Chapitre 3 : Vengeances
Fronçant les sourcils, la respiration lourde, l'irritation se peignait sur mon visage. Edward était en retard. La secrétaire portée disparue.
Et je dois me charger du sale boulot ? Comme si je n'avais que ça à faire !
« Rien ne va, c'est moche ! » m'exclamais-je. « Ces motifs sont beaucoup trop efféminés, je sais qu'on vise un publique féminin mais de là à aller dans le cliché, c'est du vu et revu ! On n'aurait jamais dû laisser Edward préparer ces recherches graphiques. »
« Merci pour la personne qui les a dessinés. »
Je lançais un regard meurtrier à mon ami. J'étais consciente que Jasper n'y était pour rien, qu'il n'avait fait que suivre les indications de mon cher collègue mais il avait tout faux.
« Ton talent n'est pas mis en évidence. Je ne reconnais pas ton travail à toi, ta touche personnelle. Je ne vois juste que les idées fades et non créatives d'Edward. Je suis certaine que tu peux faire mieux. »
Il haussa les épaules, me répondant d'une voix monotone.
« Je pourrais la rendre plus asymétrique, pour lui donner un côté déstructuré, » me dit-il, comme s'il avait déjà réfléchi à un autre modèle. « En forme de pyramide renversé, tu sais. Avec le sommet vers le bas et sur le côté plat se trouverait la buse. Le bouchon peut-être en forme de tubéreuse, puisque c'est la fleur principale du parfum. Un bouquet de cette fleur au niveau du sommet, donc au bas du parfum. Attends, je te fais un dessin vite fait. »
Je le regardais prendre son crayon et une feuille, dessiner d'une main adroite l'image qu'il a en tête. J'appréciais son élégance et sa dextérité, son talent toujours aussi évident.
Je pouvais voir le flacon se créer sous mes yeux. Sa pyramide était penchée sur le côté, donnant ce côté déstructuré. Le bouchon en forme de tubéreuse, comme il l'avait dit, se trouvait sur la partie plate de la pyramide et le sommet vers le bas. Dans son dessin, nous pouvions apercevoir un bouquet de tubéreuses en relief, se dégageant de la bouteille.
Il annotait à présent le nom du parfum, extase, en manuscrit sur les quatre faces de la pyramide.
« Voilà, quelque chose comme ça, » me dit-il. « Et derrière le mot extase on peut mettre le nom de l'entreprise LNL en plus clair, comme s'il était gravé dans la bouteille. »
L'idée me semblait bonne, bien meilleure que ces autres dessins-là.
Mes tensions ne s'apaisèrent cependant pas.
« Très bien, c'est parfait. Essaie de faire ça et on fera valider ton idée par le patron. »
Mon ton froid semblait le déconcerter. Ses yeux marrons caché derrière ses lunettes noires rencontrèrent les miennes et il s'y attarda avant de froncer les sourcils.
« Tu es sûre que ça va ? » s'inquiéta mon ami. « Ce n'est pas que le flacon qui te met dans cet état, pas vrai ? » me demanda-t-il, sincère.
J'allais riposter quand, soudainement, les portes de de la salle s'ouvrirent sur un grand mexicain prétentieux.
Regardant un instant par la baie vitrée, je vis Rosalie courir vers l'accueil, tentant de rattraper son retard. Comme si elle pouvait remonter le temps. Ce n'est pas comme si tout le monde pouvait remarquer ses quarante-cinq minutes de retard.
Comme si elle essayait de cacher le fait qu'elle arrivait en même temps qu'Edward.
« T'es en retard, » lançais-je, amère.
Son demi-sourire ne quitta jamais ses lèvres, et il se pencha contre le cadran de la porte.
« Je t'ai manqué ? »
Mes yeux verts lançaient des lames de glace.
« Tu m'as tellement manqué que j'ai retiré toutes tes idées du design. C'est quoi ce bordel ? T'es pas capable de faire preuve de créativité et d'originalité, t'es obligé de te calquer sur des clichés déjà vus dans le monde entier ? »
Je n'arrivais à sortir l'image de Rosalie de mon esprit. J'étais furieuse, je savais qu'il se passait quelque chose entre eux. Mes doutes ne faisaient que s'affirmer alors qu'il s'assit à mes côtés et que je sentis son parfum, trop fruité et sucré, sortir du costume d'Edward.
