Disclaimer : les personnages et le magique univers d'Harry Potter sont la propriété exclusive de la merveilleuse J.K Rowling et je ne fais que m'amuser avec eux en y insérant quelques OC !


23 janvier 1976

Il régnait une certaine tension depuis une semaine entre les Gryffondor de cinquième année. Sirius passait le plus clair de son temps à lancer des sous-entendus plus ou moins douteux chaque fois que Remus et Arabella s'adressaient la parole au point que la blonde se demandait comment elle avait pu commencer à l'apprécier. Elle avait l'impression qu'il était redevenu cet élève arrogant, méprisant et étroit d'esprit qu'elle avait rencontré à la rentrée. Lassée par son comportement, la blonde s'était mise à désertée la table des Gryffondor pour celle des Serdaigle au plus grand plaisir de Matthew Anson.

Arabella s'inquiétait également pour Remus. Son ami lui avait paru très faible et fatigué depuis le début de la semaine. Certes il semblait aller mieux depuis trois jours mais cela ne l'empêchait pas d'être soucieuse de son état. La blonde n'osait pas l'interroger sentant qu'il ne répondrait pas de toute façon. Au vu des regards qu'il lui lançait, il avait dû comprendre qu'elle s'en faisait pour lui mais il n'abordait tout de même pas le sujet. Cela lui fit se rappeler que Sirius lui avait reproché d'embêter le jeune homme avec ses problèmes alors qu'il en avait lui-même. Était-ce en lien avec une maladie grave comme elle l'avait soupçonnée quelques temps plus tôt ? La blonde se demandait si elle ne devait pas enquêter discrètement de son côté pour en avoir le cœur net. Avant de se rétracter sentant que ce n'était pas la chose à faire et craignant que Remus ne le lui reproche vertement le jour où il découvrirait qu'elle l'espionnait. Après tout si une personne pouvait bien le comprendre c'était elle : sachant qu'elle était prête à tout pour protéger ses propres secrets.

Cela faisait aussi une semaine depuis que leur dortoir avait été retourné dans tous les sens sans qu'elles ne sachent par qui. Mary n'avait plus jamais abordé le sujet mais Arabella avait décidé d'en parler avec Lily. Les deux jeunes filles s'étaient mises d'accord pour ne plus y mêler Remus vu la jalousie que cela engendrait chez Sirius Black. La rouquine avait d'ailleurs dit avec amusement qu'on pourrait croire celui-ci amoureux de Lupin.

Les deux Gryffondor avaient donc décider de se retrouver dans un coin discret de la salle commune tandis que Mary travaillait sur son devoir de divination auprès d'un autre élève avec qui elle partageait ce cours.

« J'ai quelque chose à te montrer Lily, commença Arabella. J'aurais aimé t'en parler plus tôt mais cette semaine a été chargée par tous les devoirs que les professeurs nous ont donné.

– Ne m'en parle pas ! Je suis pourtant loin d'être la première à m'en plaindre d'habitude. Quand je pense qu'en dernière année se sera peut-être dix fois pire : ça me déprime d'avance »

La rouquine soupira tout en massant son poignet droit qui était malmené comme tous ceux préparant leur BUSE cette année. Arabella lui fit une grimace compatissante. Elle aussi commençait à fatiguer de cette surcharge de travail associée à toutes les questions sans réponses qui pullulaient son esprit ces derniers temps. En venant étudier à Poudlard, la blonde n'aurait jamais cru qu'autant de choses bizarres se produiraient autour d'elle. Était-ce parce qu'elle était revenue dans le lieu où le journal d'Augustin Archdeacon avait été écrit ? Était-ce comme une sorte de malédiction ?

« Tu voulais me montrer quoi ? demanda Lily interrompant les pensées de la jeune fille.

– Ah oui… attends je l'ai mis… »

Arabella farfouilla dans sa poche en évitant de mettre en évidence le journal vert sombre qui s'y trouvait pour extirper un bout de parchemin enroulé sur lui-même et assez froissé maintenant, preuve qu'elle l'avait lu et relu maintes et maintes fois. Elle le tendit sans un mot de plus à son amie. Celle-ci le prit sans rien dire aussi et lut les deux seules lignes qui le composait. La blonde n'avait pas besoin de le parcourir par-dessus son épaule se souvenant parfaitement des mots délicatement calligraphiés : Méfie-toi de Mulciber et Avery. Ne te balade surtout pas seule dans les couloirs.

« Qui t'a donné ça ?

– Je ne sais pas… je pense que c'est peut-être MacMayan il y a quelques temps. Nous nous étions croisées dans le couloir menant aux cachots et elle m'avait aidée à ramasser mes affaires qui étaient tombées au sol.

– Opale MacMayan ! Aider quelqu'un, renifla dédaigneusement Lily. C'est du jamais vu en tout cas !

– Hum… alors elle m'a peut-être approchée pour me glisser ce message »

La préfète semblait peu convaincue mais devant l'assurance de la blonde se mit à douter.

« Bon acceptons le fait que ce soit elle, pourquoi te prévenir de te méfier de Mulciber et Avery ? Alors que nous les soupçonnons depuis des mois d'être ceux qui s'en sont pris à Mary.

– C'est cela qui me perturbe également. À croire que la personne qui m'a donné ce message sait que nous les soupçonnons et cherche peut-être à nous aider.

– Je me répète mais cela ne peut provenir de MacMayan ! » s'écria avec fougue la rouquine.

Arabella devant son éclat fut décontenancée. De toute évidence, il y avait quelque chose qui lui échappait au sujet de la Serpentard.

