Voici le premier chapitre. Je rappel que cet univers est celui de J.K. Rowling, je n'ai inventé que quelques personnages de cette histoire. Vous vous rendrez compte en lisant que mes chapitres sont composés la plupart du temps de quatre parties, ce qui équivaut à environ quatre scènes, des fois plus. Bonne lecture à vous !

CHAPITRE UN


PART I


- Tu sembles t'endormir Tony', ton jeu serait-il si pitoyable que tu en éprouverais le besoin de fermer les yeux ? railla Jared.

Le dénommé Tony' fit ce qui ressemblait à un sourire moqueur, mais qui pour tout oeil expert traduisait un réel agacement. Le jeune homme était irrité par la remarque de son camarade qui l'avait sortis de ses songes. Il serra d'avantage ses cartes, disposées devant lui de façon à ce qu'il soit le seul à les voir. Il avait un bon jeu, cette fois-ci pas besoin de bluffer. Désinvolte et sûr de lui, comme toujours, il abattit ses cartes comme s'il annonçait une funèbre sentence pour ses coéquipiers. Les visages des trois autres serpentards se décomposèrent, et dans un soupire agacé, ils déposèrent leurs cartes sur la table comme l'on abat le drapeau de son pays après une défaite. Fixant Jared droit dans les yeux, Tony' fit un sourire vainqueur, et l'on pouvait voir briller dans ses prunelles sombres la profonde fierté qu'il éprouvait.

- Tu disais ? persiffla-t-il, tous sourires.

Jared le regarda durement, puis se leva en une paire de secondes avant de monter les escaliers qui menaient au dortoir. Tandis que Tony' commençait à ranger en silence les cartes, souriant malgré lui de sa victoire comme l'on sourit d'une ancienne blague dont on se souvient, les deux autres se regardèrent. Le paquet fut vite reformé, et le serpentard lança un regard interrogateur aux deux autres. La proposition informulée fut nettement refusée.

- Non merci Tony', je préfères garder mes derniers gallions pour impressionner ces demoiselles, tu peux comprendre ça je pense, fit Enzo en souriant en coin.

Il se leva, suivit de Paul, son acolyte, qui fit un mince sourire à Tony', qui comptait les pièces qu'il avait gagné durant la partie.

- A la prochaine, dit Paul en emboitant le pas à son camarade.

Pour toute réponse, Tony' leur adressa un signe de tête froid. En une minute il s'était retrouvé seul. En voilà une belle leçon. La victoire était jouissive, mais à peine avait-on remporté les gains que l'on se retrouvait pauvre être solitaire. Le jeune homme sortit alors ce qui se trouvait être une cigarette, et à l'aide d'un sort informulé, en alluma l'extrémité avant de la coincer entre ses lèvres. S'appuyant contre le dossier de sa chaise, il porta la main à sa bouche, et en extirpa la cigarette. Bientôt, un nuage de fumée s'échappa de ses fines lèvres, et virevolta dans les airs comme de larges et opaques rubans de soie. La salle commune était déserte, et pas le moindre bruit ne venait troubler ce moment de solitude auquel le serpentard était habitué. Seul, voilà ce qu'il était. Depuis tout petit, et cela n'était pas prêt de changer. Bien que populaire, beau, et respecté, il n'y avait pas à un kilomètre à la ronde une personne qu'il aurait pu qualifié du mot "ami". C'était le prix à payer pour la célébrité. Oui, car Antony était le digne héritier des Jackson. Fils unique, il avait le lourd poids de son héritage sur le dos, et aucune erreur ne lui était permise. Il se devait de toujours être le meilleur, de toujours être en tête de liste des serpentards les plus détestés de toute l'école, et jusqu'à ce jour, il avait réussi dans sa tâche. Détesté, haït, craint, il était la bête noire des poufsouffles, l'ennemi juré des gryffondors, l'indésirable numéro un des serdaigles, et pour les serpentards, il était un roi. Un modèle. Une légende. Antony Lucas Jackson était connu de tous. Mais il avait une proie préféré. Un terrain bien à lui et dans lequel il excellait. Les filles.

