du bureau directorial, indifférent aux regards mauvais qu'ils me lançaient.

A notre entrée, Albus se releva. Salazar Serpentard nous parcourut d'un regard suffisant, sans faire mine de vouloir s'en aller. Scorpius, Drago et moi étions impressionnés de voir le fondateur de notre maison. Mais je notai que les trois gryffondors n'étaient pas moins émus que nous, même si leurs sentiments à son égard étaient sans doute plus mitigés que les nôtres. Après quelques instants de trouble, notre directrice prit enfin la parole en fixant Albus du regard :

« Monsieur Potter, hier soir quand votre père et les professeurs Lupin et Rogue se sont rendus sur les lieux de la bataille que vous avez livrée aux araignées géantes, ils ont trouvé la trace de plusieurs sorts dont il est d'usage de considérer qu'ils appartiennent au domaine de la magie noire, tels que le Diffindo et le Sectumsempra. D'après ce que vous nous avez dit hier je crois pouvoir affirmer que c'est vous qui les avaient lancés. »

Elle laissa sa phrase en suspens, cette affirmation était aussi une question. Albus acquiesça sans mot dire, il était adossé au mur comme s'il avait voulu disparaître à l'intérieur de celui-ci.

Voyant qu'il ne s'exprimerait pas davantage, McGonagall poursuivit après un soupir :

« Je crois refléter l'avis de tous les sorciers adultes ici présents en disant que nous sommes extrêmement impressionnés par votre puissance magique - jamais je n'ai vu un enfant sorcier de votre âge capable de lancer des sorts pareils - tout comme nous sommes extrêmement vexés de le découvrir au hasard de cet incident. Même si je suis particulièrement soulagée que vous ayez été capable de défendre Monsieur Malefoy et vous-même, cela ne rend pas pour autant la magie que vous avez utilisée anodine et même acceptable. Si l'on n'enseigne pas la magie noire à Poudlard, il y a de bonnes raisons à cela ! »

Albus se tassant davantage encore contre le mur baissa à nouveau le regard vers Salazar Serpentard qui lui adressait des signes d'encouragement.

« Maintenant, j'ai une question à vous poser Albus, à laquelle je veux une réponse claire et sans détour. Comment avez-vous appris ces sorts ? Car il faut qu'on vous les ait enseignés ou que vous les ayez lus quelque part. » en disant ces mots la directrice de Poudlard laissa flotter son regard dans ma direction.

J'étais scandalisé. Comment Minerva pouvait-elle imaginer un seul instant que j'enseignais la magie noire à mes serpents ? Comment pouvait-elle imaginer que j'ai appris des sorts pareils à un gamin de onze ans ? En même temps, j'étais particulièrement curieux de la réponse d'Albus à la question.

Albus et Scorpius échangèrent un regard. Ils allaient devoir passer aux aveux et clairement il leur en coûtait. Finalement, Scorpius se lança :

« Le jour où je me suis fait attaqué à coup de Froid Glacial, Albus s'est fait traiter de « Mangemort » quand il a essayé de me défendre, mais personne n'a voulu répondre à nos questions quand nous avons demandé ce que cela voulait dire. Du coup, nous avons fait des recherches par nous-mêmes. J'ai trouvé un sort de recherche directionnelle par mot-clé dans un manuel de sortilège avancé et, après quelques essais, Albus a réussi à l'utiliser. »

Toujours le même fonctionnement, Scorpius connaissait ou trouvait un sort et Albus le lançait. Il faut dire que leur complémentarité en faisait une équipe d'une redoutable efficacité. Scorpius s'était interrompu. Il semblait plus gêné encore et cherchait un encouragement du côté d'Albus pour continuer. En même temps mon cerveau tournait à toute vitesse pour essayer de comprendre où ils avaient bien pu trouver une réponse à leur question après que tous les ouvrages portant sur cette période aient été bannis de Poudlard. En vain. Je ne voyais vraiment pas.

Après un coup d'œil d'Albus, Scorpius poursuivit d'une toute petite voix :

« En fait, le sort ne nous a dirigé que vers un seul endroit dans toute l'école, la réserve du Professeur Lupin. Là il y avait une sorte de mémoire qu'il avait apparemment écrit lui-même, un rapport qui détaillait les pouvoirs spécifiques et les sorts de prédilection de Voldemort et de tous les Mangemorts. Nous … nous le lui avons … emprunté pour comprendre, ensuite nous l'avons remis à sa place. »

Malédiction ! Je revoyais bien ce document que Lupin avait rédigé pour les membres de l'Ordre du Phénix pour les aider à combattre Voldemort et ses sbires sans se faire tuer. Dans ma tête, la rage le disputait à l'angoisse. J'étais fou de rage que Lupin ait laissé traîner ce document à un endroit où il était accessible par tous les élèves de l'école pour peu qu'ils soient un peu trop curieux. J'étais fou d'angoisse à l'idée que je figurais sur cette liste de Mangemorts, ainsi que Drago Malefoy, et que dorénavant Albus était au courant de cette tâche indélébile sur mon passé. Je n'étais pas le seul à être en plein désarroi, à côté de moi, Drago semblait totalement désemparé.

