Hello ! Et voici le nouveau chapitre de ce samedi. Un long chapitre (13 pages quand même), donc régalez-vous !
Je tenais à remercier les personnes qui ont pris le temps d'écrire une review sur le dernier chapitre. Je répondrai au review dans le week-end (je suis en vacances, donc beaucoup de choses à visiter). Ça me fait toujours plaisir de lire vos réactions, donc n'hésitez pas pour ceux qui ne l'ont pas encore fait ! En revanche, il m'ait impossible de répondre aux "guest" et j'en suis désolé.
Bonne lecture et enjoy à tous :)
Dorea était couchée sur son lit, fixant le plafond en toile de son baldaquin.
Après sa confrontation avec Drago dans le chœur de l'Abbaye de Westminster, la veille au soir, elle ne lui avait pas reparlé. Trop choquée, trop ébranlée par ses paroles.
« Ce n'est pas une demande en mariage Dorea, dit-il avec sérieux. On ne se mariera jamais tous les deux. Trop de choses nous séparent, et si un jour, on arrive à relier nos destins, alors ça tiendra du miracle. Tu as ton frère, j'ai ma famille, tu as tes valeurs, et j'ai les miennes. Mais – il attrapa son visage en coupe – je te fais la promesse, le temps que ma vie demeure, courte ou longue, que je t'aimerais, toi et uniquement toi. Jamais une autre femme. Tu es, et tu resteras la seule. »
Dorea s'était ainsi ressassé ces mots durant le trajet de retour, qui se fit plus calmement qu'à l'aller. Puis en remontant dans sa chambre, sans prononcer un mot d'excuse à sa grand-mère ou sa tante qui l'attendaient de pieds fermes dans la bibliothèque, et évitant soigneusement d'échanger un regard avec le blond, qui toutefois l'avait reconduit jusqu'à sa porte.
Et pourtant, sa déclaration l'avait mise sans dessus-dessous. Il lui avait exposé, sans ambages, ses sentiments les plus profonds qu'il éprouvait à son égard. Néanmoins, ses paroles lui avaient laissé un goût amer.
D'un côté, elle ne pouvait qu'être en accord avec le jeune homme. Tous les séparaient jusqu'à la pointe de leurs racines. Cependant, elle aurait espéré un tout autre discours.
C'est donc d'un air las qu'elle décida de se lever pour faire sa toilette et se rendre dans la salle du petit-déjeuner.
Elle prit une douche interminablement méditative et lorsqu'elle en sortie, ce fut quelque peu ragaillardie qu'elle était. Elle s'enroula d'une serviette, son regard tombant sur le bijou à son annulaire gauche.
Il serait mal aisé de porter une telle bague devant la fiancée de Drago. Elle qui n'arborait habituellement pas de bijou, tous le remarqueront, à peine aura-t-elle campé un pied dans la salle à manger. Elle l'enleva donc et la glissa dans sa chaîne où le « A » scintillant des Artwood se suspendait au bout. Toutefois, elle se promit de demander au blond la boîte pour qu'elle puisse la mettre en lieu sûr à l'avenir. Il comprendra et cela leur épargnera quelques soucis de plus.
Le jeune homme avait été parfaitement clair sur ses intentions, et sur ce qu'il ressentait. Elle n'avait pas besoin de cette bague pour s'en convaincre. Du reste, ils ne peuvent être ensemble, alors à quoi servirait-il d'exhiber un bijou qu'un homme, déjà fiancé à une autre jeune femme, lui avait offert ?
C'était comme ça et aussitôt enfouie dans la chaleur de ses draps, la veille au soir, elle s'était résignée à ce que leur relation reste à ce stade, et que ça n'irait jamais plus loin.
Il l'aimait, elle l'aimait et il n'y avait rien de plus à en dire.
Néanmoins, il demeurait la question de sa toute nouvelle condition de mangemort. Et pour le coup, il lui fallait une franche discussion avec Drago. Elle s'était juré de trouver un moyen pour le sortir de là, quitte à mettre en péril sa propre vie. Elle ne pouvait pas rester les bras ballants, sans rien faire. C'était inimaginable pour elle de laisser Drago commettre l'irréparable. Il y avait une solution et elle était convaincue qu'elle allait vite la trouver.
Elle s'habilla promptement d'une robe noire, ainsi que de petite ballerines après avoir coiffé ses cheveux en une tresse brouillonne. Puis elle sortit de la chambre pour se joindre à la table du petit-déjeuner.
- Bonjour à tous, murmura-t-elle lorsqu'elle pénétra la salle à manger.
Tous étaient présents et ils tournèrent la tête vers elle d'un même mouvement.
- Dotty, ma chérie ! s'exclama sa grand-mère qui était assise à côté de Diane Greengrass.
Elle entretenait un sourire lumineux qui exprimait clairement son soulagement. Dorea s'installa à sa place et James se rapprocha vers elle, le plateau en main.
- Mrs Pattmore a cuisiné vos plats préférés, Lady Dorea, lui sourit le valet de pied.
- J'irai la voir tout à l'heure pour la remercier, lui répondit timidement la rousse.
Elle se servit de pancakes et James lui versa du chocolat fondu dessus, lui lançant un clin d'œil complice.
- Allez-vous mieux Dorea ? questionna Diane Greengrass.
- Je vais mieux, merci de vous en inquiéter.
Le silence revint et lorsque Dorea avala une portion de pancakes, elle se heurta à deux yeux gris qui l'observaient avec tout l'attachement que pouvait ressentir le blond à son égard. Ceci lui mit un peu plus de baume au cœur, se souriant à elle-même.
