Salut à tous ! Et voici le nouveau chapitre de ce mercredi. Ce chapitre marque un tournant dans l'histoire. C'est un peu le moment où... ça vrille. Lorsque je l'ai écrit, j'en avais presque la chair de poule et j'étais quasi au bords des larmes. Ça fait un peu "too much" mais franchement, j'étais peinée pour Drago et Dorea. Il y a également un petit clin d'oeil au futur couronnement de Charles III d'Angleterre. Je précise que ce chapitre a été écrit avant la disparition de notre chère Elizabeth II, donc il n'y a rien de calculé.
Je vous conseille donc fortement de vous asseoir, de sortir vos mouchoirs et d'être prêt à être secoués.
Enjoy :)
Elle s'approcha alors qu'il restait impassible et ne répliquait rien.
- POURQUOI TU FAIS ÇA ?!
Elle le poussa en arrière et Drago vacilla, mais se retint de tomber.
- POURQUOI… - elle le poussa une nouvelle fois en arrière – ESPÈCE DE SALE …. – et une fois encore elle y appliqua tout son poids – CONNARD DE MÉDEUX… - de nouveau, ses mains se plantèrent sur son torse – TU FAIS…- il se rapprocha dangereusement de la fenêtre… - TOUT ÇA ?!
Elle hurla, cette fois-ci, cette dernière syllabe et en dirigeant ses mains dans les airs devant elle. Ce qui eut pour effet de projeter le jeune homme à travers la fenêtre, qui se brisa en mille morceaux.
Dorea cessa tout bonnement de respirer, le courant d'air se précipitant dans la chambre et faisant flotter les tentures de velours rouge.
Elle se précipita donc vers la brèche béante du mur et se pencha pour examiner le contre-bas. Une forme indistincte s'était tracée dans la couche de neige, éclatante déjà d'un bon mètre et demi. Ce qui avait certainement dû amortir le choc.
Oubliant subitement sa dispute avec le blond, elle se retourna vers la chambre et courut vers la porte, lâchant au passage le carnet. Elle franchit le corridor à toute jambes, dévala la multitude de marches aussi vite qu'elle le put, sauta les trois dernières pour franchir le hall et se précipiter au-dehors.
Dorea s'arrêta tout net au milieu du hall, le souffle haletant, lorsqu'un jeune homme blond apparut dans l'entrée, des éclats de verre plantés ici et là, sur ses bras et son torse.
La jeune fille, qui avait dessillé grand ses yeux de surprise, s'aperçut que Malefoy avait l'air si furieux, que sa respiration grandissait progressivement sous le coup de la rage qu'il éprouvait à son encontre. Il arracha quelques éclats de verre, grimaçant légèrement, non sans la quitter du regard.
C'est alors que sans prévenir, il sortit sa baguette de sa poche et lança un informulé qui la propulsa dans les airs. Elle se heurta contre le mur derrière, et s'affala sur le sol telle une poupée de chiffon.
Il y eut un moment de flottement puis elle se leva avec une certaine difficulté et plissa les yeux tandis que le blond avançait à grande enjambée vers elle.
- Tu es complètement fou Malefoy ! On n'a pas le droit d'utiliser la magie en dehors de l'école.
- Il parait que l'on peut l'utiliser en cas de danger imminent ! répondit-il avec mépris.
Aussitôt, elle se redressa et son visage se ferma, se mettant dans un tout autre état d'esprit. Puisque Malefoy voulait la jouer en ainsi…
Elle saisit également sa baguette rangée dans la poche arrière de son pantalon alors qu'il dressait de nouveau la sienne et elle l'agita avec force vers lui.
- Bombarda ! s'exclama-t-elle
Drago évita de justesse le sort, se jetant sur le côté au sol, un vase explosant à sa gauche. Lorsqu'il se redressa, elle était déjà partie. Il eut le temps, toutefois, d'apercevoir sa chevelure rousse virevolter derrière elle en direction du salon bleu.