« Parle-moi un peu de MacMayan. Pourquoi tu parais la mépriser de cette façon, ça ne te ressemble pas Lily »

Celle-ci soupira avec un brin d'énervement et Arabella la vit jeter un regard étrange à Remus Lupin qui venait de rejoindre Mary et lui poser une question sur un cours de sortilèges qu'il avait manqué en début de semaine.

« MacMayan est une fille solitaire et qui ne parle jamais.

– Effectivement je l'ai remarqué, dit Arabella en se remémorant son unique rencontre avec la jeune fille. Elle n'a même pas dit un mot en réalité…

– Voilà ! s'écria Lily les yeux flamboyants. Elle est très bizarre. Et les seules fois où je l'ai entendue ouvrir la bouche ce fut pour tenir des propos hautains envers Remus »

La blonde fronça les sourcils.

« Qu'est-ce que Remus vient faire là-dedans ?

– Je pense qu'elle le déteste et cherche à le dénigrer à la moindre occasion ! répartit vertement la préfète qui semblait vouer une rancune importante envers MacMayan.

– Bon en attendant à part elle, je ne vois pas qui aurait pu me donner un tel message »

À ces mots Lily ne sut apparemment pas quoi répondre mais Arabella voyait bien qu'elle en doutait encore fortement. Face à ce visage buté, la jeune fille se mit à penser à un autre évènement récent qui s'était produit.

« Après c'est peut-être aussi MacMayan qui a pénétré dans la tour Gryffondor pour fouiller notre dortoir »

La rouquine secoua la tête négativement avec force.

« Impossible. Elle partage avec Mary le cours de divination et je l'ai vue en sortir ce jour-là quand je l'attendais. Et je ne vois pas quelqu'un d'une autre maison connaître le mot de passe et pénétrer dans l'antre des Gryffondor. Surtout avec la Grosse Dame.

– Elle n'est pas forcément une valeur sûre, émit Arabella avec scepticisme.

– Oui tu n'as pas tort »

Lily parut réfléchir quelques instants avant que son regard ne se fisse déterminé.

« Pour l'instant concentrons-nous sur les filles de Gryffondor qui auraient pu avoir accès aux dortoirs durant cette heure. Concernant le mot qu'on t'a donné, laissons pour l'instant cette information de côté, mais je serais pour suivre ce conseil Arabella. Si tu es possiblement une cible comme Mary en début d'année, ne te balade plus toute seule »

Arabella ne put retenir une grimace à cette dernière remarque mais Lily ne le vit pas trop concentrée sur ses propos. La blonde ne comptait pas le dire à son amie, mais il était hors de question qu'elle ait un chaperon qui lui colle aux basques jusqu'à la fin de l'année scolaire.

Soudain, la jeune fille remarqua l'entrée de ses deux autres camarades de dortoir dans la salle commune.

« Tiens Lily en parlant de cette histoire de fouille dans notre chambre, regarde qui vient d'arriver », dit-elle en montrant d'un mouvement de tête les deux Gryffondor qui venaient d'apparaitre.

La préfète s'empressa de se lever pour les rejoindre et Arabella décida de la suivre pour écouter leur conversation. À leur approche Mathilda et Roxanne ralentirent le pas… enfin la première tout du moins. La seconde elle, semblait assez mal à l'aise et paraissait vouloir être n'importe où ailleurs qu'ici. Roxanne n'avait jamais été douée pour cacher ses sentiments. La blonde se mit à la fixer d'un regard très intéressé tandis que Lily abordait la conversation.

« J'ai vérifié avec Roxanne et rien ne nous manquait, répondit Mathilda à la demande de la rousse. Vous êtes certaine que vous n'exagérez pas un peu ? »

Le ton de la Gryffondor montrait clairement son doute et elle semblait même peu concernée par le sujet. Certainement dû au fait qu'elle n'avait pas vu de ses propres yeux le capharnaüm qu'avait été leur chambre il y a quelques jours. L'attitude de la jeune fille avait quelque chose d'horripilant et Arabella comprenait pourquoi Lily et Mary n'étaient pas proche d'elles. Quoique… l'une était plutôt fuyante en ce moment. En effet, la blonde n'avait pas lâché du regard Roxanne qui remarquant qu'elle la regardait, s'était mise à trouver ses pieds d'un intérêt marqué. Elle tira même quelques instants plus tard sur la manche de sa camarade pour écourter l'échange et sous le regard déçu de Lily qui n'avait pas pu trouver d'indices particuliers sur la personne qui avait fouillé leur dortoir, les deux Gryffondor s'éclipsèrent. Arabella de son côté les regarda monter dans leur chambre d'un air pensif.


La salle commune des Gryffondor était presque désertée en cette fin de soirée, seule Lily et quelques autres élèves étaient encore présents. La rouquine avait pris du retard sur quelques devoirs à rendre. Son inquiétude constante pour Mary la rendait distraite et maintenant, elle commençait à se préoccuper pour Arabella. Depuis que cette dernière lui avait appris tout à l'heure pour ce mot trouvé dans ses affaires, Lily ne pouvait s'empêcher de se sentir mal à l'aise. Il y avait quelque chose de bizarre dans toute cette affaire, et ce depuis le début.

Secouant la tête, la rouquine se morigéna et se concentra de nouveau sur son rouleau de parchemin et les manuscrits l'entourant. Elle put avancer durant une bonne demi-heure avant d'être à nouveau distraite par quelqu'un s'asseyant à ses côtés. Au début, pensant que c'était peut-être Arabella ou Mary venant lui tenir compagnie, elle ne réagit pas tout de suite. La personne à sa droite tendit la main pour prendre un de ses livres. Une main bien trop masculine pour appartenir à ses amies. Tournant la tête, elle ne fut que peu surprise de croiser les prunelles de James Potter. Il lui souriait gentiment et avant que la rouquine ne puisse lui crier de dégager, il se cala confortablement sur sa chaise et se plongea dans l'étude du manuscrit qu'il venait de prendre.

