J'aurais mis le temps, mais il est là ! Le fameux chapitre bonus, qui est (sans surprise) bien, BIEN plus long que prévu. Il fait littéralement la moitié de l'histoire de base TT Et le pire c'est que j'ai tenté de faire court lol
Je me suis beaucoup plus amusée que prévu à travailler sur leur évolution, surtout Katsuki qui découvre beaucoup de choses. Je n'avais pas envie de faire un énorme bond dans le temps où ils sont déjà un joli petit couple avec leurs habitudes, j'aime trop écrire les disputes et les confessions pas prévues hehe
bref, j'espère que cette conclusion vous plaira !
Un énième frisson traversa le corps du garçon, et brusquement il se redressa au milieu des draps. Le souffle encore emmêlé et les mains tremblantes, Midoriya entendit un gémissement de terreur lui échapper, les souvenirs de son cauchemar encore intacts dans son esprit. Il jeta plusieurs coups d'œil autour de lui malgré l'obscurité de la chambre, un flot de murmures à peine perceptibles au bord des lèvres pour tenter de se rassurer.
Un nouveau mouvement sous les draps affola son corps encore tendu. Une main glissa le long de son bras, et avec douceur posa une question simple contre sa peau :
Tout va bien ?
C'était délicat, un contact tranquille, assez concret pour faire fuir les dernières bribes de cauchemar. Midoriya poussa un soupir, et d'une petite voix, brisa définitivement le silence de la chambre.
- Juste un mauvais rêve. Désolé.
Entendre ses propres mots résonner contre ses oreilles, ainsi que sa respiration qui reprenait lentement un rythme plus calme, permit au garçon de fermer les yeux sans crainte. Aucun assassin ne l'attendait dans l'ombre pour lui trancher la gorge. Utsushimi n'était pas revenue se venger, personne ne tentait de le faire tuer sur la potence du château. Il était sain et sauf, en sécurité. Il ne risquait rien.
Près de lui, Katsuki respirait discrètement. Une fois couché, Midoriya sentit une main s'aventurer dans ses cheveux. Il en fallait peu pour sortir le blond du sommeil, et les cauchemars de Midoriya y parvenaient chaque fois qu'ils étaient un peu trop violents. Midoriya s'agitait, et Katsuki le rassurait.
Au fil des nuits, il avait pris l'habitude de lui caresser les cheveux jusqu'à ce qu'il se rendorme. Du temps de ses premiers maîtres, Katsuki avait vu les nourrices agir de la sorte pour calmer les enfants anxieux, il n'avait fait que reproduire les mêmes gestes. Et puisqu'ils semblaient efficaces, il n'avait aucune raison d'arrêter.
Lorsque Midoriya ouvrit de nouveau les yeux, la chambre était éclairée par une discrète lumière matinale. Dehors, il pouvait entendre quelques oiseaux, différentes voix lointaines, et le bruit des charrettes tirées par les ânes ou les chevaux. Chassant la fatigue dans un long étirement, il tourna tout d'abord le regard vers le lit collé au sien. Il était vide et tiré.
Le garçon ne s'en inquiéta pas, il avait appris à ne plus paniquer dès qu'il se retrouvait seul. Il marcha jusqu'à la petite table au milieu de la pièce, et saisit le bout de papier laissé là. Midoriya y lut facilement les quelques mots écrits. Katsuki s'était encore amélioré, il était capable d'aligner plusieurs phrases sans la moindre aide. Son écriture était toujours tremblotante et irrégulière, il lui manquait les subtilités de la grammaire et de la conjugaison, mais le fond restait compréhensible.
Assis près de la fenêtre, Midoriya décida d'attendre le retour du blond. Du haut du deuxième étage de l'auberge, il observait les habitants du petit village traverser les rues. Il aimait l'ambiance calme et matinale, tous suivaient leur routine, les enfants jouaient, les paysans tiraient leurs charrettes, d'autres organisaient leurs étales. Personne ne faisait attention à lui, il n'était qu'un garçon parmi tant d'autres, même s'il décidait de descendre parmi les villageois, plus rien ne le différenciait d'eux.
Presque trois mois étaient passés depuis sa fuite du château. Trois mois depuis la mort de Camie Utsushimi. Sans surprise, sa découverte avait secoué le territoire, tout autant que sa fuite. Beaucoup avaient été choqués et révoltés par la nouvelle, et dès les premiers jours, de nombreuses rumeurs s'étaient mises à circuler.
La plupart blâmait Katsuki du massacre, d'autres laissaient penser que Midoriya avait tué la princesse pour fuir avec un amour caché. Quelques accusations avaient aussi touché la famille royale, les Midoriya comme les Utsushimi. L'on supposait Shindo complice, les couples royaux de vouloir mutuellement s'affaiblir au prix de tuer leur propre enfant, un assassin envoyé d'un autre royaume pour se débarrasser des deux héritiers.
Des traîtres avaient été annoncés, des hypothèses suivies et des enquêtes menées. Tous demandaient un coupable.
Comme prévu, Katsuki s'était occupé de leur donner des réponses. Midoriya n'avait pas voulu en connaître les détails, mais le plan du blond avait fonctionné. Un corps à moitié calciné avait été découvert dans une grange, bien loin du château. La qualité des morceaux d'habits encore intacts et les bijoux qui n'avaient pas fondus l'avaient rendu suspect, et les gardes l'avaient rapidement fait rapatrier au château.
Ainsi, quelques jours plus tard, la mort du prince Izuku Midoriya avait été annoncée. Évidemment, son garde du corps disparu était devenu le premier suspect. Des centaines d'avis de recherche avaient été éparpillés aux quatres coins du territoire, et une immense chasse à l'homme s'était lancée.
Katsuki avait anticipé cette situation. Le soldat s'était fait discret, il avait commencé à laisser pousser ses cheveux qui lui tombaient de plus en plus devant les yeux, appris à parler plus aisément. Sans son armure et son masque, Katsuki était bien loin du garde muet tant recherché.
Malgré toutes ces précautions, Izuku avait très mal vécu les premières semaines. Constamment sur le qui-vive, il craignait que quelqu'un se doute de la supercherie, qu'une guerre éclate malgré tout, que Katsuki ou lui ne se fasse reconnaître. Ses cauchemars étaient devenus quotidiens, et il avait été incapable de quitter certaines de leurs cachettes des jours entiers pour ne croiser personne.
Le blond avait fait de son mieux pour le débarrasser de cette angoisse. Avec le temps, il s'était amélioré dans sa manière de le rassurer. Katsuki savait quel genre d'infusion aidait Midoriya à se calmer, les endroits qui le faisaient se sentir plus en sécurité, les mots qu'il voulait entendre lorsque la panique prenait le dessus. Petit à petit, ce devenait des choses presque naturelles pour lui, il n'avait pas à réfléchir avec un raisonnement de soldat, il se contentait de suivre son instinct.
- Izuku ?
Midoriya sursauta, il avait fini par somnoler contre la fenêtre à force de suivre les allées et venues des villageois en contrebas. D'un sourire, il accueillit Katsuki qui déposa son sac de toile sur la table.
- Tu as mieux dormi ? Demanda le blond.
Le concerné hocha la tête. Ses cauchemars étaient tenaces, mais Midoriya parvenait de mieux en mieux à s'en défaire à son réveil, surtout en sachant Katsuki à proximité. Avachi contre la table, il observa le guerrier sortir la nourriture et les différents plats déjà préparés qu'il avait achetés. D'habitude il était plus rapide à revenir, Midoriya avait à peine le temps de se réveiller ou de changer de tenue, les étales avaient dû être particulièrement bondées ce matin.
Au milieu du riz et des légumes, il remarqua un sac de fruits, et ses yeux s'illuminèrent en les reconnaissant.
- C'est bientôt plus de saison, profites-en, dit Katsuki sans lui jeter un regard.
- J'en ai cherché partout hier sans en voir aucune, merci Kacchan ! Merci ! S'agita Midoriya tout en attrapant une mandarine.
- Mh, on doit bientôt quitter la chambre, ne traîne pas à manger, marmonna le concerné, concentré sur son bol de nourriture.