Si le jeune homme bénéficiait d'une image d'ignoble serpent, s'ajoutait à cela une belle réputation de salop briseur de coeur. Oh, il pouvait être charmant ! Ca oui ! Il était tout ce que le terme "gentleman" pouvait contenir : serviable, attentionné, agréable, modeste et par dessus tout généreux. Mais. Car il y en a toujours un. Une fois que sa proie était remontée dans ses filets, et qu'il avait obtenu satisfaction, il devenait tout ce que l'on pouvait qualifier d'affreux. Une profonde rage envers les femmes l'habitait depuis longtemps, et il ne se privait pas pour agir comme le macho sexiste et irrespectueux qu'il était. Ses proies favorites était les poufsouffles, et les serdaigles. Bien plus facile à manipuler, leur naïveté était trop souvent flagrante. Dommage pour elles, car le Donjuan repérait très vite ce genre de personnalité. Ne disait-on pas que les serdaigles étaient des érudits ? Eh bien, Helga Serdaigle devait très certainement se retourner dans sa tombe en constatant avec quelle facilité le serpentard mettait les jeunes bleues dans sa poche. Il leur brisait aisément le coeur, jouant avec elles comme avec des poupées de chiffons, des marionnettes qu'il désarticulait avec un doigté qui touchait la perfection. Il y avait pourtant des terrains plus ardus, compliqués et délicats. Les gryffondors. Ah, cela, il le savait ! Souvent, trop d'ailleurs, il avait reçu des refus qui avaient marqué son pauvre visage. Mais cela ne l'avait pas empêché de continuer. Encore et encore. Il n'abandonnait jamais, et malgré les nombreux refus, au final, elles finissaient toutes par craquer, car Antony avait un secret. Son obstination. Il était amusant pour lui de voir à quel point les filles aimaient l'obstination, bien que la plupart prétendent le contraire. Elles attendaient toutes ça : qu'un garçon à l'allure charmante vienne leur faire la cour, et que malgré tous les stratagèmes employés pour le faire fuir, il reste à attendre qu'elle se décide, qu'elle leur ouvre leur coeur barricadé, et qu'à tout jamais ils vivent le parfait amour qui ne recule jamais devant les obstacles. Balivernes ! Sottises ! Illusions ! Le serpentard ne croyait pas en l'amour, pour lui ce n'était qu'une histoire à dormir debout, un conte, un mythe, rien de plus. Mais même s'il n'y accordait aucune importance, cela ne l'empêchait pas d'en jouer, d'utiliser cette illusion romantique pour parvenir à ses fins. Ca ne ratait jamais...

On comprenait très vite pourquoi d'ailleurs. Car, à l'instar de tous les Donjuan dont parlaient les romans, Antony était tout ce qu'il y avait de magnifique. Une beauté sombre, dangereuse, mais terriblement attirante. C'était assurément un atout majeur pour ses petits jeux de séduction. Son visage aux traits fermes, bien dessinés, et sans défauts ; sa bouche fine et tentante ; ses cheveux d'un noir de jais, comme les ailes d'un corbeau, et puis ces deux orbes profondes, noires telles deux abysses : intenses. Oui, le jeune homme possédait tellement de moyens de persuasions. Et au delà, d'un visage inoubliable, il était taillé telle une statue grecque, trônant dans une pièce comme un joyau. Les épaules larges, solides, des bras robustes et forts, un torse si beau que l'on pouvait croire qu'il avait été sculpté dans du marbre, une taille fine cependant, et de grandes jambes. A tous les égards, il était un athlète, un sportif de haut niveau, il avait la taille pour, dépassant largement ses camarades, le rendant encore plus intimidant, plus...effrayant. Ce n'était pas tant son physique qui impressionnait les autres, c'était surtout le mystère qui planait autour de lui. Cette attitude désinvolte, arrogante, froide et surtout insolente plaisait autant qu'elle terrifiait. Il donnait l'impression de n'avoir rien à perdre, de n'avoir aucune limite, aucune frontière. Mais surtout, il paraissait aux yeux des autres inaccessible.