- Bien, puisque tu as l'air d'être un peu plus en forme ce matin, nous allons faire les essayages de ta robe, annonça Émilie.
- Est-ce qu'on est vraiment obligé de faire ça ce matin ? J'aimerais clôturer quelques dossiers avant mon départ pour Poudlard dimanche.
- Si tu le souhaites nous pouvons faire ça cet après-midi, approuva sa grand-mère.
- Est-ce que je pourrais assister aux essayages ? questionna Daphné
- Bien sûr, assura Dorea son sourire s'élargissant.
Le petit-déjeuner passé, elle monta immédiatement dans son bureau, ne souhaitant pas perdre de temps sur les derniers détails à régler.
Alors qu'elle s'attelait depuis dix minutes sur un relevé soporifique, on toqua à la porte.
- Entrez, invita-t-elle le nez collé sur un parchemin où les chiffres inscrits lui donnaient déjà mal à la tête.
La porte s'ouvrit et aussitôt le parfum musqué qui vint à ses narines n'eut aucun doute sur l'identité de son visiteur.
Elle releva ses prunelles vertes alors que Drago refermait la porte. Et à sa plus grande surprise, il bloqua également le verrou.
- Tu veux de nouveau voir qui possède le meilleur crochet de nous deux ? rigola-t-elle dans une tentative d'humour.
Ce dernier sourit tout en s'approchant du bureau.
- Non, j'ai simplement envie de passer du temps avec toi avant… de retourner au Manoir demain. Je me suis dit que ce seraient nos dernières heures avant de reprendre notre quotidien… Chacun de notre côté, termina-t-il morose.
Dorea reposa sa plume et se réinstalla au fond de son fauteuil Chesterfield tandis que Drago prenait place face à elle.
- Tu… Tu ne portes plus ta bague ? demanda-t-il en jetant un coup d'œil à son annulaire gauche.
Elle leva légèrement sa main, faisant de même.
- Je me suis dit que ce ne serait pas très astucieux de la porter et de la montrer devant le nez de ta fiancée, répondit-elle en sortant sa chaîne de dessous de sa robe où le bijou brillait plus que jamais.
Il pouffa légèrement.
- C'est une des qualités que j'aime chez toi.
- Quoi donc ? demanda-t-elle en rangeant de nouveau la chaîne sous le vêtement.
- Ta discrétion. Tu n'en fais jamais trop.
Les prunelles du jeune homme témoignaient de toute l'appétence et du désir qu'il ressentait en cet instant.
Toutefois, Dorea se refusa tout bonnement de céder à ses pulsions.
Il serait injuste et déloyal envers Astoria que tout deux franchissent le pas. Elle n'était qu'un dommage collatéral, et même si Drago irait au bout de sa démarche avec elle, cela la ferait souffrir inutilement. Sans compter que ça compliquerait un peu plus les choses.
- En revanche, pourras-tu me donner la boite qui va avec pour la mettre en lieu sûr ? demanda Dorea.
- Bien sûr, je te l'apporte tout à l'heure.
- Merci
Drago sortit alors un carnet de la poche intérieure de sa veste de costume.
- Je me suis dit que tu pourrais garder ça, fit-il en lui tendant le journal de conversation. Ce ne serait pas… Pas bien, si on continuait à discuter de cette façon.
- Je comprends, fit Dorea en prenant le livre par-dessus la table.
Elle l'ouvrit, défilant les pages noircies de mots constituant leurs conversations nocturnes. À bien y réfléchir, elle aurait dû se douter que ce carnet provenait de Drago en personne. Il était bien le seul à manœuvrer aussi vicieusement pour la mettre hors d'elle.
À cette pensée, un sourire songeur s'étala sur ses lèvres.
- Qu'est-ce qui te fait sourire comme ça ?
- Je me disais simplement que tu m'avais eu en beauté sur ce coup-là, dit-elle en redressant le regard vers le blond.
- Malefoy 1-Artwood 0, répondit le jeune homme avec un rictus narquois.
Dorea hocha la tête, et reporta son attention sur le journal, son regard s'accrochant sur les initiales gravées sur la quatrième de couverture : « C.P. »
- Que veulent dire les initiales inscrites au dos du carnet ?
- J'attendais que tu me le demandes, fit Drago, le sourire s'élargissant soudainement.
Il se réinstalla aisément sur la chaise, recouvrant son sérieux.
- Ce journal provient de l'héritage familial de ma mère.
- Les Black ?
- C'est ça, mais également des Potter.
Dorea fronça les sourcils, brusquement perdue par cette nouvelle énigme.
- Ce journal appartenait à Charlus Potter. Et si tu avais prêté plus d'attention au tiens, il appartenait à Dorea Black.
La serpentard, sous le coup de l'émotion, ouvrit la bouche de surprise.
- Ma mère, il y a quelques années, avait réussi à mettre la main sur ces carnets, et elle les a précieusement gardés jusqu'à ce que je les trouve cet été dans notre bibliothèque. Lorsque je lui ai demandé à qui ils appartenaient, j'ai immédiatement su que c'était également une part de ton héritage. Sans compter que leur histoire faisait écho à la nôtre. Sans la guerre et d'autres mélodrames, mais les Black n'étaient pas d'accord pour que Dorea épouse Charlus, bien qu'il soit d'une famille noble et de sang-pur. Alors mon arrière-arrière-grand-oncle a envoyé Dorea, terminer ses études à Ilvermony, aux États-Unis, croyant qu'une année de séparation suffirait à sa fille pour oublier Potter. Lorsqu'elle est revenue à Londres, son amour pour le jeune homme était demeuré intact et son père a finalement donné son assentiment pour qu'elle épouse Charlus. Ils ont eu un fils, qui lui a eu un fils…
- Mon père, murmura Dorea la voix chevrotante.