Un sourire aux lèvres, Midoriya hocha la tête, toujours aussi amusé de voir la réaction de Katsuki en l'appelant ainsi. C'était pourtant son idée, ce changement de nom pour brouiller un peu plus les pistes, même si c'était Midoriya qui avait trouvé "Kacchan". C'était joli, il aimait beaucoup l'utiliser, et avait fini par s'y habituer, au point de ne presque plus appeler le garçon par son vrai nom. Katsuki, de son côté, avait visiblement encore du mal à s'y faire, mais ne s'en était jamais vraiment plaint.
Midoriya aussi avait dû s'habituer à entendre Katsuki l'appeler Izuku, il était hors de question qu'il utilise son titre ou son nom de famille à présent. Et ce n'était pas quelque chose de désagréable. Midoriya tenait particulièrement à ce que Katsuki cesse de le voir comme un supérieur, et qu'il oublie doucement son rôle de garde. Ils n'étaient plus que deux personnes en fuite, loin des règles du château. Simplement deux compagnons de voyage.
Leur déjeuner terminé, ils rangèrent leurs affaires et organisèrent leurs provisions. Avant de quitter la chambre, Katsuki jeta une paire de gants en direction de Midoriya qui lui offrit un regard surpris. Il se contenta d'un signe rapide, mais bien suffisant pour le faire sourire.
Pour toi.
Sans attendre, le jeune homme essaya la paire, et les trouva bien plus confortables que ses gants actuels, pratiquement déchirés. Il remercia Katsuki de vive voix, et le suivit vers les écuries de l'auberge. Depuis peu, ils avaient réussi à se trouver des chevaux, et Midoriya en était toujours aussi heureux. Leur voyage en était grandement simplifié, et il adorait sa monture, une jument douce et énergique.
Ils s'éloignèrent du village en suivant la route principale, et Midoriya ne pût s'empêcher de s'arrêter un instant pour l'observer une dernière fois. C'était toujours étrange de quitter chaque petite bourgade dans laquelle ils s'arrêtaient. Elles devenaient de plus en plus sommaire, les villes fortifiées et les maisons en pierres étaient bien loin derrière eux à présent. Midoriya avait toujours l'impression d'y oublier quelque chose, ou plutôt d'à chaque fois y laisser une part de lui. Ce n'était pourtant pas une sensation désagréable, bien au contraire. Plus ils avançaient, et plus il se sentait léger.
Des bruits de sabots se rapprochèrent, et il sentit une main se poser sur son épaule.
- Je te trouverai d'autres mandarines avant l'hiver, ils en auront peut-être un peu, même dans les hauteurs.
Midoriya hocha la tête et reprit la route derrière le cheval de Katsuki. Il cacha son air amusé, ne voulant pas dérouter le blond. Il s'améliorait dans sa compréhension des autres et de leurs émotions, mais il avait encore besoin de temps pour ce qui était plus subtil.
Ils reprirent la route durant une grande partie de la journée. Le temps était encore clair, mais le vent froid annonçait l'hiver. Bientôt, ils auraient besoin de fourrures plus épaisses pour continuer de voyager. Ce n'était pas la meilleure saison pour se diriger vers les montagnes, mais les deux voyageurs n'avaient pas de meilleur choix. D'après Midoriya, un de ses anciens gardes s'y était installé après une grave blessure l'empêchant de continuer à occuper son poste. Ce Toshinori était un homme droit et bienveillant, Midoriya lui faisait entièrement confiance pour les accueillir sans poser de problèmes.
Malgré les explications de son compagnon, Bakugo avait encore du mal à s'en contenter. L'idée de passer plusieurs mois loin des grandes villes était rassurante, mais il comptait bien garder ce Toshinori à l'œil. Il était hors de question que Midoriya soit retrouvé après tous leurs efforts pour disparaître.
Pour rejoindre Toshinori, ils devaient monter dans les hauteurs, ce qui ne dérangeait pas Katsuki. Dormir à la belle étoile malgré le froid, marcher pendant plus de la moitié de la journée, il savait faire, mais au fil du voyage, il avait appris à avancer au rythme de Midoriya, pour qui beaucoup de choses étaient nouvelles. Le guerrier avait dû lui montrer comment chasser sans rabatteurs, éviscérer correctement une proie, allumer un feu et choisir les bonnes brindilles pour qu'il dure.
Midoriya comprenait vite, et était plutôt doué avec ses mains. Tuer et dépecer les lièvres ou les oiseaux lui faisaient encore tourner le regard, autant que l'odeur du sang trop présente, mais Katsuki préférait ces réactions. C'était étrangement rassurant de voir que même la violence inévitable ne devenait pas banale aux yeux de Midoriya.
De son côté aussi, Katsuki avait appris. Il continuait de lire et d'écrire lorsqu'il en avait l'occasion, et Midoriya était toujours ravi de l'aider à comprendre les relations humaines. Beaucoup de choses faisaient encore peu de sens à ses yeux, mais lentement, Katsuki parvenait à poser des mots sur des choses qu'il n'aurait jamais pensé pouvoir expérimenter.
Il avait découvert la frustration de perdre à un jeu de cartes, la déception de rater un plat qu'il avait pourtant préparé en suivant la recette pas à pas, la satisfaction de voir le sourire de Midoriya lorsqu'il lui rapportait sa nourriture préférée. Il savait dire quels plats il préférait, quelle épice avait un meilleur goût que les autres, les instruments qu'il appréciait écouter. Parfois c'était plus discret, un frisson le long de son corps lorsqu'il passait la main dans les cheveux de Midoriya pour qu'il se rendorme plus rapidement, un battement de cœur plus rapide quand Midoriya l'aider à soigner certaines blessures ou cicatrices. Katsuki ne comprenait pas toutes ces sensations, mais pour le moment, se contenter de les laisser exister lui suffisait.
Le plus compliqué pour lui, était de quitter ses vieux réflexes. Midoriya avait beau lui répéter qu'il n'était plus un trancheur, c'était encore difficile de s'habituer à cette liberté soudaine. Il pouvait sortir seul, choisir quoi manger pour son prochain repas, s'habiller comme il le souhaitait, et même dormir toute une journée s'il en sentait le besoin. Parfois Katsuki se demandait s'il ne s'agissait pas d'un simple rêve, s'il n'avait pas été gravement blessé et qu'il se trouvait inconscient entre la vie et la mort. Chaque fois qu'il fermait les yeux, il s'attendait presque à se retrouver sur un lit du château, prêt à reprendre son rôle de garde du corps auprès de la princesse. Mais chaque matin, il découvrait toujours Midoriya endormi près de lui, la main chaude et les cheveux doux sous ses doigts.
Après plusieurs heures, la nuit tomba, et sans trouver le moindre petit village, puisque le temps était encore clément, les deux voyageurs décidèrent de dormir à la belle étoile. A l'abri du vent au bas d'une petite colline entourée d'herbes hautes, ils installèrent leur camp de fortune. Avec le temps, ils avaient fini par se confier chacun leur lot de tâches. Midoriya s'occupait des chevaux et de préparer le tas de bois, Katsuki se chargeait du repas et d'allumer le feu.
Ce qui était aussi nouveau pour Katsuki, c'était la proximité avec Midoriya. Pour le guerrier, la solitude, tout comme le silence, était devenue banale, il n'en était plus dérangé depuis bien longtemps. Mais pour l'ancien héritier, se retrouver à voyager sans autre compagnon que Katsuki était tout autre chose. D'abord réservé et encore trop angoissé pour s'en préoccuper, Midoriya s'était doucement habitué à ce quotidien. Et sans même s'en rendre compte, il s'était mis à se rapprocher de Katsuki dès qu'il en avait l'occasion.
Le plus souvent Midoriya s'asseyait à côté de lui lorsqu'il lisait ou écrivait, il le regardait nettoyer et aiguiser ses armes, proposait de le suivre s'il avait besoin d'aller au marché ou au forgeron, attendait que Katsuki s'installe non loin pour s'endormir.
Katsuki n'avait jamais fait la moindre remarque. Il n'était pas habitué à cette seconde présence presque constante, mais ce n'était pas aussi pénible qu'il l'avait d'abord craint. Il n'était pas question d'un regard scrutateur, trop indiscret et surveillant constamment son comportement. Midoriya ne demandait qu'un peu de compagnie et de quoi combler le silence. L'air détendu qu'il avait en écoutant Katsuki lire à voix haute ou en s'endormant pendant qu'il cherchait sur leur carte leur prochaine destination n'était pas dérangeant.