- Antony ? appela une voix.

C'était Hanna. Tony' avait reconnu son timbre de voix, qui ressemblait aux carillons de Noel. Elle avait une voix douce, chantante, c'est ce qui lui avait le plus plu. Sans parler évidemment de son physique avantageux : petite poupée au teint de porcelaine, et dont la chevelure blonde et dorée retombait en cascade sur ses épaules. Le serpentard ne se retourna même pas, il continuait à fumer en faisant passer le paquet de cartes dans une main puis dans l'autre, le regard perdu dans le vide. Bientôt, deux mains se posèrent sur ses épaules, les massant avec douceur.

- La partie est terminée ? demanda-t-elle, impatiente de le voir remonter avec elle.

Il soupira, et remit la cigarette entre ses lèvres sans rien dire. Il n'était pas vraiment loquace, mais ça Hanna le savait. Elle l'aimait ainsi. La jeune fille contourna le serpentard, et vint se poster sur le côté, touchant toujours son épaule, et il écarta bientôt le bras pour qu'elle vienne s'assoir sur ses genoux. Il ne lui accorda aucun regard, mais elle s'en fichait. Elle le trouvait infiniment beau.

- Tu montes te coucher ? souffla-t-elle.

Cette fois-ci, ses yeux vrillèrent les siens, et elle vit son reflet l'espace d'un instant dans ces deux pupilles d'un noir profond. Elle lui sourit, mais s'arrêta bien vite en constatant qu'il ne semblait pas d'humeur. La jeune fille fronça les sourcils, la peur circulant dans ses veines aussi vite qu'un venin de serpent.

- Qu'y a-t-il ? s'enquit-elle.

Le serpentard n'eut aucune expression particulière, mais sa bouche s'ouvrit après quelques secondes de silence. Il la regardait intensément, et l'on ne pouvait déchiffrer dans ses traits une quelconque trace d'émotion.

- Tu ne devines pas ? s'étonna-t-il, sans aucun sourire.

Elle se mordit la lèvre, se leva, et croisa les bras sur sa poitrine, geste qui témoignait non pas d'une quelconque colère, mais d'une nervosité flagrante. Ses ongles parfaitement manucurés se plantèrent dans la peau laiteuse de ses avant-bras.

- N...non, lâcha-t-elle, n'haussant pas trop la voix de peur de déclencher quelque chose d'incontrôlable.

Pendant une minute, Hanna crut qu'il abandonnerait, mais le vert et argent finit par se lever, de sa démarche assurée, presque menaçante, et se posta devant elle. Levant les yeux vers celui qui la dominait de toute sa hauteur à présent, elle laissa échapper un léger souffle de ses lèvres rosées, osant à peine respirer. L'atmosphère devenait de plus en plus pesante, et Hanna attendait la réaction de Tony' comme elle attendait sa dernière sentence. Le temps semblait s'écouler lentement, et finalement le jeune homme passa une main sur la joue de la serpentarde, un sourire froid venant étirer ses lèvres. Un sourire qui ne présageait rien de bon.

- Douce Hanna..., murmura-t-il, se détournant la jeune fille pour venir souffler son venin dans sa nuque. J'avais crus avoir était clair sur le mensonge. C'est une trahison, comme une autre. N'est-ce pas ?

Elle bredouilla une phrase inintelligible.

- Et toi ? Qu'as-tu fait ? continua-t-il. A la première occasion, tu as vendus ta parole et trahis ta promesse...pour quoi déjà ?

Il fit semblant de ne plus se souvenir, tandis que ses doigts remontaient le long du bras de la coupable. Elle ferma les yeux, et les rouvrit aussitôt, comme pour se convaincre que ce n'était qu'un mauvais rêve. Dommage...c'était bien réel.