- James Potter, oui…
La gorge serrée, elle abaissa à nouveau son regard vers le petit livre.
- Merci, chuchota-t-elle en ravalant les larmes qui étaient sur le point d'éclater.
- Je savais que ça te tiendrait à cœur. Toi qui détiens peu de chose de tes parents biologiques.
Elle opina du chef, et finalement rangea le carnet dans l'un des tiroirs du bureau, sur l'un des registres de comptes de l'année mille-neuf-cent-quatre vingt dix. Lorsqu'elle releva ses prunelles vers Drago, elle crut déceler une certaine tristesse. Mais tout autant qu'elle, il recouvra une façade impassible et changea aussitôt de sujet.
- Tu travailles sur quoi ? interrogea le jeune homme en esquissant un signe de tête vers le parchemin étendu devant elle.
- Oh, soupira-t-elle, rien d'intéressant. J'ai reçu une lettre d'une société de fabrication de chaudrons, me demandant si je voulais faire partie des actionnaires et du conseil d'administration en retour de trente-cinq pour cent des bénéfices annuels. Ce qui ferait de moi l'un des actionnaires majoritaires de la société. Mais bien évidemment, avant d'investir mon argent, je veux évaluer les chiffres des cinq dernières années et crois-moi, je ne leur donne pas plus de deux ans avant de fermer boutique… Quoi qu'est-ce qu'il y a ? demanda soudainement Dorea en distinguant un rictus en coin se fendre sur le visage du blond.
- Je me disais simplement que pour quelqu'un qui ne voulait pas reprendre les affaires de son père, tu étais plutôt enthousiaste et… assez douée.
- Ce n'est que temporaire, répondit Dorea qui rougissait à vue d'œil.
- Ton père doit être très fier de toi, souffla alors Drago.
Dorea l'observa un moment puis se mit à sourire à son tour.
- J'aimerais en être convaincu, répondit-elle dans un murmure.
Ses yeux se plongèrent dans le vague.
- J'aimerais, chaque jour quand je me lève le matin, qu'il franchisse la porte de ma chambre, me réprimandant vertement parce que je me lève trop tard, ou bien parce que je n'ai pas assez bien rangé mes affaires.
Drago ne répondit pas, quelque peu secoué par la confidence de la jeune femme. Cette dernière haussa le regard et eut un rictus triste.
- Mais c'est ainsi et je me suis promis de tout faire pour continuer ce qu'il a érigé tout au long de ces années.
- Je comprends, dit alors le blond. La pression parentale peut-être parfois un peu… lourde.
Le sourire de Dorea se fana et tous deux comprirent qu'il était temps d'avoir une franche discussion. Bien que pour le jeune Malefoy, il était inenvisageable qu'il mêle la rousse à tout ceci. S'il avait tout tenté pour l'éloigner de lui, c'était pour une bonne raison. Et bien que leurs sentiments avaient été clairement déclarés pour chacun, cela ne changeait aucunement la donne.
- Drago, amorça Dorea, est-ce que… est-ce que je peux te poser une question ?
- Oui, répondit ce dernier avec simplicité.
- Est-ce qu'il… t'as marqué ?
- Non, fit-il en se réinstallant une fois de plus sur sa chaise, signe de sa soudaine nervosité. Je ne mérite même pas cet honneur. Pas après les erreurs qu'a commises mon père l'année passée. Nous sommes en déchéance totale auprès du maître et des autres mangemorts. Et les conneries de mon paternel se répercutent sur ma mère et moi.
- Donc… tu as été contraint et forcé ?
- Tout comme ma mère, affirma-t-il. Elle n'a pas eu le temps d'organiser notre fuite qu'elle a été faite aussitôt prisonnière dans notre propre maison. Avec l'appui de ma tante, bien évidemment.
- Merlin, souffla Dorea interdite.
- Ne t'inquiète pas pour elle, elle est bien traitée, rassura Drago.
- Mais tu dois réussir ta mission pour qu'elle puisse survivre, termina Dorea.
Drago ne répondit pas, mais continua de l'observer. La vérité ferme et tranchante planait au-dessus de leur tête, telle une épée de Damoclès.
- Je suis certaine qu'il y a une solution Drago – ce dernier soupira de lassitude et se leva de sa chaise – on pourrait tenter d'extraire ta mère du manoir et la mettre en lieu sûr, dit la rousse d'une voix légèrement empressée.
Il contourna la table pour se poster devant elle.
- Avec l'appui de l'ordre et de Dumbledore, je suis certaine que…
Il se courba pour arriver à sa hauteur et s'empara de son visage en coupe pour plaquer rudement sa bouche contre la sienne, la faisant brusquement taire. Il l'embrassa alors langoureusement, effleurant sa langue sur la sienne, et mordant au passage sa lèvre inférieure. Dorea eut un gémissement de plaisir, son souffle soudainement tremblant. Il se détachèrent et Drago posa son front contre le sien, obstruant ses prunelles de dépit.
- Il n'y aucune solution Dott', murmura-t-il. Je suis sous surveillance constante.
Dorea pensa aussitôt à Severus Rogue.
- Pas ici. Tu pourrais te cacher à Highclere et…
- Non Dorea, répondit le blond avec gravité en se redressant. Je ne peux pas.
Il s'agenouilla devant elle et lui saisit les mains.
- Je ne vais pas te cacher que dès mon retour au Manoir on m'ordonnera un rapport précis sur ce qu'il s'est passé ici. Sur le moindre de tes faits et gestes. Et c'est déjà beaucoup trop.