Le parfum d'une meuf blonde et conne, comme un cliché.
« Oh. Dommage que tu n'aimes pas, je me suis inspiré de toi en créant ses designs. »
Jasper souffla bruyamment et leva les yeux au ciel.
« Je pense qu'on a terminé, » conclu Jasper, visiblement agacé par notre discussion. « Je vais améliorer le design avec les recommandations de Bella. Tu peux partir, Edward. »
Il plaça théâtralement sa main sur son cœur.
« Tu ne veux plus de moi ? »
Jasper le regarda, sans aucune expression sur son visage – mais c'était habituel pour mon ami.
« Tu ne m'aimes donc plus ? » continua Edward.
Qu'est-ce que je déteste quand il fait ça, pensais-je.
« Oh ! Ne me dis pas que tu as changé de bord ? » s'esclaffa Edward. « Notre amour est terminé ? »
« Edward, dégage, » s'impatienta Jasper, la voix monotone mais froide et austère.
Ce dernier se leva de son siège, les deux mains en l'air.
« D'accord, d'accord, je m'en vais. »
Il se dirigea vers la porte, balançant un « on ne peut plus rigoler dans cette entreprise » avant de s'enfuir.
Une fois la porte fermée, Jasper se balança un peu sur sa chaise, ne quittant mes yeux.
« Maintenant qu'il est parti, tu peux me dire ce qu'il se passe ? »
J'haussais les sourcils, les yeux ronds, sous le choc. N'avait-il pas vu ce qu'il vient de se passer ?
« Il est arrivé en retard ! »
« Et c'est tout ce qu'il te dérange ? »
« Non ! »
Ma réponse trop hâtive suffit à faire apparaitre un léger sourire sur ses lèvres. Une boule compressa ma gorge mais j'ignorais ce sentiment, me sentant encore plus en colère.
« Et… Le fait qu'il arrive avec Rosalie ? »
Rien qu'en entendant son prénom, mon cœur se mit à battre fort, me faisant presque mal. Cognant, frappant contre ma poitrine. Ma gorge se noua, j'étais médusée. Une douleur aigue et étouffante s'installa droit dans ma poitrine. J'étais dégoutée rien que de les imaginer ensemble, rien qu'en sentant son parfum sur son costume.
Le sourire sur le visage de Jasper me fit reprendre mon sang froid. J'ignorais les secousses de mon corps alors que la haine ressentie envers cette blonde ne faisait que s'accentuer.
« Il serait peut-être temps de passer à autre chose Bells, non ? »
« Je ne vois pas de quoi tu parles, » répliquais-je.
Un rire franc parcourra sa gorge.
« Tu devrais essayer Tinder, j'ai rencontré quelques mecs là-dessus. »
« Je pense que tu n'es pas en mesure de critiquer ma vie sentimentale, n'est-ce pas. »
Nous nous dévisagions, tous deux l'air hautain et sûr de soi. Il n'arrivait pas à trouver la bonne réplique, je pouvais me sentir gagner le débat.
« Un point partout, balle au centre, » dit-il finalement.
J'étais satisfaite.
« Mais tu devrais quand même essayer les sites de rencontre. Qui ne tente rien n'a rien. »
Mouais. J'y penserai.
Il se leva et, avant de sortir de la salle, me sortit une dernière réplique accompagnée d'un clin d'œil.
« En attendant, moi, j'arrive à prendre mon pied. »
La porte claqua avant que j'eusse le temps de répliquer. Enfoiré. Il m'a eue.
Alors que la porte se refermait doucement, j'entendis le rire aigu de Rosalie parcourir le couloir. Je trouve cette fille insupportable, elle est tout ce que je déteste chez quelqu'un. Elle est naïve, elle n'arrive pas à voir la vérité en face, elle n'accepte pas la froideur et la noirceur de la vie, à toujours arborer un sourire idiot, à rire pour un rien.
Surtout lorsqu'Edward est dans les parages.