- Il...il m'a dit que c'était pour ton bien. Que c'était pour ton avenir, avoua-t-elle, les larmes coulant sur ses joues rosies.

Il la retourna brutalement, saisissant ses bras en les serrant si fort qu'elle grimaça sous la douleur de sa poigne de fer. A l'énonciation du fameux "il", les yeux du jeune homme étaient devenus incandescents, brillants d'une dangereuse lueur. Sa bouche se déformait sous la colère, et ses paroles claquèrent dans l'air comme un coup de fouet sur le dos d'un esclave.

- Qu'a-t-il dit exactement ? Je veux les mots exactes ! asséna-t-il.

Hanna pleura d'autant plus, et eut du mal à reprendre sa respiration pour répondre, détournant le regard de la vue du serpentard furibond.

- Je...je ne me souviens plus, peurnicha-t-elle. S'il te plait...laisse-moi. Je promets de ne plus m'en mêler...!

Il la lâcha, la poussant par terre comme l'on jette un vieil elfe de maison. Les pleures d'Hanna augmentèrent, ce qui eut le don d'énerver Antony. "Les femmes ont le chic pour jouer la comédie!" pensa-t-il. Il passa une main sur son visage, soupirant en réfléchissant aux paroles de la serpentarde. A terre, cette dernière rampa jusqu'au canapé, pour s'y adosser, repliant les genoux contre son buste, tandis que toujours debout Tony' lui tournait le dos, silencieux.

- Comment a-t-il pris contact avec toi ?

Sa voix avait changé. Il contrôlait tant bien que mal sa fureur, et son ton avait baissé, comme un murmure résigné.

- Il m'a écrit, répondit-elle, la voix tremblotante.

A cette réponse, Antony se retourna, sa rage reprenant le dessus.

- Et il ne t'ai pas venu à l'idée de me montrer cette lettre ? N'ais-je pas été assez clair par le passé ? N'ais-je pas été assez plaisant, agréable, protecteur, avec toi ? Ne t'ais-je pas donné suffisamment de mon temps pour exiger en retour un tant soit peu de loyauté ? tonna-t-il en la regardant de toute sa hauteur, penché légèrement sur elle alors qu'elle se trouvait toujours au sol.

Les lèvres d'Hanna tremblèrent, et des sanglots incontrôlés lui échappèrent. Son regard était fixé sur ses pieds et ceux d'Antony.

- Je...j'ai...j'ai crus bien faire, lâcha-t-elle. Il disait que c'était nécessaire pour ton avenir. Qu'il fallait que je lui rapporte tout ce que je savais, pour qu'il puisse te protéger. Il craignait pour ta vie, comment aurais-je pu savoir que ce n'était pas vrai ? Je...je croyais que...que...

Cette fois-ci, il perdit patience. S'agenouillant en face d'elle, il saisit ses poignets pour la relever, et lui avec.

- Tu croyais quoi ? s'époumona-t-il. Que m'espionner et tout lui rapporter était bon pour moi ? Ne réfléchis-tu donc pas ? Le fait qu'il ne veuille simplement que me contrôler et me surveiller ne t'as pas effleuré l'esprit petite sotte ?

Elle secoua la tête, désemparée. Il la relâcha brutalement.

- Dégages, dit-il en soufflant par le nez pour évacuer sa colère.

Ses yeux remplis de larmes le regardèrent avec reconnaissance, et elle ne tarda pas à le détourner pour commencer à monter les escaliers. Tony' se retourna cependant, le regard sombre.

- Oh, et Hanna..., la rappela-t-il.

Elle s'arrêta net, encore tremblante, et tourna ses yeux clairs vers les siens.

- Pries pour que j'oublie ton erreur...

Cette nuit-là, Hanna ne ferma pas l'oeil de la nuit.


