Chapitre 17 : Suspicions
Les deux jours qui suivirent, furent étranges. Pour essayer de calmer les esprits en ébullition, McGonagall décida de confiner les élèves chacun dans leur maison, les repas étant servis dans les salles communes. Seules les équipes de quidditch de Gryffondor et de Serpentard qui devaient s'affronter le dernier week-end avant les vacances furent autoriser à sortir pour s'entraîner. Et toutes les précautions furent prises pour leur éviter de se croiser. Malgré cela, j'accompagnai mes serpents jusqu'au terrain et je restai dans les tribunes pendant toute la durée de leur entrainement. A voir la rage que les batteurs mettaient à taper sur les cognards, j'anticipais un match plutôt brutal pour le samedi suivant. Mes serpents avaient l'intention de bouffer du lion, et je ne manquais pas de les encourager dans ce sens.
Je raccompagnai l'équipe jusqu'à notre salle commune et je m'y installai avec un livre afin de m'occuper en attendant l'heure du thé. Ainsi, je surveillais mes serpents l'air de rien. En ma présence, les conversations restaient forcément plus mesurées et sans doute plus sérieuses qu'en mon absence, mais je pouvais tout de même capter l'atmosphère générale de la Maison. La cohésion de groupe semblait bonne, voire meilleure que jamais.
Je voulais aussi surveiller Scorpius Malefoy et Albus Potter, pour savoir comment ils se remettaient de l'agression qu'ils avaient subie. Albus aussi impénétrable que d'habitude ne donnait aucun signe qu'il lui soit arrivé quoi que ce soit. Scorpius alternait les moments de calme et les coups de stress. Son regard flottait alors comme s'il ne savait plus où il était, mais après quelques instants il semblait reprendre le contrôle de lui-même. Cet après-midi-là, les deux garçons se consacraient à un devoir de métamorphose avec les 3 F, Avery et Cannon. Après le devoir de métamorphose, je les vis s'entraîner à différents sortilèges. Plus intéressé que jamais, je feignis d'être concentré sur mon livre. Contrairement aux autres, Albus ne s'entrainait pas vraiment. Il lançait chaque sort une fois, sans problème. Puis il reprenait la lecture d'un gros bouquin poussiéreux qu'il avait dû emprunter à la bibliothèque. Parfois, l'un des autres se retournait vers lui pour un conseil sur un mouvement de baguette ou une prononciation de sort.
Leurs devoirs finis, les 3 F étaient remontées dans leur dortoir et Avery et Cannon avaient entamé une partie de bataille explosive. A force de rester muet et presqu'immobile enfoncé dans mon fauteuil, je commençais à me fondre dans le paysage. Restés seuls à leur table, Albus et Scorpius finirent par discuter sans se préoccuper de ma proximité, d'autant plus qu'ils me tournaient le dos.
« Tu lui a envoyé des chocogrenouilles ! » s'étonnait Albus.
« Ben oui, pour la remercier. Elle a voulu nous aider quand même. » répliqua Scorpius
« Et elle les a acceptées ? J'aurais cru qu'elle allait te les renvoyer. » reprit Albus
« En fait, je les ai envoyées anonymement. » admit Scorpius
« Ça n'a pas de sens de les envoyer anonymement, si c'est pour la remercier. » objecta Albus
« Ça évite qu'elle me les renvoie. » expliqua Scorpius
« Scorpius Malefoy, laissez-moi vous dire que vous êtes franchement ridicule quand il s'agit de ma cousine ! » conclut Albus sur un ton faussement solennel.
Même de dos, j'aurais pu jurer que Scorpius rougissait. Ainsi Scorpius Malefoy débordait d'admiration pour la fille de notre chère Ministre de la Magie. Pauvre garçon. Sachant avec quel dégoût Rose Granger-Weasley considérait les serpentards, je partageais l'avis d'Albus : l'entreprise de rapprochement de Scorpius semblait mal partie. Je me promis néanmoins de surveiller les protagonistes lorsque les cours de potion réuniraient les gryffondors et les serpentards de première année dans ma salle de classe.
…
Pour le dîner, je me rendis, à son invitation, dans les quartiers de McGonagall que je trouvai inhabituellement soucieuse.
« Vous me semblez bien préoccupée, Minerva. Que se passe-t-il ? » m'enquis-je en m'asseyant en face d'elle.
« Vous plaisantez Severus. » répliqua McGonagall d'un ton incisif qui ne lui ressemblait pas « Comment pouvez-vous me poser une telle question alors que l'école bruisse de rumeurs de toutes sortes et que toutes les maisons sont en révolution ? »
« Pas Serpentard ! » assénai-je « Toute cette révolution, comme vous dites, se passe en dehors de notre Maison, si ce n'est que nous en sommes les victimes. »
« Les victimes ! Et pourquoi pas les victimes innocentes pendant que vous y êtes Severus. » ironisa notre Directrice.