Les mots moururent dans sa gorge et elle se contenta de lui jeter des regards méfiants, s'attendant à tout instant à ce qu'il lui balance un truc stupide comme à son habitude. Or le jeune homme à lunettes resta silencieux et bizarrement concentré sur sa lecture. Lily savait qu'elle n'aurait pas dû être surprise de le voir lire – après tout même s'il lui était difficile de le reconnaître, Potter était un bon élève. La rouquine n'avait jamais vu le brun aussi calme et muet en sa présence. Décidant qu'il valait mieux l'ignorer et qu'il se lasserait de son nouveau petit jeu, Lily se replongea dans son devoir de métamorphose.

Mais elle dut se rendre compte quelques minutes plus tard que même silencieux, la seule présence de Potter l'empêchait de se concentrer.

« Qu'est-ce que tu veux Potter ? demanda Lily entre ses dents serrées en essayant de rester un brin aimable.

– Mais rien. Qu'est-ce qui te fait croire que je veux quelque chose ? »

Son visage d'ange et son regard innocent auraient trompé n'importe qui, mais pas Lily Evans. Depuis cinq ans maintenant, elle connaissait le jeune homme et elle était trop habituée à ce qu'il lui pourrisse la vie. Il préparait quelque chose, c'était certain !

Perdue dans ses pensées, elle n'avait pas vu qu'il s'était avancé pour regarder son devoir. Il traça du doigt ce qu'elle venait d'écrire.

« La transmutation n'est pas une mauvaise réponse mais dans ce cas précis tu aurais une meilleure argumentation si tu parlais de conversion animale ou de transformation linéaire.

– De quoi je me mêle », bougonna Lily.

Mais en réfléchissant à la question, elle dut admettre qu'il avait raison. Cependant, elle n'était pas prête de le reconnaitre devant l'intéressé, or celui-ci n'attendit pas qu'elle le félicite de cette bonne réponse. Potter se mit à lui expliquer – d'une façon par ailleurs très pédagogue – la différence entre les deux et pourquoi elle était dans l'erreur. Elle avait tendance à oublier que lui et Black étaient les meilleurs en métamorphose. D'ailleurs le professeur McGonagall devait hésiter pendant ses cours entre leur coller des retenues ou leur donner des points.

« Je n'aurais pas cru que tu expliquerais si bien les choses, ne put s'empêcher de faire remarquer Lily une fois qu'il eut terminé.

– Oh tu sais, j'aide souvent Peter pour ses devoirs »

Il haussa les épaules et pour une fois sa modestie semblait sincère. Il se mit à tourner les pages du livre qu'il tenait toujours avant de trouver le passage qui l'intéressait. Il lui tendit ensuite le livre que la rouquine prit.

« Maintenant que tu as compris, je te conseille de baser ton argumentation à l'aide de ce chapitre. Tu auras une excellente note comme ça »

Potter lui sourit largement. Lily cligna des yeux ne sachant toujours pas comment se comporter devant un tel comportement. Peut-être qu'après tout, il était simplement venu l'aider à faire son devoir de métamorphose et qu'il n'y avait rien de louche derrière.

« Eh bien, merci… »

Il inclina la tête et se détournant d'elle, prit un autre manuscrit qu'il se mit à feuilleter. La rouquine se força à se concentrer sur la lecture du chapitre qu'il lui avait conseillé et admit que son conseil se tenait – même mieux que ça, il était excellent. Bien qu'ayant toujours du mal à occulter la présence de Potter, la rouquine parvint durant les quelques minutes suivantes à tracer des lignes potables sur son devoir de métamorphose. Même si elle ne le finirait pas aujourd'hui, elle était au moins sur la bonne voie, et cela grâce à James Potter. Comme quoi les miracles existaient.

Décidant qu'il était assez tard et qu'elle avait bien avancé, Lily se mit à rassembler ses affaires tandis que Potter continuait de lire. Lorsqu'elle eut tout mis dans son sac, elle vit qu'il lui manquait seulement le livre que tenait le jeune homme.

« C'est à moi. Peux-tu me le rendre… ou peut-être que tu veux que je te le prête ? dit-elle d'une voix hésitante.

– Non, c'est bon. Je l'ai déjà lu celui-ci »

Lily était très étonnée encore une fois. À la fois parce qu'il l'avait déjà lu et parce que si c'était le cas, pourquoi était-il resté près d'elle à lire un manuscrit qui ne lui était pas inconnu ? Ça ne ressemblait pas à Potter. Mais encore une fois, était-elle certaine de bien le connaître comme elle l'avait toujours cru ? Oui Lily connaissait son numéro de charme, mais était-ce une façade qui cachait une plus grande profondeur ? Encore deux heures plus tôt, la rouquine aurait répondu par la négative à cette question.

« Dis-moi Lily, commença le brun à lunettes pendant qu'elle rangeait le livre qu'il venait de lui rendre, ton anniversaire c'est bien vendredi prochain ?

– Comment tu sais ça toi ?

– Comment pourrais-je ne pas savoir une telle chose », répliqua-t-il avec son sourire charmeur qui était de nouveau étalé sur son visage.

Ainsi c'est cela qu'il voulait, pensa la jeune fille avec désillusion. Mais cette fois-ci, elle eut plus envie de sourire que de s'énerver. Elle devait reconnaître qu'il avait fait des efforts.

