Hi girlz !

Comment ça va bien ?

Ca faisait longtemps !

Tout d'abord, je tenais à m'excuser pour un IMPARDONNABLE retard ! A croire que je reprends mes mauvaises habitudes de ne pas UPDATE régulièrement tous les mois, à minima. Mais ce chapitre m'a causé bien du tracas, un vrai sac de noeuds duquel j'ai eu du mal à me dépétrer !

Parce que comme d'habitude, rien de nouveau sous le soleil, mais j'ai vu trop grand !

Bon, j'ai quand même réussi à m'en dépatouiller à peu près ! Ca et puis la sortie de Resident Evil 4 Remake qui m'a pas mal occupée aussi, on n'va pas s'le cacher, bien que j'ai trouvé le jeu pas ouf du tout au final. Nothing compares to the original !

Ah et aussi, je me suis fait retirer mes dents de sagesse à droite, il était temps bordel ! J'ai frôlé l'infection, je ne vous raconte pas la douleur que j'ai ressentie. J'ignorai même qu'il était possible pour le cerveau humain de la ressentir en continue pendant des journées entières, sans le moindre répit... C'est un miracle que je ne sois pas devenue dingue et que j'ai évité de me cogner la tête contre les murs...

Sur ces paroles réjouissantes, je vous laisse avec le nouveau chapitre tout frais, tout beau, mais qui ne signe par contre pas encore la fin du flashback. (déso, mais c'est presque finito, promis, juré, craché, entérinné !)

ENJOY !


Deux jours plus tôt...

Le Renard dit au Loup : Notre cher, pour tous mets
J'ai souvent un vieux Coq, ou de maigres Poulets ;
C'est une viande qui me lasse.
Tu fais meilleure chère avec moins de hasard.
J'approche des maisons, tu te tiens à l'écart.
Apprends-moi ton métier, Camarade, de grâce :
Rends-moi le premier de ma race
Qui fournisse son croc de quelque Mouton gras,
Tu ne me mettras point au nombre des ingrats.
Je le veux, dit le Loup ; il m'est mort un mien frère ;
Allons prendre sa peau, tu t'en revêtiras.
Il vint, et le Loup dit : Voici comme il faut faire
Si tu veux écarter les Mâtins du Troupeau.
Le Renard, ayant mis la peau,
Répétait les leçons que lui donnait son maître.
D'abord il s'y prit mal, puis un peu mieux, puis bien,
Puis enfin il n'y manqua rien.
A peine il fut instruit autant qu'il pouvait l'être,
Qu'un Troupeau s'approcha. Le nouveau Loup y court
Et répand la terreur dans les lieux d'alentour.
Tel vêtu des armes d'Achille,
Patrocle mit l'alarme au camp et dans la ville :
Mères, brus et vieillards au temple couraient tous.
L'ost au Peuple bêlant crut voir cinquante Loups.
Chien, Berger, et Troupeau, tout fuit vers le village,
Et laisse seulement une Brebis pour gage.
Le larron s'en saisit. A quelque pas de là
Il entendit chanter un Coq du voisinage.
Le Disciple aussitôt droit au Coq s'en alla,
Jetant bas sa robe de classe,
Oubliant les Brebis, les leçons, le Régent,
Et courant d'un pas diligent.
Que sert-il qu'on se contrefasse ?
Prétendre ainsi changer est une illusion :
L'on reprend sa première trace
A la première occasion.

« Grmpffff... ! »

A la lecture de cette prose, Kise poussa un grognement à mi-chemin entre celui du cochon qu'on égorge et celui de l'être humain qui meurt littéralement d'ennui.

Et d'exaspération.

Et d'incompréhension.

Et de...

... Midorima, qui passait par là avec Akashi, panier de linge propre (contenant leurs maillots d'entraînement fraîchement lavés senteur « fleurs blanches ») dans les bras, s'arrêta à sa hauteur. Il fallait dire que Kise n'avait en effet rien trouvé de mieux que squatter les marches menant à la cafétéria...Lieu de passage stratégique et ultra fréquenté, surtout aux heures de pointe comme c'était actuellement le cas. Difficile de le rater, donc. Mais au lieu d'être en train d'engloutir son déjeuner ou de faire la queue à la cantine avec le reste de ses camarades, non, lui se trouvait assis dehors, un livre ouvert sur les genoux.

Et il grommelait.

Allons bon, que lui arrivait-il encore à ce ravissant écervelé ?

Sans doute était-il malade. Ce fut la première pensée qui traversa l'esprit du binoclard. Oui, une grave et fulgurante maladie des boyaux de la tête. Et pour cause, croiser Kise avec un ouvrage à la main – qui ne soit pas un magazine de mode – tenait presque de... l'anomalie matricielle. A croire qu'une entité extraterrestre maléfique s'était emparée de son corps et de son cerveau, - car oui, il en possédait bien un, quoique ses actions pour la plupart irréfléchies pouvaient semer le doute sur cette vérité anatomique – un peu comme dans « L'invasion des profanateurs » que Midorima avait lu récemment. (Oui, Monsieur l'Intello appréciait beaucoup se plonger dans des ouvrages de science-fiction, dernièrement. En particulier ceux d'anticipation.)

S'assurant que ce n'était pas sa correction actuelle qui lui faisait défaut, (il venait de changer de lunettes récemment alors il était possible que ses yeux ne soient pas encore habitués à ses nouveaux verres...) en s'assurant au préalable une confirmation visuelle auprès d'Akashi, le vert choisit d'aller à la rencontre leur nouvel équipier. Kise se trouvait encore en équipe B, mais il y faisait déjà sensation. Nul doute qu'il ne tarderait pas à les rejoindre bientôt au sein de l'équipe principale en qualité de titulaire. Akashi, quant à lui, préféra s'éloigner - c'est qu'il avait les bras bien chargés et ne s'intéressait pas particulièrement aux déboires estudiantins de ses pairs – laissant Midorima s'enquérir seul de l'état de santé MENTAL de Kise.

Car c'était bien ce qui faisait l'objet d'un péril imminent.

« Graaaah j'y comprends vraiment riiiiiien de rien, c'est à s'en arracher les tifs ! » Maugréa à nouveau la tête blonde – prochainement chauve, à en croire ses complaintes – de laquelle le grand shooter s'approcha.

« Kise ? » L'interpela-t-il.

« Huu ? » Soupira mollement le renard, en relevant la tête vers lui.

« Je crois que... oui, en effet, c'est bel et bien ce qu'il m'avait semblé apercevoir de loin... Alors, ne panique surtout pas, mais j'ai le devoir solennel de t'informer que tu tiens entre tes mains... oh bon sang, par Oha Asa, la situation est tellement horrible et contre-nature que j'ai du mal à prononcer ces mots impies ! Ermm... tu tiens un... un LIVRE DE LITTERATURE ! »

Kise était donc REELLEMENT en train de LIRE ? Pour de VRAI !?

Cela ne pouvait être qu'un signe avant-coureur de l'Apocalypse ! (Selon Saint-Jean ou d'après Saint-Mathieu, au choix !)

PAUVRE DE NOUS.

SAUVE QUI P(L)EUT !

Les femmes et la Génération des Miracles (dont Kise ne faisait pas encore partie) d'abord !

« ... Et détail aussi notable que troublant : tu le tiens ouvert ET à l'endroit, par-dessus le marché. J'en conclus donc que tu ne fais pas juste semblant de le lire pour te donner un genre. »

« Bah nan, pourquoi est-ce que je ferai un truc pareil, Midorimacchi ? »

Judicieuse remarque !

En effet, pourquoi... ? Pour quelle raison... ?

« Telle est la question... Mais dans tous les cas, je te recommande de poser bien sagement cet ouvrage innocent qui ne t'a rien fait et de t'en éloigner douuuuuuuucement... Ne fais pas quelque chose que tu pourrais regretter par la suite, sur le coup de la colère... »

Cependant, Kise ne comptait en aucun cas réduire son livre en charpies, il voulait juste en COMPRENDRE, ou du moins si cela n'était pas à sa portée, en APPREHENDER l'obscur contenu, nuance !

... Et qui de mieux que Midorima l'étudiant émérite pour l'y aider... ? S'échiner à déchiffrer pour lui les lignes mystérieuses qui s'entremêlaient en un réseau complexe et les mots savants qui n'avaient aucun sens mis ainsi les uns à la suite des autres.

« Raaah... même s'il est vrai que je suis très tenté de réduire ce brûlot en cendres, bon, déjà pour commencer, je ne dispose pas d'une cheminée chez moi et en plus, même à supposer que j'en aurai une sous le coude, ce serait du SUICIDE avec les températures caniculaires qui règnent en ce moment ! Alors le feu de joie, bah, ce sera pour plus tard ! Genre... au hasard, après l'interrogation écrite qui doit justement porter sur ce maudit bouquin en fin de semaine... »

A présent totalement intrigué, Midorima posa son panier sur l'une des marches et il s'installa à côté de Kise.

« Montre, fais-moi voir. » Fit-il, en tendant sa main bandée vers le fameux objet qui semblait tant décontenancer son camarade.

Le renard cligna un peu des yeux, battant de ses charmants cils longs comme ceux d'une fille – et sans mascara ! – un peu surpris par la requête du vert. Lui et Midorima n'étaient pas franchement... proches humainement parlant. Aussi, s'étonnait-il que le grand binoclard puisse s'intéresser à ses déboires de manière aussi... sincère et désintéressée.

Mais avec un peu de chance, peut-être Midorima avait-il déjà lu ce recueil qui lui causait tant de migraines ? Après tout, il était bien plus littéraire que Kise... Heu non, pas seulement littéraire, bien plus doué scolairement même tout court ! Sans compter qu'ils ne se trouvaient pas dans la même classe et ne voyaient donc peut-être pas le programme dans le même ordre.

Hmmm... ça valait le coup de demander. De tenter, au moins. Sans opposer la moindre résistance, le copycat remit donc docilement son « bien » - enfin, façon de parler – à son coéquipier.

Et cerise sur le ghetto : ouvert à la bonne page.

« 'Le Loup et le Renard' par Jean de La Fontaine... Ah c'est donc ça qui te met dans un tel état... »

« J'y comprends rien à ces fichus poèmes français ! J'te jure, c'est du Chinois pour moi ! Non, non, même le Chinois, je le comprendrai mieux je crois ! Il y a quelques similitudes avec le Japonais, au moins ! »

Bon, une chose s'avérait sûre à ce stade : ce n'était pas demain la veille que Kise intégrerait le «Cercle des Poètes Disparus » avec une telle mentalité !

« ... Mais ton recueil est traduit en Japonais, là. Je ne vois donc pas le problème. »

« Ah tu n'le vois pas, toi !? »

« Et bien non. »

« Hmmpff ! Quelle importance ça peut faire que ce soit la version traduite ou non, si je ne bite aucun des mots qui s'y trouve !? Et puisque tu es si malin, explique-moi plutôt de quoi ça parle toi, dans ce cas ! » S'agita le jaune, tel un poussin hyperactif cherchant à s'extirper de sa coquille.

« Un livre ne parle pas, Kise. Il n'a pas ce pouvoir. » Asséna Midorima en remontant dédaigneusement ses lunettes sur son nez.

« Grrr t'as très bien compris ce que je voulais dire, alors arrête de faire le malin ! Qu'est-ce que ça raconte, quoi ! »

C'est qu'il commençait à perdre patience notre beau métis Eurasien ! Et tragédie Grecque s'il en était : s'adonner à la déesse Furie menaçait de lui filer des rides d'expression prématurées ! Alors si Midorima avait décidé de jouer avec ses nerfs, en choisissant de jouer sur les mots – mots qui, mis les uns à la suite des autres dans cette foutue fable, n'étaient pas loin de lui refiler un PTSD – ce dernier risquait de s'en mordre les doigts ! Ses jolis, loooongs et fins doigts bandés !

Ouais, ceux-là tiens !

« D'accord, je veux bien essayer de t'aider puisque tu sembles si désespéré. Procédons donc autrement avec la situation qui nous occupe présentement et indique-moi plutôt ce que tu n'as pas compris. Concisément et précisément, je te prie. Pas de superflu. »

« MAIS TOUUUUUT JUSTEMENT ! TOUT ! C'est bien ça l'problème ! » S'époumona Kise en devenant aussi rouge qu'une tomate trop cuite.

Catastrophé.

Et catastophant... heu phique... ?

« ... Mais comment est-il humainement possible de ne RIEN comprendre !? Qui peut être stupide à ce point !? » Commença à le houspiller un Midorima indigné, nan, outragé même et par conséquent, prêt à le frapper sur la tête avec le plat de la couverture du livre.

Avant de se raviser, évitant même de le traiter ouvertement d'ABRUTI, bien que ce terme pourtant objectivement approprié, lui brûlait les lèvres. Il ne seyait en effet aucunement à quelqu'un de sa trempe, futur académicien et élite du pays en devenir, de se laisser aller à une quelconque forme d'emportement... Mais n'est pas Akashi, maître ès-retenue, qui veut... et Midorima n'allait pas tarder à le réaliser à ses dépens.

« Enfin bref, passons. C'est... indéniablement un vaste constat que tu viens de dresser. Mais guère étonnant, venant de toi. »

Et vas-y que je te lance une petite pique, l'air de rien ! A vot' bon cœur m'sieurs-dames, c'est gratuit ! Venez vous aussi vous moquer des limitations intellectuelles de Kise, comme s'il s'agissait d'une vulgaire bête de foire !

Enfin, à sa décharge, au moins Kise avait-il l'humilité d'admettre qu'il ne savait rien. Et d'après le célèbre philosophe antique Socrate, il s'agissait du premier pas vers la connaissance.

Cependant, et contre toute attente, le blondinet sembla saisir au vol la moquerie à peine dissimulée et Midorima sentit même un frisson le parcourir lorsque Kise lui adressa un regard digne d'un tueur en série... Mieux valait donc faire profil bas, l'intellect du jaune n'étant de toute évidence pas si bas, lui.

Ou pas.

Comme il n'allait d'ailleurs certainement pas manquer de le prouver incessamment sous peu...

Car chassez le naturel, il revient au galop. Ce qui tombait parfaitement bien, puisqu'il s'agissait du sujet de la fable du jour...

Enfin, dans tous les cas, Midorima dut s'avouer surpris de constater que Kise se trouvait en capacité de détecter un « scud » qui lui était destiné, ou à tout le moins, balancé dans sa direction. Mais pas question de le formuler à voix haute.

« Comme si toi tu y comprenais quelque chose ! » Le provoqua Kise, en guise de réponse. « Ce serait plutôt toi qui fais genre, en fait ! »

Et dans l'espoir que le poisson vert morde à l'hameçon tendu vers lui.

« C'est facile pourtant... Mais... laisse-moi plutôt deviner. Tu as Monsieur Murakami comme prof de littérature, non ? »

« Heu ouais, pourquoi ? Et comment tu l'sais ? »

« Typique. Je l'ai également. Et il s'avère que nous avons justement étudié ce recueil de fables au trimestre dernier. Je suis par conséquent au regret de t'annoncer que toi et ta classe, vous êtes donc officiellement en retard sur nous... »

Il espérait qu'une telle nouvelle ne serait pas trop difficile à encaisser pour l'ego du blond et son esprit de compétition...

Mais c'était bien mal connaître Kise, qui n'avait que faire d'une rivalité aussi triviale...

« Pfff... n'importe quoi ! Il n'y a pas d'ordre pour faire le programme, c'est totalement libre et au bon vouloir du professeur ! Ça devait juste l'ennuyer de faire le même cours en même temps à ses deux classes de cinquième, voilà tout ! » Se défendit Kise avec véhémence.

« Si cela t'amuse de le croire... Mais pour la bonne marche de cet exercice, prétendons que c'est effectivement le cas et voilons-nous volontairement la face sur l'hypothétique niveau scolaire famélique de ta classe. Bien que je n'ai pas étudié cette fable-là en particulier, je suis persuadé d'être en mesure d'en fournir une analyse pertinente et ce, au pied levé. Tu as donc frappé à la bonne porte, si je puis m'exprimer ainsi, en sollicitant mon expertise. Ce qui, en soit, est déjà une bonne nouvelle pour toi. »

« Oh, vraiment ? » Le défia Kise, bras croisés sur son torse, signe qu'il se sentait... pour le moins dubitatif. « Vas-y, je t'écoute Monsieur le Tuteur à la science infuse ! »

« C'est simple : il s'agit d'une métaphore. »

« ... Heuuuu sans vouloir te vexer, je n'suis pas certain qu'tu aies aussi bien compris cette fable que tule prétends, espèce de vantard ! Que vient faire un vase Egyptien dans l'équation !? C'est quoi l'rapport ? »

« Romain, il s'agit d'un vase Romain, pauvre imbécile ! Pas Egyptien ! Et pour ta gouverne, j'ai dit 'métaphore' et non pas 'AMPHORE' ! » Le rabroua le pointilleux vert en claquant sèchement le livre. Non sans avoir parcouru des yeux le contenu de la fameuse fable qui posait tant de problèmes à Kise, avant.

Ah, il s'en souvenait de celle-là... Cela ne devrait donc pas être trop difficile de...

...

... Oh mince !

Il ne se serait pas un tout petit peu emporté, là ?

Bah tant pis !

Qu'y pouvait le vert, s'il exécrait la stupidité congénitale de ses contemporains ?

Ce serait plutôt à eux de s'emporter face à leur propre manque de culture et de curiosité intellectuelle !

A eux d'avoir honte de la vacuité de...

Ahem.

A nouveau, il remonta ses lunettes sur son nez, puis il ferma les yeux en prenant une profonde inspiration.

Il s'était interrompu dans ses corvées pour aider Kise après tout, non ? Et même si lui faire prendre conscience de son incommensurable stupidité était sûrement un pas dans la bonne direction, dans un futur un peu plus immédiat, ce n'était pas ce dont Kise avait besoin. Non, le blond avait plutôt besoin de quelques réponses ciblées. Intelligibles, de préférence. Après tout, n'avait-il pas mentionné un devoir sur table censé porter très bientôt sur ce sujet ?

Bon.

Du calme Shintaro.

Inspire un bon coup.

Et éclaire plutôt la lanterne de ce malheureux pêcheur égaré, par la seule force de ton érudition !

Ça va aller !

Gambate, comme on dit en Nipponie.

« Une métaphore. » Répéta Midorima sur un ton plus avenant et surtout, avec plus de patience. Se montrer pédagogue, c'était la clé de la réussite. Faire preuve d'accessibilité, également. « C'est une comparaison sous forme d'image, si tu préfères... Par exemple, si j'évoquais un sport impliquant une sphère solaire, sport que nous pratiquons régulièrement par ailleurs, à quoi penserais-tu, spontanément ? »

« Heuuu... à '1, 2, 3, Soleil', bien évidemment ! Elle était hyper simple celle-là ! »

« ... »

... Oh le bordel...

Il partait VRAIMENT de loin...

« ... Quoi, c'était pas ça la bonne réponse... !? » S'indigna le benêt de service. « Mais c'est toi qui as parlé de soleil ! »

Bon.

Surtout, éviter le facepalm bien senti et hautement justifié dans ce contexte.

Parce que ça fait très mal de s'écraser une main dans la tronche, quand on porte des montures, vous pouvez me croire sur parole !

Quand bien même on en ressent un très fort besoin.

Et que notre main nous démange horriblement...

« 'SOLAIRE', j'ai dit 'solaire', bougre d'idiot ! Pas 'soleil' ! » S'empressa de corriger le professeur en herbe.

« Baaaaaaaah quelle différence !? Et donc, c'était quoi qu'il fallait deviner finalement ? »

« Le Basketball bien entendu ! Espèce d'âne bâté ! »

« Hein ? Quel rapport !? Une sphère, c'est rond comme un ballon, d'accord, mais 'solaire', vraiment !? D'où ça sort, ça !? Il est JAUNE le soleil, chez moi d'abord gnaaaa ! »

« Et lorsqu'il se couche ? Quand il se lève ? Dis-moi, de quelle couleur est-il... ? Toujours jaune... ? »

« Ben je sais pas moi... ! Heu... rouge-orangé p't'être bien !? »

« ... »

CONSTERNANT !

« ... Oh flûte ! Hihi... c'est ballot ! Hmmm... d'accord, d'accord, je vois où tu voulais en venir ! Et heuuurrrm du coup, c'est quoi la métaphore de ce poème alors ? »

Le garçon aux cheveux émeraude soupira encore une fois. Il en avait BESOIN avant de reprendre sur de meilleures bases.

Il n'aurait jamais cru que ce soit aussi compliqué... Mais peut-être n'avait-il pas utilisé la bonne méthode ? Il fallait que les images employées soient parlantes. Evocatrices. Et chacun avait ses petites lubies personnelles. Avec Murasakibara, cela se serait avéré nettement plus simple. La dernière fois, pour lui expliquer un problème d'algèbre, Midorima avait pris pour exemple de la nourriture. Et le géant avait compris. Quant à Aomine, il suffisait de lui parler... heuummm d'anatomie féminine pour immédiatement recueillir son intérêt. Bon, plus difficile quand même à manier en termes de comparaisons et de métaphores, mais cela fonctionnait !

Quant à Kuroko... bon, déjà, Kuroko parvenait toujours à assurer la moyenne dans toutes ses matières, même s'il était loin d'être brillant. Et ensuite, le petit fantôme demeurait une énigme pour Midorima. Ce dernier ne savait pas comment s'adresser à lui. Mais de toute façon, le vert était intimement persuadé que même les propres parents du cyan ne savaient pas comment s'adresser à lui, alors... Impossible d'affirmer ou même de supposer ce qui l'intéressait un tant soit peu...

Mais étant donné que seuls les joueurs ayant obtenu la moyenne aux examens trimestriels étaient autorisés à fouler le parquet lors des matchs officiels, Midorima s'était donc résolu bien malgré lui et par la force des choses... à donner quelques cours particuliers à tous ses équipiers.

Sur son propre temps libre.