« Mais tout à fait Minerva. J'ai failli l'ajouter moi-même. » affirmai-je avec un parfait aplomb.
« N'en faites pas trop, s'il vous plait ! » se rebiffa McGonagall « J'ai connu des victimes plus innocentes que vos serpents. »
« De quoi parlez-vous Minerva ? Vous n'allez quand même pas me dire que Scorpius Malefoy est pour quoi que ce soit dans ce qu'il lui arrive. » m'agaçai-je.
« Evidemment que non. » admit McGonagall « vous n'imaginez pas combien je suis désolée que certains s'en prennent à Malefoy étant donné ce qu'il traverse en ce moment avec la maladie de sa mère. Mais tous vos serpents ne sont pas aussi innocents. »
« Et à qui pensez-vous, Minerva ? » demandai-je
« A Albus Potter, qui d'autre ? » répondit-elle en haussant les épaules « Certes nous sommes tombés d'accord pour ne pas révéler ce que le sauvetage des deux garçons doit à ses pouvoirs, mais il n'est pas possible d'occulter cette question entre nous. »
« Où voyez-vous un problème, Minerva ? » m'étonnai-je
« Oh Severus, ne faites pas semblant de ne pas voir que la situation est compliquée ! » s'écria cette dernière « D'abord, Albus Potter est un Fourchelang … »
« Son père aussi ! » l'interrompis-je
« Dans le cas d'Harry, c'est à cause de la cicatrice que lui a infligée Vous-Savez-Qui. » objecta-t-elle
« Ou pas. » murmurai-je pour moi-même
« Que dites-vous Severus ? » demanda-t-elle en fronçant les sourcils
« Rien d'important. Je vous en prie poursuivez, Minerva » répondis-je
« Certes, Harry est un Fourchelang, mais c'est aussi un Gryffondor … » expliqua-t-elle
« Nous y voilà ! » m'écriai-je en l'interrompant à nouveau « En tant que Fourchelang, Albus pose des problèmes qu'Harry Potter ne posait pas, parce qu'Albus est un Serpentard ! »
« Ne faites pas semblant de ne pas comprendre Severus. » se récria McGonagall « Je ne dis pas qu'Albus Potter pose des problèmes à ce stade, mais ce n'est pas seulement un Fourchelang et un Serpentard, c'est aussi un jeune sorcier aux pouvoirs hors du commun pour son âge et qui n'a hésité pas à user de sorts contestables. Vous ne pouvez pas empêcher que ces caractéristiques associées rappellent de mauvais souvenirs, même si Albus n'a utilisé les sorts en question que contre des araignées. »
« Objectivement, Albus … » commençai-je
« Non, Severus » m'interrompit à son tour notre Directrice « N'associez donc pas ces deux mots. Vous n'avez aucune objectivité en ce qui concerne Albus Potter. Vous adorez ce gosse qui vous le rend bien. D'ailleurs, c'est sur votre affection pour Albus, et non sur une objectivité que vous n'avez pas, que je compte pour que vous l'aidiez à éviter les écueils auxquels ses un peu trop grandes capacités magiques pourraient l'exposer. »
Bien sûr que je n'étais pas objectif, mais la suspicion de McGonagall ne l'était pas non plus. Je ne doutais pas que notre Directrice ait l'impression d'être parfaitement impartiale dans son appréciation et pourtant … pourtant, on en revenait toujours à ça : le vilain serpentard. Le même Albus Potter aurait bénéficié de préjugés beaucoup plus favorables s'il avait été un gentil gryffondor, un gentil serdaigle ou un gentil poufsouffle. Naturellement, c'est ce psychopathe taré de Voldemort et non McGonagall qui était à l'origine de la stigmatisation de notre Maison. Mais, les difficultés que nous traversions et qui remettaient à l'ordre du jour les sujets et les mots que tout le monde avait si soigneusement enterrés, montraient que les mentalités n'avaient pas réellement changées. Cependant, les préventions des uns et des autres contribuaient à entretenir l'ostracisme vis-à-vis des jeunes serpentards qui n'étaient pourtant pas coupables des errances de leurs aînés. Le temps finirait peut-être par guérir les blessures du monde sorcier, mais il faudrait sans doute beaucoup plus de temps.
…..
Dans le court terme, je me délectai tout à fait objectivement de la victoire de Serpentard sur Gryffondor le samedi suivant. Malgré le soutien unanime apporté par les serdaigles et les poufsouffles aux lions, les quolibets voire les insultes essuyées par nos joueurs, nous les avions pulvérisés 180 à 40. La fête qui suivit dans notre salle commune, fut à la hauteur de ce succès, et pour une fois je n'intervins que très modérément pour en calmer les débordements.