« En effet, décida-t-elle de répondre en mettant son sac sur son épaule et se levant. Il y a une soirée au club de Slug »

Autrement dit, la jeune fille s'y rendait et elle espérait qu'ainsi le jeune homme lâcherait l'affaire. Mais c'était mal connaître la détermination de James Potter.

« Je sais. Je me demandais si je pourrais t'accompagner à cette soirée »

Lily qui prenait à cet instant la direction de son dortoir, se figea sur place puis se retourna pour faire face au brun. Elle ne s'était pas attendue à ce qu'il se lève à son tour pour la suivre et se retrouva très près de lui. La rouquine déglutit lorsqu'elle sentit son odeur d'ambre.

« Ce n'est pas dans tes habitudes de vouloir te rendre dans ce genre de soirée. Je pensais que tu étais attiré par d'autres sortes de festivités. Et je te rappelle qu'à cette fête, il y aura pas mal de Serpentard, étant donné qu'elle est organisée par le directeur de cette maison.

– Oh, vous parlez de la fête de Slughorn », dit une voix au-dessus d'eux.

Ils levèrent tous les deux la tête pour voir Arabella en haut de l'escalier menant au dortoir des filles. Vêtue d'une robe de chambre d'un bleu sombre presque noir qui faisait ressortir sa chevelure argentée, la jeune fille descendit l'escalier. Elle ignora le regard de reproche de Potter et s'adressa ensuite directement à Lily.

« Je voulais d'ailleurs te demander si je pouvais venir. Tu penses que tu pourrais intercéder auprès de Slughorn ?

– Oh ce n'est pas nécessaire. À cette soirée, j'ai le droit d'inviter une personne de mon choix. Pourquoi tu veux venir ? Je pensais que tu trouvais ça un peu népotique ?

– Oui, intervint Potter glacial. Pourquoi ? »

Arabella ignora l'intervention du brun tandis que Lily lui lançait un regard amusé.

« J'ai entendu dire qu'il invitait de prestigieux sorciers, répondit la blonde. Je serais en réalité très intéressée de venir au moins une fois. En plus la dernière fois tu te plaignais d'être seule et qu'on ne comprenait pas Mary et moi, l'intérêt de telles soirées. C'est l'occasion.

– Ça me fait tellement plaisir que tu t'y intéresses ! Tu verras, c'est vraiment bien et on s'y amuse plus que vous ne le pensez Mary et toi », s'anima Lily avec un grand sourire aux lèvres.

Alors qu'Arabella ouvrait la bouche pour la remercier, Lily sentit quelqu'un lui prendre un peu brusquement le bras.

« Comment ça oui ? Tu n'as pas le droit ! » s'écria Potter d'un air furibond.

Lily fronça les sourcils, la moutarde lui montant rapidement au nez. Elle dégagea violemment son bras tenu par le brun à lunettes. Arabella de son côté, se contenta de relever un sourcil devant présager la future explosion. Elle opéra même une retraite stratégique vers son dortoir, les laissant seuls. La rouquine crut même l'entendre marmonner un sort de silence autour d'eux afin d'éviter que leur prochaine dispute ne réveille tous les Gryffondor.

« Et toi tu es qui pour me dire ce que j'ai le droit ou non de faire ! » hurla Lily le visage rouge de colère.

Devant les yeux verts de la rouquine qui lançaient des éclairs, l'indignation de James Potter sembla redescendre un peu. Il se rembrunit d'autant plus et Lily crut voir une lueur blessée dans ses prunelles qui lui fit un peu mal au cœur.

« Tu as raison. Je ne suis personne apparemment. Fais ce que tu veux, marmonna-t-il avant de se détourner d'elle et de rejoindre son propre dortoir.

– Encore heureux ! » lui lança Lily mais n'obtenant aucune réponse.

Desserrant les poings, la jeune fille soupira et décida qu'il était temps pour elle aussi d'aller rejoindre son lit. Elle se prépara rapidement pour la nuit mais dans son énervement, elle savait qu'elle ne devait pas être très discrète pour ses autres camarades de dortoir. Elles étaient toutes couchées, même Arabella.

Une fois allongée, Lily sentit qu'elle se calmait un peu. Elle regretta même sa colère tout en se demandant comment le brun à lunettes parvenait à la rendre folle à chaque fois qu'ils se voyaient. Cependant, elle devait admettre que Potter avait fait un grand effort cette fois-ci. Et qui sait, si Arabella n'était pas venue les interrompre… aurait-elle accepté qu'il l'accompagne à cette soirée ?

Lily se redressa dans son lit et se mit sur ses genoux pour faire face à son oreiller. Elle crut voir celui-ci se changer sous ses yeux et prendre la forme de la tête de Potter et notamment le gentil sourire qu'il lui avait adressé lorsqu'il l'avait aidée pour son devoir de métamorphose. Un sourire différent de ceux de d'habitude, un sourire sincère, presque intime… rien que pour elle.

« Tu es décidément folle ma pauvre Lily »

Et du même coup, elle donna un coup dans son oreiller et se recoucha lourdement. La rouquine crut entendre vaguement Roxanne ou Mathilda se plaindre qu'elle faisait trop de bruit, mais elle les ignora. En s'endormant, le sourire de James Potter accompagna ses rêves.


27 janvier 1976

Arabella était satisfaite d'avoir pu se faire inviter à une fête de Slughorn. Elle devait remercier Lily pour ça, même si elle avait coupé l'herbe sous le pied de Potter. La blonde se promit qu'elle lui revaudrait ça. D'ailleurs depuis quatre jours, il la boudait clairement et s'était mis à imiter Sirius en lui lançant des piques à tout bout de champ – vraiment très mature. Mais elle devait interroger encore une fois le professeur des potions sur les amis de son grand-père. Voir s'il se souvenait de quelque chose, n'importe quoi. Et il valait mieux le faire dans une ambiance détendue et quoi de mieux que de le faire dans l'une de ses fameuses soirées.