PART II


Le lendemain, Antony envoyait une missive urgente. La volière déserte offrait une vue imprenable sur le lac, et ses environs, bien que le beau temps ne soit pas au rendez-vous, à l'instar de la bonne humeur du jeune homme. La discussion qu'il avait eu avec Hanna hier soir lui restait en mémoire comme un mauvais rêve. Ce n'était pas tant le fait qu'elle ne ferait plus jamais partie de ses "conquêtes" qui le peinait, non ça il s'en fichait pas mal, c'était surtout la constatation que malgré tous ses efforts, il n'était pas à l'abris d'une nouvelle trahison, même venant des gens qui s'y prêtaient le moins. Encore une fois, la gente féminine semblait avoir un don pour le mensonge. Il n'avait rien vu venir. C'est ce qui l'inquiétait d'ailleurs, en cette matinée d'Octobre. La rentrée s'était passée sans anicroche, mais Tony' savait déjà qu'elle ne lui réservait que de mauvaises surprises. Sa septième et ultime année n'allait pas être de tout repos. Entre une tension constante des maisons, les examens, le mage noir qui recrute parmi les siens, le jeune homme ne savait plus où donner de la tête. Sans parler de la guerre personnelle qu'il menait... Ah, et les Anderson ! Maudits Anderson ! Toujours dans ses pattes, toujours là pour le défier, pour s'infiltrer dans ses pensées. Cette année, il fallait qu'il trouve de quoi les anéantir, définitivement. Après ça, tout serait différent. Il pourrait avoir ce qu'il voulait...Enfin. Après tant d'années...

La missive était destinée à un ami à lui. Sylver. Sylver Brams. Le grand frère d'Enzo, un de ses camarades avec qui il avait passé la soirée d'hier. En échange d'une protection perpétuelle de son petit frère, Sylver avait promis à Antony de lui rendre les services qu'il voulait, tant que cela restait possible. Justement, la découverte de la trahison d'Hanna avait fait réfléchir le serpentard, et il prévoyait à présent de faire surveiller de près tous ceux qui l'entouraient. Rien de mieux qu'un détective compétent pour cela. Sylver travaillait secrètement pour le ministère, c'était une ombre, un grain de poussière qui pouvait aller partout sans se faire voir. Il savait tout, voyait tout, un vrai fantôme. Mais surtout, il avait beaucoup de relations au sein du château. Son aide lui serrait précieuse pour espionner les membres de son cercle privé, bien que Sylver ne soit plus à Poudlard. Antony savait qu'il pouvait compter sur lui pour mettre plusieurs élèves sur le coup afin d'avoir un rapport détaillé des faits et gestes de ses confrères. En temps normal, le jeune homme aurait pu le faire par ses propres moyens, mais il avait déjà assez de travail avec les Anderson.

La réponse de Sylver ne se fit pas attendre. Une demi-heure plus tard, que Tony' passa en réfléchissant à ses projets à venir, Cerbère, son hibou revint se poser sur le rebord du muré, là où le serpentard s'était adossé.

Antony,

Je suis heureux de pouvoir t'aider. Donnes-moi simplement les noms de ceux que tu veux faire surveiller, et je le ferais. Ne t'inquiètes de rien, tu auras les premiers rapports la semaine prochaine.

Salutations.

S. A

Ps : Dis à mon frère de vérifier son courrier, mère n'est pas patiente.

Un mince sourire étira les lèvres de Tony'. Parfait. Il n'aurait même pas à lever le petit doigt. Il répondit un bref remerciement, et lui assura de faire passer le message à Enzo. L'instant d'après, il descendait les marches de la volière pour se rendre au petit-déjeuner qui l'attendait dans la Grande Salle.