Lupin n'en menait pas large non plus.

« Je ne voulais pas le jeter, mais je ne voulais pas non plus le rapporter à la maison de peur qu'un jour Teddy ne tombe dessus » balbutia le loup-garou en guise d'explication.

Finalement, j'essayais de me rassurer en me disant qu'Albus était au courant depuis des semaines et même des mois de mon passé de Mangemort et que son attitude à mon égard n'avait pas changé.

Quand McGonagall reprit la parole sa voix était quelque peu altérée.

« C'est donc là que vous avez appris les sorts que vous avez lancés hier soir » conclut-elle « J'imagine que si vous l'avez fait avec tant de succès dans un moment de panique, c'est que vous vous étiez exercé à les lancer. »

Une nouvelle fois, Albus acquiesça avant de murmurer :

« Oui mais juste sur le mannequin de la salle d'entrainement des serpentards. Je n'avais jamais eu l'intention de les lancer sur personne. Seulement, les Stupefix n'étaient pas suffisants pour que je puisse nous défendre contre les araignées. C'est parce que j'ai réussi à en blesser certaines d'entre elles avec … les autres sorts, qu'elles ont commencé à se dévorer entre elles et que nous avons pu leur échapper. »

« J'entends bien, Monsieur Potter » répondit McGonagall après l'avoir considéré un instant. « Ce qui n'empêche pas que vous avez transgressé Monsieur Malefoy et vous-même une grande partie du règlement de cette école. Je retire donc 20 points à chacun de vous pour avoir « emprunté » un document au professeur Lupin sans son autorisation, je vous retire aussi 40 points à vous Monsieur Potter pour avoir fait usage d'une magie interdite à Poudlard et j'attends que d'ici la fin des vacances vous me rendiez un devoir supplémentaire pour m'expliquer les raisons de cette restriction envers la magie noire, vous ferez au moins deux rouleaux de parchemin. Mais comme vous avez aussi toute notre reconnaissance, Monsieur Potter, pour avoir sauvé la vie de Monsieur Malefoy et accessoirement la vôtre, je vous accorde 100 points. Vous pouvez retourner dans votre salle commune. Drago, je vous remercie de raccompagner les garçons avec le professeur Rogue, je dois encore parler avec Harry et Remus. »

Une fois soustraits tous les points retirés aux deux garçons, Albus avait au final récolté 20 points pour Serpentard. Mais il devait un devoir sur la magie noire à McGonagall, ce qui ne semblait guère l'enchanter à le voir froncer les sourcils pendant que nous dirigions vers les cachots. De mon côté, je restais très mécontent de ce résultat qui à mon sens relevait à nouveau d'une certaine confusion entre agresseurs et agressés. Le gamin avait certes utilisé une magie contestable, mais il avait sauvé deux vies, dont la sienne, sans s'attaquer à qui que ce soit sinon des araignées.

A ma grande surprise, Drago parut satisfait des mesures prises à l'encontre des agresseurs et que je trouvais, pour ma part, beaucoup trop clémentes. Avant de disparaître par la cheminée de mon bureau pour rentrer chez lui retrouver Astoria, il m'expliqua son point de vue :

« A les sanctionner plus sévèrement, surtout à les exclure, Minerva les aurait transformés en martyrs. Scorpius et Albus seraient passés pour les méchants serpentards qui avaient fait expulser les gentils gryffondors et poufsouffles. Je préfère que ces crétins doivent revenir pour reconnaître publiquement leurs torts. »

Après son départ, je m'attablai en grommelant devant la pile vertigineuse de devoirs à corriger qui m'attendaient quand deux coups secs furent frappés à ma porte. Je me retins d'envoyer directement l'importun rejoindre les puissances infernales et lui proposai d'entrer sur un ton propre à faire fuir les moins téméraires. Harry Potter ne comptait manifestement pas parmi ceux-là, car il entra bel et bien.

« Que me vaut le plaisir de votre visite dans mon modeste bureau, Monsieur Potter. » lançai-je en guise de sommation.