Les véritables contacts aussi, n'avaient rien de désagréable. Laisser Midoriya l'aider à ajuster certains de ses habits, soigner la moindre blessure ou cicatrice encore tenace, couper une mèche de cheveux un peu trop gênante, c'était devenu ordinaire, assez familier pour que Katsuki ne sente plus son corps tressaillir sous les mains du garçon. Il était capable de fermer les yeux, parfois même de s'endormir sans se demander s'il avait une arme à portée de main.
Ce sentiment de confiance -si Katsuki avait bien compris les explications de Midoriya-, était encore déconcertant. Il allait à l'encontre de tout ce qu'on lui répétait depuis le début de sa vie. C'était une forme de vulnérabilité sans que la moindre peur ne lui serre la gorge, il ne se sentait pas plus faible ou en danger. Katsuki commençait à attendre ces moments, jusqu'à parfois les demander lui-même.
Une fois les chevaux attachés et leurs bols fumants, Midoriya attrapa une couverture, et la déposa sur les épaules du blond. Par réflexe, Katsuki ouvrit d'un bras le lourd tissu pour que Midoriya puisse s'y installer à son tour. Épaules contre épaules, ils mangèrent silencieusement, et visiblement épuisé, Midoriya fut le premier à s'endormir. Adossé contre le guerrier, il marmonnait des bribes de mots incompréhensibles dans son sommeil, un détail qui arrachait souvent un maigre sourire à Katsuki.
Il veilla une grande partie de la nuit, puis laissa Midoriya prendre la relève. Katsuki parvenait à s'endormir presque aussi rapidement que lorsqu'ils s'arrêtaient dans une auberge à présent, malgré l'idée de laisser quelqu'un d'autre surveiller un potentiel danger à sa place. Ca aussi, comme Midoriya lui répétait, c'était une autre preuve de confiance.
Lorsque Katsuki se réveilla, le feu n'était plus qu'un tas de cendres depuis bien longtemps. Il était enveloppé dans la lourde couverture, et Midoriya n'était plus contre lui. Il se leva pour se tourner vers les chevaux, le corps encore un peu engourdi par la fatigue. Midoriya aimait leur tenir compagnie ou simplement les panser avant de les harnacher.
- Izuku ?
Il n'y avait personne avec leurs montures. Immédiatement, Katsuki attrapa son arme et fit le tour de leur petit camp. Le soleil était à moitié visible derrière l'horizon, et Midoriya n'aimait pas marcher seul dans l'obscurité.
- Izuku ?!
Toujours aucune réponse. Katsuki reprit ses réflexes, il analysa le camp, les chevaux, mais il avait du mal à se concentrer correctement. Dans le sac de Midoriya, il manquait son arc et quelques flèches, Katsuki s'éloigna définitivement de leur bivouac.
Il chercha une piste, des empreintes, des branches brisées, n'importe quoi lui donnant une indication. Il s'enfonça dans la forêt jusqu'à entendre des voix. Et sans réfléchir, Katsuki se dirigea vers elles, arrivant brusquement au milieu d'une conversation visiblement tendue.
La main serrée autour de son arme, il sentit un poids disparaître dans sa poitrine en reconnaissant Midoriya à quelques pas de lui.
- Eh ?! C'est qui ça ?! T'étais pas seul ?! Grogna un des hommes qui lui faisait face.
Katsuki détailla le groupe d'un regard noir. Ils étaient trois, deux portant des lames trop courtes pour être des épées, et un autre avec un arc. Ils n'avaient pas la carrure de soldats, au vu de leurs habits, il s'agissait probablement de voleurs ou de brigands.
- Mon ami, c'est un ami ! Nous ne faisons que passer, je vous le promets ! tenta de les calmer Midoriya d'une voix incertaine.
L'archer avait déjà armé son arc, et pointait Midoriya de sa flèche, faisant immédiatement réagir Katsuki. Il brandit son épée et s'avança, prêt à se battre. Devant son air déterminé, l'archer changea aussitôt de cible. Katsuki était déjà en train de visualiser ses chances de tuer les trois hommes sans qu'ils ne touchent Midoriya. Il suffisait qu'il bouge assez rapidement pour que la flèche ne touche aucun point vital, et il pourrait lui trancher la gorge avant qu'il n'en attrape une seconde. Pour le reste, il lui suffirait d'être assez agile et d'utiliser l'effet de surprise.
Mais Midoriya se jeta devant lui, l'empêchant de plus avancer, ce que le blond n'avait absolument pas prévu. Sans lâcher le groupe d'hommes des yeux, il parla d'une voix plus assurée :
- On ne veut pas d'ennuis ! Nous ne sommes que des voyageurs ! Je ne savais pas que ce terrain de chasse était à vous. Je vous rends ma prise, s'il vous plaît, et nous partons sur le champ.
Katsuki remarqua la perdrix que Midoriya tenait à bout de bras, ainsi que l'arc qu'il avait rangé dans son dos. Il n'avait encore jamais réussi à attraper une proie, c'était sa première prise, et il proposait de la donner à ces voyous. Katsuki sentit sa colère monter d'un cran, mais ne bougea pas.
Midoriya continua de s'excuser, il déposa l'oiseau au sol, et les mains levées recula de quelques pas, poussant au passage Katsuki à faire de même. L'un des hommes fit signe à l'archer de baisser son arc. Ils échangèrent quelques mots et les quittant du regard, Katsuki trouva le moment parfait pour les attaquer, mais Midoriya lui attrapa violemment le poignet.
Il fallut encore attendre quelques secondes, et après une dernière menace, les hommes les laissèrent partir sans plus de problèmes. Midoriya hâta Katsuki de rebrousser chemin, ne le lâchant qu'une fois de retour sur leur camp.
Aucun d'eux ne se regarda dans les yeux. Midoriya commença à rassembler silencieusement leurs affaires. Katsuki ne réussit pas à le rejoindre. Il avait encore les doigts plantés autour du manche de son épée, et ne parvenait pas à se débarrasser de toute la tension qui bloquait son corps. C'était confus, il avait encore envie de tuer ces trois hommes, de les retrouver et de s'en débarrasser pour que son cœur cesse de s'emballer.
- J'aurais pu les tuer !
Midoriya sursauta presque en entendant le blond hurler. Il se retourna vers lui, tandis que Katsuki gardait les poings serrés. C'était la première fois qu'il ne parvenait pas à retrouver son sang froid.
- C'était des saletés de voleurs. C'était ta prise. Je pouvais les tuer !
- Non, Kacchan. Ils étaient trois, c'était dangereux.
Katsuki n'aima pas le ton de Midoriya, trop calme, trop concédant. L'un d'eux avait visé sa tête avec une flèche. Sans comprendre pourquoi, ça ne fit que renforcer sa colère.
- Ils pouvaient te tuer ! C'est la confiance ? finit-il par rétorquer d'un ton sec. Tu ne me fais pas confiance ? Tu penses que je ne peux pas te protéger ?! Que je n'en suis plus capable ?!
Il se fichait du danger, il avait vécu des choses bien pires qu'une mauvaise rencontre dans la forêt. Katsuki aurait pu s'en occuper, il le savait.
- La confiance n'a rien à voir Kacchan ! S'énerva finalement Midoriya. Je te l'ai dit, je ne veux plus voir personne mourir à cause de moi !
- Alors tu préfères mourir ?!
- Si c'est la seule solution, oui !
Midoriya avait un regard déterminé, il ne flancha pas, c'est Katsuki qui dévia les yeux. Il ne s'attendait pas à ce genre de réponse, ce n'était pas ce qu'il voulait entendre.
- Non, il dit plus bas, sa colère oubliée. Non, tu peux pas.
- Pourquoi ? Tu crois encore que ta vie est plus sacrifiable que la mienne ? Tu n'es pas moins important que n'importe qui d'autre.
Katsuki ne comprenait plus rien. Midoriya lui avait demandé de vivre, mais si sa vie était en danger, alors cette promesse ne tenait plus. C'était son rôle de le protéger, c'était dans l'ordre des choses. Ca ne pouvait pas fonctionner d'une autre manière, ça n'avait pas de sens.
- Tu es important pour moi, Katsuki.
Midoriya s'était rapproché du blond avec précaution. Il avait une voix douce, et du bout des doigts retira l'épée que Katsuki n'avait toujours pas lâché. Il la rangea lentement dans son fourreau, et attrapa les mains du guerrier entre les siennes.