Erm... d'accord, sa patience - étant ce qu'elle était - (c'est-à-dire de la taille d'une peau de chagrin...) avait rapidement atteint ses limites et il avait été contraint d'opter pour une solution radicale : refiler à chacun des cancres un crayon-dé. Pratique et ne nécessitant pas le moindre effort, puisque les contrôles scolaires au Japon se déclinaient sous la forme de QCM...

Hmm... il devrait peut-être d'ailleurs d'ores et déjà penser à en dégoter un pour Kise, si d'aventure, cette tête de pioche passait titulaire un jour... Enfin bon, ce n'était pas demain la veille vu son niveau actuel, néanmoins Midorima n'excluait pas cette possibilité et il préféra donc le noter dans un coin de sa tête.

En revanche, il en subsistait un qui faisait encore et toujours l'impasse sur ses services gracieusement offerts. Car le seul qu'il n'était jamais amené à tutorer en dehors d'Akashi – for obvious reasons – s'appelait...

Haizaki.

Pour commencer, l'argenté se montrait telle une anguille : insaisissable, agressif, imprévisible et lui mettre le coincer était encore plus difficile que Xavier Dupont de Ligonnès... Pourtant, ce n'était pas faute d'essayer. Midorima disposait d'ailleurs de tout l'attirail du parfait chasseur, nécessaire pour mener sa mission à bien. Il possédait même un filet, c'était dire le sérieux de son entreprise ! Aomine le joli cœur faisait régulièrement les frais de cet outillage de haute précision... Mais jamais le loup de Teiko ne se laissant prendre, il n'avait pas son pareil pour passer à travers les mailles des pièges tendus, malgré les trésors d'ingéniosité déployés par le vert...

Cependant, la véritable raison de cette mascarade résidait ailleurs en réalité.

En effet, le gris possédait déjà son tuteur attitré, si l'on pouvait le dire ainsi... en la personne de Nijimura. Midorima les avait déjà croisés plusieurs fois au CDI du collège, à son plus grand étonnement d'ailleurs, en train de réviser sagement ensemble à la veille d'un devoir sur table.

Enfin bref, tout cela pour dire que Nijimura semblait être le seul qu'Haizaki respectait un tant soit peu et cela arrangeait Midorima de ne pas avoir à jouer les MATONS avec la tête cendrée, en plus de toutes les autres caboches colorées, qui lui pompaient déjà assez allègrement l'air !

... Mais revenons-en plutôt à notre cher agneau doré !

Et aux explications du maître !

« Même si je n'ai pas étudié cette fable-ci en classe, voici le résumé que je peux t'en faire dans l'immédiat, sans trop entrer dans les détails histoire de ne pas polluer ton esprit plus que de raisons. Pour rester dans des considérations simples, il est ici question d'un renard, qui, voulant tester une viande plus exotique que la volaille qu'il est habitué à consommer quasi quotidiennement, va solliciter l'aide de son cousin le loup. Le loup entend bien ses doléances et lui propose donc de littéralement se glisser dans la peau de son frère récemment décédé. Enfin, en dessous plus précisément. Afin de... et bien, que le renard puisse prendre les traits d'un loup, comme s'il enfilait un déguisement si tu préfères. Et ainsi pouvoir prétendre à un autre type d'alimentation, en se montrant en mesure de traquer des proies plus consistantes, au goût différent. Comme des moutons, viande qui lui était alors strictement prohibée à cause de son gabarit moindre, par exemple. Proposition que le renard accepte de bon cœur dans le but de combattre la monotonie qui frappe ses papilles. Le loup lui apprend donc tout ce qu'il sait, toutes ses techniques de chasse, pour faire du renard un parfait loup à son tour et pas seulement en apparence. Car l'apparence seule ne suffit pas, justement, à faire d'un loup un véritable loup. Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'il s'agit également d'un état d'esprit, d'un comportement, en bref, d'un tout et que cela ne s'improvise pas. Le renard s'avère être un élève assidu et bien vite, il égale son maître et se révèle devenir un lupin hors pair, comme s'il l'avait toujours été, comme s'il était né loup. Et un beau jour, voici notre cher usurpateur prêt à aller chasser seul un troupeau d'ovidés, semant la panique parmi les bergers et leurs chiens, à la manière d'un véritable et authentique loup. A la manière de son professeur. L'illusion est parfaite, impossible de différencier le vrai du faux. » Il marqua une pause pour reprendre sa respiration et fixer Kise. « Et tandis qu'il s'apprête à plonger ses crocs avides pour la toute première fois dans la chair tendre d'une brebis fraîchement abattue pour en découvrir enfin le goût, il entend soudainement le chant familier d'un coq au loin, réveillant en lui ses instincts enfouis de renard. Notre loup de pacotille délaisse alors sa proie encore sanguinolente, l'abandonnant sans regret à la putréfaction et aux charognards, et il décide plutôt d'aller se repaître du vil poulet tentateur à la place. Or, comme dans chaque fable de La Fontaine, il y a une morale à en tirer. Peux-tu deviner laquelle ? »

« Heuuu... que la viande blanche vaut mieux que la rouge ? Le renard a bien raison ! Elle est beaucoup moins calorique, j'en conclus donc que ce malicieux rouquin doit faire attention à sa ligne ! » Sourit Kise, visiblement fier de sa réponse.

OH LE CON.

Midorima sentit son sang se mettre à bouillir dans ses veines. Comme de la lave prête à entrer en éruption.

Il serra les poings et dut se faire violence pour ne pas faire BOUFFER son bouquin à Kise, en mode « Tiens, c'est du poulet ça aussi et mon CUL également ! »

Oui, oui, on en était clairement là sur l'échelle de l'exaspération...

Un nouveau pallier venait d'être franchi.

« De La Fontaine n'était un NUTRITIONNISTE ni un gourou du développement personnel ! La morale n'a donc rien à voir avec de la nourriture ! Réfléchis Kise, pense en termes d'image ! Il s'agit d'une métaphore, ne l'oublie pas et sers-toi plutôt de ton intellect pour l'amour de Dieu ! »

Après tout, Kise n'avait certes pas inventé la poudre à canon, mais de toute évidence, il ne se trouvait pas très loin au moment où elle avait explosé...

« Mais heuuuu c'est toi-même qui m'a avoué que tu ne l'avais jamais lue jusqu'ici cette fable ! Alors je peux être sûr que ce n'est pas toi qui l'interprètes de travers hein !? »

Très bonne question, Kise.

Car c'est bien le sujet ici : l'interprétation. Chacun sa sensibilité, après tout !

« Non, juste pas 'étudiée en classe', pas 'lue' ! Une fois de plus, tu n'as pas écouté jusqu'au bout ! Figuret-toi que je l'avais déjà lue avant aujourd'hui cette fable, parce que je trouvais cela stupide d'avoir acheté ce recueil complet pour n'en aborder que quelques-unes en cours ! »

« Attends une seconde... ! T'es en train de me dire que tu as pris l'initiative d'analyser ce bouquin en entier, dans ton coin, de ton plein gré sans qu'on ne te demande rien et sans que ça ne compte pas ta moyenne, de manière totalement facultative !? Mais quelle idée... quelle torture mentale... »

« ... Bizarrement, là, tu comprends ! Tu ne comprends que ce qui t'arrange en fait, bougre d'andouille ! » S'égosilla le shooter, en l'attrapant par les cheveux.

« Gnaaaaaa arrête de me secouer comme çaaaaaaaaa ! Je commence à avoir le mal de l'aaaaiiiirrr ! »

« Mal de l'air ? Quel mal de l'air !? Tu viens de démontrer que tu étais mort CEREBRALEMENT, pourquoi éprouverais-tu le besoin d'oxygéner tes cellules grises !? »

« De toute façon, c'est trop compliqué pour moi, j'y peux riiiiien ! C'est pas d'ma fauuuute si ce poète à la manque ne savait pas être clair ! » Fit Kise en tentant de contenir ses assauts, à défaut de pouvoir les repousser.

« En tout cas, il doit se retourner dans sa tombe actuellement, ça c'est sûr ! Avec toutes les bêtises que tu viens de balancer au sujet de sa morale ! Morale dont tu ferais pourtant bien de t'inspi...- ! »

« Hey Sunshine ! » Lança alors joyeusement une voix bien connue de Force Jaune et Force Verte.

Coupant la parole à Midorima, comme un malotru, malotru à qui appartenait ce timbre caractéristique un peu bas et rauque.

Les deux adolescents se retournèrent alors comme un seul homme dans sa direction, toujours aux prises l'un avec l'autre, cependant.

Haizaki...

Aussitôt, le visage de Kise s'illumina, tel celui d'un affectueux Golden Retriever qui voyait son maître revenir d'un loooooong voyage.

Allait-il prochainement se mettre à remuer la queue pour le saluer... ?

« Shogocchiiiiiiiiiiiiiiiii ! » S'écria t-il de sa voix nasillarde et haut perchée, qui fit inévitablement grincer des dents Midorima.

C'est que le binoclard avait l'ouïe sensible et n'appréciait guère les tonalités stridentes ! Il se boucha les oreilles pour empêcher le désagréable son d'y pénétrer au maximum.

« J'peux savoir c'que vous fabriquez ensemble ? »

« Heuuu... »

Les deux se jetèrent un regard quelque peu paniqué. En effet, Midorima se tenait toujours fermement cramponné à une touffe de cheveux blonde...

« ... Rien de spécial, Midorimacchi m'aidait juste à me recoiffer ahahaha ! »

PAIE TA CREDIBILITE.

« Ah ok. »

...

Wow, nouveau record du mensonge gobé le plus vite au monde !

« Et toi ? Tu fais quoi de beau ? » Sourit Kise, pressé de détourner la conversation.

« J'me baladais juste. Promenade digestive et tout ça... Naaaan, j'déconne, en vérité j'te cherchais. »

« Moi, ah bon ? » S'étonna le renardeau.

« Ben ouais pauvre cloche ! J'me d'mandais si ça te dirait de sécher l'entraînement de soir avec moi pour aller au nouveau Bowling qui a ouvert près du Game Center. En fait, pendant que je zonais en ville, j'ai recroisé par hasard les trois lycéennes de la dernière fois, tu te rappelles ? Celles qui nous avaient dépanné d'un peu d'argent de poche. Ce sont elles qui m'ont parlé de cet endroit et du coup, on s'est donné rendez-vous là-bas tout à l'heure. Alors t'en dis quoi, ça t'brancherait d'venir aussi ? En tout cas, t'es l'bienvenu ! Et puis, si ça peut te convaincre d'amener ta fraise, sache qu'elles avaient l'air grave chaudes et qu'il y en a largement assez pour deux ! Je suis même sûr que si on s'y prend bien toi et moi... y a carrément moyen d'les gérer ! »

Et si au départ, Kise s'était senti emballé par cette invitation, dès lors que les filles furent mentionnées, tout son enthousiasme se fit la malle... Est-ce qu'elles allaient... encore essayer de le tripoter comme la dernière fois, à l'arrêt de bus ? Quoiqu'Haizaki aussi avait profité de l'occasion pour le faire... Mais bon, le blond n'était pas certain d'avoir envie de se retrouver encore une fois encerclé par ces vipères, ces prédatrices impudiques... Non, lui, ce dont il avait envie, c'était de savourer la compagnie d'Haizaki, mais seul. Rien que tous les deux.

Être l'unique objet de son attention.

De ses attentions.

Quelles qu'elles soient.

Mais Midorima, la voix de la raison, tel Jiminy Cricket avec Pinocchio, le rappela à la dure réalité.

« Tu ne devrais pas sécher l'entraînement ainsi Kise. Ce n'est pas comme cela que tu gagneras ta place de titulaire. »

Et il se moquait bien de désavouer publiquement Haizaki et en sa présence. Bien-sûr l'argenté était connu pour son tempérament violent et Midorima ne se trouvait donc pas à l'abri d'essuyer un coup de poing vengeur, mais... Non, Haizaki évitait tout de même de tabasser ses équipiers...

Jusqu'ici, du moins.

Mais ça allait peut-être bientôt changer, qui sait ?

Parce qu'il jeta un regard meurtrier au grand dadais à la tignasse couleur brocolis qui osait le défier.

L'air se chargea immédiatement d'électricité.

Sauf qu'Haizaki ne faisait pas peur à Midorima. Il pouvait toujours essayer, cependant, ça ne coûtait rien, mais la future grande carotte de Shutoku n'était pas du genre à se laisser impressionner par les petites racailles mal dégrossies.

« Tsss... n'écoute pas c'qu'il raconte, Ryota. Je sèche constamment les entraînements et pourtant, regarde, je fais toujours partie de l'équipe principale, n'en déplaise à certains jaloux ! Alors j'te rassure tout de suite : t'as rien à craindre de c'côté-là. Tant qu'on a besoin de toi, tu conserves ta place et ce, quelle que soit ton attitude. Aussi merdique soit-elle. Tout simplement. C'est donc à toi d'faire en sorte de te rendre indispensable à l'équipe et non l'inverse. »

Hmm... Ses paroles avaient beau suinter de venin, Haizaki avait soumis un point de vue valable. Jusqu'ici en effet, son comportement exécrable n'avait jamais suffi à le faire virer.

Mais encore une fois, cela aussi pourrait tout aussi bien changer...

Et plus vite qu'il ne le croyait...

Car rien n'est immuable, en ce monde...

Il n'ajouta cependant aucun argument de plus, se contentant de poser une main sur l'épaule de Kise tandis qu'il passait près de lui et lui murmura à l'oreille pour contourner et bien... certaines oreilles indiscrètes justement :

« ... Je viendrai t'attendre devant ta salle de classe vers dix-sept heures. Ça te laisse le temps de réfléchir, comme ça, si tu décides finalement de m'accompagner, tu n'auras qu'à me suivre... »

La paume d'Haizaki...

Elle exhalait une telle chaleur...

Cette douce flamme qui l'attirait, tel un papillon de nuit et menaçait de lui brûler âprement les ailes...

Kise pouvait la sentir s'insinuer jusque dans son cœur...

Et au creux de son bas ventre, par la même occasion...

Il se mordit la lèvre inférieure pour ne rien laisser paraître de l'émoi provoqué par ce simple geste, alors qu'Haizaki s'éloignait.

A nouveau, Midorima choisit d'avoir confiance en Kise. Il espérait que le mannequin débutant ferait bon usage de son intellect, contrairement à la fois précédente. Mais aucun miracle n'eut lieu, Kise ne possédant pas la force nécessaire pour décliner l'invitation du Grand Méchant Loup.

Malgré tout, Midorima tint à lui faire une dernière recommandation...

... En rapport avec la fable du jour.

« Kise, écoute-moi bien. Ce qu'il faut retenir de l'histoire du renard et du loup, c'est que... 'l'habit ne fait pas le moine'. Rien ne sert de se prétendre loup alors qu'au fond, on est un renard. Et il n'y a aucun mal à simplement être soi. Bien-sûr, aller à l'encontre de sa véritable nature peut faire illusion quelques temps, mais méfie-toi : nul ne peut se renier indéfiniment, sous peine d'en faire les frais tôt ou tard. Et mon petit doigt me dit que tu ferais bien de méditer cette simple leçon, parce que j'ai le sentiment que tu pourrais très bientôt en avoir besoin et pas uniquement dans le cadre de ton interrogation écrite... Sur ce, à plus tard. J'espère vraiment te voir à l'entraînement ce soir. »

Lui rendant son livre, le vert se leva à son tour et Kise sentit le vent tourner...

Mais pas nécessairement en sa faveur...


Pas de suspense inutile.

Car bien évidemment, Kise décida de rejoindre Haizaki pour une petite virée au bowling, malgré la mise en garde de Midorima.

Evidemment que le beau loup passait avant tous les entraînements et les révisions du monde !

Et évidemment que le Kitsune s'en mordit très rapidement les doigts...

Nul besoin de le préciser...

En même temps, ça lui pendait tellement au nez...

Ce n'était que la suite logique, la conséquence, la somme même, de tous ses mauvais choix.

Au départ, pourtant, la partie commença bien. Après s'être échauffés un peu en laissant quelques boules filer dans les gouttières, lui et Haizaki entrèrent assez vite dans le vif dans le GAME, à savoir la compétition pure et dure. Chaussures horribles aux pieds, ils n'avaient clairement pas le même objectif final, soit impressionner les poulettes pour Haizaki et impressionner l'argenté du côté de Kise...

Enchaînant les strikes et les points, marqués aussi bien à l'écran que dans le cœur du trio de demoiselles, les deux co-sultans du harem se montraient sous leur meilleur jour : éblouissants. Finalement, ce n'était pas si difficile : suffisait de bien viser et de lancer comme un boulet de canon. De plus, il y avait presque un sous-texte érotique avec cette histoire de grosse boule toute lisse et bien polie, bardée de trous dans lesquels il convenait d'enfiler ses doigts...

Chacun jouait donc à tour de rôle et dans l'attente du sien, Haizaki squattait généralement la banquette en faux cuir, une femelle sous chaque bras. Et il s'en donnait à cœur joie le petit salopiot... Un sacré tombeur, jamais avare en flatteries, sourires séducteurs et autres bons mots, lorsqu'il n'était pas carrément occupé à laisser traîner ses lèvres dans le cou de ses deux belles. Il n'y avait pas à dire, Haizaki n'avait beau avoir que treize ans, il assurait déjà comme un vrai mâle alpha en ce temps-là. Sa technique parfaitement éprouvée, avait de quoi susciter l'admiration.

Kise aurait d'ailleurs eu beaucoup à en apprendre, si tant est qu'il se soit intéressé aux leçons de séductions... Mais comme celles dispensées à l'école, il n'en avait que faire. Enfin, à sa décharge, il fallait dire que bien souvent son apparence seule suffisait à gagner le cœur de ses innombrables fans féminines. Sa beauté extérieure ou son physique avantageux, si vous préférez. Et puis, les filles adoraient l'idée de sortir avec quelqu'un de « célèbre », qui gravitait autour du « star system », quand bien même sa propre notoriété n'en était encore qu'à ses balbutiements.

Sauf qu'encore une fois, bien vite, la situation dégénéra.

Trop vite.

Kise était venu ici pour passer du temps avec Haizaki et non pour être le spectateur, le témoin impuissant d'une séance de pelotage intensive. C'est qu'ils ne se montraient pas discrets. Lui et les filles sans distinction, hein. Tous les regards étaient tournés vers eux. Et disons-le très franchement : les autres participants, ainsi que le personnel de la salle, ne voyaient pas d'un très bon œil leur batifolage tout sauf innocent...

A plus forte raison lorsqu'une bonne partie de celui-ci avait lieu SOUS les vêtements...

Sans compter que ces histoires de mains baladeuses, (or, « jeux de mains, jeux de vilains », rappelons-le pour nos chères têtes blondes influençables...) non contentes de ne pas aider Kise à se concentrer sur son score, inspiraient quelques idées toutes aussi salaces à la nana « attitrée » (ou plutôt, « autoproclamée », comme c'était bien souvent le cas...) du blond. Ses mimines à elle restèrent peut-être sages, mais pas sa bouche, qui vint subitement capturer celle de Kise. Et sa langue, avec. Oh sa maudite langue trop longue, trop baveuse et trop souple, comme celle d'un serpent ! Du genre boa constrictor, en plus le serpent ! Ceux qui vous étouffent sans pitié en s'enroulant autour de vous jusqu'à l'asphyxie ! Elle se glissa sournoisement, non, força son passage même, dans la cavité buccale de Kise et commença à faire subir un german suplex à sa jumelle ! Comme ça, sans prévenir !

Prise d'otage complète !

Paralysé par le choc que représentait cette intrusion, Kise se figea sur la banquette, se sentant violé dans son intimité. Sali. Cette fille, bien plus vieille que lui, ne l'attirait pas le moins du monde, profitant de manière éhontée de son âge et de son expérience pour lui imposer un baiser non consenti.

Un étrange sentiment d'humiliation se mit à éclore dans son cœur.

Le trou noir. Celui qui aspire toute votre dignité.

Les larmes qui vous montent au yeux sans pouvoir les retenir.

Dans un ultime élan de lucidité et de courage, il s'arracha brusquement à cette prise de soumission imposée, à bout de souffle et profondément blessé. Bafoué dans son amour-propre, qu'une inconnue ose lui fourrer son gros organe humide et plein de microbes dans le gosier de la sorte ! Oh mais elle ne comptait pas le laisser interrompre leur salade de langues forcée avant qu'il n'ait eu le temps de gober l'un de ses aphtes apparemment, puisqu'elle ne se laissa pas repousser. Au contraire même, elle repartit immédiatement à l'assaut de cette bouche tentatrice et cette fois, elle joignit même le geste à la parole - si l'on pouvait s'exprimer ainsi - appuyant impudiquement l'une de ses mains sur l'entrejambe de Kise, pendant que l'autre exerçait une pression sur l'arrière de son cou pour sceller leurs lèvres et empêcher toute nouvelle tentative de fuite.

... Heuuu s'agissait-il toujours d'un baiser ou bien d'une tentative de meurtre par asphyxie ? La frontière entre les deux devenait en effet de plus en plus ténue...

Semblant abruptement réaliser le peu de participation et d'implication de son partenaire, la jeune tueuse en série en devenir rompit tout contact labial.

« Quoi, qu'est-ce qu'il y a ? Tu n'aimes pas ma façon d'embrasser, c'est ça ? »

« D'embrasser !? Mais comment peut-on réellement OSER qualifier cette technique léthale d'étranglement, de baiser !? » Pesta un Kise indigné, essuyant frénétiquement ses lèvres endolories pour effacer toutes traces de la tornade baveuse qui venait de s'abattre dessus.

Beuaaah... elle salivait beaucoup trop !

C'était comme de rouler une pelle à un crapaud pustuleux ! A la différence que lui, possédait quand même une infime chance de se transformer en beau prince charmant à un moment donné !

« Pfff n'importe quoi ! Tu n'y connais juste rien ! Dis plutôt que tu n'as aucune expérience en la matière et donc, pas l'habitude qu'on t'embrasse avec une telle passion ! C'est bien une réaction de puceau, ça, de s'affoler pour rien, tiens... ! » Riposta la vile strangulatrice.