PART III


Ce fut le tintement des couverts contre les assiettes et le brouhaha habituel qui accueillit Ariana ce matin-là. De sa démarche gracieuse, et légère, elle traversa les grandes portes et dirigea ses pas vers la table des gryffondors déjà bien pleine. La jeune fille ne s'inquiétait cependant pas de la place qu'elle prendrait, il y en avait toujours une pour elle. Lorsqu'elle passa devant la table des verts et argents, elle récolta des regards méprisants et haineux. C'était le prix à payer d'être la soeur des frères Anderson. Mais la lionne s'en moquait, elle n'avait cure de ceux qui ne voyait en elle que la simple petite chose fragile, que les deux gryffondors gardaient sous leur aile bien sagement. Ce qu'elle aurait aimé cependant être méconnue des autres élèves, être une simple sixième année qui ne se faisait pas remarquer. Elle aimait ses frères, certes, mais leur réputation ajoutée à la guerre qu'ils entretenaient depuis des années avec les serpentards l'agaçait. Pourquoi ne pouvaient-ils pas seulement s'ignorer ? Faire abstraction, et oublier qu'ils se détestent. "Impossible", pensa-t-elle. C'était ainsi. Ses frères étaient rancuniers et fiers, quant aux verts leur orgueil était égale à leur méchanceté. Pourtant, les serpents ne s'en étaient jamais pris à elle. Jamais. Pas une seule fois. Cela restait un mystère pour elle, car elles les pensaient si vils et malins qu'ils ne se priveraient pas pour s'attaquer au seul point faible des frères Anderson. C'était logique, aussi simple que deux et deux font quatre. Alors, pourquoi une telle paix, alors qu'ils ne cachaient pas leur haine envers elle ? Ariana ne comprenait pas, et ses frères avaient la prétention de croire que c'était par peur d'essuyer la tempête que les verts n'utilisaient pas la jeune fille. Au fond d'elle-même, elle savait qu'il n'en était rien.

Alors qu'Ariana s'asseyait parmi ses camarades, elle se sentit soudain observée. Relevant les yeux dans la direction d'où, lui semblait-elle, provenait la source de son trouble soudain, elle fut saisit par deux orbes obscures. Pendant une demi-seconde, elle eut l'impression qu'on lui enserrait l'âme, l'enveloppant d'une sensation si intense que s'en était insoutenable. Si cela n'avait pas été si rapide, elle aurait suffoqué. Heureusement, elle fut libérée de cette emprise mystérieuse. Elle n'avait même pas fait attention au reste du visage du jeune homme. Tout ce qu'elle avait vu, c'était ses yeux, ses incroyables abysses d'un noir profond. Elle cligna des paupières, abasourdie, mais quand elle les rouvrit, elle ne retrouva pas le jeune homme. Ariana se mordit la lèvre en pestant contre son manque d'observation, elle avait été tellement hypnotisée par le regard de l'inconnu, qu'elle n'avait pas vu de qui il s'agissait. Tout ce qu'elle savait, c'était qu'il lui était familier, quelque chose lui disait qu'elle connaissait ce regard.

- Aria', tu m'écoutes ? s'impatienta Callum.

La jeune fille tourna la tête vers la gauche, son frère la regardait, les sourcils froncés, interrogateur. Elle se détendit alors, et lui sourit, se voulant rassurante.

- Excuses-moi, j'étais perdue dans mes pensées, fit-elle posant une main apaisante sur son épaule.

Callum était le plus sympathique de ses deux frères, se démarquant de son jumeau par ses bonnes intentions et sa gentillesse démesurée. Tous deux avaient un physique avantageux, possédant un visage fin, une chevelure brune aux reflets roux et dorés, une bouche assez charnue et deux prunelles vertes émeraudes qui scintillaient comme deux étoiles dans la nuit. Ils étaient beaux, grands, sportifs, l'archétype du parfait gryffondor. Leur courage et leur témérité était flagrante, ils avaient en plus une allure assez rebelle, que l'on remarquait tout de suite avec leurs cheveux mi-longs, et leurs vêtements débraillés, et qui se confirmait en comptant le nombre d'heures de retenues dont ils écopaient régulièrement. A croire qu'ils étaient la réincarnation des maraudeurs, qui avaient quitté Poudlard il y a peu à présent. On aurait pu croire que l'atmosphère soit devenue plus vivable, maintenant que la clic de Potter n'était plus là pour mener la vie dure aux serpentards, mais hélas il n'en était rien. Ariana était désespérée de voir un jour les quatre maisons s'unir. Elle évitait même d'en parler à voix haute, de peur de se faire réprimander sauvagement par Caleb, son autre frère. Plus rude, moins tolérant, il avait cette dureté naturelle que Callum ne possédait en rien. Ils étaient jumeaux, et pourtant si différents, ce qui malgré tout ne les empêchaient pas de passer tout leur temps ensemble. Ils se complétaient, d'une certaine manière.