À l'heure actuelle, une autre personne attirait l'attention d'Arabella. Malgré le silence studieux de la bibliothèque et propice à l'étude, la blonde n'avait pas jeté un seul coup d'œil à son parchemin depuis quelques minutes déjà. Elle observait discrètement Roxanne Carter depuis qu'elle était entrée dans la bibliothèque. Quelque chose dans l'attitude de sa compagne de dortoir après le désordre de leur chambre, l'avait interpellée.

La jeune fille avait passé ces derniers jours à observer Roxanne puis à faire exprès de s'asseoir à ses côtés à presque tous les repas et les cours qu'elles avaient en commun. Et la Gryffondor était clairement mal à l'aise, évitant son regard et lui parlant d'une voix suraiguë. Lily et Mary avaient de leur côté été surprises du nouveau comportement d'Arabella envers la jeune fille dont elle n'avait jamais été proche depuis son arrivée à Poudlard.

Arabella vit Roxanne se lever pour se rendre dans l'un des rayonnages couvrant les sortilèges. En jetant un coup d'œil autour d'elle, la blonde remarqua que la quasi-totalité des personnes étudiaient à leur table de travail. Elle se leva donc rapidement et suivit la Gryffondor.

Roxanne se tenait au bout de l'allée et tendait la main vers un des grimoires. Elle semblait absorber par ses recherches et ne vit pas Arabella s'approcher d'elle. Lorsqu'elle se retourna, elle sursauta violemment en voyant la blonde si proche d'elle.

« Arabella ! Tu m'as fait peur !

– Je voulais te parler », répondit juste celle-ci en haussant les épaules.

Roxanne déglutit bruyamment et se mit à tordre ses doigts nerveusement.

« Je suis occupée. Je dois rédiger mon devoir de sortilèges »

Elle se retourna pour ignorer la blonde mais Arabella ne comptait pas lâcher l'affaire. Elle se fiait à son instinct dans cette histoire et elle sentait que le comportement de Roxanne n'était pas clair. La jeune fille était trop nerveuse depuis le saccage de leur dortoir.

« Je voulais te parler de ce qui s'est passé l'autre jour dans notre dortoir… la chronologie ne paraît pas clair.

– Comment ça ? marmonna confusément Roxanne tout en lui jetant un étrange regard.

– Lily a dû te dire qu'il ne nous manquait rien de notre côté – tout comme pour toi et Mathilda. Mais j'ai vraiment l'impression que quelqu'un cherchait quelque chose et qu'il ne l'a pas trouvé.

– Peut-être que c'était juste une blague d'une fille d'un autre dortoir, supposa vaguement la Gryffondor.

– Une blague de très mauvais goût alors »

Arabella essaya de croiser le regard fuyant de sa camarade, en vain. Elle ressemblait à un animal acculé.

« Parle-moi, Roxanne »

Mais soudain, alors qu'elle pensait que la jeune fille allait se confier, elle se redressa brusquement pour la fixer droit dans les yeux.

« Tu crois que tu me fais peur, Arabella. Tu es tellement imbue de ta personne que s'en est agaçant. Tu penses que tout le monde doit te rendre des comptes parce que tu leur demandes ? »

Arabella cligna des yeux de surprise. Elle ne s'était pas attendue à la fougue de sa camarade de dortoir. Une minute avant, elle la sentait sur le point de craquer de nervosité, et la minute d'après elle s'exprimait avec une assurance confondante.

« Je ne sais pas à quel jeu tu joues et je m'en fiche ! Mais laisse-moi en paix et va martyriser quelqu'un d'autre.

– Je n'essaie pas de te martyriser, réfuta calmement Arabella. Je veux juste des réponses pour…

– Et je t'ai répondu, siffla furieusement la jeune fille. Je ne sais pas qui a fait ça. Ni pourquoi. De toute façon il ne manque rien à personne, tu l'as dit toi-même. Tu es tellement égocentrique ! »

La blonde fronça les sourcils à cette accusation.

« Oui, poursuivit Roxanne. Tu es persuadée que tout tourne autour de toi, que ce qui s'est passé dans ce dortoir te concerne forcément, que tu te sens obligée de trouver toi-même le responsable car il n'y a que toi qui peut résoudre cette énigme. Si ce n'est pas de l'égocentrisme, je ne sais pas ce que c'est ! »

Un silence écrasant suivit ses paroles. Arabella vit du coin de l'œil deux Poufsouffle faire semblant de ne pas écouter leur conversation. Elle se sentit mal tout d'un coup. Ou plutôt se sentit… stupide. Elle baissa même les yeux devant ceux orageux de sa camarade de maison.

« Il ne t'es jamais venu à l'esprit que si je ne suis pas dans mon assiette en ce moment c'est pour une tout autre raison que cette histoire ? Et que te voir me coller et m'accuser implicitement d'avoir un lien avec ce qui s'est passé dans ce dortoir ne m'aide pas ! »

Non, la jeune fille n'y avait jamais songé.