- J'ai eu peur qu'ils te blessent. J'ai réagi sans réfléchir. Je ne voulais pas que la situation dégénère.
Les mots de Midoriya éclairèrent l'esprit de Katsuki. Il lui fallut un instant pour se rendre compte qu'il avait déjà ressenti ces choses. Les mains moites, le cœur qui cogne contre ses tympans, sa respiration qu'il ne peut pas ralentir et cette sensation de ne plus rien contrôler, c'était exactement comme lorsqu'il avait planté son épée dans le cœur de Utsushimi. C'était la même urgence qui l'avait obligé à ne pas rester immobile devant la porte et à désobéir.
La peur était un sentiment puissant et souvent irrationnel, c'était la première chose qu'il avait appris à dominer. Katsuki avait subi une nuée d'entraînements pour ne plus flancher devant quoi que ce soit. Mais ce genre de frayeur, on ne lui en avait jamais rien dit. Il ne savait pas ce qui était différent, pourquoi celle-ci, mais il était incapable de la contrôler.
- Moi aussi. j'ai eu peur, je crois.
Perdu dans ses pensées, Katsuki releva la tête, et se rendit compte qu'il tenait les mains de Midoriya bien trop fermement. Il les lâcha, mais l'autre garçon ne retira pas les siennes.
- Je n'aurais pas dû partir chasser sans te réveiller, je voulais te montrer que je pouvais me débrouiller seul. Je nous ai mis en danger inutilement, désolé.
Katsuki connaissait bien cette voix tremblante, elle précédait presque toujours les larmes. D'une main il essuya avec précaution le coin de ses yeux avant qu'elles ne puissent couler le long de ses joues.
- On devrait reprendre la route, finit par murmurer Midoriya.
Il s'éloigna de Katsuki sans attendre de réponse, et se dirigea vers les chevaux. Le blond l'y suivit, et avant de se mettre en selle, toucha doucement l'épaule de Midoriya.
- Je voulais pas crier, je ne suis pas en colère contre toi, il dit sans regarder l'autre garçon.
- Je sais. Ce n'est rien, tu étais inquiet.
Katsuki le fixa un instant du coin de l'œil, avant de se reconcentrer sur les chevaux. Le sourire de Midoriya ne suffit pas à faire disparaître son air contrarié.
- Katsuki, il l'appela doucement. Je te fais confiance, n'en doute pas s'il te plaît. Faire confiance et laisser quelqu'un se battre aveuglément pour soi sont deux choses différentes.
Midoriya savait que Katsuki faisait de son mieux pour s'accommoder à sa nouvelle vie. Il devait se montrer patient, le guerrier ne pouvait pas oublier des années de conditionnement et de torture en quelques petits mois.
- Je ne reste pas avec toi pour que tu me protèges. Je ne te veux pas à mes côtés parce que tu étais un trancheur, ou mon garde du corps, mais parce que tu es Katsuki.
Les yeux rivés sur lui, Katsuki lui portait toute son attention malgré les traits fronçant son visage.
- Mais, ça ne change rien, répondit le blond après un silence. Ce que je veux c'est te protéger, même si je dois mourir. C'est ce que j'ai décidé.
- Alors accepte que je veuille faire la même chose pour toi.
Ce n'était pas la première fois qu'ils avaient ce genre de conversation, mais la situation face aux brigands avaient rendu les mots de Midoriya bien réels. Elle avait obligé Katsuki à se rendre compte de ce que signifiait réellement l'autre garçon en les mettant sur un pied d'égalité. Et ce concept semblait encore bien confus aux yeux du guerrier.
Midoriya préféra ne rien ajouter, et laisser Katsuki prendre son temps pour saisir tout ce qu'ils venaient d'échanger.
- Accorde un peu plus d'importance à ta propre vie, il dit avant de rejoindre sa jument. Tu mérites de réfléchir à vivre plutôt qu'à comment mourir.
Les mains moites et le cœur en pagaille, Midoriya se redressa en sursaut. Ses yeux cherchèrent un détail familier, n'importe quoi lui permettant de se rassurer. Tout était sombre, il n'entendait que le vent hurler et griffer les murs de pierres à l'extérieur.
Il tâtonna les couvertures près de lui, de plus en plus frénétiquement en ne sentant aucune présence. C'était assez pour le faire paniquer, mais Midoriya fit de son mieux pour garder son calme et ne pas laisser sa respiration s'emballer. Il se mit doucement debout, et d'une main incertaine tira la petite porte en bois.
Le vent lui fouetta le visage, et il regretta aussitôt de ne pas avoir gardé une des couvertures sur les épaules. La nuit était claire, il n'y avait aucun nuage pour cacher la pleine lune. Du coin de l'œil, Midoriya trouva Katsuki, assis contre l'abri de berger, fixant le ciel.
- Izuku ? Il l'appela dès qu'il vit du mouvement.
Le guerrier ne portait rien de plus que son haut en laine, Midoriya sentit des frissons le traverser en imaginant sa peau glacée.
- Un cauchemar ? Tout va bien ?
Tout en parlant, Katsuki s'était levé pour rejoindre Midoriya. Sur le pas de la porte, il chercha son regard, mais encore troublé par sa fatigue l'autre garçon oublia de répondre à ses questions.
- Tu es gelé, dit plutôt Midoriya en posant une main contre sa joue. Qu'est-ce que tu faisais dehors ?
- Je réfléchissais. Le froid m'aide à réfléchir.
- Tu vas tomber malade, viens.
Ensemble, ils rentrèrent dans le petit abri, la porte légèrement entrouverte pour laisser passer un faible éclat de lune. Katsuki déposa une couverture sur les épaules de Midoriya avant de faire de même pour lui. Encore, il demanda d'un geste :
Tout va bien ?
Midoriya hocha finalement la tête, un sourire qu'il espérait rassurant aux lèvres. Il voulut se rallonger maintenant que le blond était de nouveau avec lui, mais Katsuki ne comptait pas se coucher, les bras croisés, il était encore trop pensif.
- Eh, tu n'arrives pas à dormir ? tenta Midoriya en touchant gentiment son poignet.
- J'essaye de comprendre.
Ils n'avaient pas reparlé de l'incident avec les brigands de toute la journée, mais Midoriya avait facilement deviné que Katsuki y avait beaucoup pensé. Dès qu'ils avaient pris une pause, il gardait le regard dans le vague, silencieux, et Midoriya avait eu besoin de l'appeler plusieurs fois avant qu'il ne lui réponde.
- Je ne suis plus ton garde. Mais, tu es d'accord pour que je te protège ? Il demanda sérieusement.
- Oui.
- Mais tu veux aussi … moi, me protéger ?
- Oui.
- … Mais ça n'a aucun sens, maugréa Katsuki en passant une main dans ses cheveux.
Midoriya se retint de rire devant son air perdu. Même en ayant compris ses intentions, Katsuki n'y voyait pas plus clair. Il soupira de frustration, les sourcils froncés.
- C'est comme une alliance entre deux royaumes, tenta d'imager Midoriya. Si l'un est attaqué, l'autre doit lui venir en aide, et vice versa. Aucun ne doit se sentir plus important que son allié. C'est seulement dans ces conditions qu'ils peuvent se faire confiance, parce que chacun respecte la valeur de l'autre.
L'idée ne sembla pas mauvaise, après un petit instant de silence, Katsuki releva les yeux vers lui, et demanda :
- Alors si je te promets de ne pas mourir, tu me promets de faire pareil ?
- Je pense que c'est une promesse raisonnable, sourit Midoriya.
Un bâillement au bord des lèvres, il prit conscience de sa fatigue qui venait lentement se rappeler à lui. Ce n'était pas encore complètement clair pour le guerrier, il le voyait bien. Mais pour ce soir, c'était déjà bien suffisant.
- Nous pourrons en parler demain si tu veux, il dit en s'emmitouflant un peu plus dans sa couverture.
Katsuki hocha la tête, mais ne fit pas mine de bouger. Il l'observa chercher une position confortable et se coucher. Midoriya frotta par mégarde son genoux contre le sien dans son mouvement. Décidément cet abri était bien étroit pour deux personnes.
- Kacchan ? souffla Midoriya, tapotant sa jambe d'une main pour attirer son attention.
Ça recommençait. Katsuki avait le regard rivé sur l'autre garçon qui avait retiré sa main pour la glisser sous les couvertures. Il avait beaucoup réfléchi, mais étrangement, ce n'était pas l'incident de la matinée qui avait le plus occupé son esprit.
