Jeudi 4 Décembre :

On était en plein cours de Réaction avec Ben quand Jeff débarque pour nous rappeler que les Examens d'hiver débutaient demain et duraient tout le week-end, et que par conséquent, le cours de Sally de cet après-midi était annulé pour que l'on puisse se préparer convenablement. Il quitte la salle après nous avoir distribué un flyer avec les consignes pour les nouveaux et pour rafraîchir la mémoire de ceux qui l'avait déjà passé mais en ayant échoué. Tout me paraît logique, ce sont à peu près les mêmes que pour un examen classique, si on exclut le fait qu'il est mentionné qu'empoisonner, blesser ou tuer un adversaire pour se faciliter la tâche est passible de sanctions lourdes, pouvant aller d'une restriction magique plus ou moins longue à la prison à perpétuité pour les cas les plus graves. Je me tourne vers Blue en lui pointant ce segment.

-C'est déjà arrivé ce genre d'extrême ?

-Apparemment oui, il y aurait même eu des cas où un candidat aurait fait passer un gaz toxique dans l'aération d'un dortoir pour éliminer les concurrents les plus problématiques. Il s'est fait retirer ses capacités, bannir du système scolaire et s'est retrouvé au trou. Dit-il en faisant la moue.

-La compétition doit être rude si certains en arrivent à faire des choses pareilles.

-Ce n'est pas vraiment une compétition, au final, seul l'avis du jury compte. Sauf que des gens pensent qu'ils peuvent améliorer leurs résultats en empêchant les meilleurs éléments de fixer la barre trop haute.

J'hoche la tête et termine d'inspecter le prospectus pour me tourner de nouveau vers Blue, qui range ses affaires dans son sac.

-Ça veut dire qu'on va être logé dans un coin de la Cité ?

-Oui, dans la partie qui sert normalement de salle d'entrainement et de réunion des Gardes. Pour faciliter l'accès et simplifier les trajets, la vérification des candidats etcetera. Ils ont décidé de nous installer sur les lieux des examens.

-C'est vrai que c'est plus pratique. Dans ce cas je vais vite préparer un sac !

Je prends mes affaires et retourne dans ma chambre pour fourrer dans un sac à dos mon nécessaire de toilettes, puisqu'apparemment ils nous fournissent les uniformes pour éviter toute triche. J'en déduis donc que des petits malins ont essayé de contourner certaines règles en douce avec des vêtements qui cachaient des antisèches, ou des trucs du genre.

Je dépose le sac bien en évidence sur mon lit et descend pour déjeuner avec mes camarades dans la joie, la bonne humeur et l'habituel stress qui précède n'importe quel examen.

-Dites, en quoi consistent les épreuves écrites ? Parce que je me doute que la pratique servira à évaluer nos capacités physiques mais bon…

-D'après d'anciens participants, ce sont principalement des tests pour juger notre méthode de réflexion, d'adaptation, notre morale et bien d'autres. Répond Sans avec sa sempiternelle bouteille de ketchup à la main.

S'en suit une ribambelle d'anecdotes plus folles les unes que les autres sur ce fameux examen pour détendre l'atmosphère, ce qui est plutôt bienvenu. Erika nous rejoint pour rajouter un peu plus de peps, et surtout pour m'annoncer que, normalement, on partagera le même lit superposé dans les dortoirs.

-Comme ça on partagera notre stress et on se fera un débriefing sur les écrits. Lance-t-elle en riant.

-Et on se rejoindra dans le lit si jamais on n'arrive pas à dormir c'est ça ? Dis-je en souriant.

-Exactement ! Tu lis dans mes pensées !

On continue de rire jusqu'à ce que l'heure de s'en aller arrive. On nous fait passer par groupes de cinq, filles et garçons séparés dans un portail de téléportation qui nous emmène dans un petit bout de jardin luxuriant qui invite à la relaxation. Mais ce sentiment de bien-être est vite piétiné par des Gardes qui nous interpellent pour fouiller nos affaires et nous changer dans un petit sas privé, avant de nous aligner avec les autres participants.