Grognant, tel un prédateur voulant dévorer sa proie, il se remit à l'aplomb et emprunta le même chemin, marchant d'un pas courroucé. Alors qu'il fut près de la porte, il se mit soudainement en position de défense, baguette pointée devant lui et ralentit le pas, foulant avec une certaine application le tapis persan de la pièce.
Pourtant, cette dernière était déjà vide. C'est ainsi qu'il localisa une porte ouverte à l'autre bout de la pièce. Il entreprit alors de la traverser pour rejoindre la bibliothèque.
Sans qu'il ne puisse l'anticiper, un énorme coup de pied vint sur le côté et le projeta de nouveau sur le sol, sa baguette roulant sur le parquet un peu plus loin.
Il eut à peine le temps de rehausser le regard que déjà la rousse se jetait se lui, le plaquant sur le revêtement. Il inversa la position, butant son bassin contre le sien et attrapant ses poings qui partaient dans sa direction.
Elle se redressa et lui donna un coup de tête brutal.
Il chancela sur l'attaque, et lâcha sa prise. Dorea en profita pour rouler sur lui et lui assener un autre coup dans la mâchoire. Elle leva son autre poing, mais le choc passé, il le saisit au vol. Se relevant sur ses pieds, il la porta alors, elle s'agrippant de ses jambes autour de sa taille, et la balança contre une étagère de porcelaine qui se fracassa sous la charge des deux jeunes gens.
La jeune femme se laissa tomber sur le parquet, dos à lui et Drago, reculant légèrement, suspendit les poings, se préparant à attaquer de nouveau.
- Allez, viens voir ton mec, émit-il, la respiration saccadée et lui faisant signe d'approcher.
Il ne vit pas que Dorea avait déjà enroulé une pièce de décoration en or massif, échoué sur le sol, avec une petite nappe qui se trouvait non loin. Elle se redressa, se tourna et le frappa à la tête. Il tituba, la tête lui tournant brusquement et la bile lui montant à la gorge.
- C'est qui le mec maintenant, rétorqua-t-elle tout aussi essoufflée.
Elle profita de l'hébétement de son assaillant pour tenter de s'échapper. C'était sans compter la vivacité et la réactivité de ce dernier.
Drago la rattrapa donc par les cheveux, elle hurlant de douleur et la tira vers lui pour la jeter au sol sans ménagement. Dorea tomba sur l'un des fauteuils en soie tissé de couleur pervenche, dont le dossier chuta en arrière. Le blond l'enjamba et elle n'eut le temps de se remettre debout que déjà, il lui donna un coup de pied en plein estomac. Puis un deuxième, un troisième, un quatrième suivirent. Brusquement, la serpentard contre-attaqua net par une bastonnade tout droit dans ses parties intimes.
Il tomba à genoux sous l'estocade, la douleur se propageant dans tout son entrejambe.
Dorea s'agrippa contre l'assise du sofa tout en tâchant de calmer sa respiration à l'instar du garçon à sa droite. Ils se lancèrent un coup d'œil en coin, puis soudainement repérèrent chacun leurs baguettes.
Ils se précipitèrent alors vers elles, roulant sur le côté pour l'une, se jetant au sol pour l'autre et se redressèrent face à face, l'arme pointée vers l'autre.
Seuls leurs souffles hachés résonnaient dans la pièce et tous deux se fixèrent alors en chien de faïence. Dorea réalisa alors ce qu'il venait de se passer et les larmes lui vinrent brutalement. Comment ? Comment avaient-ils pu en arriver là ?
L'expression du jeune homme était le reflet de son propre visage : hostile et méprisant.
- Je sais tout Malefoy, murmura alors Dorea le palpitant s'accélérant. Je sais pour ta mission, pour l'attaque de Pré-au-Lard, pour tes disparitions quotidiennes dans la salle-sur-demande. Je sais que tu as rejoint les rangs de Lord Voldemort.