Ce qui transformait ses pensées en un véritable désordre, c'était Midoriya lui-même.
Au début, Katsuki ne s'y était pas attardé, c'était une partie de toutes les nouvelles sensations qu'il devait encaisser. Mais maintenant que les semaines étaient passées, qu'il avait réussi à reconnaître et nommer ce qu'il pouvait ressentir, certaines restaient un mystère.
La confiance était une chose, l'idée de vouloir le protéger aussi, mais cela n'aidait pas Katsuki a comprendre pourquoi il restait tant obnubilé par Midoriya. Il avait déjà vécu proche d'autres personnes, passé des années à devenir l'ombre de maîtres et de maîtresses. Parfois, il s'était familiarisé avec d'autres trancheurs ou des servants, c'était ce qu'il pouvait le plus rapprocher d'amis ou de connaissances. Mais pour aucun d'eux il s'était senti concerné par leur sort.
Jamais, il n'en avait ressenti le besoin. Midoriya était l'exception. Katsuki ne parvenait pas à expliquer ce qui le poussait à autant lui porter d'importance. Pourquoi tout semblait tourner autour de lui, et la moindre idée qu'il puisse lui arriver quelque chose lui donnait des sueurs froides. De toutes ses nouvelles émotions, c'était la plus intense, et surtout, la plus incompréhensible.
Katsuki avait attentivement écouté Midoriya, il avait même lu certains livres pour tenter d'y trouver des réponses, mais rien n'y ressemblait. Ce n'était pas exactement de la joie, de la reconnaissance, de la satisfaction, de l'inquiétude, ou même de la pitié. Il avait parfois les mains moites et son cœur battait vite, mais ce n'était pas de la peur, ou même la présence d'un danger. D'autres fois, ses mains étaient brûlantes, tout comme son visage, mais ça n'avait rien à voir avec de la fièvre, la sensation disparaissait après quelques minutes.
C'était incompréhensible. Mais il n'osait rien demander à Midoriya. Katsuki trouvait ça complètement absurde, il craignait que même l'autre garçon n'ait pas de réponses. Ou pire, qu'il le trouve étrange, que ces choses ne soient pas normales.
Il préférait y réfléchir seul, en espérant finir par trouver lui-même une explication.
- Kacchan ? Tu ne veux pas dormir ?
Katsuki se reconcentra sur Midoriya en entendant sa voix. Il s'était à moitié relevé, le visage inquiet. Rapidement le blond hocha la tête, il ne voulait pas l'empêcher de dormir. Mais rien à faire, il était déjà de nouveau assis devant lui. Midoriya marmonna d'abord quelques chose, trop faiblement pour se faire entendre, puis répéta, plus fort, en fixant ses mains :
- Si tu n'arrives pas à dormir, je peux te caresser les cheveux… comme tu fais. Ça pourrait t'aider ?
D'abord, Katsuki le regarda avec de grands yeux, incapable de réagir. Il faillit retomber dans ses réflexions interminables, pris complètement au dépourvu. Katsuki hocha doucement la tête, essayant d'ignorer l'appréhension qui lui soufflait de refuser. Il ne faisait rien de mal, il avait le droit de laisser Midoriya le toucher. Ce genre de traitement n'était plus réservé qu'aux autres à présent.
Avec douceur, Midoriya le guida dans les couvertures, et tous deux s'allongèrent face à face. Katsuki sentit son cœur accélérer dans sa poitrine en se retrouvant aussi proche de lui. Il laissa la main de Midoriya glisser dans ses cheveux, mais sa respiration sembla se coincer dans sa gorge lorsqu'elle passa près de sa nuque.
- Tu es tendu, remarqua Midoriya en immobilisant sa main.
Il commença à la retirer, et sans réfléchir, Katsuki attrapa son poignet. Comprenant ce qu'il venait de faire, il le lâcha aussitôt.
- Désolé, il marmonna.
- Ça va, lui souffla Midoriya, visiblement amusé. Je ne vais nulle part.
Le guerrier se demanda comment Midoriya parvenait à s'endormir ainsi. Lui n'était pas plus calme, son cœur battait trop vite et son visage était devenu trop chaud. Pourtant, lorsque Midoriya lui proposa d'arrêter s'il n'avait pas l'habitude de ce type de contact, il secoua vigoureusement la tête.
Katsuki expira longuement. Incapable de garder son regard dans celui de l'autre garçon, il préféra les fermer, et se concentra uniquement sur la sensation des doigts dans ses cheveux. Midoriya resta d'abord silencieux, puis commença à murmurer de courtes phrases. Il n'attendait aucune réponse, il se contentait de souffler ce qu'il lui passait par la tête, les choses qu'il aimait entendre lors de ses mauvais jours.
Tout va bien, tu ne risques rien, tu n'as rien fait de mal, tu es une bonne personne, sois fier de toi. Je suis heureux que tu restes avec moi, tu es important, s'il te plaît sois gentil avec toi-même. Katsuki écoutait chaque mot avec attention, et réussit même à se convaincre qu'il en méritait certains.
Finalement, la surprise passée et son cœur calmé, Katsuki parvint à se relâcher. Le toucher était prudent, les mains de Midoriya étaient douces dans ses cheveux. Ses doigts finirent par s'aventurer près de son visage et s'amusèrent à repousser les mèches tombant sur ses yeux. Parfois, ils frôlaient la peau de son front, dessinaient la ligne de ses sourcils, jusqu'à descendre vers ses joues.
Katsuki ne réagit pas, il accepta chaque contact docilement, sa respiration devenue régulière. C'était surprenant de sentir ses doigts frôler sa peau et laisser de légers chatouillements derrière eux, ou une discrète chaleur s'ils restaient trop longtemps au même endroit.
Midoriya était redevenu silencieux, le blond n'entendait plus que son souffle. Il passa ses doigts dans ses cheveux blonds pour masser doucement son crâne, et Katsuki fut surpris de sentir sa seconde main caresser sa joue. La fatigue n'était pas encore assez lourde pour qu'il s'endorme, mais au moins, son esprit avait cessé de s'agiter. Il entendit à peine Midoriya appeler doucement son nom, et ne réagit pas plus en l'entendant bouger.
C'est un nouveau contact, léger et rapide, au milieu de son front, qui lui fit ouvrir les yeux. Midoriya se recula aussitôt lorsque leurs regards se croisèrent, une main contre sa bouche.
- Excuse-moi, c'était-... je me suis laissé emporté, il s'excusa rapidement.
- C'est rien. Tu peux continuer, répondit simplement le blond.
Midoriya le regarda d'abord avec un air étonné, et lentement revint s'allonger près de lui. Puisque Katsuki ne bougeait pas, il s'avança un peu plus, et d'une petite voix dit :
- … D'accord. Mais si tu veux que j'arrête, dis-le.
Katsuki hocha simplement la tête, les yeux déjà à demi fermés. Il retrouva la chaleur des mains de Midoriya contre ses joues, et laissa un discret soupir lui échapper. De nouveau, son visage se trouva noyé sous les caresses et les différentes formes que dessinaient ses doigts contre sa peau. Quelques mèches blondes furent encore repoussées en arrière, et Katsuki sentit une seconde fois un toucher différent contre son front. Puis ce fut au tour de son nez. Avec les mains toujours présentes autour de ses joues et près de ses cheveux, il trouvait difficile de se concentrer sur une chose en particulier.
Curieux, il ouvrit légèrement les yeux pour ne pas encore effrayer Midoriya. Ils étaient particulièrement proches. Il suffisait que Katsuki avance légèrement la tête pour que leurs fronts se frôlent. Midoriya le regardait avec attention, et sa respiration semblait un peu plus rapide qu'auparavant. Plutôt que de bouger, Katsuki le détailla aussi, ses grands yeux, les quelques tâches de rousseurs que la faible lumière lui permettait de deviner, ses cheveux bouclés en pagaille.
Midoriya s'approcha encore pour déposer ses lèvres contre sa joue. Chaque fois, le contact devenait plus confiant, il restait un peu plus longtemps. Et Katsuki eut l'envie de toucher ses cheveux, même s'il n'avait aucune raison. Midoriya n'avait pas besoin d'être réconforté d'un cauchemar, c'était lui qui devait tenter de dormir.
Il approcha une main avant de se reprendre, et demanda d'abord d'un geste qui fit sourire un peu plus fort Midoriya :
Je peux ?