« Oi qu'est-ce qui se passe ici ? On n's'entend plus bander avec vous ! » Intervint soudainement Haizaki, daignant délaisser ses deux cocottes juste le temps de jouer les arbitres.

Mis en alerte par tout le ramdam causé par les deux tourtereaux si mal assortis, le loup avait décidé de sortir du bois pour rétablir un semblant de justice.

« C'est lui, là ! Il joue les Sainte Nitouche ! Ça se voit qu'il a aucune expérience ton camarade, il est peut-être mignon, mais il est sacrément coincé de la queue ! » Tempêta la brunette, accusatrice, avant de se lever pour venir s'asseoir à califourchon sur les genoux d'Haizaki. Une fois confortablement installée, elle l'enlaça, puis de se mit à ronronner sur ton aussi doux que méprisant. « J'aurai dû te choisir toi dès le départ, au lieu de cet espèce de bande-mou qui n'a de toute évidence, rien dans le froc ! »

Kise se sentait tellement estomaqué par ces paroles accablantes, qu'il fut pris d'une nausée fulgurante.

Car non contente de dénigrer en public sa sexualité – ou plutôt, l'absence de celle-ci – voici que maintenant, elle tentait en prime de lui souffler Haizaki sous le nez ! En lui grillant la priorité et faisant son beurre sur son dos, à lui ! Or, c'était le mannequin qui aurait dû se trouver à la place de cette fichue grognasse irrespectueuse !

Révolté, le jaune se mit à trembler fébrilement.

Il tremblait de dégoût, de colère, de honte...

De s'être fait avoir de la sorte, comme un bleu. De s'être laissé manipuler par moins scrupuleuse que lui. D'avoir séché l'entraînement pour ça : assister aux premières loges au triste spectacle offert par son crush, sur le point de conclure avec le trio de chaudasses/harpies du lycée voisin...

Car Haizaki semblait plus que disposé à mener ce simulacre à son terme, en témoignaient ses ongles courts qui caressaient maintenant la gorge de la belle avec une avidité à peine dissimulée, tandis qu'il se penchait vers ses lèvres comme pour les cueillir...

C'était trop douloureux à voir... Kise avait l'impression qu'on était en train de lui poignarder les tripes avec un couteau rouillé... Et émoussé. A bout rond, le couteau. Histoire que ça dure bien des plombes en plus hein, tant qu'à faire... Non mais qu'espérait-il vraiment en venant ici !? Que s'attendait-il à voir d'autre que ce qui était présentement en train de se produire ?

Evidemment que ça allait se passer de cette façon-là, c'était pourtant tellement prévisible ! Couru d'avance, même ! Et Midorima avait bien essayé de le mettre en garde à sa façon en plus, mais sans succès... Kise aurait pourtant tellement mieux fait de l'écouter...

Quel crève-cœur...

Tout ça pour ça...

Mais tout à coup, alors que tout espoir semblait logiquement perdu, la cruelle réalité rattrapa la michetonneuse en devenir et des mots sans concession furent prononcés, sonnant comme un coup de tonnerre impitoyable :

« Et dis-moi, espèce de grognasse, qu'est-ce qui, dans le comportement de mon POTE, a bien pu te faire penser que c'était ok pour une mocheté comme toi de coller ta grosse langue poisseuse dans le fond de sa délicate gorge ? »

Brusquement, à la limite de la brutalité, Haizaki la poussa, l'éjectant de sur ses genoux. Ses fesses heurtèrent durement le sol et elle se retrouva les quatre fers en l'air sous le regard ébahi de tous les badauds, y compris de ses copines, qui poussèrent un cri d'effroi et de surprise.

« Ecoute-moi bien sal*pe, Ryota est peut-être un pathétique puceau, (heuuuu... je sais que tu essaies d'aider Haizaki, cependant, tu aurais pu t'abstenir d'ajouter le terme « pathétique » !) mais il lui reste encore classe et dignité. Malheureusement, on ne peut pas en dire autant de toi, ma pauvre fille... Son cul à lui n'a pas trainé partout, contrairement au tien, qui a de toute évidence connu plus de doigts différents que le digicode crasseux de ma résidence HLM ! »

Le mâle alpha avait parlé.

Fait entendre sa rage à toute la forêt.

Et ses paroles sentencieuses étaient irrévocables.

Authentiquement surpris par la tournure que venait de prendre les événements, Kise cligna des yeux, ne trouvant pas la force de faire autre chose.

Mais il n'était pas encore au bout de ses peines pour autant...

« Allez viens Ryota, on s'casse d'ici ! Les potes avant les p*tes, c'est comme ça qu'ça marche ! »

Sans laisser le loisir à Kise de protester – ce qu'il n'aurait de toute façon pas fait, bouche bée qu'il était ! – Haizaki l'attrapa par le poignet et le tira dans son sillage, direction l'extérieur. Bon, avec leur petite scène, ils venaient définitivement de se griller auprès de cet établissement, mais Kise n'en avait que faire. Il ne comptait pas revenir y jouer au bowling de sitôt de toute façon.

Tout ce qui comptait pour lui, tout ce qu'il préférait retenir de cette sombre affaire, c'était qu'Haizaki avait pris sa défense ! Sans hésiter ! Et que le loup le trouvait classe et... et digne aussi ! Kyaaaa ! Bien entendu, Kise aurait davantage apprécié un compliment sur son physique impeccable et pour lequel il se donnait beaucoup de mal, mais cela restait une bonne chose de savoir qu'Haizaki tenait sa personne en haute estime, car le gris ne semblait pas du genre à verbaliser ses véritables pensées. Du moins, pas jusqu'ici.

« ... Etant donné qu'on s'est barrés sans payer et que ces morues vont être obligées de le faire à notre place, j'te propose de dépenser le fric que j'avais prévu à cet effet, en t'invitant plutôt à boire un jus de fruit. Ou un soda, comme tu préfères. Histoire de t'aider à te remettre de tes émotions. J'crois qu'il y a un Maid Café pas très loin d'ici, si ma mémoire est bonne... ça t'va ? »

Comme ça, Haizaki n'aurait pas totalement perdu sa soirée, il se consolerait un peu de sa chasse avortée en matant de jolies soubrettes en jupes courtes...

Ne voyant que du feu à la soudaine générosité de son partenaire, Kise fit en sorte de prendre la main d'Haizaki (celle qui se trouvait encore accrochée à son poignet) dans la sienne et il hocha docilement de la tête, arrachant même un léger sourire au grisou.

Oui, aucun doute aux yeux du goupil : ils n'avaient absolument pas besoin de ces filles vulgaires pour passer un bon moment tous les deux !

Ni de qui que ce soit d'autre, d'ailleurs.

Ils se suffisaient à eux-mêmes.

Mais Kise ignorait alors que cette certitude allait très bientôt être mise à mal...


Pour quelle raison Kise repensait-il à cela maintenant ?

Peut-être parce que... de manière assez étrange et sans pouvoir se l'expliquer, il avait un mauvais pressentiment. Comme un stress irrationnel qui le prenait au ventre. Irrationnel et injustifié.

Tout allait bien se passer.

Ils l'avaient déjà fait auparavant sans encombre et ils n'en étaient plus à leur coup d'essai.

Alors pourquoi... cette peur stupide, cette appréhension, le paralysait-elle à moitié ?

« Je m'occupe des glaces, pendant que toi, tu couvres comme d'habitude l'allée principale et tu nous choppes des clopes, vu ? Mais fais gaffe cette fois, j'veux pas de ces daubes mentholées ! »

« Compris. » Acquiesça Kise, nerveux.

Oui... Ils avaient déjà fait cela plein de fois.

Pas de raison que ça tourne mal.

Prenant une profonde inspiration, ils pénétrèrent dans la petite épicerie, mais à tour de rôle. Jamais en même temps, pour ne pas se faire repérer, c'était la règle.

Leur plan, toujours le même, était parfaitement rodé vu le nombre de fois où ils l'avaient étrenné auparavant ! Il consistait à laisser Kise aller payer pour quelque chose, histoire d'avoir un prétexte justifiant le déplacement. Passer en caisse uniquement pour cet article et repartir avec tous les autres, planqués sous sa veste, puis se dépêcher d'aller rejoindre Haizaki, qui serait déjà sorti de son côté avec la marchandise, dehors.

Mais la sensation de malaise et de méfiance qui s'accrochait inexplicablement à Kise ne le quitta pas, même une fois entré à l'intérieur.

Et quelque chose, un détail presque anodin en apparence, retint immédiatement son attention.

Il y avait là un jeune homme, à peine plus âgé qu'eux – sans doute un lycéen fréquentant le même établissement que les trois harpies – que Kise n'avait encore jamais vu, occupé à ranger et à réapprovisionner les rayons. Un seau d'eau et une serpillère se trouvaient également posés non loin de lui, laissant supposer qu'il s'agissait d'un employé. Ce que tendait également à confirmer sa tenue impossible à louper. Sans doute un job d'appoint pour cet étudiant De toute évidence, le gars était nouveau, fraîchement débarqué même, ce qui expliquerait que ce soit la première fois que Kise le croise en ce lieu.

Bon, pas la peine d'y accorder une trop grande importance, il n'y avait qu'à rester NATUREL et simplement se montrer un peu plus prudent qu'à l'accoutumée. Ce n'était pas comme si sa présence allait changer quoi que ce soit à leur petit stratagème éculé. Il suffisait juste de ne pas éveiller ses soupçons. De toute manière, le jeune brun aux cheveux coiffés en brosse était occupé. Il nettoyait le sol et ne leur adressa pas le moindre regard, ni à l'un, ni à l'autre. Possible qu'il n'ait même pas remarqué leur présence.

Ok, se la jouer parano n'était définitivement pas une garantie de succès... Bien au contraire, même. Pas sûr qu'une trop grande méfiance joue en sa faveur, confiance et dévotion étant les deux mamelles de la réussite. Douter ne ferait que le rendre suspect.

Tentant de s'auto-convaincre pour se rassurer, Kise se hâta donc plutôt de rejoindre son rayon de prédilection. Son domaine stratégique.

Il fit mine de choisir, de chercher ce qu'il désirait, dans le but de rester crédible et dans son rôle, alors que dans le fond, il le savait déjà très bien.

Sa cible était même toute désignée.

Toujours similaire.

Cette cartouche de quatre paquets de cigarettes (il en prit deux), à la forme régulière, un rectangle parfait, facile à dissimuler sous sa veste d'écolier.

Veste sous laquelle il étouffait à cause de la chaleur. Il devait avoir de ces auréoles de transpiration au niveau des aisselles ! Hahaha pas très glamour, surtout pour lui le parangon de la beauté en toutes circonstances... A moins que ce ne soit le stress qui le faisait suer comme ça... Mais Kise n'avait pas vraiment le temps, ni le souhait, de tergiverser sur la question, alors il attrapa... bah tiens, une bouteille de déodorant, en guise « d'appât », aka un article à payer pour détourner les éventuels soupçons. Voilà qui allait se révéler fort utile, au final !

Satisfait de son choix, il aperçut Haizaki du coin de l'œil, en train d'enfouir un carton de sorbets sous sa veste également. Hmmm... ça ne devait pas être désagréable de sentir quelque chose de glacé appliqué contre son torse. Veinard, Malin!Zaki ! En espérant que ces appétissantes denrées périssables – raison de leur « pèlerinage » en ces lieux, rappelons-le – ne fondent pas trop vite sous cette couche de tissu et surtout, au contact de la peau brûlante de l'argenté. D'un geste discret de la tête, à peine perceptible pour un œil non entraîné, ce dernier signifia d'ailleurs à Kise qu'il était temps pour lui de se diriger vers la caisse où se tenait l'habituel vieillard aussi libidineux que bigleux... Deux « qualités » qui les arrangeaient bien dans le cas présent. Kise s'exécuta donc sans broncher. Il connaissait par cœur ce rituel et il pressa donc un pas assuré vers le comptoir.

Après tout, c'était ridicule de s'en faire.

Il n'allait rien se passer de particulier, pas vrai ?

Ils avaient déjà fait cela des dizaines de fois auparavant...

D'accord, ils allaient devoir inclure ce fichu lycéen à l'apparence patibulaire dans l'équation à partir de maintenant et sans doute leur faudrait-il se montrer moins téméraires à l'avenir, mais là tout de suite... ? Naaaan aucun risque ! Kise ne l'avait pas pris une seule fois à regarder dans leur direction... Au même titre que le vieux hibou, le jeune premier n'avait vu que du feu à leur petit manège digne de voleurs professionnels. Le blond constituait toujours un leurre de choix, il semblait avoir ça dans le sang et puis, avec sa bouille d'ange, aucun être humain normalement constitué n'en viendrait à le soupçonner...

N'est-ce pas... ?

On lui donnerait le bon Dieu sans confession et pourtant...

Il n'y avait pas que ses larcins que Kise cachait ses véritables couleurs aussi.

Adressant un radieux sourire au vieux propriétaire, il déposa le fameux aérosol senteur « vanille des îles » sur le comptoir. Allez, plus que quelques secondes à tenir et ce serait terminé... comme le vieillard venait de se saisir de l'article pour le scanner. Il mit cependant un peu plus de temps que d'habitude à trouver le code-barres et un nouveau pic de stress monta chez Kise. Il ne voulait surtout pas s'éterniser ici plus que de raison. Surtout que le jeune employé venait de disparaitre de son champ de vision...

Son palpitant tambourinait de manière irrationnelle dans son torse et ses entrailles, quant à elles, semblaient littéralement sur le point de se dissoudre...

« Relax Ryota, tu t'imagines toujours le pire. Il est sûrement parti ranger des trucs et des machins dans la réserve. » Se rassura t-il mentalement.

Haizaki, lui, était déjà sorti.

En toute quiétude.

Et depuis belle lurette.

Tout se déroulait comme prévu.

Ne restait donc plus qu'à payer et à aller le rejoindre.

Le « bip » caractéristique de la caisse le fit sursauter, le tirant de ses pensées impérieuses. Son cœur loupa un battement, mais Kise trouva tout de même la force de sortir du cash de ses poches en quatrième vitesse. Sa main tremblait légèrement quand même. Heureusement qu'Haizaki lui avait filé un petit billet juste avant d'entrer pour parachever leur subterfuge.

Balbutiant quelques remerciements polis à l'attention du propriétaire, Kise s'éloigna sans demander son reste, gardant l'unique porte de sortie en ligne de mire, sans voir que dans son dos, l'employé s'était rapproché du comptoir pour glisser quelques mots aux oreilles de son patron...

Il ne se trouvait plus qu'à quelques mètres, non, centimètres même, de la liberté.

Lorsque, soudain...

« Jeune homme, attendez... ! »

La voix d'ordinaire chevrotante du vieux hibou s'éleva solennellement dans les airs cette fois et Kise se figea, mortifié, n'osant se retourner sur lui.

« ... Vous oubliez votre achat ! » L'interpela t-il, en s'avançant vers lui.

AH OUUUUUF !

Ce n'était donc que cela !

Son palpitant avait bien dû rater ola au moins... DEUX battements !

« Ahahaha... » Rit Kise avec une nervosité qu'il peinait à cacher, mais soulagé tout de même. « Quelle incorrigible tête en l'air je fais alors ! Olalalala, si je n'avais pas la tête en permanence vissée sur les épaules, je crois bien que je l'oublierai elle aussi parfois ! »

Il tendit une main tremblante pour récupérer son bien, sauf qu'il n'était pas encore sorti de l'Auvergne. Ou de l'auberge, selon votre région de cœur.

« Et bien merci alors et hmm... à bientôt ! »

Sur le point de prendre la poudre d'escampette, (et non de perlimpinpin) Kise lui adressa une dernière courbette de politesse en s'inclinant avec courtoisie. Respect des aînés, tout ça... Mais alors qu'il s'apprêtait à passer la porte de sortie vers la liberté, une main ferme se posa sur son épaule.

Lourde.

Pesante.

Comme la serre d'un oiseau de proie, auquel on ne peut échapper.

« Pas si vite. Montre ce que tu planques sous ta veste. » Lança l'employé lycéen.

Kise fit mine de ne pas comprendre. Il maîtrisait à la perfection le rôle du jeune ingénu. Surtout, ne pas se laisser démonter. Ne pas laisser entrevoir de faille.

Mais le gars insista. Il se pencha vers Kise qui put sentir l'odeur âcre de sa transpiration vaguement dissimulée derrière celle de son eau de Cologne bon marché.

« Je t'ai vu faire... pas la peine de l'nier. Tu t'croyais assez malin pour me berner, moi ? Ce n'est pas bien de profiter d'une personne âgée naïve et vulnérable... je me demande ce que la police va en penser... » Murmura t-il sur un ton menaçant.

Naïve et vulnérable ? Ce vieux cochon pervers !?

Et... la l-la police !?

Non ! Kise commença à se débattre pour sommer le vigile autoproclamé du magasin de le lâcher.

« Qu'est-ce qui se passe ici ? Yuri ? » Appela Papy-la-Tremblote, en attente d'explications.

Kise sentit la pression monter d'un seul coup. Il devait se barrer et vite avant que la situation ne dégénère !

Merde, il était cuit...

Et justement...

« Bordel Kise, viens on s'bouge ! Faut pas rester là ! » Le héla alors son « taxi ».

Ou plutôt, son comparse. Son « partner in crime ». Haizaki. Alors il se trouvait toujours dans les parages ? Sans doute avait-il dû s'inquiéter de ne pas le voir sortir et était-il revenu sur ses pas pour vérifier ce qui se tramait. Se délestant de son paquet d'esquimaux glacés, le gris l'envoya valser en plein dans la trogne du lycéen, qui, de surprise, libéra ainsi Kise de sa poigne. Haizaki en profita pour attraper la main de Kise et l'extirper du magasin, tandis qu'ils se mettaient à courir. Le gorille, bien que légèrement sonné, ce qui leur avait permis de fuir, se lança à leur poursuite. Avec le lycéen à leurs trousses, Haizaki accéléra le pas, mais la veste de Kise choisit de s'ouvrir à ce moment-là, fort peu opportun, déversant malencontreusement son contenu sur la chaussée et faisant trébucher le blond par la même occasion.

Brusquement, l'argenté le lâcha.

Derrière lui, Kise pouvait entendre son bourreau se rapprocher dangereusement.

Mais Haizaki continua sa course sans lui.

Sans même se retourner, malgré les appels répétés et désespérés du blond, qui s'était bien éclaté le genou sur le goudron en tombant.

C'était un véritable cauchemar.

Kise restait immobile, impuissant, incapable de se relever seul, ne pouvant que regarder Haizaki s'éloigner, droit devant lui pour se mettre en sécurité à ses détriments. L'argenté était comme tous les autres en réalité : un égoïste. Il n'avait pas hésité à abandonner lâchement son compagnon lorsque la situation s'était un peu gâtée. Le sacrifiant pour fuir, lui. Se mettre à l'abri, lui. Et lui seul. Mais Kise refusait de regarder la vérité en face.

Il ne parvenait pas à croire qu'Haizaki le considérait – et ce, depuis le début – comme une soupape de sécurité, un fusible dont la seule utilité, dont le seul but, était de sauter en cas de problème et sans éprouver le moindre scrupule. Alors c'était donc cela, le tristement célèbre « Chacun pour soi et Dieu pour tous » ? Aucune solidarité en cas de problème, Haizaki montrait enfin son véritable visage. Tremblant comme un chiot effrayé et paralysé par la peur, Kise tendit la main vers celui qu'il considérait malgré tout comme son « ami », mais en silence cette fois. Il n'arrivait plus à parler, ni même à formuler la moindre phrase cohérente. La panique était en train de surcharger son cerveau, comme leur poursuivant se trouvait déjà sur lui...

« Et merde... » Pesta Haizaki en se retournant pile au moment où le lycéen se saisit de son coéquipier blessé.

Putain.

Ça ne le concernait pas, après tout. Du moins, ça ne le devrait pas. Kise était tombé tout seul, de par sa propre négligence. Après tout, c'était LUI qui avait voulu le suivre dans cette affaire et de son plein gré en plus : Haizaki n'ayant jamais cherché à l'y inciter ! Alors maintenant, le renard qui désirait être un loup allait devoir assumer son erreur, seul ! Payer le prix fort, pour avoir présumé de ses forces justement.

Et affronter le berger en colère et son molosse enragé.

Bordel.

Il ferait mieux de se tirer en vitesse avant que les flics ne rappliquent. Parce que sa présence ça risquerait de tout compliquer... Et pour cause, Haizaki avait déjà eu à faire à eux par le passé... Plusieurs fois, même. Ces bâtards là, ils le connaissaient bien. Et lui aussi...

Accros à l'autorité et ivres de pouvoir, pas du genre à faire des cadeaux, ni même preuve d'indulgence et encore moins envers des gamins comme eux. Non, ces lâches-là, incapables d'aller appréhender du yakuza bien costaud et armé comme cela était SUPPOSE être la mission pour laquelle ils étaient payés, préféraient à la place martyriser d'inoffensifs gosses, incapables de riposter, eux.

Tellement plus facile de « casser » du collégien...

Et drôle.

Jouissif...

De beaux salops, sans foi ni loi. Alors même qu'ils étaient censés la faire respecter justement...

...

Mais... ça irait, non ?

Après tout, Kise était un garçon de bonne famille. Il n'avait pas de casier judiciaire, ni jamais eu à faire aux cowboys de la police, lui. Alors tout allait bien se passer pour lui. Ils ne lui feraient pas de mal et le relâcheraient sans doute dans la soirée... Tandis que lui, il risquait bien plus gros s'il se décidait à aller l'aider. Hmm... Kise... il... il comprendrait, pas vrai ? Il comprendrait pourquoi Haizaki avait été contraint de le laisser derrière... de se servir de lui pour s'enfuir.

Le loup n'avait guère eu d'autre choix !

Tout ça, c'était de la faute de cette idiote de blondasse empotée et imprudente !

...

Chiotte...

Non, ça, c'est ce qu'il préférait croire. Ce qui l'arrangeait.

Sauf qu'en réalité...

Haizaki soupira et faisant craquer ses phalanges, il fondit sur le grand gaillard qui avait osé empoigner Kise à nouveau.