La mine haineuse du blond se transforma subitement en une expression ébahie. Il baissa alors graduellement sa baguette, l'observant avec contrition.
- Eh bien, qu'est-ce que tu fou Malefoy ?! Achève-moi ! se récria Dorea. C'est ce qu'attend ton maître de toi, non ?
Drago, la dévisagea durant un instant interminable. Peut-être deux, ou bien cinq minutes passèrent sans qu'ils ne bougent, ni l'un, ni l'autre. Puis tout compte fait, le blond secoua la tête, et chuchota un « non » à peine audible. Il balança ainsi sa baguette au sol, rendant tout bonnement les armes. Mais Dorea maintint sa position, ne voulant pas se laisser attendrir une fois de plus par ce garçon dont elle était toujours irrémédiablement amoureuse.
- Mais enfin, que se passe-t-il ici ?! s'exclama Lady Beaumont en faisant apparition dans le salon, suivie de son époux, des Greengrass, des Feldmann ainsi que de Blaise et Gabriel.
- Dott', baisse ta baguette, réagit celui-ci.
- Non…, dit-elle la voix chevrotante, sa vue se floutant. Il m'a fait trop de mal… Je ne peux pas…
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Drago vit les larmes couler abondamment sur les joues rosies de la jeune femme. C'est à cet instant qu'il prit conscience qu'il l'avait fait beaucoup trop souffrir. Qu'il avait été trop loin et qu'elle avait atteint le point de non-retour. Tout ceci devait cesser. Toute ce découlement de haine qu'il avait tenté de lui témoigner pour l'écarter et la mettre en sécurité devait cesser. Sinon, il allait la perdre, et ce, à jamais. Il réalisa alors qu'il ne voulait en aucun cas la perdre. Il réalisa qu'il la voulait à ses côtés. Tout simplement. Mais n'était-ce pas déjà trop tard ?
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- Dorea ! Baisse-ta baguette ! s'énerva Richard.
Les membres tremblants, la jeune Lady contracta la mâchoire, puis finalement, avec un effort incommensurable, abaissa à son tour sa baguette.
Sans prononcer un mot de plus, ni même un regard vers sa famille et ses amis, elle traversa le salon, poussant au passage Astoria Greengrass d'un coup d'épaule, puis prit la direction des étages supérieurs. Elle courut presque en direction de sa chambre, distinguant à peine sa tante Deirdre qui la poursuivait, la hélant d'un air désespéré.
Elle s'enferma dans la pièce, et se tourna dos à la porte tandis que Deirdre donnait des coups contre elle pour l'ouvrir. La rousse perçut Ludwig approcher et lancer un sort pour défaire le verrou, mais la jeune femme l'avait maintenu fermée et seule elle pouvait la déverrouiller. C'était l'un des rares sortilèges de ce château. Personne ne pouvait entrer dans la pièce sans le consentement de son propriétaire. Ce que Deirdre était en train d'expliquer à son époux.
Alors, elle se glissa contre la porte, percevant la cracmole et le sorcier s'éloigner, et elle fondit en larmes.
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Le repas était silencieux, alors que la nuit progressait au-dehors. Chacun dégustait son potage, évitant soigneusement d'échanger un regard avec son voisin.
Gabriel fit de nouveau irruption pour la deuxième fois en vingt minutes et s'installa près de Daphné dont l'accablement se lisait sur son visage.
- Alors ? fit Deirdre.
- Elle ne répond pas. Tu la connais, il lui faut du temps.
Drago baissa de nouveau ses prunelles vers son assiette, les obstruant de dépit. Il sentit alors une main se poser sur son avant-bras.
- Est-ce que tu vas bien ? s'enquit Astoria pour la énième fois depuis l'après-midi.
Il hocha la tête, ne pouvant prononcer le moindre mot.