« Écoute Roxanne, commença Arabella d'une voix douce. Je suis désolée si tu as eu l'impression que je te pensais coupable… mais tu semblais si tendue depuis cette histoire. Je me disais que peut-être tu avais vu quelque chose et que tu n'osais pas…

– Eh bien non, ce n'était pas le cas, la coupa-t-elle de nouveau. Maintenant si tu permets, j'aimerais profiter du temps qu'il me reste avant le dîner pour finir mon devoir »

Sur cette dernière pique narquoise, Roxanne bouscula la blonde en partant. Arabella ne la retint pas, comprenant qu'elle n'en tirerait rien d'intéressant. C'est un retour à la case départ donc, songea-t-elle. Pourtant, elle aurait fait une bonne coupable car elle avait accès à leur dortoir. Mais Arabella comprenait qu'elle ne pouvait accuser sa camarade sur la seule base de ses propres ressentis. Et ce n'était pas en la collant sans arrêt qu'elle parviendrait à lui faire cracher le morceau de toute évidence.

Elle soupira doucement et se frotta les tempes. Son inquiétude commençait à lui peser et Arabella détestait ne pas comprendre ce qui se passait, de n'avoir aucun contrôle sur les évènements. Roxanne avait peut-être raison : elle prenait certainement cette histoire trop à cœur. Il y avait de fortes chances pour que le saccage de leur dortoir n'ait rien à voir avec elle ou l'agression de Mary.

Mais alors qu'elle retournait chercher ses affaires, la blonde sentait que c'était bien plus complexe que ça.


30 janvier 1976

Arabella s'ennuyait. Pour passer le temps, elle comptait le nombre de personnes portant d'étranges chapeaux. Elle avait l'impression de se retrouver dans l'une des soirées américaines où sa mère la traînait depuis qu'elle en avait l'âge… enfin celle-ci était une soirée bien moins prestigieuse que celles qu'elle connaissait.

À peine étaient-elles arrivées que Slughorn s'était jeté sur Lily tout en poussant Arabella de côté. Il leur avait proposé du pudding – ou plutôt avait convaincu Lily d'en prendre tout en omettant la présence de la blonde bien décidée pourtant à lui parler. Mais pour le moment, elle n'avait trouvé aucun moment opportun.

Elle avait eu la surprise de voir Regulus Black parmi les chouchous du professeur des potions. Il avait tenu à lui présenter la vieille femme avec qui il parlait. Une brillante sorcière du Magenmagot britannique qui s'avérait être une lointaine cousine de la famille Black.

« Oh vous êtes une amie de monsieur Black ? avait-elle demandé d'une voix chevrotante.

– Plutôt l'une de ses expériences personnelles »

Regulus avait fortement rougi tout en lui lançant un regard noir.

« Ah… c'est bien, avait dit la vieille sorcière d'un air décontenancé.

– Oui, tout le monde sait que ce sont ses compétences particulières qui lui valent sa place ici ce soir.

– Mais de quelles compétences parlez-vous ?

– Ne l'écoutez pas, Arabella aime plaisanter »

Le jeune Serpentard de cinquième année avait tenté de reprendre le contrôle de leur échange sous le sourire poli d'Arabella.

« Ses compétences en espionnage, avait fini par lâcher la blonde. C'est un expert en la matière, j'ai pu le constater depuis le début d'année.

– Très drôle Arabella », avait marmonné le jeune homme tandis que la vielle dame souriait avec amusement.

Mais Regulus s'était détendu après cela. De toute évidence, il avait craint qu'elle ne sous-entende autre chose. Alors lorsqu'elle avait pris congé, Arabella n'avait pu s'empêcher de lui chuchoter à l'oreille :

« Les hormones te travaillent apparemment »

Elle n'avait récolté qu'un regard sombre et vengeur. Depuis il ne l'avait plus approché mais Arabella sentait que le Serpentard préparait quelque chose. Il était assez vicieux pour ça.

Arabella chercha Lily du regard et la trouva en grande conversation avec le professeur Slughorn qui était accompagné d'un homme d'une soixantaine d'année. Décidant de la rejoindre, elle traversa la petite salle bondée.

« Comme je vous disais mon cher ami, une grande carrière attend Miss Evans », s'enorgueillit le Maître des Potions tandis que la rouquine rougissait.

La blonde l'entendit poursuivre dans des termes toujours plus élogieux et elle se retint de lever les yeux au ciel. D'ailleurs le vieux sorcier à leurs côtés semblait que peu intéressé affichant une mine des plus basés ne faisant pas même l'effort d'être poli. Mais il en fallait bien plus pour perturber l'exubérance coutumière de Slughorn.

Arabella se glissa discrètement à la droite de Lily et celle-ci tourna la tête pour lui sourire. Elle ne reçut qu'un coup d'œil désintéressé de l'invité du professeur de potions tandis que ce dernier ne l'avait pas remarquée. Ils parlèrent ensuite de potions. Notamment de traités et de préparations dont Arabella n'avait jamais entendu parler mais Lily Evans semblait nager comme un poisson dans l'eau.

Comprenant que personne ne faisait attention à elle – et encore moins le professeur Slughorn – elle décida de s'éclipser de nouveau. Alors qu'elle se rendait vers le buffet pour grignoter quelque chose, Arabella sentit un regard lourd sur sa personne. Dans l'un des miroirs lui faisant face, la blonde repéra celui qui paraissait l'épier depuis quelques minutes.

C'était un homme plutôt âgé mais encore d'assez belle prestance. Il était vêtu d'une manière élégante et discrète, ce qui était bienvenu dans cet amas bigarré de couleurs farfelus que les autres invités de Slughorn portaient. Il ne semblait pas avoir remarqué qu'elle avait repéré son manège. Est-ce un pervers ? se demanda la jeune fille. Il y en avait toujours un ou deux dissimulés dans ce genre de soirées.