Poing en avant.

Son corps avait bougé de lui-même. Suivant sa volonté propre...

Oui, il avait nettement plus à perdre dans toute cette histoire que Kise, mais...

Lui-même ne savait pas très bien pour quelle raison il avait retourné sa veste de la sorte, en portant finalement secours à Kise.

Peut-être qu'il était même vain de chercher une quelconque explication plausible. C'était juste plus fort que lui, comme une pulsion, un besoin puissant, comme si c'était son instinct qui lui incombait d'aller protéger le blondinet. Même si ça devait le mettre en danger, lui. Explosant sans sommation la mâchoire de l'employé, Haizaki parvint à libérer Kise. Kise qui se sentait encore abruti par ce qui venait brusquement de lui tomber dessus. Et il y avait de quoi. Sous le choc, il ne se releva pas immédiatement, mais la force des coups d'Haizaki, son poing sanglant qui allait et venait contre le visage de l'autre, prenant du recul comme pour mieux revenir s'y écraser, le tira de son hébétude.

« Dégage de là Ryota ! »

Car déjà, le colosse venait de se remettre sur pied malgré le déluge de violence qui s'abattait sur lui et il attrapa Haizaki par derrière, l'entravant avec son bras au niveau de sa gorge pour l'immobiliser. Les cris et l'altercation avaient fini par ameuter tout le voisinage et d'autres commerçants – adultes - faisaient chemin vers eux pour prêter main forte à leur jeune et courageux collègue.

C'est qu'on n'aimait pas trop la racaille par ici... Le quartier était relativement tranquille et les gérants de tous bords tenaient à ce qu'il le reste... Quitte à devoir faire régner la justice eux-mêmes.

« COURS PUTAIN ! » Ordonna Haizaki à plein poumons.

Cette fois, le déclic eut enfin lieu dans le cerveau de Kise et il se mit à détaler comme un lapin et non comme un renard, sans demander son reste, droit devant, porté par ses jambes encore flageolantes. Jamais il n'avait couru aussi vite de toute sa vie. Comme si sa vie, justement, en dépendait. Pourtant, il ne voulait pas partir. Il ne voulait pas fuir sans Haizaki. Alors pourquoi... ? Comment ?

De l'aide, oui, il devait trouver de l'aide !

Et VITE !

Alors il fila comme une flèche vers le seul endroit qui lui vint à l'esprit, unique refuge possible après avoir perpétré une grosse bêtise, pour tout adolescent normalement constitué qui se respecte... !

LE COLLEGE !

Heu ouiiii... chacun son truc, hein !

Enfin plus précisément ici, le GYMNASE !

... Toujours aussi peu logique, m'enfin bon, c'est de Kise dont il est question ici et il n'est pas franchement réputé pour être un parangon d'intelligence, ni même de bon sens. On aurait sans doute eu tendance à pardonner moins facilement ce type de d'errements, si Midorima en avait été à l'origine. Essoufflé, Kise déboula donc en catastrophe dans les vestiaires, où se trouvaient encore quelques-uns de ses camarades. (Des no name pour la plupart, que je ne perdrai par conséquent pas de temps à nommer ici...) Dont Aomine, en train de se changer pour aller sur le terrain. L'entraînement n'avait pas encore débuté, Dieu soit loué ouffff ! Kise se précipita vers lui, dans l'espoir que le basané le prenne en pitié et accepte de lui prêter main forte.

« Kise ? Qu'est-ce que tu fous-là ? C'est seulement à cette heure-ci qu't'pointes ? T'es grave à la bourre, le capitaine va t'zigouiller... »

« Aominecchi ! C'est terrible, il faut que tu m'aides ! » S'exclama t-il, paniqué.

« Ok, je vais essayer d'le calmer pour te faire gagner du temps pendant qu'tu t'changes, mais j'te promets rien ! »

« C'est pas ça ! Il s'agit d'Haizakicchi ! »

« Quoi ? Il est en r'tard lui aussi ? »

« Non, o-on a volé dans une épicerie et on s'est fait prendre la main dans le sac... Mais Haizaki est resté en arrière pour me permettre de m'enfuir ! E-et maintenant il... il va avoir des ennuis à cause de moi, si la police s'en mêle ! »

« Oh que non ce ne sera pas à cause de toi, Kise... Mais uniquement à cause de lui et lui seul ! J'parie que c'est d'ailleurs lui qui t'a entraîné là-dedans, alors bon débarras ! Laisse les flics le boucler et lui passer un savon ! Ça lui passera peut-être l'envie de recommencer une bonne fois pour toutes, qui sait ? Putain... j't'avais pourtant prév'nu de n'pas le fréquenter, parce que j'étais sûr et certain qu'ça finirait comme ça entre vous ! Mais tu n'm'as pas écouté... Donc, si j'étais toi... A ta place, je ferai profil bas pendant quelques temps pour me faire oublier... »

« Mais tu n'comprends pas ! Il ne m'a incité à rien, au contraire, il a même tout fait pour me dissuader de l'imiter... Je t'en prie Aominecchi, il faut absolument qu'on y retourne pour lui porter secours et... »

« ... Pour quoi faire ? » Le coupa ledit Aominecchi... sur un ton qui n'avait rien de « cchi », lui. « De quelle manière est-ce que tu comptes l'aider ? C'est trop tard, les flics ont déjà dû l'coffrer ! Et même à supposer qu'on aille le chercher au poste ou que tu te rendes à ton tour, ils ne le laisseront jamais sortir. Pas aussi facilement. Pour la police, nous ne sommes rien d'autre que de sales gosses turbulents, trop gâtés par des parents incapables de faire preuve de la moindre autorité à notre égard... Alors tu vois, notre avis, ils s'en tapent complètement... Sans compter qu'on n'est pas même pas majeurs, alors jamais n'pourra les obliger à le relâcher avant le délai légal... »

« Donc, t'es en train d'me d'mander d'l'abandonner à son sort ? Juste comme ça !? »

« Je regrette, mais grosso modo, ouais, c'est ça. »

« C'est tout bonnement hors de question ! » Protesta vivement le principal concerné.

« J'suis pourtant persuadé qu'il n'a pas dû hésiter beaucoup, lui... »

« Qu'est-ce que t'es en train d'insinuer encore ? » S'enquit le mannequin en fronçant des sourcils, contrarié.

« T'as très bien compris... Le coup du sacrifice pour tes beaux yeux, là... Bah j'y crois pas un seul instant. C'est tellement pas son genre. Ce type irait jusqu'à vendre sa propre mère sans hésiter pour sauver sa peau, alors la tienne... ? Aucune chance ! Tu n't'es jamais demandé pour quelle raison il n'avait pas le moindre ami... ? Parce que c'est une pourriture égocentrique et lâche par-dessus le marché, voilà pourquoi. Certes, il est plutôt bon au basket, heureusement qu'il a ça pour lui d'ailleurs, mais ça s'arrête là... Y a rien d'autre à en tirer. »

On ne pouvait nier que, dit comme ça, cela restait un peu léger niveau qualités rédemptrices...

Suite à discours affirmé, Kise se sentait quant à lui de plus en plus perdu. Aomine n'avait pas une once d'explication à lui fournir par rapport au comportement irrationnel d'Haizaki, quand bien même le pro du basketball fréquentait le loup depuis plus longtemps que lui. Ok, peut-être que leur « entente cordiale » se limitait au terrain, finalement. Du moins, c'était ce que Kise en était venu à réaliser suite à la teneur des propos sans nuance défendus par Aomine. Et par conséquent, ça n'aidait pas absolument pas le copieur à comprendre pourquoi Haizaki avait délibérément choisi d'échanger leurs places... Qui sait, peut-être que l'ado bagarreur s'était imaginé avoir quelque chose à y gagner, aussi stupide et désuet que cela puisse paraître... Mais si tel était cas, de quoi pouvait-il bien être question ? Quelle pouvait être sa réelle motivation ? Cependant, pour Aomine la situation se révélait beaucoup moins compliquée : il avait la certitude que ce qui arrivait à son coéquipier était amplement mérité et basta. Pas la peine de tergiverser pendant trente ans, son opinion était déjà toute faite. A ses yeux, ce n'était rien de plus qu'un juste retour du Karma et fatalement, le basané semblait persuadé qu'il ne s'agissait que d'une question de temps avant que ses conneries passées, présentes et futures ne retombent sur le coin du museau de l'irrécupérable fautif.

C'est pourquoi l'as de Teiko ne se sentait pas plus surpris que ça quant au fait que Kise soit venu solliciter son assistance. Ça avait simplement pris un peu plus que temps qu'il ne l'aurait cru, c'est tout, mais Aomine n'avait jamais douté que ce moment arriverait bel et bien un jour ou l'autre. Et puis autant le dire tout net : la panthère ne comptait en aucun bouger le petit doigt (ou la moindre petite griffe...) pour aider son camarade... Et ce, même dans le cas (pas si improbable/inconcevable...) où Kise se mettrait soudainement à le supplier à genoux, un soir de pleine lune durant une année bissextile !

« Bref, si j'étais toi, j'crois que j'me ferai plutôt tout p'tit pendant un moment et je prierai par-dessus le marché dans l'espoir qu'il assume son geste soit disant désintéressé jusqu'au bout. Parce que... ne perds pas de vue que cet énergumène pourrait finalement changer d'avis et choisir de te dénoncer sur un coup de tête, histoire d'arranger ses propres affaires. Ouais, il en serait même carrément capable, alors surtout reste bien sur tes gardes. »

Il n'y avait pas une once de haine dans la voix d'Aomine. Simplement, on sentait bien qu'il ne portait guère Haizaki dans son cœur, le pire étant que le fauve sombre se révélait loin d'être un cas isolé. En effet, la plupart de leurs coéquipiers aussi déploraient régulièrement la mauvaise attitude du loup solitaire. En revanche, c'était bien la première fois que Kise, lui, semblait en prendre conscience... Peut-être que... au final, Aomine disait vrai. Peut-être Haizaki possédait-il réellement un motif ultérieur l'ayant poussé à intercéder en sa faveur. Cela pouvait effectivement tenir au fait qu'il ne possédait aucun ami, ainsi qu'Aomine l'affirmait... Quelle tristesse n'empêche, si telle était la vérité... Alors oui, c'était possiblement aussi simple que cela. Or, il vint justement à l'esprit de Kise que si Haizaki avait pris son parti, cela pouvait être parce que le blond incarnait la personne qui s'en rapprochait le plus pour lui.

D'un ami.

Ami...

Or, de vrais amis ne laissent jamais dans la panade ceux qui ont besoin de leur soutien !

Alors peut-être que dans le fond... cela voulait dire qu'Aomine n'était pas son ami... ?

Au moins, Haizaki agi dans son intérêt, lui !

« Aomine, tu dois m'aider à le sortir de là, je t'en prie... J'ai sincèrement besoin de conseils ! »

« Tu t'fous d'moi là j'espère ? Tu n'as vraiment rien écouté de tout ce que je viens de te dire !? Sans compter que des conseils, je t'en ai déjà donnés plein ! Mais tu as préféré les ignorer, parce qu'ils n'allaient pas dans ton sens ! Quant à mon aide, tu n'en as pas voulu davantage lorsque je te l'ai proposée alors désolé, mais à ce stade, ce n'est plus mon problème. Par conséquent, tu vas devoir te démerder sans moi sur ce coup-là Kise. Seul. Moi, j'marche pas. Hors de question que j'aille risquer mon cul pour lui ! Bon sang, il faut que tu te rentres dans la tête qu'Haizaki n'est pas une victime ! Tout ça, il l'a bien cherché ! Et mon seul souhait, c'est que cette ultime connerie en date lui fasse les pieds ! »

C'était son dernier mot. Mais Kise n'avait apparemment pas encore dit le sien.

Naïvement, Aomine croyait encore que cette mésaventure apprendrait au renard qui voulait se faire loup à mieux choisir ses fréquentations.

A la dure.

Car parfois, on a besoin d'une bonne grosse vieille désillusion pour tourner la page, jeter (le pavé dans la mare... ?) le livre (ah non...) et aller de l'avant.

Et histoire de bien enfoncer le dernier clou (pieu ?) du cercueil de Dracula, Aomine le chasseur de vampires sortit du vestiaire, laissant un Kise désemparé derrière lui. Heureusement, puisqu'il s'agit de mon histoire et j'y fais donc ce que je veux, c'est le moment que je choisis pour invoquer... EXODIA LE MAUDIT ! Heu nan, pardon c'est pas la bonne fanfic pour ça... !

Le Joker ! (Mais pas celui de Batman...)

NIJIMURA SHUZO ! (Enfin c'est tout comme, même si Exodia était plus dans le thème au final.)

Le jeune et fringuant capitaine de Teiko fit justement son entrée dans les vestiaires, telle la voiture-balai venue déloger les derniers retardataires. Avec quelques tours de gymnase en plus à la clé... Oui, Nijimura demeurait intraitable sur les horaires. Avant l'heure, c'est pas l'heure. Mais après l'heure c'est plus l'argent du beurre. Ou un truc dans ce goût-là quoi... Avec une histoire de cul de la crémière à la clé aussi... Et comme par magie, le visage de Kise s'illumina à nouveau, lui qui se trouvait pourtant au trente-sixième dessous, tel un chiot hyperactif abandonné sous la pluie par ses maîtres, il y a de cela à peine encore dix secondes.

Le brun l'avait déjà aidé une fois auparavant lorsqu'il était question d'Haizaki. Il n'y avait donc aucune raison pour qu'il ne réitère pas son geste charitable une fois de plus.

« Nijimura-senpai ! » L'alpagua (et non alpaga...) le renard. (Sinon, ça fait trop d'animaux. Et Kise n'a aucune origine péruvienne en plus.)

« Kise, t'as décidé de te pointer finalement ? Comment ça s'fait qu'tu t'es pas encore changé !? »

Nijimura se fit craquer les poings, sourire sadique aux lèvres qui ne laissait rien présager de bon. De combien de tours de gymnase le blond allait-il écoper pour cet affront ?

A suivre au prochain épisode, parce que là, il y avait une affaire autrement plus urgente à résoudre d'abord ! Kise se précipita vers lui et lui attrapa les mains en mode SANGSUE, à la manière d'une jeune starlette Hollywoodienne se saisissant pour la toute première fois des clés d'une Ferrari flambant neuve, agitées par son mari milliardaire.

« C'est terriiiiiiiiiiiible ! » Cria t-il de sa voix nasillarde si caractéristique.

Ce qui ne manqua pas de vriller les tympans de son sauveur providentiel au passage... Si la tête de Nijimura avait été composée de cristal, (ce qui aurait tout de même été un peu bizarre, reconnaissons-le...) nul doute qu'elle aurait volé en éclats sur le champ.

« Quoi, y avait plus de frites à la cantine ? Murasakibara avait déjà tout englouti le temps que tu sois servi ? Ou alors non, c'est plutôt l'inverse te connaissant : tu as mangé trop de frites justement et ça a foutu en l'air ta ligne de mannequin alors que tu as comme par hasard un shooting prévu pour dans deux jours... ? Allez, t'en fais pas ! Rien que QUELQUES tours de gymnase... (vous voyez, je vous l'avais bien dit !) ne sauront résoudre ! » Décréta t-il en se faisant craquer les phalanges.

Oui, pour Nijimura des tours de... « complétez avec le bâtiment/la structure de votre choix » constituaient la réponse universelle à tout. Son nombre quarante-deux à lui. Bah, comme Kagami avec le basket quoi. Nul doute que si les gens couraient un peu plus pour s'aérer l'esprit et muscler leurs mollets, il n'y aurait plus aucune guerre et la famine serait éradiquée dans le monde !

« Non, il ne s'agit pas de moi ! C'est Haizakicchi ! »

Aussitôt le rictus cruel de Nijimura s'effaça et il croisa les bras sur son torse robuste de karatéka émérite comme pour mieux se préparer à l'impact.

« ... Qu'est-ce qu'il a encore fait celui-là ? Et il est où d'abord ? »

« A l'heure qu'il est, sûrement au poste de police... » Enonça Kise, penaud.

Il n'en menait pas large et pour cause, il se sentait en partie responsable. Et donc coupable.

« Quoi !? Que s'est-il passé cette fois ?! »

Kise fut alors contraint de confier leur rocambolesque « braquage » au brun. La version courte, le résumé tout public même s'il fut difficile pour Kise de rester concis et de ne pas s'éparpiller dans son récit. Mais le sort d'Haizaki en dépendait ! Nijimura demeurait en effet leur dernier et meilleur espoir. Pas de raison de lui cacher quoi que ce soit, donc. Le brun eut d'ailleurs la décence de ne pas l'interrompre, semblant plutôt se concentrer pour mieux analyser la situation. Bien-sûr, il ressentait de la colère envers ses deux kohais. Une colère sourde, même. Non mais, sérieusement, comment pouvait-on faire preuve d'une telle débilité... ? De son propre aveu, ça le dépassait. Ces deux-là ne possédaient aucune jugeote. Un duo aussi désastreux que celui formé par Sammy et Scooby Doo, niveau intellect. Cependant l'urgence du moment restait de sortir Haizaki de ce mauvais pas. La punition – inévitable de la part du senpai – attendrait donc, même si elle viendrait belle et bien en temps voulu.

Or, les deux fautifs n'allaient certainement pas s'en tirer avec quelques menus tours de gymnase cette fois...

Mais de stade carrément.

Ouais.

Il demanderait à l'équipe de baseball ou de soccer de lui prêter...

Pour les cinq prochains jours à venir...

Sans pause.

Histoire de leur passer l'envie de recommencer à tout jamais.

Bah quoi ? Soit ils ressortiraient de cette douloureuse sentence avec des tibias d'acier – ce qui profiterait alors à toute l'équipe – soit ils y laisseraient leurs jambes mais dans ce cas-là, au moins, cela les empêcherait physiquement de recommencer leurs bêtises...

« Oh putain, j'y crois pas... mais qu'est-ce qui a bien pu vous passer par la tête pour faire un truc pareil... ? » S'interrogea le brun de façon purement rhétorique, une fois le récit de Kise terminé.

Pas qu'il espérait franchement une réponse...

Kise fut cependant tenté de répondre : « Du vide, du vide, tout plein de phéromones en folie et encore un peu de vide après ça. »

Bien entendu, il s'en abstint histoire de ne pas aggraver son cas déjà fort à charges.

« Et ça s'est déroulé où exactement ? »

« Ikebukuro... »

« ! »

Pas très loin de chez Haizaki, donc. Enfin pour être plus précis même, dans son quartier de résidence. Et même si ledit quartier était grand, cela signifiait surtout une chose qui n'avait pas échappée à Nijimura et qui corsait considérablement l'affaire...

Car aussi vaste que soit ce secteur, il n'y avait à la connaissance de Nijimura, qu'un seul commissariat de police.

Quel était donc le problème, me demanderez-vous ?

Et bien, à cause de ses frasques répétées, Haizaki était déjà bien connu et identifié de leurs services. Une véritable sommité locale, même...

Or, on ne pouvait pas vraiment dire que les flics de cet arrondissement le portaient dans leur petits kokoros tous mous et fragiles... Bien au contraire, il y avait un fait supplémentaire qui jouait même GRAVEMENT en la défaveur du gris, ajoutant la couche de caca finale au sommet du Tiramisu à la fiente...

Ses origines...

« Bon sang, c'est la merde... Les flics d'Ikebukuro... Ils connaissent bien Haizaki, or j'peux t'assurer qu'ils ne lui feront pas de cadeau... Et ce ne sont pas des tendres. »

« Comment ça ? Pour quelle raison en es-tu aussi sûr senpai ? »

« Parce que ces gars-là... sont loin d'être des enfants de chœur... Ils sont corrompus. Clairement de mèche avec certains gangs du quartier... et surtout... racistes à l'extrême. »

« R-racistes... ? » Répéta Kisa, étonné.

Quel rapport avec Haizaki... ?

Nijimura devina son air interrogateur et il s'empressa donc de préciser le fond de sa pensée.

« Haizaki. Sa mère, qui l'élève seule, est Aïnou. »

« Hey... ? »

« C'est un groupe ethnique minoritaire au Japon. L'équivalent des Tziganes en Europe, si on veut grossir un peu le trait. Autant te dire que par ici, ils ne sont pas franchement très appréciés et se retrouvent régulièrement pris pour cible, victimes de discrimination et autres joyeuses incivilités sur lesquelles les autorités préfèrent fermer les yeux... »

« Et... et donc, si je comprends bien, ces policiers sont au courant ? Mais ne sont-ils pas justement censés faire respecter la loi et offrir leur protection à chacun, sans distinction ? »

« En effet, 'censés', ouais. C'est bien le mot clé... »

Oh merde...

Aussitôt, le sang de Kise se glaça dans ses veines. Nijimura n'avait pas mentionné ce fait à la légère. Les conséquences risquaient donc d'être sérieuses pour Haizaki.

« Il va en chier grave si ces types lui foutent le grappin dessus. Faut qu'on l'sorte de là et vite. Une bavure policière est si vite arrivée et comme en général Haizaki se tient à peu près à carreau ou commet ses frasques loin d'Ikebukuro pour ne pas se faire choper maintenant, là, c'est juste du caviar pour eux. Je parie que ça fait des mois qu'ils rêvent qu'une occasion aussi providentielle se présente pour lui tomber sur le poil... Alors ils ne vont certainement pas s'en priver. »

...

Ok, comme il le craignait, la situation était donc extrêmement GRAVE. Encore plus que Kise ne le supputait, même. Hélas, il semblait bien que son mauvais pressentiment s'avérait fondé.

« Faut surtout pas qu'il reste seul avec eux... Sous aucun prétexte. Qui sait dans quel état ils seraient capable le relâcher, en invoquant la légitime défense... ? »

« Mais ils ne nous écouteront pas ! D'après Aominecchi, les policiers ne sont en règle générale pas du genre à négocier avec les mineurs ! » S'affola Kise.