- Je m'en fiche, Drago. Tu peux…
- Je ne dirai que le minimum Dott', siffla-t-il entre ses dents, la colère grandissant dans orbes du blond. Je maîtrise l'occlumencie à présent, il n'y aura rien de répréhensible qui se passera.
- Mais ta mission…
- Dorea ! s'exclama alors Drago durement. Je veux que tu m'écoutes attentivement, car je n'ai pas envie de me disputer avec toi. Il-n'y-a-aucune-solution. La seule option que j'ai pour demeurer en vie, c'est de réussir.
- Tu ne sais pas ce que ça fait de se lever chaque matin et de penser aux hommes à qui tu as pris la vie, dit Dorea la voix chevrotante. Je t'en prie Drago, vas voir Dumbledore et…
- Dumbledore fait une confiance aveugle à Rogue et Rogue est loyal envers le Seigneur des Ténèbres. À peine aurai-je posé un pied dans le bureau de ce vieux fou, que la vie de ma mère ne tiendra qu'à un fil.
Dorea observa le jeune Malefoy durant une longue minute puis finalement dit :
- Alors il n'y aucune solution, chuchota-t-elle.
Il entretint un sourire désenchanté.
- À part te vendre au maître comme monnaie d'échange, je ne vois pas ce que l'on peut faire de plus.
Dorea écarquilla les yeux de surprise. Drago saisit que la serpentard avait l'air indigné par cette déclaration.
- Je tentais de faire de l'humour. Je te demande pardon.
- Tentative échouée, sourit Dorea.
- Honnêtement, poursuivit Drago plus sérieusement, une fois que ce sera fait, tu vas me détester, alors c'est pour cela que je préfère interrompre toute relation entre-nous dès maintenant.
- Je comprends, dit la jeune fille à voix basse.
- Mais je campe sur les mots que je t'ai déclarés hier soir. Ça, ça ne changera pas, ajouta-t-il avec détermination.
Dorea hocha la tête.
- Je ne vais pas t'oublietter Dott', mais je peux te demander de tenir à l'écart de tout ceci ? Et surtout de n'en parler à personne ? Pas même à Blaise, Daphné ou Théo ?
- Bien évidemment Drago, tu peux compter sur moi, dit-elle avec résolution.
- Ma survie et celle de ma mère sont en jeu, insista-t-il tout en lui serrant un peu plus les mains.
Elle hocha une nouvelle fois la tête, ravalant ses larmes. Puis il se releva et l'embrassa une nouvelle fois, d'abord chastement puis un peu plus passionné à mesure que le baiser progressait. Tant est si bien qu'elle s'agrippa à sa nuque, voulant se coller un peu plus à lui.
Drago se recula, aussi haletant que la rousse, ses yeux noircissant de désir.
- Évite de m'embrasser comme ça, si tu ne veux pas que je t'allonge sur ce bureau et que je te baise sauvagement.
Et voilà, il avait inversé la situation à son avantage, réussissant à changer de sujet aussi vite qu'un Éclair de feu qui déviait en pleine course. Il lui lança un clin d'œil charmeur et se dirigea vers la porte d'entrée pour la déverrouiller et l'ouvrir. Drago lui flanqua un dernier regard équivoque y mêlant son récent avertissement, puis la referma et Dorea souffla d'abattement, se laissant aller contre le dossier de son fauteuil.
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La nuit s'assombrissait à mesure que la soirée apparaissait et bientôt fut le temps de se préparer pour chacun.
L'orchestre avait été placé dans le fond du hall servant de salle de bal pour l'occasion et les invités commençaient à arriver en nombre.
Dorea pouvait les entendre de sa chambre, se demandant s'il ne serait pas mieux pour elle de fuir par la fenêtre au lieu d'affronter avec un sourire hypocrite toutes ces personnes, qui finalement, avaient accepté l'invitation par pure curiosité.
La serpentard contempla son reflet et la robe qu'Anna l'aidait à revêtir et dont Daphné s'en était extasié tout l'après-midi.
Le haut de vêtement, dans un tissu vert semblable à ses yeux, partait dans un décolleté en V, dévoilant, avec délicatesse, sa poitrine. Des épaulettes surmontant l'emmanchure et donnaient un air seyant à la tenue. La jupe, elle, chutait au sol par la lourdeur du tissu en satin argenté. Pour finir, une échancrure dévoilait ses jambes interminables dont les pieds étaient chaussés de hauts escarpins ouverts de couleur émeraude.
Elle releva le regard alors que sa gouvernante épinglait la dernière agrafe dans son dos.
La jeune Artwood rumina alors à sa discussion du matin même avec Drago. Tout comme elle l'avait fait le restant de la journée. Et dorénavant, sa décision était prise.
Il ne lui avait fallu que quelques heures pour se convaincre que c'était le meilleur choix possible. C'est donc d'un regard déterminé qu'elle s'observa une dernière fois dans le miroir avant de sortir de la chambre.
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Le tintement des verres, les discussions, et l'allégresse générale faisaient écho jusque dans les galeries les plus reculées du château.
Dorea descendit donc lentement les marches, se joignant à la foule qui était parsemée partout dans le hall, dans la bibliothèque, ainsi que dans le salon bleu. Heureusement pour elle, personne ne remarqua son entrée, donc elle put se faufiler entre les convives pour rejoindre sa grand-mère qui se trouvait à l'entrée, accompagnée de son époux Lord Richard.
- Ma chérie, tu es splendide, s'extasia Émilie à son arrivée.
- Merci, grand-maman, répondit Dorea qui se courba pour embrasser la joue de cette dernière.