« Ecoutez Rogue, j'ai peu de temps et pas forcément l'envie d'en perdre à jouer au plus pénible avec vous » répliqua-t-il d'un ton sec

J'éprouvai une vraie nostalgie pour le temps où j'aurais pu lui infliger un mois de retenues à récurer des chaudrons pour la moitié de ça.

« Ne perdons donc pas de temps en vaine polémique. » rétorquai-je abruptement « que voulez-vous ? »

Il soupira :

« Comme vous le savez, je dois ramener mon fils James chez moi aujourd'hui. Je ne l'ai vu que brièvement, mais suffisamment pour comprendre qu'il ne saisit pas la gravité de ses actes. Nous allons devoir entièrement nous consacrer à lui Ginny et moi au cours des prochaines semaines, afin qu'il réalise ce qu'il a fait, ce qu'ils ont fait, et accepte de rédiger les aveux que Minerva attend. Pour le moment, il ne me paraît pas souhaitable de le confronter à son frère qui d'ailleurs ne veut pas le voir non plus. »

Nouveau soupir, avant de poursuivre :

« C'est d'Albus que je suis venu vous parler. Non seulement, il ne veut pas venir passer ses vacances à la maison, ce qui est plutôt souhaitable comme je le disais, mais il ne veut pas non plus aller au Terrier chez ses grands-parents. En fait, il a décidé de s'inscrire sur la liste des élèves qui vont passer les prochaines vacances à l'école. Et quelque chose me dit que c'est surtout pour rester avec vous. »

« Et ça vous embête ? » lâchai-je sur un ton plus provocateur que je ne l'aurais voulu et que je regrettai immédiatement en le voyant sortir de ses gonds

« Si ça m'embête, bien sûr que ça m'embête » fulmina-t-il « Malgré tous nos efforts avec lui, la patience dont nous avons toujours fait preuve Ginny et moi, Albus est un enfant secret qui ne se confie jamais à nous. Et le jour où il a besoin de parler à quelqu'un, le jour où il a besoin de se faire consoler par quelqu'un, de se faire rassurer par quelqu'un, je le retrouve à pleurer dans les bras d'un mec qui s'est comporté avec moi comme un vrai bâtard pendant toute ma scolarité et qui plus généralement passe son temps à terroriser les élèves. A part Albus, aucun élève, pas même un de vos précieux serpents, n'a jamais eu envie de rester à Poudlard brasser des potions avec vous plutôt que d'aller en vacances chez ses grands-parents. Alors effectivement, je ne comprends pas et ça m'embête. Ça m'embête même beaucoup. Mais je n'ai pas l'intention de me disputer avec lui pour ça après ce qu'il vient de lui arriver. Par ailleurs, il a un devoir à rendre à Minerva sur les raisons pour lesquelles l'école interdit la pratique de la magie noire, et là je ne doute pas que vous puissiez l'aider. Après tout, c'est vous le spécialiste. »

Pour Albus, pour Albus seulement, je décidai d'encaisser le bâtard et le spécialiste de magie noire. La fin justifie toujours les moyens pour un serpentard. Je profitai donc du malaise que je voyais se dessiner sur les traits du gryffondor qui s'en voulait désormais de s'être complètement lâché, pour pousser mon avantage.

« Au-delà du fait que c'est mon devoir en tant que directeur de maison, c'est avec plaisir que je prendrais en charge Albus pendant les prochaines vacances et que je travaillerai avec lui sur la problématique de la magie noire. » dis-je d'une voix particulièrement mesurée pour bien marquer à quel point lui avait perdu ses nerfs « En revanche, je vous demande l'autorisation de pouvoir l'emmener avec moi en voyage. Sachant qu'aucun de mes serpentards ne devait initialement rester à Poudlard, j'avais prévu une mission pour aller me procurer différents ingrédients de potion qu'il est impossible de trouver en Angleterre. J'ai notamment besoin de venins et de mues de serpent que je compte aller chercher en Egypte chez des sorciers de ma connaissance qui ont un élevage. »

« Un élevage de serpents. Quelle bonne idée ! En tant que Fourchelang, Albus va pouvoir se faire plein de nouveaux amis. » ricana Potter avant de se reprendre enfin « Evidemment, professeur Rogue, si vous acceptez de prendre en charge Albus et de l'emmener avec vous, il n'est pas question que vous changiez quoi que ce soit à que vous aviez prévu pour les prochaines vacances. »

Et voilà. A le laisser vitupérer tout seul sans m'énerver, j'avais obtenu ce que je voulais du gryffondor. Ces lions étaient si prévisibles …