« Non, en effet. Et encore moins ceux-là, c'est pourquoi il n'y a pas une minute à perdre ! Merci de m'avoir prévenu, maintenant rentre chez toi Kise, je m'occupe du reste ! »

Sur ces bonnes paroles pleines de résignation, Nijimura s'élança hors des vestiaires, sans avoir pris le temps de changer sa tenue de basket. Il y avait urgence, là !

« Attends senpai, où est-ce que tu vas comme ça !? Et surtout, qu'est-ce que tu comptes faire ? » Cria Kise à l'attention de son vaillant capitaine.

« Au commissariat et pour le reste... j'en sais rien encore ! J'aviserai sur l'moment je suppose ! Mais pour le moment, la seule chose dont je suis certain, c'est qu'il est hors de question que je laisse Haizaki seul avec ces brutes ! »

Bordel, c'était de pire en pire si Nijimura décidait de s'en mêler de la sorte, sans aucun plan préalable ! Or, Kise ne pouvait pas rester là sans rien faire lui non plus, bras croisés, à attendre passivement que Nijimura revienne en héros ! Et par conséquent, se ramasse toute la gloire ! Le blond aussi voulait aider à son niveau, avec ses propres moyens ! Il se lança donc à la suite de Nijimura, sans savoir lui non plus ce qu'il allait pouvoir faire exactement...

Baaaaah il improviserait bien un truc en chemin ! Si Super Niji en était capable, alors lui aussi !

« Akashi ! » Ordonna le brun en passant devant lui au pas de course. « Je te confie l'équipe, je compte sur toi pour assurer l'entraînement en mon absence ! »

Le rouge acquiesça docilement et en silence, pas plus surpris que cela visiblement, ne cherchant même pas à protester ou à comprendre ce qui se passait. Tel était le degré de confiance qui unissait le capitaine et son laconique vice-capitaine.

Sans se douter que ce lien profond serait la cause, bien plus tard, de l'éjection pure et simple d'Haizaki...


Bien qu'il fut parti APRES et qu'il courait moins vite que Nijimura, Kise fut tout de même le premier arrivé sur les lieux, grâce à la magie du scénario.

Et aussi parce que c'est encore moi qui décide, non mais ho, surtout quand ça m'arrange comme c'est le cas ici !

En bon garçon poli et bien éduqué, Kise se présenta donc à l'accueil du commissariat... (après avoir fait la queue comme tout le monde et sagement attendu son tour sans rechigner...)

... où il se dénonça le plus naturellement du monde à la dame du guichet. Malgré l'air circonspect de cette dernière et son refus initial de prendre la déposition du mannequin en herbe. C'est qu'elle avait bien du mal à prendre au sérieux ses déclarations, tant il lui semblait inconcevable qu'un garçon aussi charmant et propre sur lui ait pu commettre le moindre délit. (A part peut-être celui de briser les cœurs à cause de son irrésistible beauté !)

Ah ! Les ravages insoupçonnés d'un physique de jeune premier...

On ne peut décidément plus faire confiance à personne de nos jours, ma bonne dame ! Si même les gens beaux, ceux dont la perfection physique constitue un passe-droit, versent dans la criminalité à présent, non mais où va le monde... ?

Heureusement, Kise put faire usage de son meilleur atout (celui venant juste après son apparence de rêve !) afin de se faire entendre et ainsi lever toute incertitude le concernant : sa magnifique voix de crécelle si haut perchée ! Il causa un tel vacarme en cassant les oreilles de tous les officiers – et détenus - présents dans l'enceinte du commissariat, que la secrétaire fut bien obligée de prendre sa confession et ce fut de cette manière qu'il se retrouva balancé au trou, dans l'espoir de le faire taire un peu et ainsi pouvoir rétablir le silence...

Ce qui ne manqua par contre pas d'étonner quelque peu le flic qui se chargea de l'envoyer en cellule, fut d'entendre le blond le remercier copieusement...

C'était bien la première fois que quelqu'un semblait content de finir au bagne !

Rassuré en apercevant enfin l'ombre d'une mèche grise au fond de la prison voisine de la sienne, Kise retrouva le sourire et cessa instantanément de beugler avec la grâce d'un pourceau qu'on égorge. Ok, on ne l'avait pas collé dans la même cellule que son comparse, mais peu importait, parce qu'ils se trouvaient côte à côte et aussitôt que l'officier les eut laissés seuls, Kise se plaqua au mince mur qui le séparait d'Haizaki, afin de mieux l'entendre et se faire entendre aussi, par la même occasion.

« Shogocchiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ! Youhouuuuuu c'est moi Ryota, diiiiis est-ce que tu m'entends !? » Gueula à nouveau l'infatigable renard.

Comment faire autrement en même temps... ?

La malheureuse paroi ne devait pas faire plus de cinq centimètres d'épaisseur et l'endroit vétuste s'avérait loin d'être insonorisé, hélas... Sans compter qu'ils n'étaient que deux à se retrouver enfermés au troisième sous-sol...

« ... Je t'ai entendu dès l'instant où tu as posé le petit orteil dans ce foutu commico... Malgré les trois étages de différence... » Déplora son voisin forcé. « A un moment, j'ai même cru qu'il s'agissait de l'alarme incendie. Malheureusement pour moi, c'était juste de ta voix... Enfin, tu reconnaîtras tout de même que la confusion est aisée entre les deux... »

« Gnaaaa c'est pas gentil de déblatérer des trucs aussi vilains, mais c'est pas grave, je ne t'en veux pas et dans ma grande mansuétude de mannequin de classe mondiale, je consens même à te pardonner ! Mais dis-moi plutôt si ça va, Shogocchi ? J'étais supra méga giga inquiet, tu sais ! J'espérai que tu aies réussi à t'enfuir au dernier moment mais... Enfin, heureusement, j'ai l'air d'être arrivé juste à temps ! »

A temps... ?

Mais à temps pour quoi au juste ?

« ... Pourquoi t'es là Kise ? » Le rembarra le voleur de techniques. « ... Ne m'dis pas que c'est pour cette seule raison que tu t'es laissé enfermer dans c'trou à rat ? Simplement parce que tu t'inquiétais soit disant pour moi... ? Alors, tous les risques inconsidérés que j'ai pris n'ont servi à rien puisqu'au final, tu as atterri ici toi aussi. Si j'avais su... j'aurai mieux fait de te délaisser te dépatouiller avec ce colosse lycéen, pendant que moi, je me serai barré loin... très loin des emmerdes. Sans me retourner. »

Il y avait de l'amertume dans sa voix.

Et de la colère renfrognée.

Ce que Kise ne comprit hélas pas tout de suite...

« Meuuuh ne t'en fais pas, ça va aller maintenant que je suis venu me dénoncer exprès pour te sauver Shogocchi ! Tu peux m'dire merci ! J'ai tout expliqué à la police et je suis certain qu'ils ne vont pas tarder à nous relâcher du coup ! » Annonça fièrement le copy cat.

« 'Me sauver' ? Et 'te dire merci' ? Ah ! Mais ma parole t'es encore plus mongol que c'que j'pensais ! »

« Bah quoi, t'es pas content d'me voir ? Que j'sois là, avec toi, pour te tenir compagnie et veiller sur toi... ? Tu pourrais faire preuve d'un peu plus de reconnaissance quand même... ! »

« De 'reconnaissance' ? C'est ça qu'tu cherches ? Sauf qu'il n'y a aucune reconnaissance à avoir justement ! Parce que moi, tout c'que j'vois, c'est que maintenant au lieu qu'un seul d'entre nous ne soit puni, on va être deux ! Deux pour le prix d'un, waouh quelle aubaine, c'est vraiment du pain béni pour ces satanés poulets ! » Asséna le loup, en montrant les crocs sur un ton sarcastique. « J'parie qu'ils ne doivent pas bouder leur plaisir, face à un tel coup de filet pour lequel ils n'ont même pas eu à lever leur matraque ! »

« Mais ça n'aurait pas été juste de te laisser payer seul le prix de nos mauvaises actions conjointes ! » Se défendit Kise. « Toi et moi, on les a commises ensemble j'te rappelle ! Tous les deux ! Ce qui fait techniquement de moi ton complice ! »

« Et alors ? T'essaies de te donner bonne conscience en te dénonçant ? Tu veux sans doute une médaille pour ton geste ? Ou naaaan peut-être que... tu penses qu'après ça, je te serai redevable et tu comptes profiter de la dette que j'aurai envers toi pour avoir de l'emprise sur moi et t'en servir ? Bah autant te prévenir tout d'suite : c'est peine perdue, ce genre de petits tours au rabais ne marchent pas sur moi ! »

« Quoi ? Mais non, pas du tout ! J-jamais je n'agirai ainsi, ça n'me serait même pas v'nu à l'esprit ! Tu as donc une si mauvaise opinion de moi pour me croire capable de plans aussi vicieux ? »

« J'ai confiance en personne, si tu veux tout savoir. Je te l'ai déjà dit, non ? En ce monde, on ne peut compter que sur soi-même. C'est la triste vérité qui régit tous les rapports humains... Au moindre problème, ta famille et tes soit disant « potes », bah il se défilent pendant que toi, tu te retrouves tout seul... le nez dans ta propre merde. »

« C'est faux, tu dis n'importe quoi ! Regarde : toi, tu es revenu en arrière pour m'aider ! Alors que rien ne t'y obligeait, bien au contraire, tu avais même plus à y perdre que moi ! Et c'est pourquoi j'en fais donc tout naturellement de même à présent pour toi ! »

« Oh je vois... Alors, c'est plutôt parce que tu te sens redevable en réalité que t'es v'nu moisir gaiement dans ce repaire de détraqués... Imbécile ! Je n't'avais pourtant rien demandé ! » Vociféra l'adolescent.

« Mais moi non plus j'te ferai dire ! » Répliqua son homologue sur le même ton. « Et pourtant, tu as bel et bien fait demi-tour, malgré tes convictions pessimistes... »

Mouais... c'était surtout oublier un peu vite le passage larmoyant où un Kise terrorisé l'avait appelé à l'aide à corps et à cris, mais que voulez-vous, la mémoire humaine est parfois bien sélective... En particulier, quand ça nous arrange.

Ou pas, dans ce cas précis.

« Tsss... puisque tu prétends tout savoir de moi et si bien me comprendre, dans ce cas, explique-moi pour quelle obscure raison j'ai bien pu agir de la sorte. Je suis à la fois curieux et impatient d'entendre ta théorie à ce sujet ! » Demanda très calmement mais très sérieusement Haizaki néanmoins, s'adossant au muret qui le séparait de Kise pour mieux pouvoir recueillir ses hypothèses.

Hélas, Kise se trouvait un peu pris au dépourvu par une telle question... Et pris à son propre jeu, ce qui ne l'aidait pas franchement à faire étalage de son bagou habituel.

« Et beeeeen je suppose queeee... ! »

Plus très loquace, le top modèle...

Heureusement pour lui, il fut coupé court à cet embarrassant moment d'errance mentale, puisque déjà, l'officier de tout à l'heure redescendait auprès d'eux. Mais pas pour les libérer. Et il n'était pas seul cette fois...

« Nijimura-senpai ! » Se réjouit Kise, en se précipitant contre les barreaux de sa cellule pour mieux voir ce qui se tramait.

Leur aîné venait certainement les sortir de là ! Mais ouiiiii, il avait dû expliquer à ces braves gardiens de la paix qu'il s'agissait d'une terrible méprise ! En plus, ses deux kohais avaient déjà en quelque sorte « rendu » leur butin du jour, objet du larcin et il n'y avait donc plus aucune réelle raison pour que le propriétaire du konbini et son jeune employé portent plainte contre eux. (heuuu et tous vos autres vols que vous avez commis Kise, tu les as vite oubliés ceux-là !) Kise ne s'était pas trompé en misant sur leur sage capitaine, jamais il ne les aurait laissés tomber ! C'était Haizaki qui avait tort de clamer qu'on ne pouvait faire confiance à personne et Nijimura en était la preuve vivante !

Sauf qu'assez rapidement, le visage poupon de l'Eurasien adopta une teinte presque aussi pâle que les murs tristes de la prison.

En moins grisâtre.

!

Le policier tenait fermement les bras de Nijimura serrés dans son dos pour le maîtriser, alors même que l'un de ses collègues venait de descendre exprès à sa suite pour lui prêter mainte forte, se chargeant d'ailleurs d'ouvrir la cellule d'Haizaki...

... dans laquelle fut jeté sans sommation le capitaine Arc-en-ciel.

What the actual fuck... ?

AH BAH BIEN !

PAIE TON HEROS EN MOUSSE !

TU PAAAARLES D'UN CAPITAINE RESPONSABLE ET EXEMPLAIRE !

Gnaaah qui allait les sortir de là maintenant qu'il s'était fait coincer lui aussi !?

Parce qu'évidemment, dans la précipitation, Kise n'avait pas pensé à prévenir ses sœurs...

... Hé mais attendez une secooooonde, est-ce que ça voudrait dire que ses parents allaient être mis au courant à présent !?

ROOOOH C'EST LA TUILE EMILE !

(Non mais sérieusement Kise ? Ça semblait logique pourtant que les policiers allaient prévenir vos responsables légaux !)

Adieu monde cruel !

Kise aurait largement préféré CROUPIR dans les cachots humides (et sans doute infestés par les RATS et autres nuisibles...) de ce commissariat pourri pendant une semaine et ce, même s'il y avait quatre-vingt quinze pour cent de chance que ça lui file une belle crise d'eczéma purulent sur tout le corps ! Oui, ça valait encore mieux que de devoir affronter ses géniteurs...

L'officier referma alors bien la grille derrière lui et Nijimura ne se priva pas de les...

... insulter copieusement, lui et son collègue... (et en particulier, leurs mamans...)

AH BEN BRAVO COMME SI CA ALLAIT ARRANGER LEUR CAS CAAAA !

Kise était catastrophé !

AU BORD DU MALAISE VAGAL ! (et non pas vaginal, le malaise... Je me demande d'ailleurs si c'est possible anatomiquement parlant de faire un malaise vaginal... Non mais vraie question, hein. Si quelqu'un sait, dites-moi en commentaires...)

Dire qu'il était sur le point d'annoncer fièrement à Haizaki que la cavalerie n'allait pas tarder à débarquer !

Tu parles d'un sauvetage !

Sans transition, Nijimura se rua immédiatement vers Haizaki, qui, par opposition, eut un mouvement de recul purement instinctif.

C'est que le brun avait le coup de poing facile, surtout avec lui.

Mais... au lieu de le frapper, l'aîné prit le visage de son kohai entre ses deux grandes mains si chaudes et il le fixa droit dans les yeux, d'un air inquiet, presque maternel...

« Haizaki ! Ça va ? Ils ne t'ont pas fait de mal !? »

...

L'argenté s'arracha à son étreinte et détourna le regard, préférant laisser cette question en suspens.

De toute façon... son faciès tuméfié parlait de lui-même...

Et malgré la pénombre du sous-sol, impossible que Nijimura ait pu le rater...

« Putain, c'est pas vrai... j'arrive trop tard on dirait... »

« Quoi quoi quoiiiiii ? » S'écria Kise, en revenant se coller à sa paroi. « Comment ça ? Trop tard pour quoi ? Je veux savoir moi aussiiiiiiiii ! »

Qu'est-ce qui était en train de se passer dans l'autre cage ? Graaaah il ne voyait riiiiiiiiiiiiien bon sang et ça commençait à le gaver menu !

« T'es déjà passé par la case 'interrogatoire', n'est-ce pas ? » En conclut Nijimura, qui l'observait maintenant sous toutes les coutures pour mieux déceler d'autres blessures moins visibles.

« Ouais... »

« Et le type qui t'a interrogé, c'était Maeda pas vrai ? »

« Bingo... »

Junichi Maeda, de son petit nom. Un policier connu pour ses méthodes disons... musclées. Mais qui semblaient donner quelques résultats. Bien que de forts soupçons (avérés) de corruption pesaient sur lui, il avait toute la confiance de sa hiérarchie, qui n'hésitait pas à le couvrir, en étouffant ses diverses bavures... Or pour couronner le tout et parachever ce portrait déjà bien chargé, il était bien évidemment ouvertement raciste et avait même déjà corrigé Haizaki à plusieurs reprises...

Personnellement et en solo.

« Bordel, encore cet enfoiré... Et j'parie qu'en plus, rien n'a été filmé ! Mais merde, c'est contre la procédure de faire ça ! Tout interrogatoire se doit d'être enregistré ! »

« De toute façon, même si je disais quoi que ce soit, il invoquerait la légitime défense, comme d'habitude. Tu sais très bien qu'on n'peut pas gagner contre ces gars-là, leurs techniques de traitres sont trop bien rodées. C'est ma parole contre la sienne et à ton avis, qui les gens préféreront croire ? Un jeune délinquant récidiviste à moitié Aïnou ou un éminent représentant des forces de l'ordre, respecté et adulé ? »

« Mis en perspective comme ça, c'est sûr que... »

Nijimura s'approcha davantage, forçant encore Haizaki à reculer et bien vite, l'argenté se retrouva acculé dans un coin de sa cellule. Il ressemblait à une bête sauvage prise au piège, meurtrie... et donc, d'autant plus dangereuse. Mais Nijimura savait s'y prendre avec lui. Il se lécha le bout du pouce et il le frotta délicatement à la commissure des lèvres d'Haizaki, pour effacer toute trace du sang qui avait séché là. Haizaki se laissa faire en protestant un peu, mais juste pour la forme car en réalité, il appréciait le geste. En effet, étant donné qu'on lui avait passé les menottes dans le dos, le loup ne pouvait pas nettoyer lui-même ses blessures.

Et pour son plus grand malheur, Nijimura se montrait doux, tendre presque... Une chaleur apaisante se dégageait du plus âgé, à tel point qu'un frisson manqua d'échapper au mauvais garçon de Teiko...

« J'te fais pas trop mal avec mon doigt ? Désolé, c'est un peu sec... je suis obligé d'y aller un peu fort du coup... »

« Gnnhhh vas-y plus doucement, tu m'fais mal sale brute ! » Mentit un Haizaki rougissant, en essayant de noyer le poisson... « Si ça se remet à saigner, je te jure que je te bute ! »

« Tout de suite les menaces de réprimandes physiques ! T'es sacrément douillet, tu l'sais ça ? Mes petits frères et sœurs ne s'en plaignent pas quand je leur fais, à eux ! »

« Ouais bah ils ont peut-être l'habitude que tu les molestes de la sorte, mais pas moi ! Je préfère la délicatesse pour ce genre de choses gnhh ! »

!

Kise écarquilla les yeux en captant ces bribes (évocatrices) de... heu... conversation... ? Il avait connaissance des légendes urbaines sur la prison, mais bon Dieu, il pensait que ça n'avait lieu que dans les douches ! Et puis, pourquoi c'était Nijimura qui avait le droit de faire des trucs avec son doigt à Haizaki !? Ça devrait être lui, à sa place !

« HEUUU QUELQU'UN AURAIT L'AMABILITE DE M'EXPLIQUER CE QUI EST EN TRAIN DE SE PASSER DE L'AUTRE COTE !? » Les interrompit Kise, au bord de la crise de nerfs. « J'AI PAS L'VISUEL MOI, J'VOUS RAPPELLE ! »

Mais heuuuu lui aussi, il désirait être mis dans la confidence crénom de nom ! Marre qu'on l'ignore constamment et qu'on l'exclut de tout le FUN !

... Si fun il y avait, bien entendu...

« ... Ne t'en fais pas Kise-kun, Nijimura senpai est simplement en train de débarbouiller le visage d'Haizaki-kun, à la manière d'une maman chat... »

HEIN ?

QUOI !?

Mais cette voix... !?

Tous sursautèrent à l'unisson.

KUROKO !?

Ils mirent un peu trois heures (tout est relatif...) à localiser la provenance de cette voix d'ailleurs. Avant de comprendre que le petit fantôme ne pouvait se trouver qu'à un seul endroit, s'il avait pu apercevoir le spectacle à la limite de la pornographie hardcore offert par ses deux coéquipiers.

Soit, pour les deux dans le fonds qui n'arriveraient pas à suivre, dans la même cellule qu'eux.

Ah.

Ben oui, forcément.

« Kurokocchi !? Tu es là toi aussi ? »

Noooon Kise, tu parles à son esprit depuis l'au-delà en ce moment même...

« Bordel, mais qu'est-ce que tu fous ici Tetsuya !? » S'étonna Haizaki, qui, de surprise, avait sauté dans les bras de Nijimura.

Par pur réflexe, hein.

Ça n'prouvait rien, allons. Absolument rien du tout !

« Ravi que tu daignes enfin me poser la question, Haizaki-kun. » Enonça t-il sur un air monolithique, traduisant en effet sa joie de manière parfaitement crédible. « Cela fait plus de vingt minutes que j'essaie d'attirer ton attention, dans l'espoir que tu me remarques enfin. Sans succès. »

« N'importe quoi ! C'est impossible, parce ça coïnciderait avec le moment où on m'a descendu ici, après mon détour en salle d'interrogatoire ! Et pour cause : ça fait tout pile vingt minutes que je suis enfermé dans cette foutu cellule qui schlingue le rat crevé ! Alors tu vas pas avoir le culot d'essayer d'nous faire croire que t'étais là depuis l'début quand même !? »

Oui, parce que pour celles qui ont besoin qu'on leur rafraîchisse la mémoire (ça commence à dater KNB après tout...) : prétendre avoir assisté à tout et s'être trouvé là dès le départ, étaient les deux grandes spécialités du fantôme.

Quel troll celui-là alors...

« C'est pourtant bien le cas. J'ai tout vu et tout entendu. Ce qui est logique, étant donné que je me trouvais déjà dans cette cellule, avant même que l'on ne t'y jette également. »

« Hein !? Mais qu'est-ce que tu as fait exactement pour atterrir ici Kuroko ? » S'intéressa Nijimura, pas pressé pour un sou de reposer au sol l'Haizaki sauvage toujours pendu à son cou...

« Je me suis retrouvé au beau milieu d'une manifestation contre la réforme visant le report de l'âge de la retraite, qui a dégénéré et des policiers m'ont embarqué par inadvertance pendant qu'ils coffraient certains participants violents. »

« Manif'... ? »

« ... Anti-retraite ... ? » Répéta Kise après Haizaki.