Une fois que tout le monde est habillé selon les codes et que le contenu des bagages soit en règle, les élèves sont divisés en deux et sont escorté par un référent jusqu'aux dortoirs qui ne sont pas mixtes pour des raisons évidentes et pour nous faire un rappel sur les règles et le déroulement des épreuves. Les deux épreuves écrites auront lieux demain de 9h à 12h et de 14h à 17h, avec des repas servis à 12h30 et 20h jusqu'à dimanche. Et pour que ce soit plus efficace pour la pratique, on nous distribue un papier qui nous explique dans les grandes lignes comment vont se dérouler sur les journées de samedi et dimanche.

On nous laisse nous installer et j'en profite surtout pour étudier le programme du week-end, qui n'a pas l'air si compliqué. Les sessions du matin se font seuls et celles de l'après-midi en groupe, ce sera de l'infiltration le samedi et du combat le dimanche.

C'est Erika qui me sort de mes pensées pour faire un tour dans le jardin, et vu l'ambiance pesante du dortoir, je ne refuse pas son offre. On se pose au pied d'un arbre absolument gigantesque pour écouter de la musique avec un écouteur chacune en fermant les yeux. Il y a surement une barrière magique qui empêche la neige de tomber et au froid d'être aussi mordant que dehors, car nos simples pulls suffisent à nous tenir au chaud.

Je me perds dans mon imagination en commençant à m'assoupir, quand une main se pose sur mon épaule pour me secouer doucement. Je sursaute et cligne plusieurs fois des yeux pour enfin discerner le visage d'un garde décoré d'une barbe grisonnant bien fournie et d'un sourire presque paternel.

-C'est l'heure du repas les filles…

-Ho merde déjà ?!

Je me redresse d'un bond, entraînant Erika avec moi, ce qui fait rire le garde.

-Allons, pas de panique, ce n'est rien. Je vais vous accompagner au réfectoire, ça vous évitera de vous perdre. Dit-il d'une voix grave et chaleureuse.

-Merci monsieur. Répondis-je en m'époussetant et en rangeant le baladeur d'Erika dans ma poche.

-Oui c'est très gentil à vous ! Ajoute-t-elle en souriant.

-Il n'y a pas de quoi, mais attention à votre baladeur, mes collègues ne sont pas aussi conciliants que moi.

C'est vrai que ça m'avait échappé, Erika avait réussi à le faire passer en douce en le jetant dans un buisson pour le récupérer à l'abri des regards un peu plus tard. Mais ce garde ne nous en tiens pas rigueur et nous emmène au réfectoire où tout le monde est déjà en train de discuter en mangeant avec appétit la nourriture proposée par des dames à l'allure de grand-mères gâteaux. On quitte notre camarade de promenade en lui faisant un petit signe de main tout en cherchant une place pour diner, ce qui n'est pas une mince affaire. Nous finissons par nous installer tout au bout d'une table et deux grand-mères arrivent avec un chariot pour nous proposer entrées, plats et desserts, tous plus appétissants les uns que les autres. Mon choix s'arrête sur une soupe aux poireaux classique mais au fumet alléchant, un ragout tomaté contenant pommes de terre, carottes, oignons et des boulettes de bœuf, le tout accompagné de semoule dorée et pour finir, un bête roulé au chocolat qui me replonge en enfance. On commence à manger quand Erika me fait remarquer une chose qui trotte dans ma tête depuis tout à l'heure.

-Hey le garde, il n'avait pas un air de Père Noël ? Me chuchote-t-elle en riant.

-C'est exactement ce que je me suis dit ! Il lui manque juste le petit bedon et hop !

-Il était trop gentil ! Comme les mamies qui nous servent ! Enfin, je suppose que tous ceux qui travaillent ici doivent avoir envie de passer un peu de bon temps avec une nourriture réconfortante.

-C'est vrai, je pense que tout le monde a besoin d'un moment de douceur qui rappelle les bons moments passés à la maison.

Je fini ma soupe et entame mon ragoût quand je remarque qu'Erika fixe ma main.

-Quoi ? Il y a un souci ? Dis-je en regardant l'objet de sa curiosité.

-Tu manges à la cuillère ?

-Ha ! Oui, les plats en sauces comme ça je les ai toujours mangés à la cuillère, surtout chez ma grand-mère. Je trouve ça plus pratique, surtout quand on mange dans une assiette creuse.