Ariana écoutait d'une oreille distraite son frère, qui lui décrivait avec précision les plans du prochain match de Quidditch. Le premier de l'année. A croire que c'était l'évènement dont tout le monde parlait ces temps-ci, combien de fois lui avait-on répété que c'était primordial de battre les verts sur le terrain de Quidditch ? Un milliard de fois, probablement. Mais Aria' n'aimait pas le sport. Ou du moins, ce sport là! Trop de blessés, trop de coups bas. A chaque fois, ça ne ratait pas, Callum et Caleb se retrouvaient à l'infirmerie. Ils étaient tous deux batteurs, et très souvent leurs adversaires se débarrassaient d'eux le plus vite possible, afin d'éviter à leurs coéquipiers de recevoir les lancés légendaires des deux gryffondors. Il fallait les voir sur le terrain, deux pitbulls !

- Je pense sérieusement à me raser la tête ! maugréa une voix familière.

Aria' revint quelque peu au présent lorsqu'elle vit sa meilleure amie, Sylviana Roswood, s'assoir en face d'elle. Ses cheveux, d'un parfait châtain clair, n'avaient plus leur nature lisse et soyeuse, mais ressemblait plus à un nid d'oiseaux qu'un chat aux griffes acérées aurait mis en pièces. Ariana resta éberluée, les yeux ouverts comme des souccoupes, et mit plusieures minutes avant de parler.

- Tu...tu...t'es faites attaqué par un tigre ce matin ? balbutia-t-elle, mi-amusée, mi-effrayée.

Sylviana se servit du jus de citrouille, et interrompit son geste pour jeter un regard noir aux autres élèves qui la regardaient comme un phénomène de foire.

- Non, répondit-elle lentement. Figures-toi que mon réveil n'a pas sonné ce matin, et que j'ai du me préparer en moins de une heure. Chose impossible car ces tiges communément appelées cheveux, ne veulent apparemment rien faire qui puisse être qualifié de potable !

Son énervement était palpable, et prudente, Aria' lui servit des pancakes de peur que sa meilleure amie ne les envoit à travers la table pour calmer les regards indiscrets des autres. A côté d'elle, Callum s'empêchait de rire, et elle du lui envoyer un coup de coude dans les côtes. Il toussota.

- Un problème, Anderson ? fit Sylviana, d'un ton glacial.

Callum fit un large sourire, croquant à pleine dent dans un morceau de pain, le regard fixé sur la meilleure amie de sa soeur. Il se moquait ouvertement d'elle, et cela avait le don d'énerver Sylviana.

- Aucun Roswood. Manger à tes côtés est toujours un plaisir qui ne saurait être égalé, plaisanta-t-il.

Ariana leva les yeux au ciel. Ils ne changeraient jamais, c'était clair. A moins que l'un des deux disparaisse. La jeune fille se mit alors à peser le pour et contre, essayant de savoir lequel des deux lui manquerait le plus.

- On ne t'as jamais appris qu'on ne parlait pas la bouche pleine ? lâcha Sylviana.

Ariana regardait le plafond en imaginant les deux protagonistes se faire manger par un serpent des mers.

- Si, à peu près au même moment où l'on m'a apprit à me coiffer, leçon que de toute évidence, tu as du manquer, rétorqua-t-il, toujours souriant.