« Mais... c'était il y a au moins deux jours, ça ! Tu veux dire que... tu es enfermé ici depuis tout ce temps !? » S'insurgea leur aîné.

« Oui. » Répondit le laconique revenant.

« Attend une petite seconde... c'était pas en FRANCE qu'il a eu lieu ce rassemblement en plus !? »

« Si. »

« ... »

« Heu... »

« On s'en fout de ses histoires ! Tu n'vois pas qu'il est en train de te mener en bateau, là !? »

« Je ne suis pas un menteur, Haizaki-kun. » Fit Kuroko, en fronçant trèèèès légèrement des sourcils. De façon presque imperceptible à l'œil nu. (Sauf si l'on s'appelle Takao...)

« Bref. » Trancha le gris pour couper court aux affabulations fantomatiques. « Au fait Nijimerda, si tu nous expliquais plutôt comment TOI, tu t'es retrouvé au trou ? » Le provoqua t-il, pressé de changer de sujet.

Tout en restant malgré tout dans le même ordre d'idée.

Ledit « Nijimerda » qui le lâcha alors lourdement au sol, sans une once de pitié.

« Je n'en suis pas spécialement fier mais... comme ils ne voulaient pas me laisser te voir malgré mon insistance, j'ai été obligé de taper sur un flic. Le premier qui passait dans mon champ de vision, au hasard. Un Mawashi-Zuki impeccablement bien placé, parfaitement exécuté. Pour être honnête, je ne savais même pas que je le maîtrisais aussi bien cette technique jusqu'ici ! »

« J'le crois pas... T'as... t'as carrément osé tabasser un poulet... ? P-pour moi... ? »

« Nan, pour la reine d'Angleterre ! Paix à son âme d'ailleurs... Bien-sûr que je l'ai fait pour toi, espèce de demeuré congénital ! »

Waouh, juste waouh... Haizaki sentit ses joues s'embraser irrépressiblement. Jamais personne n'avait fait quelque chose d'aussi heuuu... « risqué » (on ne va pas dire « gentil », vu le contexte...) pour lui auparavant. Enfin, c'était vite oublier qu'il n'y a pas que la mémoire qui est sélective : la compréhension humaine également, puisque Kise avait techniquement fait de même et ce, biiiiiien AVANT Nijimura... Mais bizarrement, le sacrifice du renard, lui, était passé totalement inaperçu...

... de même que la disparition de Kuroko, apparemment. Non seulement personne n'en avait rien remarqué à l'école, mais il y avait même fort à parier que c'était également le cas de ses propres parents, puisque son absence soudaine n'avait nullement été signalée aux autorités compétentes.

« Pourquoi t'as fait ça... ? »

« Pour la même raison que Kise, je suppose. »

« Parce que vous ressentez de la pitié pour moi ? »

« Non. Ça t'arrangerait sans doute que ce soit le cas, parce que tel que je te connais, tu t'imagines certainement que ça t'aiderait à justifier tes actes. Mais tu fais fausse route Haizaki. Tu sais, il existe encore sur cette Terre des personnes qui sont capables d'éprouver des émotions positives à ton égard, aussi bizarre que cela puisse paraître. Des gens... qui s'inquiètent réellement et sincèrement pour toi. Sans attendre la moindre contrepartie. Juste parce qu'ils tiennent à toi. Pas vrai, Kise ? »

« Ouiiii ! Senpai a raison, c'est ce que je me tue à te répéter ! Et comme cette bêtise on l'a faite ensemble, alors on va la payer à deux aussi ! »

Putain... au secours... cette solidarité digne d'un mauvais shonen était vraiment à vomir. Ouais, ça lui filait une belle envie de gerber... Mais il préféra se taire. Pour le moment, du moins.

Et justement, le silence ne dura pas bien longtemps car en effet, des bruits de pas ne tardèrent pas résonner dans les escaliers menant au sous-sol où ils se trouvaient présentement enfermés. Des pas lourds – ceux d'un adulte masculin, appartenant sûrement à l'une des flicailles du poulailler – et d'autres, plus léger – sans doute ceux d'ados – deux pour être exact. Oui, Haizaki avait toujours possédé une excellente ouïe, en même temps, cela allait de paire avec son talent pour la copie.

Quelle ne fut pas leur surprise, non, le mot n'était même pas assez fort pour décrire avec précision le sentiment qui les envahit à ce moment-là, lorsqu'ils virent débarquer Momoi et Aomine... ! Escortés par le même policier costaud que précédemment.

« Décidément, ils sont enragés ces fichus collégiens aujourd'hui ! Et vu leurs uniformes, ils viennent tous du même endroit... ça va barder pour vous, on compte bien contacter votre proviseur et à mon avis, vous allez vous retrouver collés tous les samedis jusqu'à la fin de votre scolarité ! » Les menaça l'officier. « C'est la canicule qui vous échauffe les neurones comme ça ? Ou vous avez tous choppé des vers au cul en bouffant à la cantine !? »

Sans autre forme de procès, il se débarrassa des deux nouveaux arrivants en les collant de force dans la même cellule – à présent surpeuplée – où se trouvaient Nijimura, Kuroko et Haizaki. Laissant Kise désespérément seul, une fois de plus tel un pestiféré ! Ce dernier s'empressa d'ailleurs de se... presser... contre les barreaux pour réclamer à corps et à cris qu'on le change de cage mais rien n'y fit. L'agent des forces de l'ordre ignora ses suppliques et il se hâta plutôt de remonter.

« Tetsu-kuuuuuuuuun ! » S'exclama joyeusement Momoi, avant de venir encastrer la tête du petit fantôme entre ses deux... coussins de chair... (?) déjà bien rembourrés à l'époque. « Tu vois Dai-chan, je t'avais bien dit qu'on finirait par le retrouver ! »

« Daiki ? Mais enfin, qu'est-ce que vous fabriquez ici tous les deux !? » S'étonna Nijimura, toujours occupé à faire des mamours... heu non, « soigner » pardon, Haizaki avec les moyens du bord.

Heureusement que de là où il se trouvait, Kise ne pouvait rien voir. Il n'aurait en effet sans doute pas tellement apprécié se faire griller la priorité...

« Momoi-san, attention tu m'étouffes... » Tenta vainement de protester Kuroko, avec l'énergie... d'une éponge imbibée d'eau. (ne me demandez pas le pourquoi de cette métaphore...)

Ou plutôt celle d'un paresseux (l'animal, hein.) sous Tranxène.

Mieux comme image ?

« On cherchait Tetsu aux abords du collège, quand tout à coup sans qu'on ne sache ni comment, ni pourquoi, un flic nous est tombé dessus. Rien eu le temps de comprendre ! »

« Mais c'est pas graaaave, parce que l'essentiel, c'est qu'on soit tous réunis ! » Sourit Momoi, pas traumatisée pour un sou.

« Hmm... C'est vrai que... quelque part, si Haizaki n'avait pas fait sa connerie, Tetsuya serait toujours confiné au fin fond de cette geôle insalubre. » Conclut Nijimura, philosophe.

« Hééééé ! J'étais là moi aussi, j'vous signale ! C'est grâce à moi aussi que ce vol a été commis, il ne faudrait pas l'oublierrrr ! » Se « vanta » Kise, qui, décidément, détestait être laissé hors des conversations.

Qu'on parle de lui en bien ou en mal, peu importait, tant qu'on évoquait sa petite (grande) personne !

« Ouais, bah y a pas d'quoi s'vanter ! » Le rabroua immédiatement Nijimura, en lui lançant un regard noir que le Kitsune ne put de toute manière pas voir.

Mais le ton employé se suffisait à lui-même pour comprendre l'idée générale.

« Et maintenant, du coup ? On fait quoi ? »

« Ils ne vont sûrement pas tarder à prévenir nos parents. Si ce n'est déjà fait... » Expliqua Nijimura.

Il avait un peu plus « d'expérience » en la matière que ses camarades, même si cela lui peinait de l'admettre. Effectivement, le brun avait déjà eu à faire la police Tokyoïte lors de ses pérégrinations... « décolorées » capillairement parlant, disons. C'était avant que la Génération des Skittles ne fasse sa tonitruante entrée à Teiko, il y a environ un an ou deux. A cette époque, celui qui n'était pas encore capitaine de l'équipe de basket, faisant les quatre cent coups. Et oui ! Aussi improbable et même inconcevable que cela puisse paraître, Nijimura Shuzo l'exemplaire senpai, s'était mal conduit en ce temps-là. Il avait multiplié les provocations et autres comportements violents.

Crise d'adolescence. Rébellion contre toute forme d'autorité. Haine des adultes. Perte de repères. Mal-être profond. C'était probablement pour cela qu'il se sentait si proche d'Haizaki aujourd'hui. L'argenté lui rappelait ses précédents déboires. Ils arboraient ce même comportement agressif, cette défiance similaire. Par chance, les parents du brun s'étaient beaucoup impliqués dans sa rédemption, surtout son père, professeur de karaté, qui l'avait un peu forcé au départ, à se mettre à ce sport impliquant discipline et maîtrise de soi. Mais cette activité avait porté ses fruits et transformé Nijimura en être fiable et responsable, lui apprenant à canaliser ses élans de violence.

Or, aujourd'hui, il avait envie de rendre ce qu'on lui avait donné.

De partager son expérience avec Haizaki, qui en avait besoin.

Oui, Nijimura reconnaissait son ancien lui en la personne du turbulent gris.

C'était sûrement une partie des raisons qui faisait qu'il souhaitait tant l'aider à s'en sortir lui aussi.

Mais ce n'était pas la seule ahaha...

Et du temps de Teiko, tout le monde n'y avait vu que du feu, à part les deux principaux concernés, (encore heureux...) mais également...

Akashi.

Que sa jalousie avait rongé de l'intérieur.

Avant de déborder à l'extérieur.

Plusieurs fois, il avait essayé d'évincer Haizaki de l'équipe principale, mais Nijimura avait tenu bon. Il s'y était toujours opposé fermement. Sauf que le brun savait parfaitement que ce répit ne serait que de courte durée. Dès lors qu'il aurait quitté la tête de l'équipe, Haizaki allait sauter. Inévitablement. La première victime du règne d'Akashi, ce serait le délinquant. Ça ne faisait pas un pli. Alors le karatéka tentait tant bien que mal de plaider la cause de son crush autant que possible auprès d'Akashi, dès qu'il en avait l'occasion. En prévention de ce qui lui pendait au nez.

Pas sûr que cela suffise à lui sauver le cul sur le long terme, cependant... Mais Nijimura se devait d'essayer. Pour protéger Haizaki, qui, malgré le dédain qu'il clamait pour ce sport, n'avait que le basket pour lui. C'était son seul équilibre. Ce qui le forçait à maintenir un semblant d'interactions sociales avec ses pairs. Et donc, le dernier rempart qui l'empêchait de sombrer dans l'ultra violence et la délinquance grave, voire même la criminalité...

Nijimura les avait déjà vus...

Les caïds de son quartier, traîner autour du collège. Parfois, ils attendaient Haizaki à la sortie pour le tabasser et raffermir leur emprise sur lui. La terreur qu'ils inspiraient à leur cadet. Ils accomplissaient un long et tenace travail de sape sur Haizaki. Lentement, mais sûrement, ils se glissaient sous sa peau, sous forme d'hématomes et de blessures à l'âme. Le conditionnement avait déjà commencé, mais Haizaki pouvait encore s'en sortir. Pour le moment, il résistait. Son esprit refusait de plier ou même de céder aux menaces, réelles comme avérées.

Mais le plus souvent, ils avaient juste besoin d'un punching ball et la tête brûlée argentée remplissait parfaitement cet office. Nijimura ne comprenait pas cet acharnement. Bien-sûr, il était question de racisme latent aussi, comme avec les keufs corrompus du coin, mais... pas seulement. Il y avait clairement autre chose que le garçon aux cheveux ébène n'arrivait pas encore à identifier... Quelque chose qui les poussait à s'acharner sur Haizaki en particulier.

Mais quoi ?

Hmm...

« C-ça veut dire qu'on va avoir un casier judiciaire !? » S'inquiéta Aomine.

En palissant. Ce qui ne passa pas inaperçu sur sa peau couleur caramel.

« Pas pour si peu. Ils ne peuvent pas nous garder trop longtemps de toute façon, étant donné que nous sommes mineurs... enfin... sauf s'ils nous oublient évidemment... » Suivez mon regard vers Kuroko...

« T'as l'air de vachement t'y connaître Senpai... » Lança Aomine, bras croisés sur son torse.

Il ne s'agissait même pas d'une provocation, mais bel et bien de la vérité.

Oui, Nijimura avait « l'habitude », mouais le mot était peut-être un peu fort mais... dans l'idée, c'était ça. Il avait effectué quelques séjours dans divers commissariats de quartier lors de sa période sale gosse intenable, d'où une certaine « expérience » des procédures policières et plus largement, judiciaires du pays. Mais son bref « aperçu » s'était limité au seuil du tribunal, fort heureusement.

« ... J'ai un oncle juriste. » Mentit (ou pas.) Nijimura.

Pas la peine en effet de s'attarder sur ses exploits passés de petite frappe, ayant fréquenté d'un peu trop près les forces de l'ordre Japonaises. Ses adorables kouhais n'avaient pas besoin de savoir. Comment pourraient-ils continuer à le respecter, après cela ? Non, il voulait inspirer la confiance. Leur faire comprendre qu'ils pouvaient compter sur lui en toutes circonstances. Alors s'il leur montrait d'anciennes failles... ils allaient se détourner de lui et les fondations de leur relation, difficilement érigées, risquaient de s'effondrer ou du moins, d'en souffrir énormément. Fatalement, peut-être même.

Et d'ailleurs, en parlant du loup, on en voit la queue...

Le flic de tout à l'heure était redescendu. Momoi n'avait toujours pas lâché Kuroko, qui était sur le point de s'évanouir par manque d'oxygène.

« Tout le monde dehors, vos parents sont là. »

« Tous ? » S'étonna Kise.

« Ouais, tous. Enfin, pour ceux qui ont la chance d'en avoir encore deux... » Sourit-il cruellement l'agent, en jetant un regard inquisiteur en direction d'Haizaki.

Oh c'était la MERDE !

Kise commença à se ronger les ongles nerveusement. C'est que hmmm... il n'avait pas du tout envisagé cela ! Oui, oui, il s'était un peu jeté tête baissée dans les ennuis, sans réfléchir aux possibles conséquence de ces actes, pas même les plus évidentes. Comme par exemple... que ses parents allaient être mis au courant. Il souhaitait tellement marquer des points auprès d'Haizaki qu'il avait négligé l'après, tout ce qui allait se passer ensuite. Quel idiot ! Il s'en voulait terriblement maintenant ! Comment avait-il pu passer à côté de quelque chose d'aussi frappant ?

Les parents du blonds – un couple euro-nippon, donc – n'étaient pourtant pas réputés pour leur sévérité. Au contraire, on leur reprochait souvent leur éducation laxiste, un peu « baba cool » sur les bords. Mais Kise savait mieux que personne que les rares fois où ils osaient punir leurs rejetons, le but était de leur passer toute envie, même légère, même fugace, de recommencer. Dooooooonc, Kise les craignait d'autant plus ! C'est qu'ils pouvaient faire preuve d'une redoutable inventivité dans leurs punitions... De quoi dissuader même le criminel le plus endurci !

Même Aomine, qui n'avait pourtant rien fait de mal et s'était retrouvé embarqué dans toute cette sordide histoire suite à un grossier malentendu, n'en menait pas large. Seuls Nijimura et Haizaki – les vétérans – ne semblaient pas inquiets. Ou alors, ils le cachaient très bien ! Le gris paraissait d'ailleurs quelque peu dubitatif. Que les officiers soient parvenus à joindre sa mère, tout d'abord. A cause de son travail et de son petit frère à garder, tout ça. Mais surtout, que sa génitrice ait daigné faire le déplacement pour venir récupérer son infernal rejeton, cette fois, contrairement aux précédentes.

D'ordinaire, les poulets relâchaient Haizaki (ou plutôt le « foutaient dehors tel un malpropre, non sans lui avoir octroyé une bonne correction physique...) au terme de la durée légale de détention autorisée. Ou, quand ses interpellations avaient lieu dans d'autres commissariats de quartiers, il avait parfois la « chance » d'être raccompagné en voiture de patrouille, gyrophares hurlant à l'appui.

Par conséquent, la présence en ces lieux de celle qui l'avait enfanté ne lui disait rien qui vaille... Enfin bien-sûr, les premières fois, elle était venue le chercher. Mais... la lassitude l'avait rapidement gagnée. Lassitude et impuissance... Désespoir.

Son propre fils était un fruit pourri, gangréné par la violence.

Tout ce qu'elle pouvait faire à présent... était juste de s'assurer que son jeune frère ne tourne pas de la même façon que l'aîné.

Oui, elle avait complètement baissé les bras avec Shogo.

Et ce faisant, elle l'avait condamné à ce cycle d'agressivité répétée.

Une mère est supposée protéger son enfant. Mais elle l'avait assez fait par le passé. Aujourd'hui, elle n'en pouvait plus. Haizaki était une progéniture difficile. Il refusait d'écouter. De se calmer. De dialoguer et de communiquer. Le seul langage qu'il semblait comprendre et maîtriser était celui des poings.

Alors elle avait jeté l'éponge, le laissant se perdre et s'enfoncer toujours plus loin dans le Mal.

Il lui faisait peur.

Il avait déjà osé lever la main sur elle, bien qu'il n'ait finalement pas mis son geste à exécution. Mais l'intention avait été suffisante pour briser le lien ténu qui les unissait.

Dépassée, elle avait donc décidé de s'en remettre à une autorité supérieure, plus virile. Aveuglément. Une autorité qui parlait avec les mêmes armes sanglantes que son fils. Mais dans le fond, elle ne voulait que son bien. Juste... qu'il trouve une forme de paix. Sauf que pour elle, cela passait par des corrections qu'elle ne remettait jamais en cause. Jamais elle ne s'étonnait ni ne posait de question, lorsqu'elle voyait son fils rentrer du commissariat couvert d'hématomes.

Non, elle préférait fermer les yeux, priant juste pour que Shogo revienne dans le droit chemin, si la force était le seul moyen. C'est pourquoi, jamais elle ne prenait sa défense. Ce qui lui tombait dessus, il le méritait. Les forces de l'ordre toutes puissantes ne pouvaient pas se tromper sur son compte, c'était inconcevable pour elle qui avait grandi dans la crainte et le respect de la justice. Mais Shogo, lui, tenait de son père sur ce point, hélas...

Evidemment, un tel manque de compassion et même plus généralement d'affection de la part de sa propre mère avait fini par braquer Haizaki. Ils s'étaient éloignés l'un de l'autre, inévitablement. Il n'y avait qu'à voir la façon dont elle dorlotait Matt... alors que lui... elle le considérait comme un pestiféré. Comme une malédiction, un boulet à se traîner. Mais à ce rythme-là, au moment de sa majorité, il irait heureusement croupir en taule. Du moins, c'était ce dont Haizaki était persuadé qu'elle pensait. Et elle devait attendre avec impatience cet instant...

Quand ils remontèrent tous dans le hall, elle ne lui jeta d'ailleurs pas le moindre regard, là où tous les autres parents présents se montrèrent par opposition extrêmement expressifs. Certains même un peu trop démonstratifs, engendrant la honte chez leur... engeance justement. Mais pas chez les Haizaki, non. Car la honte et le déshonneur avaient permuté de camp. Dans la famille, ce n'était en effet pas la mère célibataire qui embarrassait ses deux fils, mais seulement l'un d'eux qui en avait la privauté.

Toujours le même.

Et de l'avis d'Haizaki Akane, cela commençait sérieusement à bien faire.

Mais au final, la faute lui en revenait exclusivement parce qu'elle avait tellement de mal à s'imposer et se faire respecter par Shogo. Son aîné échappait complètement à son contrôle et rejetait toute forme d'autorité. Alors, à partir de là, que pouvait-elle bien faire ?

Il ne lui restait qu'une seule option.

La plus radicale.

Celle dont elle avait toujours refusé de faire usage.

La dernière chance...

Quelque chose d'assez fort pour créer un puissant électrochoc.

Et faire changer son fils, dans le bon sens.

Ce fut le dénommé Maeda en personne qui rassembla tout ce petit monde dans son bureau et mine de rien, il y avait foule. A tel point qu'il était difficile pour tous les présents de tenir dans cet espace minuscule et pour cause : à chaque fois, les deux parents avaient fait le déplacement. (à part pour Haizaki, évidemment.) Mais la plupart de ces honnêtes citoyens n'intéressaient pas l'agent aux méthodes discutables.

Non, sa cible – toujours la même – était toute désignée.

Il se sentait comme un limier ayant flairé la piste d'un louveteau blessé.

Et vu son air blasé, sa louve de mère ne comptait pas le défendre.

Encore mieux !

« Bien. Familles Aomine et Momoi, vous pouvez sortir sans attendre. Aucune poursuite ne sera engagée contre vos enfants. Pour cette fois. Mais que cela leur serve de leçon, car leur passage au sein de ce commissariat est à présent enregistré. Et s'ils recommencent leurs bêtises, nous n'hésiterons pas à transmettre leur signalement à tous nos autres collègues des arrondissements de Tokyo. Alors faites votre devoir de parents et d'honnêtes citoyens, en vous assurant que vos rejetons se tiennent bien à carreau. Dans leur propre intérêt. Et accessoirement, le vôtre. N'oubliez pas que ce sont vos impôts qui nous paient. »

Sans émettre de protestation – s'estimant sans doute chanceux que l'officier ne retienne aucune charge contre eux – les parents de Daiki et Satsuki, par ailleurs voisins de pallier, sortirent du bureau accompagnés de leur progéniture respective.

« Nijimura. » Appela à présent le flic gominé.

Avec ses cheveux noirs de jais coiffés en arrière et dégoulinant de graisse, il ressemblait davantage aux mafieux qu'il était supposé combattre qu'à un respectable représentant de l'Etat.