Comme réponse, Midoriya embrassa encore sa joue, en profitant pour murmurer un "oui", discret. Celui-ci provoqua un frisson dans sa nuque, qui laissa quelques secondes Katsuki figé. Puis, il passa une main dans ses cheveux. Il avait déjà fait ça, plusieurs fois, pourtant la sensation lui semblait différente. Peut-être à cause du souffle de Midoriya qui tombait contre ses joues, ou ses propres mains qui étaient plus brûlantes que tièdes.
Il n'eut pas vraiment le temps de plus y réfléchir, Midoriya attrapa son visage entre ses mains, rendant ses joues encore plus chaudes, et déposa un nouveau baiser, un peu plus proche de ses lèvres. Katsuki sentit encore une étrange sensation dégringoler le long de son dos. Il se demanda si Midoriya ressentait la même chose à chaque nouveau toucher.
Plutôt que de lui demander directement, Katsuki préféra attraper l'une des mains du garçon, et la poser doucement contre ses lèvres. Le temps d'un battement de cœur, les doigts de Midoriya se resserrèrent autour des siens, et sa respiration perdit son rythme. Le blond ne le quitta pas des yeux, et après quelques secondes, recommença, cette fois sur le dos de sa main.
Le sourire de Midoriya n'était plus aussi évident, il était devenu moins confiant, presque grimaçant. Katsuki se demanda si c'était de sa faute, lorsqu'il cacha son visage derrière ses mains.
- Dis-le, si tu veux que j'arrête, murmura Katsuki dans un souffle.
- Mh, C'est pas ça. Ça m'a surpris, c'est tout, se défendit Midoriya.
Pendant un instant, Midoriya ne bougea pas. Katsuki resta silencieux, n'osant plus lui caresser les cheveux. Il s'était un peu rapproché, le souffle de Midoriya était de retour contre sa peau, et peut-être que lui aussi sentait le sien contre ses mains.
Enfin, leurs regards purent de nouveau se croiser. Doucement, Midoriya retira une main, puis l'autre. Aussitôt, Katsuki les attrapa entre les siennes, et ils laissèrent leurs doigts s'entrelacer. Il avait agit avec délicatesse, mais sa hâte laissa un air amusé sur le visage de l'autre garçon.
Katsuki aurait pû le remarquer si les yeux de Midoriya ne lui avaient pas semblé si brillants tout à coup. Il pensa d'abord à accuser la lumière claire de la lune, mais à bien y regarder, elle n'y était pour rien. Il s'approcha encore, et se retrouva désemparé devant les yeux humides qui n'avaient pourtant rien de tristes. Midoriya souriait, il caressait doucement les mains du blond et souriait.
Katsuki chercha un instant une blessure sur son visage ou ses bras, tenta de se souvenir s'il s'était blessé durant la journée de voyage, ou bien s'il avait soudainement peur, parfois ses cauchemars parvenaient à le faire pleurer.
Un souffle plus fort que les autres fit relever son regard vers Midoriya, qui laissa lui échapper un discret éclat de rire, devant un Katsuki un peu plus perdu. Il voulut au moins essuyer le coin de ses yeux avant que les larmes ne coulent, mais Midoriya se blottit contre lui. Ses mains accrochées à son haut et son visage collé contre sa poitrine.
Figé par cette soudaine chaleur, Katsuki resta muet, et en oublia presque de trouver l'origine de ses larmes. Puisqu'il ne semblait pas avoir mal, et que sa respiration restait régulière -quoique qu'un peu plus forte-, il n'avait pas à s'inquiéter.
- Je suis vraiment heureux que tu sois là.
La voix de Midoriya se retrouva étouffée contre son habit, elle fut juste assez forte pour que Katsuki saisisse ses mots. Après un soupir, il se pressa un peu plus contre le guerrier.
- Je peux rester là ? Il demanda, un peu inutilement à l'avis de Katsuki.
- Oui, il répondit tout de même.
- Merci, Kacchan.
Lorsqu'il parlait, Katsuki avait presque l'impression d'entendre sa voix résonner contre lui. Et en se concentrant suffisamment, il pensait même pouvoir compter ses battements de cœur. C'était encore pire que lorsque Midoriya se contentait de toucher son visage, il y avait bien trop de choses à prendre en compte. Sa respiration, ses mains encerclant l'une des siennes, ses doigts qui la caressaient délicatement, ses cheveux qui chatouillaient son cou et ses joues, et cette chaleur qui lui parvenait de tous les côtés.
Katsuki bougea légèrement, cherchant une position un peu plus confortable. Ses genoux cognèrent contre ceux de Midoriya, qui, plutôt que de se reculer, passa une jambe au-dessus de la sienne.
Dans cette posture, Katsuki n'avait aucune chance de pouvoir se défendre si un ennemi les surprenait. Il était incapable de dire ou était sa dague, de se relever rapidement entre le poids de Midoriya contre lui et sa main enfermée dans les siennes. C'était probablement le pire moment pour baisser sa garde. Mais malgré les risques que lui criait son esprit, Katsuki ferma les yeux.
Le menton posé contre les cheveux de Midoriya et une main glissée dans son dos, il se rendit compte qu'il pouvait bien s'endormir ainsi.
Et il prit aussi conscience de ce qu'il avait été forcé d'ignorer depuis tant d'années.
Il comprenait mieux pourquoi il avait vécu dans la solitude, pourquoi les guerriers comme lui étaient élevés loin de ces choses. Les trancheurs devaient être obéissants, sans envies ou tentations, il n'y avait pas de "moi".
Katsuki avait vu des camarades se faire tuer pour tenter de fuir ou se faire torturer pour protéger un simple serviteur ou un autre trancheur. A chaque fois, ces actions, il les avait trouvées stupides et irréfléchies. Il n'avait jamais trouvé l'utilité de subir des punitions douloureuses ou la mort pour un autre humain qui n'était même pas un maître.
Mais maintenant, il comprenait.
Tenir un autre corps si proche de soi sans qu'il ne soit question de combat à mort, sentir cette chaleur qui lui paraissait si essentielle tout à coup, Katsuki n'avait pas envie de n'y avoir droit qu'une unique fois. Il avait beau ne pas réussir à poser un mot sur toutes ces sensations, il n'en avait pas besoin pour savoir qu'il ferait n'importe quoi pour empêcher quiconque de l'en priver de nouveau.
Lorsqu'il s'agissait de Midoriya, il était décidément prêt à tout.
La neige était encore là, pensa Katsuki depuis la fenêtre de sa chambre. L'hiver était le moment de l'année qu'il tolérait le moins. Le vent était froid, la neige collante et humide, elle rendait tout plus difficile, la chasse, le combat, le moindre travail extérieur. Ici, la couche blanche était particulièrement épaisse, elle recouvrait tout depuis presque une semaine entière, et Katsuki avait déjà hâte qu'elle disparaisse.
Maintenant qu'il avait le choix de ses sorties, il préférait grandement rester à l'intérieur de la maison, de préférence près la cheminée. Les exceptions lui faisant mettre un pied dehors restaient peu nombreuses, il fallait que Toshinori ait besoin d'un coup de main, que la réserve de viande soit trop faible, ou bien simplement que Midoriya le lui demande.
D'ailleurs, il n'allait pas tarder à revenir le chercher s'il ne sortait pas bientôt de la chambre. Katsuki avait appris à apprécier le temps passé sous les couvertures, même sans être capable de s'endormir. Il était souvent le dernier à se lever si la journée était assez calme.
Ici, il pouvait se permettre de se relâcher, il n'avait plus besoin de garder Midoriya à l'œil pour le savoir en sécurité. Midoriya qui semblait aussi plus serein, ses cauchemars étaient plus rares, il sortait parfois seul à cheval, ou tentait de chasser par lui-même. Katsuki aimait le voir ainsi.
La nuit, ils avaient gardé leur habitude de dormir ensemble, leurs lits rapprochés, malgré les chambres disponibles. Les armoires avaient beau être remplies d'épaisses couvertures, ils dormaient collés l'un contre l'autre, ça aussi, c'était quelque chose que Katsuki aimait beaucoup. Il tenait les mains de Midoriya contre lui lorsqu'il ne caressait pas son visage ou ses cheveux, et c'était suffisant pour le faire sourire avant qu'il ne s'endorme. Parfois, Katsuki s'amusait aussi à embrasser le bout de ses doigts, rien que pour voir les joues de Midoriya se colorer légèrement.