- Tu devrais reprendre peut-être encore la potion de Winggenweld. Elle a été efficace tout à l'h…
- Je te dis que ça va, lui répondit Drago, agacé.
- J'y retourne, fit Deirdre en se levant de sa chaise. On ne peut pas la laisser comme ça.
- Je suis étonné de voir que cette jeune fille, qui à l'air tout à fait déséquilibrée, soit dit en passant, mérite une telle assistance, après ce qu'elle a fait à Drago, intervint Gareth Greengrass.
Toutes les têtes se tournèrent vers l'homme qui avait sciemment prit la place de la rousse en bout de table.
- Gareth, je t'en prie, ce n'est pas le moment ! rétorqua sèchement sa femme.
- Je dis uniquement ce que je pense.
- Eh bien, gardez-le pour vous, répondit Émilie avec froideur.
Sa voix avait claqué l'air et personne n'osa amorcer le moindre mouvement.
- Vous parlez de ma petite fille, poursuivit-elle. L'une des plus brillantes et des plus grandes sorcières de notre temps. Nous ne savons pas ce qu'il s'est passé entre elle et Mr Malefoy pour qu'ils en arrivent tous les deux à ce point-là. Mais croyez-moi que Dorea n'agit pas de cette façon sans raison. Alors ayez encore une parole à l'encontre de ma petite fille, sous son propre toit, et je vous ferais sortir de cette maison, moi-même, par la peau des fesses.
Blaise et Daphné échangèrent un regard entendu, tout comme Deirdre et Gabriel, qui eurent tous deux un petit sourire victorieux.
Mr Greengrass ne répondit pas, récoltant une œillade menaçante de son épouse et reporta son attention sur son assiette.
Deirdre profita alors de cette accalmie pour sortir de la pièce lorsqu'une pétarade éclata au-dehors.
- Dott' ! s'exclama Deirdre dans l'entrée. Mais qu'est-ce que tu fais ?!
Ils se regardèrent tous, puis ni une ni deux, se levèrent d'un même mouvement pour se précipiter à l'extérieur.
Dorea était sur sa moto, habillée de sa veste et de son pantalon de cuir. Elle faisait jouer son moteur, tournant et retournant l'embrayage du guidon. Le casque en tête, elle rabattit la visière et démarra la moto, faisant crisser les graviers au passage.
- Dorea, non ! hurla Daphné de désolation.
Sans attendre, Gabriel courut vers sa voiture garée sur le côté. Drago, réagissant également au quart de tour, commença à se diriger également vers l'Aston Martin mais fut retenue par une main qui s'agrippa à son bras.
Il se retourna pour voir Astoria lui lancer un regard outré.
- Tu n'y penses pas, quand même ?
- Si on en est là, c'est à cause de moi.
Il s'extrait de sa poigne d'un geste brutal puis se précipita vers l'auto qui commençait à reculer. Gabriel se mit à ralentir pour laisser le blond pénétrer l'habitacle côté passager et, à peine eut-il fermer la portière, que la DB5 s'ébranla vers les portails déjà ouverts et où les aurors, projetés au sol par la jeune femme, se redressaient avec une confusion manifeste.
Ils rattrapèrent très vite la moto qui roulait en direction de la ville de Newbury.
- Tu crois qu'elle va où comme ça ? souffla Drago.
- Je n'en sais rien, murmura l'américain l'air sérieux et concentré.
Ils débouchèrent très vite sur une nationale et prirent la direction d'une bretelle pour aborder l'autoroute. La moto, mais également la voiture tout juste derrière, zigzaguait à travers les quelques voitures qui s'y trouvaient.
Drago jeta un coup d'œil au compteur du tableau de bord et vit, avec une peur réelle, qu'ils atteignaient presque les deux cent soixante-dix kilomètres à l'heure. Le serpentard écarquilla les yeux se rendant compte que c'était bien plus qu'un Éclair de feu.