Mes pensées m'irritèrent, pourquoi je pense encore à elle ? C'est insupportable, il faut que je fasse quelque chose pour qu'elle sorte de mon espace vitale, je ne peux donc pas vivre avec elle à l'entrée du bureau.
Je veux détruire le sourire sur son visage.
Un sourire mesquin franchi mes lèvres, une idée fulgurante me parcourra l'esprit.
Je sortis de la salle de réunion et rejoignit mon bureau, avec soudainement des tonnes de paperasse à faire aujourd'hui.
Je passais le restant de ma matinée à regrouper des documents, indifférente à leur niveau d'importance. Je parcourais des éléments du cahier des charges, des clients à qui avaient déjà signé leur collaboration, des publicitaires partenaires, passant même par les agents de laboratoires et les techniciens fabriquant le parfum. Tout à coup, je devais avoir des synthèses de leurs rapports, je devais avoir des copies à leur transmettre, des e-mails qu'elle devait rédiger à ma place parce que je suis oh combien débordée aujourd'hui. Et, évidemment, il me faut tout ça avant demain huit heures.
À onze heure précise, je tapais le numéro de l'accueil sur le téléphone fixe de mon bureau. J'attendais patiemment les quelques secondes d'attente avant d'entendre sa petite voix aigue et dissonante, à m'en percer un tympan, raisonner dans mes oreilles.
« Coucou Bella ! »
Eurk. J'eus la nausée.
Je fis mon plus beau sourire, sachant qu'elle pouvait l'entendre.
« J'ai vraiment besoin de toi ! » m'exclamais-je. « J'ai plein de choses à faire aujourd'hui, et j'ai des dossiers urgents qui doivent être traités. »
« Oh ! Qu'est-ce que je peux faire pour toi ? »
Mourir sous le travail, pensais-je.
« Tu peux me faire une synthèse des rapports que je t'envoie, s'il te plait ? Tu me sauverais la vie ! »
« Oui, bien sûr. Je suis là pour toi, tu peux compter sur moi ! »
« C'est vrai ? » souris-je. « Tu me le promet ? »
« Oui ! »
Sa voix était bien trop enjouée pour ce que je m'apprêtais à lui faire. Je me surpris à ne pas ressentir une seule once de culpabilité.
« T'es la meilleure ! J'en ai vraiment besoin. Je te transfère tout. »
« D'accord, tu en a besoin pour quand ? »
« Avant quatorze heure. A tout à l'heure ! »
Et je raccrochais.
Je ne perdis pas une seconde à lui transférer les huit différents rapports d'une trentaine de pages.
Je continuais tranquillement mon travail, satisfaite de ce que j'avais accompli avec Rosalie. Lorsque l'heure de ma pause déjeunée arriva, je me dirigeais tranquillement vers la cafétéria.
J'aperçu la blonde taper vigoureusement sur le clavier de son ordinateur et je maintiens mon sourire.
« Alors, tu ne manges pas ? » demandais-je, innocente.
Elle me contempla, ses grands yeux bruns surpris et ses joues rosies.
« Heu, je… Je… Je n'ai pas le temps, » dit-elle en se mordant la lèvre.
Je soufflais, guère étonnée.
« Tu devrais être plus organisée. »
Elle releva la tête vers moi, les joues plus rouges.
« Si tu as tant de difficultés que ça à me rendre ces documents, je peux rester plus tard au bureau et attendre jusqu'à dix-huit heures. »
« Mais, j'ai un rendez-vous… »
« Ah bon ? » questionnais-je. « Peut-être que si tu n'étais pas arrivée en retard ce matin… »
J'haussais les épaules et repartie.
J'étais soudainement rouge de colère, mon cœur battait la chamade après avoir entendu ces derniers mots. J'espère que ce rendez-vous n'est pas un rencard avec une certaine personne.
Une fois la pause déjeunée terminée, je lui envoyais un autre e-mail, me demandant de me faire des photocopies le plus rapidement possible. Après ces photocopies, je lui demandais de rédiger un courriel, fictif, à ma place. Ensuite, je lui demandais d'appeler quelques prestataires, afin de conclure des différents rendez-vous de la semaine à venir.
Bref, elle n'aura jamais le temps de finir ces synthèses.
À seize heures trente, la porte de mon bureau s'ouvrit bruyamment, et la figure athlétique de Edward apparu au pas de ma porte, visiblement très énervé.