Dehors, un chien aboya, rappelant à Katsuki qu'il n'avait pas le temps de rêvasser devant la fenêtre. Protégé sous plusieurs couches de vêtements, il se décida à sortir pour rejoindre Toshinori dans la grange. Il avait promis de l'aider à réparer le réservoir d'eau pour ses quelques moutons.
Sous la charpente de la bâtisse, il ne faisait pas particulièrement plus chaud, elle ne faisait qu'arrêter le vent. Toshinori l'accueillit avec un sourire enthousiaste, comme à son habitude, et ils se mirent presque immédiatement au travail.
Finalement, Katsuki s'était vite accommodé au vieux soldat. Il vivait paisiblement, et n'avait pas hésité à les héberger. Revoir Midoriya lui avait arraché quelques larmes, et de lui-même, il s'était proposé de les aider, peu importe de quelle manière. Katsuki avait rapidement compris qu'il n'avait rien à craindre de lui, comme le lui avait promis son compagnon.
Au-delà de sa sympathie, Toshinori restait aussi un soldat. Avec Katsuki, ils avaient plusieurs fois croisé le fer, et malgré sa blessure, le blond lui trouvait encore beaucoup de bons réflexes. L'homme avait même réussi à lui apprendre quelques petites choses.
Midoriya n'en disait rien, mais il était comblé de les voir si bien s'entendre, lui qui s'attendait à une cohabitation plus tendue.
C'est en fin de matinée que le jeune homme les rejoignit, encore en plein travail. Midoriya leur tint compagnie jusqu'à ce que le réservoir soit de nouveau fonctionnel. Il resta en retrait, le chien noir de Toshinori ne le quittant pas d'une semelle. Katsuki l'avait déjà remarqué, mais les animaux n'avaient jamais peur bien longtemps du garçon, il les attirait à lui sans la moindre difficulté.
- Oh, qu'est-ce que c'est là-haut ? Demanda Midoriya en pointant la charpente de la grange.
- C'est une petite cabane à oiseaux. Je l'ai installé quand j'ai trouvé une tourterelle blessée.
Pendant la réponse de Toshinori, un oiseau au plumage gris apparut justement au-dessus de leurs têtes. Il se posa près de la cabane en bois, d'où une seconde tourterelle sortit la tête.
- C'est pas censé migrer ? Fit remarquer Katsuki. C'est écrit dans un de tes livres qu'elles vont dans le sud l'hiver.
- Oui, mais le mâle n'est pas parti sans elle, s'expliqua Toshinori. Ces oiseaux, une fois qu'ils ont trouvé un compagnon, ne le quittent plus. Celui-là préfère braver le froid et peut-être en mourir plutôt que de l'abandonner.
Midoriya observa le couple d'oiseaux d'un œil émerveillé, se promettant de déposer quelques poignées de graines dans un coin de la grange dès le lendemain. Au-dessus d'eux, le mâle sembla déposer quelque chose avant de disparaître de nouveau en quelques coups d'ailes.
- Il est vraiment dédié, il commenta.
- On peut dire que vous êtes un peu pareil, plaisanta Toshinori, à braver le froid pour vous trouver un abri où tu es le plus en sécurité.
Malgré sa remarque peu sérieuse, Midoriya garda son regard focalisé sur la cabane à oiseaux, préférant agir comme s'il n'avait rien entendu.
- C'est vrai, dit alors Katsuki en se tournant vers lui.
Il parla d'une voix nonchalante, comme si c'était une évidence, pas le moins du monde dérangé par la comparaison. Midoriya fit de son mieux pour cacher la chaleur qui commençait à lui monter au visage.
- Toi tu es la blessée, et moi je te protège, il continua dans un sourire.
Dernièrement, Toshinori s'était mis en tête d'apprendre l'humour au blond. C'était une bonne chose, le seul problème étant que Midoriya était incapable de deviner lorsqu'il se voulait drôle. Comme maintenant, il n'était pas certain de savoir si Katsuki se moquait de lui, ou s'il parlait sérieusement.
Et comme si ce n'était pas suffisant, Katsuki trouva l'idée de le surnommer tourterelle pour le reste de la journée. Ce n'était rien de bien méchant, mais sans savoir pourquoi, Midoriya en fut rapidement agacé. Il n'en dit rien, et lorsque la nuit tomba, s'en alla directement dans sa chambre après leur repas. Katsuki ayant pris l'habitude de rester un peu plus longtemps près de la cheminée du salon, le rejoignit quelque temps après.
Mais l'ambiance était différente des autres soirs.
- Tu es fâché ? Demanda Katsuki après s'être installé silencieusement de son côté du lit.
- Non, marmonna Midoriya, déjà couché, dos à lui.
Même sans voir le blond, il savait très bien quel genre de visage il portait. Midoriya ne voulait pas que Katsuki s'endorme en se pensant coupable de quoi que ce soit, pourtant, lui-même ne savait pas pourquoi il se sentait si contrarié.
- J'ai fait quelque chose ? Demanda encore Katsuki, d'une voix plus basse. C'est parce que j'ai passé la journée à aider Toshinori à la grange ?
- Non…
- Parce que j'ai oublié d'ajouter du sel dans ton ragoût ?
- Mais non.
Un silence passa, puis Katsuki revint à la charge :
- C'est parce que Toshinori nous a comparé à des oiseaux ? Tu es vexé ?
- Non, commença à s'agacer Midoriya.
- Tu n'as pas aimé que je t'appelle tourterelle ? Je ne disais pas ça pour te rabaisser, les tourterelles, Toshinori disait-
- Stop avec les tourterelles !
Le guerrier se tût lorsque Midoriya se retourna brusquement vers lui.
- On arrête avec ces fichus oiseaux, il continua. On n'est pas du tout pareil.
- Mais-
- Tu serais vraiment prêt à rester toute ta vie avec moi ?! Même dans dix ans ? Dans vingt ans ? A te cacher et fuir le royaume, juste pour moi ?
Midoriya se retrouva aussi déconcerté que Katsuki lorsqu'il cessa de parler. Il n'avait pas voulu crier si fort, ni être aussi sec. Après un soupir, il s'excusa dans un murmure, penaud. Il préféra fixer le lit et leurs draps défaits plutôt que le visage de l'autre garçon.
- Oui… Ça me va, comme vie.
Sa réponse était sincère, mais elle n'aida pas Midoriya à trouver le courage de relever la tête. Il sentit les mains de Katsuki approcher des siennes, et prudemment les caresser.
- Tu ne comprends pas, il souffla.
Il y avait une chose que Midoriya n'avait jamais osé aborder avec Katsuki. Une chose qu'il avait préféré garder pour lui, voire même ignorée fut un temps. Il n'était pas certain de son exactitude, avant le guerrier, il n'avait jamais ressenti ça, mais il avait écouté assez d'histoires, lu assez de livres et vu bien assez de choses pour pouvoir y poser un nom.
- Les émotions, les sentiments, c'est encore nouveau pour toi. C'est compliqué à expliquer… mais on ne voudra peut-être pas les mêmes choses, plus tard. Tu ne peux pas me promettre de rester avec moi alors que tu n'as encore rien vu, tu n'as rien vécu, tu n'as rencontré personne. Peut-être vas-tu avoir envie de partir, de voir d'autres personnes, de vivre ta vie, d'avoir une famille, de pouvoir vivre normalement-
- Izuku.
Son nom glissa contre sa joue, Midoriya sursauta presque en l'entendant. Il releva les yeux, et le regretta devant le regard de Katsuki bien trop proche tout à coup. Les mains toujours autour des siennes, le blond le fixait un peu trop intensément, comme s'il tentait d'y comprendre sa soudaine appréhension.
- Si je veux voir le monde, j'ai envie de le faire avec toi, il murmura encore.
Midoriya sentit un frisson glisser dans son dos. Il aurait aimé pouvoir cacher son visage qui se colorait de plus en plus. Ou bien avoir la force de se détacher du contact de Katsuki et de quitter la chambre. C'était trop. Midoriya sentait sa panique doucement monter, faire trembler sa lèvre et l'empêcher de réfléchir.
Katsuki le remarqua, et passa une main dans ses cheveux. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas vu Midoriya aussi anxieux, il parlait vite et le fuyait du regard. Doucement, il caressa sa joue, elle était chaude sous ses doigts. Il y déposa ensuite ses lèvres, et Midoriya ferma les yeux.