Il s'accrocha à la poignée de la portière, tâchant d'inspirer et d'expirer.
- Elle va beaucoup trop vite, constata Gabriel. Si elle effectue une mauvaise manœuvre, elle peut se tuer.
Drago lui lança un regard bordé d'angoisse.
Ils arrivèrent très vite en direction de la capitale et le jeune homme se fit la remarque que ce devait être un record, car habituellement, il fallait une bonne heure d'Highclere pour rejoindre le centre de Londres. Et il ne leur a fallu que vingt minutes pour le faire.
Ils longèrent Chiswick pour emprunter Great West Road et pénétrèrent enfin le centre de Londres, faisant un détour par Green Park, roulant à toute vitesse, alors que Dorea prenait de la distance progressivement, sur la Constitution Hill. Lorsqu'ils sortirent pour contourner Buckingham Palace, un camion se mit en travers de leur route et ils dérivèrent sur le côté, Gabriel freinant brusquement.
Ils virent, derrière la statue de la reine Victoria, s'imposant devant le palais, que la moto rouge, qui était en train de leur échapper, prenait la direction de Buckingham Gate et donc de Westminster.
Gabriel tourna la clé dans le contact, alors que le chauffeur du poids lourd était sorti pour les insulter de tous les noms d'oiseaux. L'Aston Martin fit chauffer les pneus sur le pavé et elle s'engagea sur le rond-point, pour continuer à poursuivre la verte et argent.
Cependant, elle n'était plus en vue et progressivement, le jeune Kowalski ralentit pour tenter de repérer une moto qui s'était éventuellement garée dans le coin.
- Si tu vas doucement Kowalski, on n'arrivera pas à la rattraper, s'impatienta Malefoy.
- Laisse-moi faire, elle n'a pas dû aller bien loin. Elle cherche juste un endroit pour s'isoler.
Quelques minutes passèrent où ils débouchèrent sur St Margaret Street, le long de la Tamise, lorsque, soudainement :
- Là ! Ce n'est pas sa moto ?! s'exclama Drago en voyant un cylindre rouge béquillé devant Westminster Abbaye.
- Si, c'est la sienne, confirma Gabriel, le soulagement suintant le ton de sa voix.
Il s'arrêta juste à côté de l'engin, devant un petit portail où une allée menait à l'entrée de l'église. Drago ne perdit pas une seconde et sortit de la voiture, pour la contourner et se précipiter vers le trottoir. Il réalisa alors que Gabriel était resté dans l'auto.
- Tu ne viens pas ? fit-il en opérant un demi-tour, alors qu'il entrouvrait la vitre de la portière.
- Elle n'a pas besoin de moi Drago, répondit-il placement. Plus maintenant qu'elle t'a toi.
Le jeune homme dévisagea l'américain l'air surpris, comprenant qu'il l'avait percé à jour.
Il hocha la tête, et Gabriel lui répondit d'un geste identique, lui signifiant qu'à présent, c'était à lui de jouer.
Le cœur, quelque peu battant, il emprunta l'allée menant à l'entrée de l'Abbaye, bordée d'une pelouse habituellement verte, mais recouverte de neige en cette saison.
Il se faufila à travers une porte sur le côté puis pénétra pour la première fois la cathédrale anglicane tant célèbre dans l'autre monde.
Toutefois, Drago n'eut pas le temps de contempler la majesté du bâtiment millénaire, où de multiples rois et reines ont été couronnés. Il passa devant le trône de Saint Édouard, qu'il ignora, trop submergé par sa visée : retrouver Dorea.
Le serpentard traversa alors les multiples rangées de chaises sur le sol dallé noir et blanc, cheminant d'un pas pressé vers le chœur, où se trouvaient plusieurs bancs placés en gradins de part et d'autre, illuminés par des lampes aux abat-jour pourpres.