« Oui ? »

Ce fut le père de Shuzo qui s'approcha cette fois et le moins que l'on puisse dire était qu'il ressemblait énormément à son fils, en plus baraqué. Apparemment, Nijimura avait déjà raconté à Haizaki que son patriarche était ceinture noire de Karaté Shotokan (le même que Ken et Ryu dans le jeu vidéo « Street Fighter »), catégorie poids lourds. Et en effet, pour un Japonais, il était... sacrément costaud et en imposait par sa carrure. Une véritable armoire à glace sur qui on n'aimerait pas tomber au détour d'une ruelle sombre un soir de tempête.

« Votre fils a délibérément insulté, puis exercé des violences physiques sur un représentant de la loi. Du genre qui peuvent aller chercher très loin... Heureusement, cet officier n'a pas souhaité porter plainte contre lui, malgré mes recommandations. Votre fiston sait se défendre et il a une maîtrise impressionnante de sa force, c'est tout à son honneur, on aurait d'ailleurs davantage besoin de profils comme le sien dans la police pour appréhender et mater les malfrats... Cependant, il a le coup de pied facile et il serait dans son intérêt de ne pas lever la main sur la mauvaise personne, même par inadvertance, la prochaine fois. D'autres pourraient en effet se montrer beaucoup moins compréhensifs que mon collègue et riposteront sans hésiter. Or, vous devez probablement le savoir, mais il existe hélas des adultes qui n'éprouvent aucun scrupule à frapper des enfants. Certains adorent même cela. »

Et hop, petit regard pas du tout discret lancé en direction d'Haizaki, tel une flèche perçante.

« Ouais, comme toi par exemple fils de chien... » Pensa Nijimura si haut que son propre père sembla l'entendre.

Haizaki se crispa au son de cette dernière phrase et son senpai frôla doucement ses doigts avec les siens. S'ils s'étaient retrouvés seuls, il n'aurait sans doute pas hésité à prendre la main de son kohai dans la sienne pour lui réaffirmer son soutien total mais... Ce n'était ni le moment, ni l'endroit pour s'adonner à de tels débordements d'affectation.

Sans compter que cette violence évoquée par Maeda, Haizaki venait justement d'en faire les frais, alors il savait mieux que personne que les dires du policier n'étaient pas des paroles en l'air.

Cependant, le père de famille ne fit aucun commentaire, se contentant de s'incliner de même que sa femme face à l'officier qui avait décidé visiblement de faire preuve de clémence envers leur aîné. Arts martiaux et respect ancestral de l'adversaire, tout ça, tout ça...

« Merci pour votre indulgence, Maeda-san. Nous ferons en sorte qu'il ne recommence plus, soyez-en assuré. Tu viens Shuzo ? On rentre à la maison. Tes petits frères et sœurs t'attendent, ils étaient morts d'inquiétude ! Mais on ne pouvait pas les emmener avec nous, ils sont trop jeunes, alors on a été obligés de les confier à la voisine le temps de venir ici et tu sais que je n'aime pas les laisser à garder trop longtemps. Elle se fait vieille et commence à avoir du mal à surveiller des enfants aussi remuants... » Fit sa mère.

Pas de remontrances au menu, apparemment.

Ou alors seulement quelque chose de léger.

« J-j'veux rester, Maman ! » Réagit-il un peu trop vivement.

Il avait peur qu'en son absence, Maeda en profite pour massacrer Haizaki, verbalement parlant et que personne ne soit là pour assurer sa défense. Mais il se ravisa rapidement en constatant qu'un autre allié du gris était encore présent à ses côtés pour assurer ce rôle.

« Enfin... je veux dire... j'ai pas envie de partir avant d'avoir entendu le verdict pour Kise et Haizaki... Je m'inquiète pour eux, ce sont mes kohais après tout... alors je ne peux pas m'empêcher de me sentir responsable d'eux... Ça vous dérange si on attend dehors que l'agent Maeda ait terminé ? »

Bizarrement, le strict patriarche donna son accord, paraissant comprendre à quel point cette requête – bien qu'il en ignorait la raison – tenait son fils émérite à cœur. Fils émérite qui, au passage, n'avait fait que le rendre fier depuis le jour de sa naissance. Alors pourquoi en serait-il subitement autrement ? Le chef de la maison Nijimura connaissait bien son fils aîné. Certes, Shuzo avait du tempérament à revendre, mais il possédait surtout un sens aiguisé pour la justice, la vraie, pas le simulacre auquel ils étaient en train d'assister dans ce repaire de chiens enragés... Or, si quelque chose troublait Shuzo, ce n'était sûrement pas pour rien et ce père aimant le savait mieux que personne, tout simplement parce qu'il avait foi en son héritier.

La petite famille partit donc attendre dehors bien sagement et Nijimura lança un regard lourd de sens à Kise, signifiant qu'il comptait sur lui à présent. Certes, leurs raisons et leurs méthodes différaient quelque peu, mais chacun d'eux souhaitait réellement protéger Haizaki.

« Famille Kise ? C'est votre tour à présent. »

« Oui, Inspecteur Maeda ? »

Ce fut le père également qui prit la parole, mais toute l'attention du ripoux se tourna vers la génitrice...

Une Européenne du Nord.

On en voyait de plus en plus régulièrement par ici, mais les hommes Japonais faisaient encore très rarement le choix de les épouser. Celle-ci était d'une beauté époustouflante, son fils semblait tenir d'elle d'ailleurs. La même blondeur, le même visage fin, ce regard espiègle, si ce n'était que la femme possédait des yeux d'un bleu océanique profond, là où Ryota semblait avoir hérité de la couleur noisette appartenant à son père.

L'homme portait un costume chic, qui le mettait en valeur sans trop en faire. Pas besoin de sortir de Todai pour deviner qu'ils étaient plutôt aisés. Ils avaient de la classe. De la tenue. Quelque chose de naturel et pourtant accessible qui se dégageait cependant d'eux. Un peu dans le style de ces fameux « boys and girls next door », dont raffolent tant les Américains.

Alalala... si l'agent avait pu se douter qu'ils étaient légèrement « baba cool » sur les bords et aux entournures, il aurait très certainement choisi de moduler, voire de durcir un peu plus son discours, lorsqu'il s'adressa enfin à eux :

« L'une de mes collègues féminines m'a rapporté que votre fils débutait une carrière prometteuse de mannequin, c'est vrai ? On dit même qu'il s'agit de la future étoile montante de la mode Japonaise, rien que ça ! »

Le père de Kise, Ryoma de son petit nom, cacha son agacement derrière un sourire sucré, taillé sur mesure pour étouffer tout soupçon. Bien-sûr que c'était vrai et cette stupide flicaille le savait parfaitement ! Impossible qu'il n'ait pas effectué des recherches sur Ryota après l'avoir coffré, c'était son métier après tout... Et ce n'était pas les paroles doucereuses de Maeda qui allaient le tromper. L'agent cherchait clairement à les endormir en commençant par un beau discours hypocrite...

« C'est exact. Il suit les traces de sa grande sœur, de sa mère et sa grand-mère avant lui. Son arrière grand-mère maternelle a d'ailleurs été élue Miss Suède. » Indiqua Ryoma en bombant le torse, histoire de restituer le pédigrée familial. « Nous sommes très fiers de lui. »

Heu ouais, on parlait toujours bien d'êtres humains et non pas d'élevage canin hein, pour celles et ceux qui se le demanderaient...

« Alors il serait dommage de mettre fin à une si belle tradition familiale et surtout à une carrière aussi prometteuse que celles de votre fils à cause de mauvaises fréquentations, vous ne trouvez pas ? Votre cher enfant prodige... » Remplacez ici par « chien de race ». « ... N'a rien à faire en compagnie d'un bâtard. » Remplacez ici par... heu non, rien en fait. « Bâtard », ça convenait aussi pour parler d'un clébard.

Aucune réaction chez la mère d'Haizaki, malgré l'attaque frontale.

Par contre, il n'en fut pas de même de la part de son « corniaud » justement !

« Tu sais ce qu'il te dit, le « bâtard », enculé ? Quoi que nan, c'est méchant pour les enculés de les comparer à toi et j'ai un minimum de respect envers ces types-là... Après tout, ils arrivent à s'asseoir sur vingt centimètres sans venir chialer, eux... Contrairement à toi qui dois te tordre de douleur à la moindre pichenette... »

Pour ne pas dire « au premier doigt dans le fondement... » et rester poli. Mais Haizaki l'avait pensé tellement fort de toute façon, que tout le monde l'avait compris de cette manière-là.

Haha en tout cas, ce gamin avait du répondant pour deux ! Cette attitude fit sourire le père de Kise, lui rappelant vaguement quelqu'un qu'il avait connu. Amusant. Et bien envoyé aussi ! Apparemment, ce gamin n'était pas du genre à se laisser faire, ni même intimider. Evidemment et comme il fallait s'y attendre, cette réplique ne fut pas du tout au goût de Maeda et il ne lui échappa pas que Ryoma semblait également valider ce comportement dénigrant.

« Vous voyez... c'est exactement ce dont je voulais parler... Mais il ne faut guère espérer des miracles de la part d'un gosse sans repères ni éducation, qui a grandi sans la moindre autorité paternelle et dont la mère est démissionnaire. »

C'est vrai qu'elle n'avait rien dit, même confrontée à la défiance de son rejeton.

« Mais puisqu'il a ouvert sa grande gueule et a osé me montrer les crocs, je vais lui régler son compte tout de suite. Dommage, je me faisais une joie de le garder pour la fin... »

L'officier reporta son attention sur Haizaki et Akane.

« J'aurai adoré pouvoir le mettre en détention encore quelques jours, histoire de lui apprendre les bonnes manières et de le dresser un peu, malheureusement la loi de notre beau pays est ainsi faite. Et Mal faite, je veux dire. Ce genre de petites frappes s'en sort toujours, du moins, jusqu'à leur majorité mais après, la peur change de camp et je finis toujours par les rattraper. Car, ne te fais aucune illusion mon chaton : je peux et surtout, je VAIS attendre avec impatience que ce jour arrive. Dès la première minute de tes dix-huit ans, je te tomberai dessus comme la misère sur le monde pour te remettre dans le droit chemin. Par la force, s'il le faut. Et j'espère qu'il le faudra, parce que je me ferai joie de l'employer sur toi... »

« Attendez. » Le coupa alors Akane. « Si je comprends bien, cela veut dire que Shogo est libre ? »

« Pour le moment, oui. Qu'il en profite bien surtout. Hélas, dans la mesure où les objets volés lui ont été restitués, le propriétaire de la superette n'a pas souhaité déposer plainte non plus... » Soupira l'agent, déçu.

Tu m'étonnes que ce vieux grigou avait décidé de se taire finalement ! Et certainement pas par magnanimité, mais plutôt parce qu'il savait bien que son attitude digne d'un pervers sur le retour pourrait lui porter préjudice et attirer un peu trop l'attention sur lui, si d'aventure la police s'en mêlait ! En effet, les agents du commissariat seraient sans doute très intéressés d'apprendre qu'il adoooooorait mater les jambes des jeunes filles et des jeunes garçons aussi, tant qu'on y était. Et de tout ce qui était jeune plus généralement, quoi. Qui sait ce qu'ils pourraient découvrir en creusant un peu... ? Mieux valait donc faire profil bas...

« Ryota aussi, dans ce cas ? »

« Oui, c'est le même topo. Pour les deux. »

« Ouf ! C'est vrai qu'un casier judiciaire, ça aurait fait tâche sur son C.V. de mannequin... » Soupira de soulagement le père. « D'autant qu'il se destine à une carrière internationale... Merci pour votre compréhension, Maeda-san. Allez viens Ryota, pas la peine de rester ici plus longtemps, tu as entendu Monsieur l'agent, vous êtes libres tous les deux. »

Nul doute que cette nouvelle suffirait à rassurer son fils, qu'il sentait tendu depuis le début de l'entrevue.

Et en effet, logiquement, Kise aurait dû sauter de joie au plafond, mais c'était presque trop facile... et l'ambiance pesante dans l'air n'était pas retombée malgré l'annonce... Haizaki et sa mère n'affichaient d'ailleurs aucun soulagement... ça cachait un truc pas net... La tension même restait à couper au katana – du genre de celui accroché derrière Maeda en guise de décoration - malgré le verdict en leur faveur...

Décidément, quelque chose clochait et ça ne lui disait rien qui vaille...

Pire encore, le mauvais pressentiment de tout à l'heure ne le quittait pas, toujours aussi tenace...

« Non, je refuse cette fois... »

« Pardon ? Qu'est-ce que vous refusez, Madame ? »

« Que Shogo s'en sorte comme une fleur, sans la moindre punition... »

QUOIIIIIIIIIIIIIIIIIIII !?

Kise avait du mal entendre, là !

Quoique non, apparemment, puisque ses parents affichaient à présent le même air choqué et surpris.

Non mais quel genre de mère ou de père s'offusque que son enfant n'ait pas été « assez » puni, voire même pas puni du tout... ? Ne devrait-elle pas plutôt s'en réjouir ?

« Ça suffit, il n'apprendra jamais rien comme ça... »

Cela pouvait sembler démesuré ou même très pathétique qu'une femme adulte voit en la police sont seul salut et compte sur ses officiers pour faire l'éducation de son fils à sa place... Mais c'était surtout le désespoir qui parlait. Le désespoir d'une mère qui avait tout essayé... mais qui n'avait plus la force de continuer.

« Ça, je suis bien d'accord avec vous chère Madame. Mais à l'heure qu'il est, il n'y a rien hélas que je puisse faire de plus et... »

« Le juge pour enfants. »

QUOIIIIIIIIII ? (bis répétita)

C'était un peu extrême, non... ?

Les oreilles du gris se mirent soudainement à bourdonner et un violent vertige s'empara de lui.

« Mais t'as perdu la tête ou quoi, vieille sorcière !? » Vociféra Haizaki, guère enchanté par cette perspective.

Et ça pouvait se comprendre, même s'il ne l'exprimait pas forcément de la plus avenante des manières...

« C'est mon ultime recours... » Reconnut-elle à demi-mot pour se justifier. « Tu ne me laisses plus le choix Shogo... »

« Le juge pour enfants, hein ? Ouais, ça peut s'faire... J'devrai pouvoir vous décrocher une audience avec lui pour dans... disons deux semaines... »

Remotivé, Maeda attrapa son éphéméride papier pour le consulter, à la recherche d'une date précise.

De son côté, il n'avait pas pensé à ça. Cette pauvre femme isolée devait vraiment être à bout pour avoir recours à une telle alternative envers son propre enfant.

« Oi, une petite minute là ! » S'inquiéta la jeune racaille incriminée. « Qu'est-ce que ça veut dire exactement ? Il va m'arriver quoi !? »

« Et bien, si le juge te déclare coupable tu vas casquer mon lapin, voilà ce que ça veut dire. Et plus tôt qu'tu n'le crois, pas besoin d'attendre tes dix-huit ans pour ça. Tu devais sans doute te croire en sécurité, alors désolé de devoir te l'apprendre aussi abruptement mais tu es loin d'être intouchable... » Fanfaronna le flic, triomphant.

Si seulement il avait pensé à cette solution dès le départ ! Il aurait pu détruire ce fichu moutard arrogant en deux deux !

Haizaki, quant à lui, serra les dents et les poings.

CA N'ALLAIT PAS DU TOUT, CA !

« Rassure-toi. Pour mon plus grand malheur, tu n'iras pas en prison. Pas tout de suite, du moins. Mais disons que tu risques fort d'écoper de travaux d'intérêt général et dans le pire des cas, le juge pourrait même retirer à ta chère maman l'autorité parentale et t'envoyer dans une famille d'accueil. A moins qu'il n'opte directement pour un petit séjour en camp de redressement... Remarque, tout compte fait, la privation totale de liberté et un bon petit formatage en règle, ça peut être pire que la taule... Parce que quand on ressort de ce genre d'établissements, c'est sous la forme d'un petit agneau docile, tout juste prêt à être tondu. Là-bas, les matons ne rigolent pas, ils sont habitués à briser psychologiquement les sales racailles dans ton genre. Aucune ne leur résiste et ils ont bien plus de moyens et de droits que nous pour parvenir à leurs fins... Ouais pas de doute, ça te fera le plus grand bien. Avec leurs méthodes, tu vas te muer en parfait citoyen modèle. Tu sais quoi ? Je vais personnellement veiller à ce que le juge préconise ça pour toi. Dans ton intérêt, bien évidemment. C'est la seule chose que j'ai à cœur te concernant Haizaki... » Ricana t-il.

« Connard... alors ça n'te suffit plus d'me tabasser, il faut qu'tu m'détruises complètement maintenant réussir à pour t'faire bander !? » Aboya le loup cerné de toutes parts.

Les parents de Kise jetèrent un regard discret à l'adolescent et effectivement, son visage était bien abîmé, même si l'essentiel des dégâts devait être savamment caché ailleurs sous ses vêtements...

La mère de Kise, Ase, à qui son fils venait justement de prendre la main en signe de peur, fit alors un signe de la tête à son mari. Le paroxysme de la communication non verbale.

Ils devaient agir.

Et vite.

« Tu l'as bien cherché. C'est toi seul qui t'es attiré le mauvais œil mon bichon... même ta mère semble d'accord, puisque c'est elle qui a demandé à alourdir ta peine. En tout cas, sois sûr que j'aurai préparé un dossier béton pour le jour J. Histoire que le juge comprenne vraiment qui tu es et à quel genre de raclure inutile il a à faire... »

« Putain ! Et toi, tu n'dis rien !? Oh, j'te parle ! » Avant de changer de ton, les yeux humides, sans doute pour mieux pouvoir jouer sur sa corde sensible. « M'man, je t'en supplie ! Je vais faire des efforts et changer, je te le promets, mais ne m'oblige pas à aller voir ce juge ! Ça m'achèverait ! »

Tiens donc, Haizaki semblait tout à coup se rappeler qu'il disposait d'une génitrice... Uniquement quand il avait besoin d'elle, en somme. Mais à ses yeux, il était déjà trop tard pour regretter. Cette fois, la chair de sa chair avait définitivement dépassé les bornes et Akane ne savait plus quoi faire de lui. Quelqu'un d'autre saurait peut-être... Il fallait l'espérer en tout cas, parce que c'était sa toute dernière chance de rédemption...

« Un instant, je vous prie. » Intervint soudainement le père de Kise. « Ma femme et moi nous avons cru comprendre qu'Haizaki-kun avait un certain... passif, n'est-ce pas ? »

« Pfff... « un certain passif » ahaha ! C'est l'euphémisme de l'année ! » Rit de nouveau Maeda, galvanisé par un sentiment de toute puissance.

« Peut-être, mais concernant l'affaire qui nous occupe aujourd'hui, il se trouve que Ryota était son complice et nous avons même de fortes raisons de suspecter que c'est bien notre fils qui l'a incité à voler. »

QUOIIIIIIIIIII ? (Tris. Ça se dit... ?)

Kise ouvrit des yeux ronds comme des billes, choqué par ce qu'il venait d'entendre. Comment ses propres parents osaient-ils l'accuuuuuuuuuser de la sorte !? Ils voulaient sa mort ou quoi ?! Note à lui-même : ne plus jamais attendre la moindre aide de leur part ! Parce qu'ils avaient carrément le don d'empirer les choses !

A moins qu'il ne s'agisse d'une diversion...

Après tout, on parlait bien d'une famille entière de renards, réputés pour leur ruse...

« Qu'est-ce que vous insinuez ? » Se méfia le chien de garde.

« Simplement qu'Haizaki-kun ne devrait pas être le seul à recevoir une leçon. Ce serait profondément injuste, étant donné que Ryota est au moins aussi fautif que lui. Et puis, à la réflexion, nous sommes persuadés qu'il faut frapper un grand coup pour lui passer toute envie potentielle de recommencer. Nous croyons fermement en la nécessité de prévenir en amont, pour mieux éviter de guérir ensuite. »

« Et dooooooooonc vous souhaitez solliciter une audience avec le juge pour enfants par la même occasion ? »

« C'est bien ça. »

« Ahahah... papa, maman, pas la peine d'en arriver à de telles extrémités pour que je me repente ! J'ai bien compris la leçon et je ne recommencerai plus, c'est promis ! » Sourit nerveusement Kise.

« Tu trouves donc normal de laisser ton petit camarade payer seul, dans ce cas ? »

« Heu non bien-sûr, mais... »

Kise jeta alors un bref coup d'œil à Haizaki, pour essayer de capter sa réaction. Mais il n'y parvint pas. L'argenté semblait complètement anéanti. Eteint. Comme s'il n'était plus là. Comme si son enveloppe corporelle était vide. Une carapace, une coquille désertée.

« ... »

« Très bien, c'est vous qui décidez de ce qui est le mieux pour votre enfant et je dois dire que l'exercice de votre autorité parentale me semble toute à fait adéquate ! D'ailleurs, vous savez quoi ? Ce serait vraiment bête qu'ils s'engrènent mutuellement à faire de nouvelles bêtises, alors pour vous éviter cela et parce que je crois sincèrement en la future carrière professionnelle de votre fils, j'ai très envie de vous aider à mon niveau, moi aussi ! Par exemple, en vous rédigeant une belle ORDONNANCE RESTRICTIVE toute pimpante ! Parce qu'il vaut mieux prévenir que guérir, comme que vous l'avez si bien dit tout à l'heure ! »

« Et en quoi cela consiste t-il ? » Se méfia Ryoma, qui trouvait décidément cet agent de la paix beaucoup trop zélé pour être honnête.

« Disons qu'avec ça... la Belle et le Clochard ne pourront plus se fréquenter en toute impunité et que s'ils s'obstinaient malgré tout dans cette voie, en choisissant de délibérément outrepasser cette interdiction, ils auraient alors de gros ennuis avec le juge lorsqu'il les recevra... »

« Mais c'est ridicule ! Ils sont inscrits dans la même école, je ne vois vraiment pas comment on pourrait les empêcher de s'y voir tous les jours ! » Protesta Ase.

« Et ils pratiquent le basketball dans le même club, qui plus est ! » Ajouta son époux.