-C'est pas con ce que tu dis, je devrais faire pareil tiens.

Elle s'exécute et semble approuver ma méthode dès les premières bouchées, ce qui me fait sourire. Je termine le repas par un grand bol de tisane au miel avant de me diriger vers les douches collectives.

C'est étrangement animé d'ailleurs, tout le monde discute avec son voisin en se shampouinant sans la moindre gêne. Cette ambiance de colonie de vacance me fait sourire et je ressors de la salle de bain toute fumante et détendue pour attaquer les premiers tests de demain.

Vendredi 5 Décembre :

Nous sommes toutes arrachées des bras de Morphée par la gueulante tonitruante d'une Orc musclée.

-Debout là-dedans ! Vous avez dix minutes pour vous habiller et venir manger !

J'enfile mes vêtements en quatrième vitesse et prend tout juste le temps de me passer de l'eau fraiche sur le visage, de me brosser les dents et de m'attacher les cheveux pour filer au réfectoire. Je suis parmi les premiers arrivés, ce qui me laisse le luxe de choisir ce que je veux sans me faire bousculer. Je m'installe tranquillement avec mon bol de thé noir, mon jus de fruit et mes tartines de beurre salé et de confiture en regardant l'émeute se former à l'entrée de la salle en souriant d'un air satisfait et nostalgique, ça me rappelle les matins à l'internat ou tout le monde se battait pour avoir du lait et du jus frais et pour les céréales au chocolat. Erika me rejoins, suivie de près par une petite armada de squelettes pas forcément bien réveillés.

-Salut tout le monde ! Bien dormi ?

Tout le monde répond positivement, de manière plus ou moins enjouée. Certains sont un peu tendus, mais ils sont globalement confiants pour la suite. On finit par se lever et rejoindre la salle d'examen, et dès l'entrée, on nous donne tout juste le matériel pour écrire et notre emplacement pour toute la durée des écrits. Ce n'est que quand je m'installe à ma place que je sens la tension monter, mais j'essaie de ne pas me laisser submerger et respire profondément pour faire retomber le stress.

Plusieurs Gardes distribuent les copies scellées et une fois que tout le monde reçoit ce dont il a besoin, un minuteur de trois heures se déclenche devant nous et le sceau de nos copies se brisent. Chacun retourne ses feuilles, et au début, les questions sont plutôt simple, c'est de la logique pure et dure et un très gros test de connaissance. Mais je découvre que le dernier exercice nous oblige à lister et décrire dans les moindres détails toutes nos compétences magiques et non-magiques, et il ne me reste qu'une heure et demie pour le faire. Je m'empresse donc de rédiger une demi-douzaines de pages recto-verso en essayant de simplifier le plus possible pour gagner du temps, et c'est à ce moment que je me rend compte que les personnes qui se sont spécialisés dans une seule branche de magie ou une seule forme de combat sont clairement avantagés contrairement aux combattants polyvalents.

Je termine ma copie in-extremis, juste avant qu'elle ne disparaisse sous mes yeux et que l'on nous sorte de la salle pour manger. J'ai terriblement mal au poignet et à la nuque tant j'étais crispé pour la dernière partie de l'épreuve, donc je m'éclipse au toilettes pour plaquer un morceau de papier imbibé d'eau froide sur ma nuque et plonger mon poignet sous le liquide frais pour me soulager. Une fois que c'est fait, je rejoins mes camarades et prends une soupe, un ragoût de légumes à la crème parfumée aux épices indiennes accompagné de riz et d'une salade de fruit. Il faut que je me sente rassasiée tout en faisant attention à ce que mon repas ne me blinde pas au point de me faire somnoler en plein milieu de l'après-midi, et je pense que ce petit détail va faire pencher la balance en faveur de ceux qui ont eu la même idée que moi.

-Ça va mieux ton poignet ? Demande Papyrus d'un air un peu inquiet.

-Oui oui, c'était juste sur le moment ne t'inquiètes pas. Répondis-je en souriant.

-Faut dire que t'as bien gratté pendant plus d'une heure, ça n'as pas dû être facile. Ajoute Error.

-C'est le jeu, on n'y peut rien. Et puis comme ça je préfère me dire que le pire est derrière.