C'est ainsi qu'il la repéra, assises sur les marches devant l'autel, surmonté de colonnes dorée, de gravures ou encore de tableaux représentant des scènes de la bible luthérienne.
Drago Malefoy éprouva un sentiment qu'il éprouvait que bien rarement. Un sentiment de culpabilité mêlée à l'immense chagrin dont témoignait la rousse sous ses yeux. Son cœur se serra alors qu'elle se balançait d'avant en arrière, étouffant un sanglot qui le prit aux entrailles.
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Dorea pleurait depuis une bonne dizaine de minutes, ayant tenu jusque-là, durant tout le trajet.
Il avait été primordial, pour elle, qu'elle s'éloigne d'Highclere et plus précisément de lui. Il lui était insupportable de devoir à nouveau le confronter. Et elle souhaitait, elle désirait même, plus que tout au monde, que tout cesse. Et qu'on la laisse en paix une bonne fois pour toutes.
Alors voilà la solution qu'elle avait trouvée : fuir, une fois de plus, ayant conscience que cela faisait d'elle une lâche. Mais elle était lasse, fatiguée, épuisée même de toutes ces tribulations qui la poussaient progressivement vers un état d'abattement continuel.
L'idée d'en finir s'imposait un peu plus en elle, comme depuis son retour à Poudlard et elle réalisa ainsi qu'il n'était plus envisageable de continuer ainsi.
Elle remarqua à peine le blond débarquer dans le chœur de l'église et l'observait avec stupéfaction.
Pourquoi s'était-elle arrêtée là ? Dans cette cathédrale moldue, alors qu'elle ne croyait même pas en Dieu ? Éventuellement parce qu'elle espérait, au fond d'elle, que ce dieu moldu lui donne les réponses qu'elle espérait tant.
Des pas résonnèrent sur le marbre et elle sentit le jeune Malefoy se rapprocher d'elle, avec une certaine hésitation, mais pour finalement s'accroupir à sa hauteur, tandis qu'elle avait enfoui son visage au creux de son corps, ses genoux repliés contre elle.
Ses épaules tressautèrent alors qu'elle pleurait, pleurait sans pouvoir s'arrêter. Ils restèrent donc ainsi durant cinq longues minutes sans que ni l'un, ni l'autre n'amorça la conversation. Somme toute, Drago se décida, saisissant son maigre courage à deux mains.
Il saisit le visage de la jeune fille en coupe et le releva pour affronter son regard rougi. Il se surprit à admirer le vert un peu plus brillant, un peu plus clair, de ses yeux.
- Je suis désolé, dit-il d'une voix si basse que Dorea crut avoir mal entendu.
Elle se dégagea de sa prise, et renifla, passant sa manche sur son visage.
- Qu'est-ce que tu fais ici, Malefoy ? Ça ne t'a pas suffi ce qu'il s'est passé tout à l'heure ? Tu viens en rajouter une couche, c'est ça ?! s'exclama-t-elle véhémente à travers ses larmes. J'ai bien compris que tu me haïssais, alors va-t'en et laisse-moi tranquille !
Sa voix résonna autour d'eux, formant un écho monastique. La jeune Artwood, voyant que le blond restait immobile, se leva puis le contourna, descendant les marches de pierre, pour converger vers la sortie. Si elle restait une minute de plus en sa compagnie, elle allait commettre l'irréparable.
- Je ne te hais pas, l'interrompit le blond dans son dos.
Elle s'interrompit subitement, éprouva un moment d'hésitation, croyant que ses oreilles lui avaient joués des tours, puis en fin de compte, pivota lentement sur ses talons pour le voir se relever, ses orbes grises l'observant avec gravité.
- Je t'en ai voulu. J'étais tellement en colère contre toi, poursuivit-il dans un chuchotement. Tu avais choisi ton frère et puis… tu es partie. J'ai cru que j'allais…
Sa phrase resta en suspens durant plusieurs secondes, laissant à Dorea supposer le pire.