À cet instant, le Ministre de la Magie fit son apparition, enleva son chapeau haut de forme et sa cape pour les donner à William, qui les rangea dans le vestiaire réservé à cet effet.
- Monsieur le Ministre, salua son grand-père, serrant la main de ce dernier. C'est un honneur de vous recevoir.
- Merci Lord Richard et un plaisir pour moi de venir à ce bal.
Il baisa la main de la grand-mère puis se tourna vers Dorea dont il inclina la tête avec respect.
- Monsieur le Ministre, salua la rousse avec une politesse feinte.
- Lady Artwood, je suis ravie de vous revoir, et ce, dans d'autres circonstances que notre première rencontre.
- Je le suis également, répondit-elle alors que d'autres invités, qui venaient d'arriver, saluaient ses grands-parents.
- Je serais enchanté de… discuter plus amplement avec vous au cours de la soirée.
Dorea eut un léger froncement de sourcil, curieuse de savoir de quoi le Ministre de la Magie en personne souhaitait converser avec elle ?
Elle hocha la tête et son sourire lui confirma qu'il attendait avec impatience leur entretien.
La demi-heure qui suivit fut une suite de baise main solennel, d'échanges quelque peu pompeux et de sourires affables.
La jeune fille expirant son ennui, récoltant au passage un regard réprobateur de sa grand-mère, dévia le regard vers la salle observant qui avait réellement répondu présent.
Le professeur Slughorn discutait avec un homme à la chevelure châtain soigneusement coiffée. Elle comprit alors que c'était certainement un parent de Cormac McLaggen qui se trouvait à ses côtés.
À l'autre bout, quelques sorcières, dont elle ne connaissait pas le nom, au bras de leur époux, témoignaient de leur richesse exposant leurs bijoux scintillants.
Elle repéra également Pansy Parkinson, Tracy Davis et Millicent Bultrode près de la cheminée. Quelques septièmes années non loin d'elles, accompagnés de leurs parents, dont Aidan Vaisey au bras d'une ravissante brune métissée.
Puis Dorea dirigea son regard vers l'escalier où plusieurs hommes d'affaires s'entretenaient avec sérieux. Certainement des anciens collaborateurs de son père qu'elle allait devoir saluer pour mener convenablement les affaires de cette famille.
Ici et là se mélangeaient d'autres camarades de Poudlard, comme des Poufsouffle, dont Zacharias Smith, ou Susan Bones ou encore des Serdaigles. Marcus Belby était ainsi accompagné d'une femme rondelette qui devait être sa mère au vu de leurs traits similaires. Un homme brun se tenait à leur côté et sirotait tranquillement son champagne.
Elle parcourut de nouveau la salle des yeux, reconnaissant quelques têtes déjà aperçus, d'autres non, lorsqu'une blonde habillée d'une robe qui dévoilait gracieusement ses courbes lui faisait de grands signes.
Daphné était accompagnée de Drago, Astoria, accrochée comme d'habitude à son bras, de Blaise, ainsi que d'une belle femme noire à l'allure élégante et distinguée qui conversait avec Diane Greengrass derrière eux.
Dorea s'excusa auprès de sa grand-mère et tenta de se frayer un chemin, saluant au passage quelques invités.
Elle esquissa un signe de tête à Gabriel qui dressa son verre à son adresse, embrassa sa tante et Ludwig lorsqu'elle les rencontra et arriva enfin à la hauteur de ses amis.
- Tu es très demandée ce soir ! pouffa Daphné un brin moqueuse.
- C'est bien parce que ma grand-mère me l'impose, soupira Dorea en appelant d'un geste de main James pour qu'il lui serve une coupe.
Ce dernier apporta le plateau et elle saisit un verre qu'elle lampa aussitôt.
- Eh bien, tu as soif dis-moi ? fit Blaise.
- Faire des courbettes donne toujours soif, Zabini.
Elle tourna la tête, sentant le bras de Drago la frôler. La jeune femme rencontra alors un regard orageux ne faisant aucun doute sur ce que pensait le jeune homme en cet instant, au vu de ses pupilles dilatées et affamées lorsqu'il la détailla de bas en haut.
La bouche de la jeune fille s'assécha, mais elle n'eut le temps d'aller plus loin dans ses pensées grivoises, notant tout de même l'élégance indécente du blond, quand Diane Greengrass et la mère de Blaise s'approchèrent du petit groupe d'adolescents. Elle fournit un effort pour détacher son regard de celui du jeune homme et tâcha de recouvrer un air des plus naturel.
- Dorea, intervint Diane, vous rappelez vous de Lucia Zabini ?
- Je crois savoir que cette belle jeune femme ne se souvient que très peu de chose avant ses quatre ans, Diane, sourit la mère de Blaise.
- Je me souviens de vous, affirma la rousse. Ma mère, vous tenez en haute estime, Madame Zabini.
- Et réciproquement. Hermance était une femme tout à fait merveilleuse.
- Elle l'était, oui, murmura Dorea.
- Alors, il parait que vous êtes une des sorcières les plus brillantes de notre génération ?
- Je ne dirais pas ça, sourit la rousse quelque peu mal à l'aise.
- Dorea est très modeste mère, dit alors Blaise.
- Ce qui est une qualité, n'est-ce pas ? sourit Lucia. Je crois savoir que vous avez pris les rênes des affaires de votre père récemment ?
La discussion se poursuivit dérivant sur les souvenirs qu'elle avait avec sa mère Hermance, ne tarissant pas d'éloges à son égard. Puis vint le moment du bal où quelques danseurs valsaient au centre de la pièce, l'orchestre ayant monté d'un cran l'acoustique de leur instrument.