"Et si les deux disparaissaient ?" se demanda Aria'. Elle se dit alors que ce serait comme des vacances pour elle...à long therme.

- Boucle-là Anderson ! rugit la gryffondor mal peignée.

Elle se leva alors, emportant son sac et trois pancakes. Elle commença alors à partir, mais revint piquer du bacon dans l'assiette de Callum, en lui jetant un regard furieux. Toute la rangée se mit à rire, ce qui déclencha l'attention des professeurs. Ariana tourna son regard vers la table du fond, et vit Albus Dumbledore qui souriait en buvant dans un verre à pieds qui scintillait à la lumière. Elle fit un mince sourire, gênée, et reporta son attention sur son frère, qui n'en pouvait plus de rire. La jeune fille le regarda sévèrement, ne cédant pas à l'hilarité générale.

- Callum..., fit-elle d'un ton de reproche.

Il leva les mains en signe d'innocence.

- Je n'y peux rien si elle prend tout mal ! se défendit-il.

Outrée, Ariana protesta aussitôt.

- Tu la cherches depuis des années ! Ca ne te lasses pas à la fin ? s'insurgea-t-elle.

Il soupira.

- D'accord, d'accord...promis, je serais plus sympa...la prochaine fois, je lui achèterais une perruque.

Ariana frappa l'épaule de son frère, ce qui le fit d'avantage rire.


PART IV


Ariana rêvait. Elle flottait au dessus du lac, suspendue dans les airs dans un habit de soie blanc, dont les manches touchaient la surface de l'eau sombre et ténébreuse. La lune trônait haut dans le ciel, remplaçant l'astre du jour à présent que la nuit était tombée. Dans son halo de lumière blanchâtre, la sphère argenté illuminait le ciel obscur, alors que de petites étoiles pareilles à des lucioles scintillaient autour d'elle. La jeune fille ressemblait à un fantôme, une poupée de porcelaine portée par le souffle du vent, et dont la paleur défiait celle de la lune. Elle souriait. Tendrement. Avec douceur et bientôt, des larmes coulèrent sur ses joues légèrement roses. Son sourire ne disparut cependant pas, bien que sa tristesse était grande. Elle ne quittait pas des yeux la surface de l'eau, à quelques centimètres seulement de son corps. Une distance infime les séparait, et pourtant c'était cette distance qui brisait le coeur d'Ariana. Ce n'était pas l'eau qu'elle regardait, fixait, admirait avec un tel acharnement, c'était...lui.

L'image d'un inconnu la suivait à travers l'eau. Il n'y avait que la surface qui empêchait Ariana de le toucher. C'était étrange. Elle n'était même pas sûr qu'il soit bien là, il y avait pourtant son visage, son corps en dessous du sien, ses traits, son sourire, ses yeux... Ariana ne réussissait jamais à voir autre chose que ses yeux. Le reste de son visage lui était inconnu, car à l'instant où les prunelles obscures du jeune homme se plantaient dans les siennes, elle oubliait tout le reste pour n'en retenir que la lueur de son regard intense. Etait-il seulement réel ? C'était la question que se posait souvent Ariana, mais elle gardait ce rêve aussi précieusement qu'un secret. C'était son secret. Juste à elle. Il était juste là pour elle. Elle le savait. Elle y croyait. Dans un mouvement d'une grâce troublante, la jeune fille toucha du bout du doigt la surface de l'eau, créant des cercles qui s'éloignèrent au fur et à mesure, et alors une nouvelle lueur dansa dans les prunelles du jeune homme.

Haletante, Ariana se réveilla brutalement. Cette nuit-là, elle ne réussit pas à se rendormir.


Merci d'avoir lu ! =) N'hésitez pas à laisser une review, ça fait toujours plaisir ! =) A la prochaine fois ! Je tiens à dire que le chapitre 2 est déjà écrit, et que le troisième est quasiment terminé. Je posterais, comme à chaque fois, un petit extrait du chapitre suivant dans quelques jours, selon les reviews. Merci ! =)