- Tu n'étais plus là. Je ne savais pas si tu étais toujours vivante ou… morte. Tu n'imagines même pas à quel point – il pointa son index vers elle - tu me rends faible. À chaque instant. J'ai tout essayé. Je t'ai ignorée, rabrouée, humiliée et toi, tu t'accroches, telle une sangsue dont on ne peut pas se débarrasser. Quoi que je fasse, tu reviens systématiquement.
Dorea fronça les sourcils, ne comprenant rien à ce que racontait le jeune homme.
- Je ne comprends pas, je t'ai laissé tranquille depuis que je suis revenue. C'est toi qui t'accroches. J'ai même rompu avec Aidan pour faire plaisir à ton ego malsain ! Alors arrête avec tes conneries. Regarde-moi et dis la vérité, une bonne fois pour toutes ! s'énerva de nouveau Dorea.
- Mais qu'est-ce que tu veux que je te dise ?! se récria Drago en se rapprochant d'elle à grande enjambée, le visage déformé par la colère. Que veux-tu que je te dise, hein ?! répéta-t-il alors qu'il ne se trouva qu'à quelques centimètres d'elle. Tu veux que je te dise que j'étais en colère lorsque tu es partie à la rescousse de ton frère au ministère, alors que je t'avais expressément demandé de ne pas y aller ?! Que je t'ai humilié par simple vengeance ?! Que j'ai cru défaillir lorsque tu as fui ? Que lorsque je suis rentrée chez moi, Tu-Sais-Qui m'attendais et m'a donné le choix entre te vendre ou saisir la « chance » d'accomplir une mission qui comblera de gloire ma famille ?! Que j'ai passé l'été en me demandant à chaque heure, chaque minute, chaque seconde de mes putains de journées si tu étais encore vivante ou morte ?! Que j'ai failli tuer Juajez de mes mains lorsqu'il m'a détaillé sa nuit avec toi ?! Que lorsque je t'ai vu apparaître dans le hall chez ta tante, ce fut le plus grand soulagement de toute ma vie ?! Que j'ai supplié Daphné de te convaincre, avant ton audience, de ne pas retourner à Poudlard, pour ta propre sécurité ?! Que j'ai tout fait depuis la rentrée pour t'écarter de mon giron et par conséquent te protéger ?! Jusqu'à me fiancer pour te faire comprendre que tu devais rester à l'écart ?! PARCE QUE LA VOILÀ LA RAISON ! se mit-il à hurler soudainement. PARCE QUE JE VEUX QUE TU RESTES EN VIE. PARCE QUE TU ME RENDS FAIBLE !
- POURQUOI ?
- PARCE QUE JE SUIS TOMBÉ AMOUREUX DE TOI !
Dorea eut un mouvement de recul, vacillant sous les derniers mots du jeune Malefoy. Elle l'observa, l'hébétude se lisant sur son visage.
Drago coiffa de sa main ses cheveux en arrière d'un geste impatient puis il ferma les yeux et inspira pour recouvrer son calme.
L'écho de cette toute nouvelle déclaration résonnait encore lorsqu'il rouvrit ses prunelles orageuses pour les encrer dans les siennes.
Dorea avala avec difficulté sa salive, prenant conscience que tous deux s'étaient fait beaucoup de mal. Trop de mal, même. La souffrance les avait éloignés, avait rythmé leurs sentiments à l'égard de l'autre et à présent, il était trop tard pour eux. Il n'y aurait aucun retour en arrière.
- Quand tu m'as déclaré que tu étais tombé amoureuse de moi, reprit Drago d'une voix plus calme, ce fut l'un des pires moments de ma vie. Tu étais si… affligée, comme si c'était une maladie incurable dont on ne pouvait se débarrasser. J'ai très vite compris que c'était bien malgré toi. Et crois-moi, j'en suis désolé.
Dorea secoua le chef puis éleva la voix, enrouée et chevrotante alors qu'elle était sur le point d'à nouveau fondre en larmes.