Mais bizarrement, Arabella en doutait. La lueur mélancolique dans les prunelles du sorcier ne correspondait pas à quelqu'un de mal intentionné. La blonde décida de se retourner pour croiser son regard. Il sursauta d'abord d'être pris sur le fait mais il soutint la lueur inquisitrice de ses yeux bleu-mauve. Arabella le vit de là où il se tenait – soit presque l'autre bout de la pièce – l'observer sans vergogne de la tête aux pieds. Et à mesure que se poursuivait son examen de sa personne, ses traits se décomposaient. Il semblait passer de l'excitation, à la prudence, à l'ahurissement puis à la réserve.

Lorsqu'il se mit à traverser la salle, Arabella crut qu'il se dirigeait vers elle et se mit à ressentir de l'appréhension. Ce sorcier était étrange, son comportement à la limite de l'indécence. Or il rejoignit Horace Slughorn qu'il interrompit sans vergogne dans l'un de ses monologues dont il avait le secret. Toujours aux côtés de Lily et de son invité morose, il tourna un visage ravi vers le sorcier qui venait de lui couper la parole. Ce doit être quelqu'un d'important, pensa Arabella. En effet, elle n'avait jamais vu le professeur de potions aussi obséquieux.

De là où elle se tenait, la blonde ne pouvait pas entendre ce qu'ils disaient mais vit clairement le petit groupe tourner la tête vers elle. Les prunelles sombres de l'étrange sorcier ne l'avaient presque jamais quittée, et elles étincelèrent d'un drôle d'éclat sur l'une des réponses du directeur de Serpentard.

Arabella croisa le regard vert et interrogateur de Lily. Son amie paraissait perplexe alors qu'elle pouvait entendre la conversation entre les deux sorciers. Ces derniers justement prirent congé de la rouquine et du vieil homme avec eux pour s'avancer dans sa direction.

La blonde reposa son verre vide sur le buffet derrière elle et eut soudain envie d'essuyer ses mains moites sur sa robe de sorcière. Elle craignait fortement de savoir pour quelle raison cet inconnu s'intéressait à elle. Et elle avait peur que cela ne concerne de près ou de loin son détestable patronyme. De nombreux sorciers détestaient le nom même des Archdeacon et la réputation qui l'accompagnait depuis quelques décennies. Si un jour ce nom avait suscité de la fierté ou du respect, ce temps était bien révolu et cela Arabella ne l'ignorait pas.

Trop vite à son goût les deux hommes furent devant elle.

« Ma chère Arabella, s'exclama Slughorn comme si le professeur des potions ne l'avait pas ignorée depuis son arrivée. J'espère que vous vous amusez bien ! »

Avant que la blonde ne puisse lui répondre, il poursuivit à l'intention de l'inconnu :

« Je suis très fier de mon élève, ses compétences en potions sont prodigieuses ! »

Vraiment ? voulut répondre narquoisement Arabella. Horace Slughorn ne lui avait jamais montré autant d'intérêt. La jeune fille était loin de briller en potions comme Rogue ou son amie Lily mais elle se débrouillait assez bien pour ne pas avoir honte de son niveau – mais de là à être encenser par son professeur, il y avait un monde.

« Je n'en doute pas », répondit l'inconnu d'un gentil sourire avenant à l'encontre de la jeune fille.

Son attitude pacifiste détendit un peu la blonde qui se vit lui adresser un sourire poli bien qu'un peu crispé.

« Arabella, intervint de nouveau le maître des potions, permettez-moi de vous présenter Gusztáv Rakovsky, l'ancien premier ministre de Bulgarie et l'un de mes plus vieux amis ! »

La jeune fille avait bien entendu la légère trace d'accent dans le ton du nouvel arrivant. Elle se mit à le dévisager sans comprendre quel intérêt elle pouvait représenter pour cet homme. Pendant ce temps-là, le professeur Slughorn s'était lancé dans un monologue sans fin où il expliquait les liens forts qui l'unissaient à Rakovsky et des échanges qu'ils avaient tenu lors du mandat de celui-ci à la tête du ministère bulgare.

Rien de surprenant lorsqu'on connaissait Horace Slughorn mais là tout de suite, Arabella avait juste envie qu'il se taise et laisse le sorcier parler.

« Pouvez-vous nous laisser ? » l'interrompit Gusztáv Rakovsky comme s'il avait lu dans ses pensées.

Pendant un moment, Arabella crut que le professeur Slughorn allait refuser comme s'il semblait déçu d'être écarté de l'échange qui s'apprêtait à suivre. Mais finalement, il laissa échapper un petit rire joyeux et dit qu'il devait s'occuper de ses autres invités. Il s'éclipsa enfin après avoir tiré la promesse à Gusztáv de ne pas oublier de venir le voir avant qu'il ne quitte la soirée.

Le dénommé Rakovsky et elle se regardèrent quelques minutes en silence. Arabella ne souhaitait pas amorcer la conversation car après tout c'était lui qui semblait vouloir lui parler. Finalement, il se décida enfin à s'exprimer :

« Je sais que vous m'avez vu vous dévisager. Vous devez me prendre pour…

– Un licencieux personnage, suggéra Arabella.

– Oh, je vous assure que ce n'est pas le cas »

Comme il s'arrêta là et qu'il ne poursuivait pas, elle l'encouragea :

« Mais vous m'observiez parce que…

– Ce n'est pas ce que vous croyez, dit-il gentiment. Je… comment dire ça ? Admirer n'est certes pas le terme… »

Arabella releva un sourcil devant son hésitation.

« Non pas que vous n'êtes pas jolie. Vous l'êtes… je veux dire… »

Le sorcier se mit à bafouiller des mots incompréhensibles. Elle ressentit une certaine pitié pour l'homme d'une soixantaine d'années.