La jeune fille se faufila près du banquet et emboucha quelques amuses-bouches, la faim la tiraillant
Légèrement.
- Alors on s'amuse bien ? fit une voix dans son dos.
Elle se retourna et Aidan Vaisey se tenait face à elle, le sourire jovial.
- Aidan ! s'exclama-t-elle soudainement réjouie.
Il l'embrassa affectueusement sur la joue et elle se mit à sourire franchement.
- Je t'ai vu accompagné d'une jolie brune tout à l'heure ?
- Oui, elle se prénomme Garance, et je l'avais déjà rencontré l'été dernier lors de mon séjour en France.
- Je suis ravie pour toi, Aidan.
- Et toi ? Quoi de neuf ?
- Rien, répondit-elle en se tournant vers la salle pour observer les convives danser sur une sarabande. À part que j'ai eu beaucoup de travail avec les affaires de mon père.
- Ta grand-mère en a discuté avec mon père, lorsque nous sommes arrivés. J'espère que tu as pu te reposer, tout de même ?
- On va dire que j'ai mis mon temps libre à profit, sourit la jeune femme attendrie par l'inquiétude permanente du garçon à son égard.
Quelques-uns de leurs camarades se mirent en piste pour une danse de groupe.
- Tu n'as pas de cavalier ?
- S'il te plaît, j'ai réussi à convaincre ma grand-mère que c'était tout à fait superflu donc heureusement non, soupira-t-elle
- Alors tu… tu n'es donc pas intéressée pour une danse avec moi ?
Dorea reporta son attention vers le jeune homme qui lui tendit la main dans une invitation à le rejoindre.
- Euh… Mais ta cavalière…
- Ne m'en portera pas rigueur, j'en suis sûr, coupa-t-il en penchant la tête sur le côté.
Elle posa donc sa coupe sur la table derrière elle et prit la main du serpentard pour rejoindre leurs camarades. Ils se placèrent tout en bout de la file indienne, qui s'était formée, dont les garçons d'un côté et les filles de l'autre.
L'œillade menaçante que lui lança le blond dans sa diagonale à gauche lui fit lever les yeux au ciel. La jalousie se lisait sur ses traits comme dans un livre ouvert. Ce qu'il pouvait être immature parfois. D'eux deux, ce n'était pas elle qui avait la corde au cou et pourtant, c'était lui qui était prêt à faire un esclandre pour une simple danse.
Néanmoins, cela lui procura quelques frissons d'excitation en constatant la possessivité maladive du jeune homme. Il lui signifiait tout simplement qu'elle lui appartenait et qu'il lui appartenait. Et ce, envers et contre tous.
Le quadrille débuta sur un rythme balancé. Aidan faisait virevolter Dorea, échangeant de temps à autre des sourires complices. Tous se mirent alors en cercle, valsant et tournant dans une synchronisation parfaite. Deux pas avant, deux pas arrière et ils se faufilèrent sur le côté, échangeant de place avec le couple qui se trouvaient derrière eux. Et chacun recommença quatre fois de suite pour finalement valser une dernière fois dans une élégante coordination, témoignant de leur éducation aristocratique.
La cadence s'intensifia au fur et à mesure qu'ils approchaient de la fin. La musique se termina sur le vibrato d'un violon et tout compte fait, ils s'arrêtèrent dans une révérence harmonieuse.
Des applaudissements éclatèrent autour d'eux et Dorea se redressa, souriant franchement, ayant eu le plaisir de partager ce moment avec le septième année.
La musique reprit dans un rythme plus souple et les danseurs se délitèrent dans la foule pour reprendre leur souffle.
Aidan embrassa la jeune fille sur la joue, la remerciant dans un chuchotement, puis il rejoignit sa cavalière pour la faire danser à son tour.
La jeune Lady fit volte-face et fut aussitôt assaillie par Drago qui avait l'air tout simplement furieux.
Elle ferma les yeux de dépit et alla se chercher de quoi se rafraîchir près du buffet. Elle saisit donc une coupe de champagne au passage, la troisième depuis le début de la soirée, soit dit en passant, et se dirigea vers le salon bleu pour accéder au parc et prendre un peu l'air frais.
Lorsqu'elle arriva à l'extérieur, elle lampa une gorgée du liquide pétillant dans sa bouche. Quelques invités s'y trouvaient déjà, conversant de choses et d'autres. La fraîcheur hivernale de cette nuit du trente-et-un décembre la saisit et elle prit conscience que dans quelques heures, l'année mille-neuf-cent quatre-vingt-seize sonnerai ses douze coups pour laisser place à l'année mille-neuf-cent quatre-vingt-dix-sept.
Faisant la rétrospective des douze derniers mois, elle était certaine qu'elle ne vivrait pas une autre année comme celle-ci. C'était, aussi loin que ses souvenirs remontaient, la pire qu'elle ait vécu.
Elle inclina la tête, observant le fond de son verre lorsque le fil de ses pensées fut interrompu par une voix grave et mesurée.
- Je suis content de mettre enfin la main sur vous Lady Artwood.
Elle se retourna et fit face au ministre de la Magie : Rufus Scrimgeour.
- Monsieur le Ministre, que puis-je faire pour vous ? fit-elle
Il s'avança vers elle de quelques pas puis annonça brusquement :
- J'ai rencontré votre frère, M. Potter, lors de mon passage au Terrier.
Dorea resta silencieuse, ne sachant que répondre à cette affirmation.
- Il n'a pas été… très loquace.
La jeune fille haussa un sourcil dubitatif.
- Que voulez-vous dire ?
- Hé bien… disons qu'il n'a pas voulu coopérer.