Prévisible.
« C'est quoi ce bordel ?! T'es quel genre de connasse pour donner autant de choses impossibles à faire à Rosalie ? Et complètement inutile en plus, tu as vraiment besoin de ça maintenant Bella ? »
J'ouvris la bouche pour répliquer mais il me coupa directement.
« T'es qu'une grosse malade tu devrais aller consulter ! C'est quoi ton putain de problème avec Rosalie au fait ?!»
Il s'approcha d'un pas rapide, les poings serrés avant de frapper violement contre mon bureau. Le choc était tellement puissant que le pot à crayon tomba alors que je sursautais, faisant reculer ma chaise de quelques centimètres.
Je savais qu'il pouvait être violent, je n'avais pas peur de lui. Cependant, la force de sa colère me mise encore plus hors de moi. Il ne pouvait pas la protéger, il ne pouvait pas m'affronter. Je me levais alors que je répliquais.
« Tu te prends pour qui à venir comme ça dans mon bureau ! Tu devrais te calmer ! »
« Tu ne me dis pas de me calmer ! »
« Je te dis ce que je veux ! »
« Ce que tu fais est injuste, pourquoi tu t'acharnes sur elle ? »
« C'est injuste ? »
« Oui ! C'est quoi ton – »
« Mon putain de problème c'est elle ! »
« Elle ne t'a rien fait ! »
« Bien sûr que si ! »
« Ah bon ? Et quoi exactement ? »
Je maintenais son regard, pas encore vaincue. Je pouvais sentir mon visage rougir de colère et d'embarras comprenant mon erreur, mes mots ont dépassés ma pensée et je devais rétablir l'ordre.
« Tu m'expliques pourquoi vous êtes arrivés tous les deux en retard ce matin ? »
« Ca te regarde pas ! Tu ne contrôle pas ma vie, tu ne… »
Il ne finit pas sa phrase. Ses yeux marrons s'encrèrent dans les miens. La malice remplaça doucement la colère, mais il gardait sa mâchoire et ses poings serrés. Je tentais de garder mon calme, mon air sérieux et ma détermination alors que je me sentais devenir toute petite face à sa carrure.
« Je n'arrive pas à y croire. Tu es jalouse. »
« Non, je… »
« Tu es jalouse de Rosalie. »
« Non ! » insistais-je. « Je… »
« Ca fait deux ans qu'on s'est quittés, » dit-il, amère et piquant. « Il serait temps que tu passes à autre chose. »
Après cela, il tourna des talons et claqua la porte. Je restais figée là, immobile et sous le choc.
C'est la deuxième fois que j'entends cette phrase aujourd'hui, pensais-je.
Non seulement il avait avoué à demi-mots sortir avec la blonde, mais en plus il se sert de notre précédente relation pour me blesser.
Alors que je ramassais le pot de crayon, je pouvais entendre James parler à Edward dans le couloir, juste devant ma porte. Il lui demandait s'il y a un problème, ce à quoi Edward répondit par un rire froid et hautain.
Quelques secondes plus tard, j'entendis frapper à ma porte. Sans que j'eusse le temps de répondre, James entra.
« Tout va bien, Bella ? » demanda-t-il.
Il regarda les crayons au sol et s'abaissa afin d'en ramasser quelques-uns et de me les tendres.
« Merci, » répondis-je.
Ses yeux bleu foncé s'encrèrent dans les miens. Je pouvais aisément y lire de l'inquiétude et l'attente d'une réponse.
« Et je vais bien, merci. »
Je vis mon téléphone sonné et y aperçu une notification. L'expéditeur m'apparut et un frisson glacial me parcouru l'échine.
« Tu peux y aller, vraiment. Merci, James, » dis-je, en m'asseyant.
« D'accord. Je suis là si tu as besoin de moi, n'hésite vraiment pas. »
Et à son tour, il quitta mon bureau.
Quant à moi, je contemplais le message, vide de toute émotion.
Père : Rendez-vous à la maison ce soir. Pas d'excuse.
Je pris une grande inspiration. Il semblerait que j'ai des plans pour ce soir, malheureusement pas ceux que j'espérais.