J'ai amèrement regretté cette phrase, car en revenant dans la salle d'examen pour la seconde épreuve, je découvre que les sujets sont de multiples petites rédactions ou l'on doit expliquer notre raisonnement sur une situation qui nous présente de sérieux dilemmes moraux. Par exemple, le premier sujet nous demande s'il faut se laisser mourir lors d'un interrogatoire entrecoupé de séances de torture pour préserver des informations capitales alors que nous somme une pièce indispensable du plan où tout avouer pour espérer survivre. Sur le papier, la réponse paraît évidente, mais il faut prendre en compte énormément de paramètres et de possibilités et notre propre façon de voir les choses. Et il y a dix scénarios plus complexes les uns des autres à compléter en trois pauvres petites heures, car il y a en plus plusieurs critères à remplir comme le sujet, une explication et des exemples en plus d'une conclusion et d'un minimum de mots à placer, sinon tout le monde bâclerait cette épreuve. Ajoutez à cela la réflexion, le choix des mots et l'organisation de toutes nos pensées, et on obtient finalement un délai très serré pour ce test.

Quand le délai est écoulé, tout le monde grogne de douleur, mais surtout car je suppose que personne n'a pu entièrement boucler cette épreuve. Ce doute se confirme en sortant de la salle car tout le monde se plaint de ne pas avoir pu terminer au moins deux sujets, si ce n'est pas quatre pour certains malchanceux. Mais pour remonter le moral aux troupes, quelques superviseurs nous emmènent dans des sources thermales séparées un peu plus loin pour nous aider à décompresser, ce que je trouve être une merveilleuse idée. Tout le monde s'empresse de se savonner pour entrer au plus vite dans l'eau fumante des sources pour laisser s'échapper un long soupir de soulagement. Erika vient à ma rencontrer pour causer joyeusement, et surtout pour faire un récapitulatif.

-Il te manquait combien de sujets sur la deuxième épreuve ? Demande-t-elle.

- Deux toutes piles, je venais juste de terminer le huitième, et toi ?

-Un de plus que toi, c'était vraiment chaud. Je suis sûre que personne ne peut terminer ça dans les temps à moins de connaître les sujets en avance. Lance-elle en râlant.

-C'est clair, et pour la dissert' de ce matin ? Parce que j'en ai sacrément chié.

-Les doigts dans le pif ! En même temps quelle idée d'être une super combattante qui s'adapte à tous les terrains et toutes les situations. Dit-elle d'un ton moqueur en me donnant un petit coup de coude amical.

-Ho excuse-moi d'être l'élément central qui pourrait bien sauver l'humanité toute entière ! Rétorquais-je en jouant le jeu.

-D'ailleurs t'es sacrément courageuse et résignée pour pouvoir supporter cette énorme pression. Reprend-t-elle plus sérieusement.

-J'ai pas vraiment le choix, je suppose que dans ce genre de cas il faut se résoudre à être prêt à mourir pour la cause…

Elle m'éclabousse le visage avant de reprendre.

-Hep là ! Tu vas pas me plomber l'ambiance maintenant ! Tu resteras bien vivante quoi qu'il arrive parce que t'es tout simplement géniale et qu'avec tout le soutient, il faudrait plus que la pauvre armée de Ruvik pour te buter.

Elle m'éclabousse une nouvelle fois, et s'en suit une terrible bataille au cours duquel beaucoup d'eau s'est échappée du bassin et a entrainé les autres filles à nous imiter, le tout créant un joyeux chaos chaud et humide. Bien évidemment, il ne faut pas longtemps à nos superviseurs pour débarquer pour nous passer un savon sur le gaspillage des ressources naturelles et nous forcer à sortir pour attendre le repas. Evidemment, on rigole toutes de cette situation une fois que les Gardes ont le dos tourné et le repas s'en retrouve être plus festif, et plus copieux pour compenser le maigre déjeuné de ce midi. Ce qui nous cloue un peu sur les bancs jusqu'à ce qu'on nous pousse à retourner au dortoir d'un pas lourd et pataud pour que l'on s'effondre tous sur nos lits qui semblent happer notre énergie tant on se sent partir une fois dedans.