« Et alors ? Ils ne sont pas dans la même classe à ce que je sache, et cette ordonnance est toute façon limitée à un rayon de vingt mètres. »

« Carrés, les mètres ? »

« Non, alors vous voyez : ils pourront continuer à trouver dans le même gymnase, pas d'inquiétude ! »

Grand sourire carnassier qui va bien et hop petit autographe au bas du formulaire pour le faire entrer en application immédiate ! Et vas-y que je le tends bien en double exemplaire à chaque chef de famille.

« Et avec ça, voici le sort des deux tourtereaux Roméo et Juliette scellé ! Soyez sage les enfants et tenez-vous bien pendant les deux prochaines semaines, au risque d'aggraver votre cas... Et n'oubliez pas qu'on se revoit au tribunal pour enfants ! Vous recevrez votre convocation avec l'heure et le lieu précis d'ici samedi. Sur ce, bye bye ! » Les salua le sadique officier.

C'est qu'il les foutait carrément dehors en plus !

Non mais le culot de ce type ! Ryoma allait se faire un plaisir de s'en plaindre à sa hiérarchie, même s'il savait pertinemment que cela ne donnerait rien... tandis que le principal concerné profita de leur départ pour marquer d'une belle croix la date du procès sur son agenda. Audience qu'il ne raterait pour rien au monde, quand bien même sa présence n'était absolument pas nécessaire...

Ce fut alors que... qu'une toute petite voix s'éleva...

« Maeda-san... ? »

« Hein ? Qui me parle ? »

« C'est moi. »

On tira soudainement sur sa manche pour mieux attirer son attention et la vaillante flicaille, qui ne s'y attendait absolument pas, sursauta, paniquée.

« Mais qui êtes-vous et surtout, que fichez-vous dans mon bureau !? »

On aurait dit qu'il venait de voir un fantôme... Enfin, trois, pour être exact...

Soit l'intégralité de la famille Kuroko. Les deux parents et leur fils unique.

« Nous sommes les parents de Kuroko Tetsuya. Vous avez oublié de nous appeler. » Précisa le papounet, aussi transparent que son fiston.

A croire que ce Monsieur était vitrier et que la mère du bleuté s'appelait Claire mwahaha ! (va traduire cette boutade en anglais tiens, bonne chance !)

« Sommes-nous libres de partir nous aussi ? »

« Ah... ouais bien-sûr, je vous en prie. Vous pouvez dégager... » Soupira Maeda, dépassé.

« Merci. »

C'est vrai il les avait complètement zappés ceux-là, tiens... et il ne se rappelait même plus quand, ni comment, ni pourquoi il avait bouclé leur fils... Hmm... mais mieux valait passer cette négligence sous silence et plutôt réduire sa consommation de coke, parce que ça commençait sérieusement à lui filer des trous de mémoire...

Pendant ce temps et ayant noté l'air toujours aussi préoccupé de son unique garçon, Ase lui ébouriffa maternellement les cheveux une fois dehors. Mine de rien, elle se sentait soulagée d'avoir récupéré son renardeau en un seul morceau, d'autant qu'il ne semblait pas trop traumatisé par son petit séjour en cellule...

« Qu'y a t-il Ryota ? Tu as peur qu'on te gronde ton père et moi ? Ne t'inquiète pas, nous ne sommes pas en colère et nous ne comptons pas te punir. Pas tout de suite du moins, nous préférons attendre d'être rentrés à la maison et d'avoir entendu ta version, avant. » Sourit-elle.

« Oh heu... non, c'est pas ça qui m'ennuie... Je veux dire, c'est normal que je reçoive une punition, je l'ai bien méritée ça, je ne le nie pas et je suis carrément prêt à accepter toute sentence que vous jugerez utile de me donner ! Et ce, quel que soit son degré de sadisme, aussi... »

Wow ! Quelle réponse inattendue de la part de son cadet ! Deviendrait-il ENFIN un peu responsable ? C'est que d'habitude, il avait plutôt tendance à se cacher derrière ses grandes sœurs en comptant sur elles pour minimiser ses déjà raaaares punitions...

« Ah vraiment ? Mais alors pourquoi tu continues à tirer une tête de six pieds de longs si tel est cas ? Aurais-tu peur pour l'audience ? Hmm... je pensais pourtant avoir deviné que tu souhaitais partager les torts avec ton camarade... »

« Bien entendu, mais... »

« Allons, allons, ça va bien se passer, tu n'as pas à t'en faire. Le juge se montrera indulgent envers toi, à n'en pas douter. Après tout, c'est la première fois que tu fais quelque chose de mal, alors il n'y a pas de raison pour qu'il fasse preuve de sévérité. J'espère juste qu'il te donnera quand même un petit avertissement pour la forme pour t'aider à reconsidérer ton attitude irresponsable. »

« Non M'man, tu fais fausse route ! C'est pas pour moi que je m'inquiète, mais pour Haizakicchi... »

« Oh ! »

Une telle déclaration ne manqua pas de la surprendre. Kise était gentil et plutôt sociable, mais pas vraiment du genre à s'en faire pour autrui en général... Enfin disons, pas au point de faire passer quelqu'un d'autre avant lui.

« D'après ce que j'ai cru comprendre, il a beaucoup à perdre lui... »

Le pire étant sans doute qu'il s'agissait de sa propre mère qui tenait à le faire condamner... Kise ne comprenait pas ce qui pouvait pousser un parent à trahir son enfant de la sorte... Ceux qui nous ont mis au monde ne sont-ils pas justement censés nous aimer d'un amour inconditionnel, malgré les épreuves et ce, en toutes circonstances ?

« Ah oui, c'est vrai... »

« Sa mère... elle ne le défendra pas pendant l'audience. Enfin, à supposer qu'elle fasse le déplacement... Ça se sent trop qu'elle essaie juste de se débarrasser de lui en l'envoyant en pension ! »

« Ne dis pas ça Ryota, tu n'en sais rien... et même si c'était le cas, cela ne te regarde pas. Elle... elle doit avoir ses raisons pour agir comme elle le fait. »

« Et quelles raisons, ça, j'aimerai bien le savoir ! Pour moi, rien ne pourra jamais justifier qu'un parent abandonne son propre enfant ! » Affirma naïvement le candide mannequin.

« Tu penses ça parce que tu n'en as pas encore à toi. » Rit-elle doucement. « Les enfants peuvent parfois... s'avérer difficiles à gérer... »

En réalité, il était tout aussi difficile pour la belle blonde de trouver des arguments allant dans le sens de la mère d'Haizaki, parce qu'à l'image de son fils adoré, elle ne comprenait ni ne cautionnait une telle attitude. Mais elle savait aussi qu'il ne faut pas juger autrui à l'emporte-pièce et à plus forte raison, sans avoir connaissance de toutes les informations pour pouvoir se prononcer en toute impartialité.

« Dépêchons-nous de rentrer, je n'aime pas rester loin de Matt trop longtemps... » Fit justement la principale concernée par toutes ces allégations peu flatteuses.

« Ah ouais ? Moi, ça te dérange pas pourtant ! Bien au contraire : moins tu m'vois et mieux tu t'portes j'ai l'impression ! » Cracha Haizaki.

« C'est différent et tu le sais très bien... Matt n'est encore qu'un bébé. »

« Ouais c'est ça, un grand bébé de sept ans, soit le même âge que moi quand tu l'as eu et pourtant, ça ne t'embêtait déjà pas à cette époque-là de m'laisser seul et sans surveillance dès qu't'en avais l'occasion... »

« Shogo écoute, je... »

« Haizaki-san... ? » L'interpela soudain le père de Kise, en s'approchant lentement pour ne pas les effrayer. « Je tenais à vous présenter mes excuses pour le comportement de mon fils. Ryota est gentil d'habitude, mais ce n'est vraiment pas le couteau le plus affuté du tiroir... et il a parfois des idées farfelues comme tous les ados... » Il lui tendit la main gentiment pour la serrer avec politesse.

« Non, si quelqu'un doit s'excuser ici, c'est moi et moi seule Kise-san. » S'empressa de le corriger la mère de famille célibataire, visiblement gênée. Mais elle accepta néanmoins la main tendue en signe de paix par ce très bel homme. « Nous savons très bien vous et moi que Shogo est l'unique responsable et non votre fils. Ça a vraiment l'air d'être un bon petit, mignon et bien élevé. Vous pouvez en être fier, je le pense sincèrement. »

« Merci à vous, il est toujours très plaisant pour un parent d'entendre parler de son enfant en des termes aussi élogieux. » Ce à quoi elle ne devait pas être accoutumée, elle... « Mais en vérité, en plus de vous demander pardon, j'étais également venu pour vous proposer de nous mettre en commun pour mieux pouvoir assurer notre défense. Je connais un très bon avocat et bien que sa présence ne soit pas obligatoire dans le cadre de cette procédure de jugement, je me disais que nous pourrions partager les frais engendrés par ses honoraires ensemble et... »

« Je regrette mais... je ne comptais pas faire appel à quelqu'un. Je pense que c'est à Shogo seul de répondre de ses actes. Et puis, en toute honnêteté cher Monsieur, je n'en ai pas les moyens... » Se désola Akane. « Je vous remercie néanmoins pour votre généreuse proposition. » Ce n'était pas tous les jours qu'un Japonais pure souche faisait preuve de compassion à son égard à elle, la paria.

Mais le plus frappant restait que cette jeune femme paraissait si polie, si réservée... soit tout l'inverse de son fils.

Son fils qui, quant à lui, avait profité de ce que ces deux-là étaient en train d'avoir une conversation, pour s'éloigner en douce. Il avait besoin d'air et surtout de faire le point sur sa situation actuelle. Putain, c'était la merde... Cette fois, il se trouvait réellement en danger et il risquait bien de ne pas pouvoir se dépêtrer de ce lot d'emmerdes à si bon compte. Nijimura, qui l'attendait dehors ainsi qu'il l'avait promis, se décida à le rejoindre sans faire de geste brusque car son kohai semblait perdu dans ses pensées. Peut-être réalisait-il enfin la portée de ses actes, mais surtout leurs conséquences pour lui-même et pour les autres... ? Avec douceur, il posa une main rassurante sur l'épaule d'Haizaki, sans le forcer à se retourner vers lui pour lui faire face.

« Hey... »

« Oh... t'es encore là toi ? » Lui lança Haizaki d'un air dédaigneux.

« Apparemment, ouais. »

« ... »

« Shogo, regarde-moi. »

« Pour quoi faire ? Pour que tu puisses te moquer de moi avec tes grands airs et me balancer droit dans les yeux 'je te l'avais bien dit', sur un ton suffisant ? »

« Non, rien de tout ça. Juste parce que... je sais que t'es en train de pleurer là... et pas à cause d'une supposée poussière invisible dans l'œil... »

« Putain tu fais chier... depuis quand t'es devenu aussi doué pour décrypter mes mimiques ? »

« J'ai pas tellement d'mérite, tu sais. Disons juste que je commence à bien te connaître et heureusement d'ailleurs ! Ce serait triste si ce n'était pas le cas, vu le temps que je passe à te courir après pour te taper dessus et te ramener par la peau des fesses aux entraînements ! »

« Dans ce cas, tu sais pertinemment ce qui va s'passer pour moi à cette foutue audience... »

« T'inquiète pas, c'est dans deux semaines, ça nous laisse largement assez d'temps pour deviser d'un plan d'ici-là. J'te promets que j'te sortirai de là, dussé-je encore frapper un flic pour ça. »

« Et qu'est-ce que tu comptes faire pour m'aider hein ? J'suis une cause perdue, tu devrais l'savoir mieux qu'personne... alors même si tu frappais le juge en personne, ça ne changerait rien au sort qui est le mien... Désolé d'avoir à te l'dire, mais tout c'que tu fais, c'est juste gaspiller ton temps et ton énergie pour quelqu'un qui n'en vaut pas la peine. »

« C'est moi qu'tu vas faire chialer là si tu continues ! Et juste pour info : protester ne te servira à rien non plus, parce qu'il est tout bonnement hors de question que j'te laisse dans la merde ! Ce serait indigne d'un capitaine ! »

« Quoi, tu veux dire que c'est ça ton excuse à la noix pour constamment voler à mon secours... ? »

« Bah ouais, faut croire. »

« Waaaah c'est sacrément bidon, putain ! Nul à chier, même ! J'ai trop honte pour toi si c'est vrai. » Se moqua Haizaki, toujours aussi provocateur, malgré la situation qui n'était clairement pas à son avantage.

« Nan mais blague à part, j'déconne pas. J'vais vraiment tout faire pour t'éviter la maison de correction. Et quand j'y serai parvenu, j'aimerai bien qu'on fête ça tous les deux, en se faisant une sortie au ciné rien que toi et moi ! »

Haizaki eut un mouvement de recul.

Il avait du mal entendre ou à minima, mal comprendre là, non ?

« Attends, je cauchemarde là où t'es en train d'profiter d'ma détresse pour m'proposer un rencard OKLM, l'air de rien ? »

« Pour commencer, j'profite de rien du tout et puis, arrête de t'faire des films, attends plutôt d'être assis devant un grand écran pour ça ! C'est juste que mon oncle qui bosse comme projectionniste dans une salle, m'a refilé deux places à écouler avant la fin du mois... ce serait dommage de les gâcher, tu n'trouves pas ? »

« Et tu peux pas y aller avec quelqu'un d'autre ? Genre Akashi, je suis sûr qu'il sera ravi de t'accompagner, lui. J'parie même qu'il n'demande que ça ! »

Il n'y avait qu'à voir comment le rouquin tournait autour de son senpai, tel une mouche attirée par une grosse fiente encore fumante... bon ok, image pas des plus ragoûtantes, j'en conviens ! Disons plutôt qu'il ressemblait à une mignonne petite abeille alléchée par un joli bocal de miel, alors ! Ouais, mieux !

Et qu'il ne demandait certainement qu'à plonger son DARD dans le pot de Nijimura...

Ou inversement...

« Bah non j'peux pas y aller avec une autre personne, puisque j'te l'demande à toi narvalo ! »

« ... Pourquoi t'insistes à ce point ? T'es sûr que t'es pas une pédale ? Tsss... et moi qui pensais naïvement que seul Ryota en était... » Lâcha t-il crûment.

Mais bien loin de prendre la mouche, Nijimura resta plutôt calme et il s'empressa de répliquer :

« Et même si c'était le cas, qu'est-ce que... attends, quooooiiii ? » Bugua le capitaine arc-en-ciel. « Depuis quand Kise est attiré par les garçons ?! Première nouvelle ! Je ne le vois toujours qu'entouré de filles ! »

« Et pourtant. Tu peux m'croire, j'ai un véritable don pour sentir ces trucs. Une sorte de « Gaydar » infaillible ! Dommage que je n'mange pas d'ce pain-là, parce que j'suis certain que j'aurai un succès d'enfer avec les queutards ! Bah comme avec les nanas quoi ! »

« Ta connerie sans borne m'épatera toujours. Mais bon, tu peux quand même venir, ça ne t'engage à rien, si c'est ça qui te fait peur ! On va juste passer un chouette moment ensemble et en profiter pour resserrer nos liens entre senpai et kohai ! »

« Bah voyons, tu dis ça mais comme par hasard, je vais rentrer en boitant le soir venu et j'aurai mal aux fesses, en prime. Parce que le seul truc qui risque de se resserrer entre nous, c'est uniquement mon cul autour de ta bite, alors ménage tes efforts, j'connais la chanson hein, c'est même moi qui l'ai inventée... »

« Et sinon, le pain que je m'apprête te filer, car oui c'est bien la seule chose que je compte te mettre, ne t'en déplaise... tu le veux tout de suite ou j'attends le jour du procès ? Pas sûr que ça attendrisse le juge, par contre... »

« Shogocchiiiii ! » Cria soudain une voix familière.

Si Haizaki avait été un loup en cet instant, il serait sûrement se planquer le plus loin possible dans son terrier. Bah comme un lapin plutôt, en fait. Maeda ne l'avait-il d'ailleurs pas surnommé ainsi un peu plus tôt ? Brrr... rien que de penser à ce détraqué, le gris fut pris d'un irrépressible frisson de dégoût.

« Qu'est-ce que tu veux encore, Kise ? On n'a plus l'droit d'se parler jusqu'à nouvel ordre sinon ça va barder pour notre matricule, j'te rappelle. »

Enfoiré de Maeda.

Il s'agissait d'un stratagème pour les contraindre à ne pas échanger avant le procès, histoire de les empêcher de se concerter et fomenter une version commune des événements pour se couvrir mutuellement.

Une astuce vieille comme le monde pour séparer deux complices.

Voire même les monter l'un contre l'autre...

Leur interdire toute communication et regarder la paranoïa les gagner.

Puis, savourer son travail de sape.

« Gnaaaa mais comment on va faire alors ? Peut-être qu'on pourrait demander à Nijimuracchi de jouer les messagers pour nous ? »

« Surtout pas ! On, ou plutôt « tu » l'as bien assez impliqué comme ça dans cette galère ! »

« Maiiiis ! Y avait vraiment pas d'autre solution ! » Protesta Kise en gigotant nerveusement.

« J'en ai rien à foutre de tes excuses... Tu n'aurais jamais dû le mêler à nos affaires ! »

Il fallait toujours que ce maudit mannequin Wish en fasse des caisses. Qu'il surjoue toutes ses émotions...

Haizaki grimaça d'ennui. Dès que Kise se trouvait trop près de lui, il se trouvait pris de vertiges. Le blond ne tenait jamais en place et ça finissait par lui donner le mal des transports !

Où se trouvaient les piles sur ce modèle-là !?

Ceci dit, pas question de mettre les doigts où que ce soit pour vérifier...

Non merci, il avait trop peur de la réponse, alors il passerait son tour pour cette fois !

« Oi, t'as entendu c'que j'viens d'te dire, tête de pioche ? N'aggrave pas notre cas et débarrasse le plancher ! Fissa ! » Ordonna Haizaki en enfonçant son poing dans la toison dorée.

Comme pour que ça rentre mieux...

« Aïe ! » Se plaignit Kise, surjouant encore la douleur, sans doute pour attendrir son bourreau.

Mais cela ne fonctionna pas. Même Nijimura n'intervint pas davantage.

« Casse-toi, d'accord ? Rentre gentiment chez tes parents, brosse-toi les dents après le dîner, n'oublie pas de prendre un vermifuge si t'as le cul qui gratte (comme semblait le croire la police) et va au lit d'bonne heure ! »

La version polie de... heu non... malpolie plutôt du fameux : « Tu vois pas qu'tu gênes les grandes personnes, là ? »

Bon sang, pourquoi est-ce que tout le monde s'acharnait à le traiter comme un enfant ?! Même Haizaki s'y mettait maintenant ! Et ses sentiments à lui alors, dans tout ça ? Kise voulait qu'on le prenne au sérieux. Il pensait pourtant avoir prouvé à l'argenté qu'il ne devait pas le prendre à la légère ! Après tout, le renard était parvenu à jouer dans la même cour que le loup, chassant les mêmes proies ! Alors pourquoi Haizaki s'évertuait-il à le repousser de la sorte tout à coup ? Ça n'avait pas de sens... Ils étaient complices ! Même ce sale flic l'avait dit ! Et même leurs parents l'avaient reconnu ! Dans de telles circonstances, pour quelle raison Haizaki acceptait-il l'aide de Nijimura et pas la sienne !?

Qu'avait leur capitaine de plus que lui ?

...

Dire qu'à l'époque, il y avait déjà des signes qui ne trompaient pas entre ces deux-là...

Sauf que Kise n'était de toute évidence pas assez mature pour les voir, ou les interpréter correctement, à minima.

Quoi qu'il en soit, les deux adolescents semblaient bien complices, eux !

Bien plus que Kise et Haizaki ne l'avaient jamais été...

Et ne le seraient sans doute jamais...

Le renard n'est pas un loup.

Même s'il le désirait, il ne pourrait pas le devenir.

Tandis que le chien... descend directement d'un loup qui a été domestiqué par les humains.

Ils peuvent même s'hybrider ensemble, là où le goupil ne produira jamais rien avec un lupin.

Kise commençait peu à peu à comprendre les explications de Midorima.

Se conduire comme un loup, comme Haizaki, ne faisait pas de lui son semblable pour autant.

Il avait tant espéré réduire le fossé qui les séparait, pensant que leurs différences finiraient par s'effacer naturellement avec le temps. Il y avait même cru, un moment.

Mais c'était juste impossible.

Ils n'appartenaient décidément pas au même monde, ni à la même espèce.

Et le procès qui se profilait allait définitivement achever de rompre leurs liens...


Et c'est la fin ! (du chapitre seulement, hein, vous emballez pas...)

29500 et quelques mots quand même...

Bon alors, pas grand chose à dire sur le chapitre qui m'en aura tant fait chier ! Si ce n'est que :

- J'aime TELLEMENT le webcomics chinois "19 Days" ! Je ne peux que vous le recommander, si vous aimez le BL ! (et si vous vous trouvez ici, en train de me lire, c'est que c'est probablement le cas !) C'est juste troooooooooooop mignon ! Je vais essayer, je dis bien ESSAYER, de m'inspirer de la relation d'He Tian et de Mo pour celle de Nijimura et Zaki ahaha ! Ouep, je trouve qu'en terme de dynamique, ça colle assez bien à ce que je veux essayer de faire avec eux ! Du moins, pendant la période collège.

- Je suis vraiment dans ma période BL/manwha/webcomics en ce moment ! Ca doit ou ça va finir par se ressentir dans cette histoire ahah !

- Le vol... le tribunal... la rupture... Ouais, je l'admets, j'ai pas mal été inspirée par "Hartley coeurs à vif" à ce niveau-là et NON, je n'en ai pas honte ! Drazic le bad boy piercé et Anita la blonde ingénue... Je trouvais que ça collait totalement à Zaki et Kise. Il restera encore quelques flashbacks plus courts sur la période du collège entre eux, après celui-ci. Mais plus beaucoup. On devrait également repasser dans le présent au prochain chapitre.

Des bisous et merci de m'avoir lue !