- N…non…non, fit-elle légèrement incertaine sous le regard de glace du vert et argent. Je pensais que mes sentiments n'étaient pas partagés. Tout simplement.
- Ils l'étaient, répondit aussitôt Drago d'un ton tranchant.
- Mais je t'ai fait souffrir autant que tu l'as fait avec moi, murmura Dorea dans un constat navré.
Drago s'avança vers elle, saisissant une boite dans sa poche. Quand il fut de nouveau proche, il la lui tendit, un « B » était gravé sur le couvercle noir. Dorea l'ouvrit et vit une bague splendide entreposée à l'intérieur.
L'anneau était serti tout autour de diamant si brillant qu'elle en eut presque mal aux yeux et la pierre, une émeraude, avait été taillée en forme rectangulaire. Son reflet illuminait son visage et Dorea leva les yeux vers Drago, ne saisissant pas où il voulait en venir et pourquoi il lui exhibait une bague différente de celle qu'il avait offert à Astoria.
- Lorsque j'avais douze ans, fit alors Drago, mon père m'a expliqué l'importance du mariage entre famille sang-pur, reliant les intérêts de chaque famille. À l'époque, j'y croyais dur comme fer. Je pensais que l'amour ne rentrais pas en ligne de compte. Ça avait été le cas de mes parents, de mes grands-parents, et de la plupart des adultes que je connaissais. Alors un jour, juste avant l'entrée de ma deuxième année, je me suis faufilé dans le dressing de ma mère, voulant mettre la main sur sa bague de fiançailles et au lieu de trouver le bijou en question, j'ai trouvé cette boite. Bien évidemment, mon larcin n'est pas resté longtemps inaperçu, et je me souviens d'avoir récolté un bon nombre de coup de canne de mon père. Mais ma mère… ma mère m'a autorisé à conserver la bague. Elle m'a donc prévenue que cette bague détenait un puissant sortilège et peu de personne dans sa famille a pu en faire usage, la plupart des mariages naissant d'un arrangement prénuptial. Cette bague ne peut être portée que par le véritable amour de son propriétaire. Sans quoi, elle carbonise la peau au moindre contact de la promise si ce n'est pas le cas. Tu comprends donc pourquoi je ne l'ai pas offerte à Astoria.
Il saisit la bague dans son étui, puis pris la main gauche de la jeune Lady et la glissa sur son annulaire. Dorea, sentant son cœur s'arrêter de battre, vit alors la pierre s'illuminer un peu plus à son contact. Elle redressa le chef et fit front à deux orbes métalliques qui la contemplaient avec une certaine convoitise.
- Ce n'est pas une demande en mariage Dorea, dit-il avec sérieux. On ne se mariera jamais tous les deux. Trop de choses nous séparent, et si un jour on arrive à relier nos destins, alors ça tiendra du miracle. Tu as ton frère, j'ai ma famille, tu as tes valeurs, et j'ai les miennes. Mais – il attrapa son visage en coupe – je te fais la promesse, le temps que ma vie demeure, courte ou longue, que je t'aimerais, toi et uniquement toi. Jamais une autre femme. Tu es, et tu resteras la seule.
Dorea le dévisagea sans ciller et entrouvrit la bouche retenant son souffle. Elle n'arrivait plus à réfléchir et c'était sans conteste l'un des moments marquants de sa vie.
Drago approcha ses lèvres des siennes et s'arrêta à quelques millimètres, tâchant de lui laisser le choix de partir et de définitivement lui tourner le dos. Mais Dorea n'hésita pas à une seule seconde et posa sa bouche contre la sienne, amorçant un baiser d'une infinie tendresse.
Cette scène dans l'Abbaye de Westminster... My God... J'en ai des frissons. Bon, alors ? Ça mérite une petite review, non ? Hâte de lire vos commentaires.
à samedi !