« Je ne crois pas que nous nous connaissions, l'aida-t-elle.

– En effet. Mais je connaissais votre grand-mère, Mimosa Nott avant qu'elle ne parte en Amérique »

La jeune fille ne savait pas à quoi elle s'était attendue depuis qu'elle avait repéré cet homme, mais certainement pas à ça.

« Vous étiez à Poudlard ? » lui demanda Arabella.

Son cerveau et sa mémoire tournèrent à plein régime, essayant de se rappeler si elle avait vu le nom de cet homme durant les années de scolarité de ses grands-parents. Elle était certaine qu'il n'avait pas été réparti à Serpentard ou Serdaigle mais elle n'était pas sûre pour Gryffondor et Poufsouffle.

Il secoua la tête avec ce sourire toujours gentil. Il semblait posséder une personnalité affable et douce.

« Non, j'ai effectué mes années d'apprentissage à Durmstrang. Mais j'avais une grande affection et amitié à l'égard de Mimosa. J'étais présent le jour de son mariage avec Augustin »

Au nom de son grand-père, elle posa inconsciemment sa main sur la poche de sa robe qui dissimulait aux yeux de tous le journal de celui-ci. Au grand dam de Lily, la blonde avait tenu à porter son uniforme de Poudlard pour la soirée pour avoir l'opportunité de garder son précieux bien avec elle. Hors de question depuis le saccage de leur dortoir de le laisser là-bas. La personne qui l'avait fouillé aurait pu tomber dessus et Arabella frissonnait encore de terreur à cette idée.

« Je suis désolé d'avoir parlé de cet homme », s'excusa Gusztáv devant le silence persistant de son interlocutrice.

Il se méprenait. Certes s'entendre rappeler qu'elle avait un lien de sang avec cet être ne lui plaisait pas, mais c'était surtout le fait d'être en présence d'une personne qui l'avait connu qui la perturbait. Cet homme connaissait-il l'existence du journal ? Pourquoi apparaissait-il maintenant dans sa vie ?

La jeune fille était perplexe… et à présent, suspicieuse. Car tout ce qui était lié à ce journal et à Augustin Archdeacon n'étaient pas anodin pour elle.

« Ça ne me dérange pas, dit finalement Arabella. Je ne l'ai pas connu de toute manière. Il est mort bien des années avant ma naissance »

Il hocha la tête devant se rappeler la date de la mort d'Augustin.

« Vous avez ses yeux, murmura-t-il avec émotion. Les yeux de Mimosa… »

À son ton, elle se demanda si ce Gusztáv n'avait pas aimé sa grand-mère. Surtout lorsqu'elle crut voir apparaître des larmes bouleversées dans son regard sombre mais qu'il réussit à ravaler. Heureusement car elle n'aurait su comment réagir.

Soudain, il se mit à fouiller dans ses poches pour sortir une carte qu'il lui tendit. Par réflexe, Arabella la prit et y lut le nom de son interlocuteur qui s'effaça quelques instants plus tard pour révéler une adresse. Rakovsky se racla la gorge et ramena son attention sur lui.

« J'habite en Angleterre depuis quelques années maintenant. Je serais ravi que nous échangions un de ces jours.

– Pourquoi ? » demanda sèchement Arabella.

Son ton froid fit tressaillir le vieux sorcier qui parut se rendre compte de sa maladresse.

« Oh… excusez-moi, je ne vous ai même pas expliqué toute l'histoire… je suis si maladroit. Mais ce fut une si grande surprise de vous rencontrer ici et maintenant, que je m'y prend diablement mal.

– J'avoue ne rien y comprendre, répondit la blonde en fronçant les sourcils.

– Oui… j'imagine. En réalité, je suis un ami très proche de votre oncle Preveus Nott, le frère de votre grand-mère. Je suis persuadé que dès qu'il aura vent de votre présence ici, il sera plus que désireux de vous rencontrer »

Arabella ouvrit de grands yeux. Elle n'aurait jamais cru que son grand-oncle, le meilleur ami de son grand-père soit encore en vie. Mais en y réfléchissant ce n'était pas étonnant. Tout comme le sorcier devant elle, Preveus Nott n'était âgé que d'une soixantaine d'années.

Elle fut soudain excitée. C'était peut-être la clé de son problème concernant les amis entourant Augustin. À n'en pas douter, Preveus Nott saurait lui dire qui composait leur groupe d'amis lors de leur temps à Poudlard. Il aurait des informations plus tangibles que le professeur Slughorn sur Ernest Janssens par exemple. Par la même occasion, elle n'alimenterait pas la curiosité maladive du maître des potions.

Redressant la tête avec un air impatient, elle dit à Gusztáv Rakovsky :

« Je serais heureuse de le rencontrer.

– Il en sera enchanté, s'enjoua également son interlocuteur. Peut-être que nous pourrions organiser une rencontre à Pré-au-Lard lors de votre prochaine sortie »

Le désenchantement envahit la jeune fille.

« Les sorties à Pré-au-Lard sont pour le moment interrompues.

– Lorsque ce ne sera plus le cas, n'hésitez pas à m'en informer. Je ferais ce qu'il faut pour m'arranger avec Preveus pour qu'on s'y retrouve »

Ils se quittèrent finalement tout en se promettant de se tenir au courant par hibou. De toute façon la soirée du club de Slug commençait à se terminer et certains des invités avaient déjà déserté la pièce. Arabella n'avait certes pas pu parler avec le professeur Slughorn, mais elle avait obtenu quelque chose de bien mieux selon elle. Tout cela la rendant impatiente de la prochaine sortie autorisée à Pré-au-Lard.