D'habitude, c'était le meilleur moyen de l'apaiser avant de dormir, mais cette fois, le moindre toucher de Katsuki ne faisait qu'affoler ses battements de cœur. il serra un peu plus fort la main du blond en sentant un second baiser sur son autre joue.
Et il crut presque défaillir lorsque Katsuki toucha ses lèvres des siennes.
Dans un sursaut, il ouvrit grand les yeux et se recula brusquement.
- Qu'est-ce-... tu-... Qu'est-ce qu'il te prends ? il réussit à bafouiller, son visage bouillant caché derrière ses mains.
- Tu as l'air inquiet, je voulais te rassurer.
Il voulut hurler devant l'air déconcerté de Katsuki. Comment pouvait-il rester aussi impassible, et être plus surpris par sa réaction que par ce qu'il venait de faire !
- N'importe quoi ! rétorqua Midoriya. Ce n'est pas une manière de rassurer ! Ca c'est complètement autre chose, le-... Ce n'est pas quelque chose à faire sans prévenir !
Katsuki hocha doucement la tête, les lèvres pincées. Il finit par le lâcher du regard pour observer ses mains, et Midoriya enleva doucement les siennes de devant son visage.
- J'aurais pas dû ? Demanda doucement Katsuki.
Maintenant, Midoriya se sentait coupable. Il n'aimait pas la voix presque déçue de l'autre garçon.
- Pourtant, j'ai déjà vu des gens le faire pour se consoler, ou après une bataille, à chaque fois, ils sourient. Même dans les livres que m'a donné Toshinori. C'est tant différent de ce que l'on fait avant de dormir ? Désolé, j'ai dû mal comprendre.
- Non… Non, ce n'est pas ça Kacchan.
Midoriya poussa un soupir, son embarrassment un peu oublié devant le visage troublé du blond. Il reprit sa place devant Katsuki, et avala difficilement sa salive. Il devait parler, il savait que c'était à son tour de le rassurer. Mais les mots étaient bien difficiles à articuler tout à coup.
Midoriya attrapa une main de Katsuki pour se donner du courage, et fit de son mieux pour se concentrer sur la chaleur entre ses doigts plutôt que le regard qui venait de se poser sur lui.
- C'est différent, parce que là, on parle d'amour. C'est quelque chose de fort, et d'important. Tu ne fais pas ça avec n'importe qui. Ce geste, c'est comme une promesse, pour montrer à quel point ils tiennent l'un à l'autre. Ces gens, ils sont amoureux.
- …D'accord. Je suis amoureux, alors.
- Stop ! Ne dis pas ça comme ça, je t'en supplie.
Il fallut un peu plus de courage à Midoriya pour ne pas de nouveau se cacher derrière ses mains, et même disparaître sous les couvertures. Katsuki était encore trop franc, trop direct, et Midoriya ne pouvait qu'écouter ses battements de cœur affolés marteler ses oreilles.
Il prit une grande inspiration, et se força à regarder le blond dans les yeux.
- Je t'aimes beaucoup Kacchan, il murmura, la voix tremblante, avant de se reprendre. Mais je n'ai pas envie de t'empêcher de vivre ta vie, et que tu te sentes obligé de rester avec moi.
C'était compliqué, d'entendre de tels mots de la part de Katsuki sans pouvoir les accepter complètement. Il en avait parfois rêvé, de ce genre de confession. Mais Midoriya ne voulait pas être égoïste, et encore moins avec Katsuki. Il n'avait pas le droit de le garder pour lui, peu importe à quel point il en avait envie.
Les larmes arrivèrent sans prévenir au bord de ses yeux.
- Tu n'es peut-être pas amoureux de moi, c'est la première fois que tu restes aussi longtemps avec quelqu'un, c'est nouveau pour toi. Au printemps, nous redescendons dans les villages, tu pourras rencontrer des gens, trouver une fille qui te plaît-
- Non ! répondit Katsuki. Je veux que ce soit toi ! C'est à moi de décider, non ?
Il semblait presque fâché. Les sourcils froncés, il n'était pas d'accord Midoriya, pas du tout. Cependant, aussitôt qu'il remarqua le regard brillant de l'autre garçon, son visage s'adoucit. Du bout des doigts Katsuki essuya le coin de ses yeux, puis, d'une voix précipitée demanda:
- Tu veux partir sans moi ? Tu as plus envie qu'on reste ensemble ?
Et en une poignée de secondes, les rôles s'échangèrent. L'inquiétude agrippa Katsuki, tandis qu'il essayait de comprendre pourquoi il voulait tant le dissuader. Midoriya secoua la tête. Il caressa la main du blond contre son visage, et y posa doucement ses lèvres.
- Bien-sûr que non.
Ce ne fut pas suffisant pour le convaincre, Katsuki restait incertain. Alors Midoriya s'approcha, et ce fut à son tour de l'embrasser. Il ignora l'étrange sensation qui remplissait son ventre de frémissements, et se demanda si Katsuki ressentait la même chose.
- Je veux rester avec toi, il murmura en se reculant à peine. Je tiens à toi Kacchan, j'ai envie de rester avec toi pour toujours. Mais tu as le droit de ne pas-
- Je veux, le coupa Katsuki. Moi aussi, c'est ce que je veux.
Son souffle chatouilla le visage de Midoriya. Ses larmes avaient fini par tâcher ses joues, mais leur goût n'avait rien d'amer. Katsuki avait posé ses mains autour de sa taille, comme s'il craignait qu'il ne s'éloigne.
Midoriya avait passé des nuits entières à se torturer l'esprit, à se demander s'il pouvait imposer ses sentiments au guerrier. Katsuki lui donnait déjà beaucoup, il ne voulait pas sembler trop avide. Il avait sa confiance, sa présence pour dormir, leurs échanges de caresses avant de dormir, Midoriya s'était presque détesté pour ne pas être capable de s'en contenter.
Mais ce soir, Katsuki insistait. Il était le premier à l'avoir embrassé. Il n'en voulait pas de ses longues explications. Midoriya ne l'avait jamais vu aussi décidé. Alors si c'était ce qu'il souhaitait, s'il ne trouvait pas ça étrange, Midoriya n'avait aucune raison de le lui refuser.
- Izuku ? demanda prudemment le blond. Je peux recommencer ?
Midoriya ne comprenait toujours pas où il trouvait le cran de parler sans le moindre bégaiement, et ne pensa pas une seconde à refuser. Il laissa Katsuki l'embrasser, encore, un peu plus longtemps, juste assez pour en perdre son souffle déjà court. Une main contre la joue du guerrier, il remarqua qu'il était aussi bouillant que lui. Midoriya n'eut pas le temps de le lui faire remarquer, Katsuki était de nouveau contre ses lèvres.
Il ne parvenait pas à comprendre pourquoi c'était si différent de leurs baisers nocturnes. Katsuki l'avait fait des centaines de fois, sur son front, ses mains, ses joues, son nez, son cou, pourtant, ça n'avait rien à voir. Il y avait la même délicatesse, mais c'était plus déroutant. Son corps envahi de frissons, les mains de Katsuki contre lui, leurs respirations un peu irrégulières, son visage brûlant, ses battements de cœur trop rapides.
C'était grisant, il ne voulait pas lâcher Katsuki, il était persuadé d'avoir le goût du bonheur au bout des lèvres.
Midoriya ne sentait même plus ses larmes, il fallut que Katsuki s'éloigne un peu trop longtemps pour qu'il se rende compte qu'il avait fermé les yeux. Les mains autour de sa taille l'agrippèrent un peu plus fermement, et le blond les renversa dans le lit dans un rire satisfait.
Midoriya ne dit rien, trop emporté par les sensations qui étaient encore accrochées à sa bouche. Il laissa Katsuki le lâcher pour attraper les couvertures et les tirer jusqu'au-dessus de leurs têtes. Puis, il revint près de Midoriya, et s'empressa de l'embrasser en coup de vent sur les lèvres. Il attrapa ses mains dans l'une des siennes, et de l'autre repoussa quelques mèches bouclées.
Encore il ricana, et Midoriya lui demanda ce qui le faisait tant rire tout à coup.
- J'avais raison, il lui répondit fièrement. C'est réconfortant. Tu n'arrêtes pas de sourire.