- Coopérer ? répéta Dorea de plus en plus curieuse. De quelle façon ?
- Par rapport aux rumeurs qui circulent autour de lui et… de la prophétie. Vous devez être au courant ?
- Je le suis, répondit placidement la rousse.
Scrimgeour l'observa un instant puis s'approcha un peu plus afin de lui murmurer à voix basse :
- Il serait primordial pour l'intérêt de votre frère ainsi que du vôtre et celle de la communauté que… Eh bien, disons que vous collaboriez avec le ministère. Je sais que quelques rancœurs demeurent, mais la communauté a besoin d'espoir en ces temps incertains. Et nous nous ferons une joie de voir que deux jeunes gens, qui acquièrent leur poids dans notre communauté, et héroïque, de surcroit, soutenir le ministère.
- Monsieur le Ministre, je n'aurais qu'une question à ce propos ?
- Laquelle est-ce ?
- Est-ce que Dolores Ombrage travaille toujours pour vous ?
- Elle ne travaille pas directement pour moi, mais…
- Votre réponse me suffit amplement, interrompit Dorea sèchement. Car je ne saurais vous rappeler le rôle qu'elle a joué l'année dernière dans la destruction de ma famille et la mort de mon père.
- Votre père a été assassiné par Nott Senior, Miss Artwood. Dolores Ombrage n'a rien à voir avec…
- Si Dolores Ombrage n'avait pas enfoui son nez dans les histoires de cette famille, mon père n'aurait pas été obligé de fuir le pays et donc fuir la sécurité que lui procurait les gens haut placé du ministère. Sans compter que Mrs Ombrage a eu des méthodes plutôt douteuses en matière d'enseignement. Il est donc tout à fait étonnant qu'elle ait encore sa place dans un département du ministère qu'elle qu'il soit au lieu d'une cellule à Azkaban.
- Miss Artwood, je…
- C'est Lady Artwood, répliqua-t-elle sèchement.
Elle le contourna et repartit en direction de l'intérieur plantant le Ministre qui fut tout simplement pris au dépourvu par l'aplomb de la jeune femme.
La chaleur du salon et les rires l'entourant de nouveau, elle soupira d'aise, soulagée et se sentant légèrement victorieuse. Elle en mettrait sa baguette au feu, sachant pertinemment qu'Harry avait certainement dû faire le même genre de réponse.
Dorea entra de nouveau dans la salle de bal et finit sa coupe d'une lampée pour la reposer sur un plateau qui traînait sur une table d'appoint à sa droite. Elle déambula parmi les sorciers et sorcières qui commençaient à être un peu plus enivrés qu'en début de soirée.
Alors qu'elle atteignit quasiment la porte menant à la bibliothèque, le passage lui fut barré par un jeune homme blond au sourire en coin qui la fit frémir d'anticipation.
- Tu t'amuses bien Artwood ? demanda Drago avec un ton qui ne présageait rien de bon.
- Aussi, bien que l'occasion m'en ait donné.
L'orchestre amorça à cet instant une mélodie sensuelle aux airs de tango. Drago se pencha, effleurant ses lèvres à son oreille. De peur, Dorea jeta un coup d'œil aux alentours. Heureusement pour eux chacun des convives étaient bien trop concentrés sur leur conversation pour faire attention aux deux jeunes gens.
- Je n'ai pas du tout apprécié que tu danses avec Vaisey, fit-il dans un chuchotement.
- Parce que tu crois que j'apprécie de te voir avec Astoria, continuellement collé à ton bras telle une sangsue. On dirait que tu lui as jeté un sort de glue perpétuelle, grimaça-t-elle.
Le sourire du jeune homme s'agrandit un peu plus, alors qu'il se redressait.
- La jalousie ne te sied pas au teint, mon cœur.
- Appelle-moi encore une fois comme ça, et je te montrerai à quoi ton cœur ressemble réellement après que je te l'ai arraché de mes propres mains, rétorqua froidement la serpentard.
Cette fois-ci, le jeune Malefoy sourit franchement, n'en attendant pas moins de sa partenaire. Il lui tendit la main, l'invitant alors à une toute autre sorte de confrontation.
- Tu es au courant que nous sommes en public et qu'il est hors de question que je danse avec toi pour la simple et bonne raison que nous devons montrer notre détestation mutuelle ? pouffa Dorea.
- Que serait la vie sans risque Artwood ?
Dorea jeta un nouveau coup d'œil à la main du jeune homme vers elle et mit seulement un quart de seconde à prendre sa décision. Elle ne reculera pas devant l'occasion que lui offrait le vert et argent. Ils avancèrent alors vers la piste, se frayant un chemin parmi les convives qui leur jetaient des œillades interloquées.
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Daphné éclata de rire une nouvelle fois et Blaise se demanda si elle réussirait à monter jusque dans sa chambre sans accroc ou bien s'il faudrait qu'il la porte et qu'il la borde lui-même dans son lit ?
- Tu devrais arrêter le champagne Daph', suggéra-t-il en saisissant sa coupe. Il n'est pas encore minuit, je te signal.
- Oh, ça va Zabini, je m'amuse ! soupira-t-elle dans un geste purement théâtral. Franchement, ne joue pas les rabat-joie.
À cet instant l'orchestre et plus particulièrement le premier violon amorça un tango cadencé au rythme argentin.
- Vous n'avez pas vu Drago ? leur demanda Astoria qui débarqua quelque peu prise de panique.
- Non, pourquoi ? répliqua son aîné en haussant des épaules.
Blaise laissa trainer son regard vers la piste de danse lorsqu'il vit ses deux meilleurs amis, mains dans les mains, cheminer vers le centre de la salle de bal.
Drago fit tourner Dorea autour de lui et la ramena dans un mouvement brusquement contre son torse.
- Mais que font-ils ? interrogea Daphné qui avait perdu subitement son ton auparavant léger et enivré.
Il perçut un sanglot étouffé à sa droite et aperçut Astoria s'évaporer de la salle en direction de l'entrée et par conséquent de l'extérieur menant au parc.
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Le jeune Malefoy et la rousse dansaient au centre, tous les regards les dévisageant avec stupéfaction. Le silence s'était subitement fait et la musique seule résonnait dans les lieux.
Émilie de Beaumont inspira lourdement, tâchant de préserver son calme et sa mansuétude. Bien qu'elle vît d'un mauvais œil que son unique petite fille danse avec un fils de mangemort dans une soirée qui devait réhabiliter l'image de la jeune Lady auprès de la communauté sorcière.
- Ne soyez pas trop dur avec elle, ma chérie, dit alors Richard à ses côtés. Nous savons parfaitement ce qu'elle éprouve pour ce garçon et il peut être difficile, à son âge, de résister à un jeune homme tel que lui. Ça lui passera.
- Et vous, ne soyez pas naïf au point de croire que cette relation n'est qu'une banale amourette d'adolescents ! s'énerva son épouse à voix basse.
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- Tu crois qu'elle serait prête à tout pour lui ?
Deirdre s'était approchée de Gabriel qui contemplait le couple danser avec harmonie au centre de la piste.
- Je ne le crois pas, j'en suis convaincu. Tout comme il serait prêt à tout pour elle.
- Qu'allons-nous faire, alors ? questionna Deirdre en lançant un regard angoissé vers l'américain.
- Nous allons les soutenir, du mieux que nous pouvons.
- Mon frère n'aurait pas approuvé cette relation, dit-elle pensivement. Du moins pas avec les risques qu'elle comporte.
Gabriel ne répondit pas, mais ne put défaire son regard de Drago et Dorea qui dansaient avec lascivité faisant monter d'un cran la température de la salle.
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- Alors, Astoria a jeté son dévolu sur Drago ? demanda Lucia à son amie Diane.
- À mon grand détriment, soupira cette dernière les yeux braqués vers la piste de danse.
- Tu es contre ces fiançailles ? interrogea la mère de Blaise.
- Tori ne voit pas que Drago est amoureux d'une autre fille. J'ai tenté de la raisonner, Daphné a tenté de la raisonner, son père a tenté également. Mais rien n'y fait.
- La famille Malefoy demeure une famille prestigieuse pourtant. Bien que les derniers événements aient entachés leur réputation, elle reste, tout de même, conséquente dans la communauté.
- Et c'est ce qui nous a poussés à accepter le contrat prénuptial de Narcissa. Cela mettra à l'abri ma cadette, étant donné qu'elle n'est pas l'héritière en titre de notre patrimoine. Mais en mon for intérieur, j'espérais qu'elle refuse.
Lucia se tourna vers la piste et soupira longuement, contemplant le jeune Malefoy et la jeune Artwood tournoyait d'un mouvement précis.
- Ils ont l'air extrêmement charismatique ensemble, dit-elle rêveusement.
- Ils le sont, confirma Diane dans un murmure.
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La musique s'arrêta soudainement l'écho des instruments surmontant le hall. Puis un tonnerre d'applaudissement éclata et Dorea maintenue par les mains du blond, une sur sa taille, l'autre sur la cuisse remontée contre son bassin, se redressa haletante.
Ils s'observèrent durant une longue minute, leur respiration hachée témoignant de leur état second. Leurs visages s'approchèrent de quelques centimètres, mais furent interrompus par Émilie qui débarqua de nulle part.
- Quelle magnifique danse, vous nous avez offert là, souriait-elle avec crispation.
Les deux serpentards se détachèrent, Dorea sentant la peau de sa cuisse brûler à l'endroit où il l'avait maintenu. Elle se tourna donc vers sa grand-mère et au vu de son expression irritée, elle sut immédiatement que ce qu'il venait de se passer avait été loin de lui plaire.
- Merci, Lady Beaumont, fit Drago en inclinant la tête. Excusez-moi, mais je dois rejoindre ma cavalière.
Drago, sans le moindre regard pour la jeune fille, mais d'un frôlement de main sur le bas de son dos, lorsqu'il passa derrière elle, partit en direction du salon bleu.
Dorea se mordilla nerveusement la lèvre, se balançant d'avant en arrière sur ses talons sous le regard inquisiteurs de la vieille Lady, s'attendant à une réflexion acerbe ou une réprimande quelconque, mais rien ne vint et finalement, Émilie fit volte-face rejoignant un petit groupe de sorcière aristocrate du même âge.
La jeune fille soupira quelque peu soulagée d'échapper au courroux de sa grand-mère.
Autour d'elle, quelques convives chuchotaient entre eux tout en l'épiant du coin de l'œil. Elle décida donc qu'elle avait suffisamment accomplie son devoir d'hôte pour la soirée et qu'il était temps pour elle de regagner sa chambre.
Elle prit la direction de l'escalier, voulant se faire discrète, et vit William qui se tenait en bas des marches moquettées.
- Vous pouvez dire à Anna qu'elle peut venir m'aider à enlever ma robe ? Je vais aller me coucher.
- Bien Mademoiselle, fit le majordome.
Il amorça un geste pour retourner à l'office, mais elle le retint par le coude.
- Bonne année William, lui fit-elle un brin mélancolique.
- Bonne année à vous aussi, Dorea, répondit le majordome sur le même ton.
