Chapitre 4 : Enfance

Alors que je me dirigeais vers la maison de mon enfance, je repensais à Edward en train d'aider Rosalie au moment de mon départ. Il ne m'avait pas jeté un seul coup d'œil mais j'ai croisé les yeux rougis de sa nouvelle conquête. Je n'arrivais pas à m'en vouloir, je ne ressentais aucune culpabilité, seulement un mélange de dégout et, curieusement, de la tristesse.

Personne ne m'aidait, moi. Je m'étais toujours retrouvée seule. Même quand j'étais plus jeune, dans la grande maison de mon enfance. Ma mère étant malade, avec sa santé fragile, elle ne sortait pas beaucoup de sa chambre. Charlie… mon père n'a jamais été présent pour moi.

Mon géniteur m'a toujours tenue responsable de la maladie de ma mère. Son accouchement avait été soi-disant difficile, les médecins avaient été obligés de faire une césarienne et ma mère avait mis du temps à se réveiller.

Une fois rentrée, elle a commencé à avoir des douleurs au niveau des articulations et à tomber gravement malade. Voyant que son état ne s'améliorait pas, elle a été hospitalisée plusieurs jours à l'hôpital. Elle commençait à avoir des plaques rouges sur le visage, une fatigue accrue, des problèmes de mémoires, un trouble de la vision, des maux de tête, des convulsions… et j'en passe. Elle n'était plus la même d'après mon père et sa maladie l'avait rendu stérile.

Mon père avait dû m'élever, et il me détestait pour ça. Il me détestait encore plus parce qu'il aurait voulu avoir un garçon, et que je lui avais pris toutes les chances d'en avoir un.

Je n'avais jamais connu ma mère en bonne santé. Je n'avais jamais fait d'activité avec elle, je n'étais jamais aller au cinéma ou dans des parcs d'attraction avant les activités scolaires. J'ai connu plusieurs baby-sitters, mais elles restaient à la maison et au mieux, nous allions au parc.

On ne peut pas dire que j'étais une enfant facile non plus, donc elles ne restaient jamais très longtemps.

Je ne savais même pas ce qu'étaient les règles. Je me souviens la première fois que ça m'est arrivé, j'avais douze ans et j'ai eu la peur de ma vie. Je pensais que j'allais mourir.

J'en ai parlé à personne, surtout pas à mon père. J'avais essayé de calmer l'hémorragie, les mains tremblantes. Mais rien ne faisait arrêter l'écoulement sanguin. Je me sentais mal, avec la tête qui tourne, des maux de tête, une douleur atroce et indescriptible au bas du ventre. J'étais allée chez l'infirmière le lendemain, une fois arrivé à l'école. J'ai failli faire une crise d'angoisse devant elle alors qu'elle tentait de me rassurer, m'expliquer que c'était normal, que je devenais une femme. Elle avait été adorable à me donner plusieurs protections hygiéniques et à m'expliquer comment les utiliser. Je me souviens encore voler de l'argent à mon père pour aller en acheter discrètement. Je pense qu'il ne m'a jamais prise en flagrant délit.

En somme, la famille Swan n'était pas très soudée. J'avais essayé d'attirer l'attention de mes parents avec mes réussites, mes grandes et belles notes à l'école, mes projets, mes études et mon diplôme prestigieux.

Rien ne plaisait à mon père. Rien ne satisfaisait ma mère.

Ma mère était la pire. Elle oubliait parfois qui j'étais, ce que je faisais, l'âge que j'avais.

Je n'ai jamais pu compter sur personne.

Je ne veux plus voir mes parents, je ne veux plus être en contact avec Charlie.

Et pourtant, je suis sur ma moto, dépassant les limitations de vitesse pour lui rendre visite, pour entrer dans la triste maison de mon enfance.

Je m'arrêtais devant cette grande maison. Je pouvais apercevoir la baie Manhasset un peu plus bas dans la rue. Mon père habite dans une banlieue chic de New York, Kings Point. J'avais grandi entouré par la verdure et les ports environnants. Il avait même un bateau que j'avais appris à conduire à seize ans.

Cependant, je n'aimais pas du tout le quartier. Les habitants de cette ville étaient de vrais hypocrites, à se montrer progressistes mais à ne surtout pas vouloir perdre leur bonnes vielles habitudes, surtout vu les résultats des dernières élections.

Je traversais le jardin, prenant soin de bien garer ma moto devant les marches. Je montais rapidement avant d'ouvrir la porte. Il était fort heureux que j'aie gardé une clé, parce que personne n'était présent pour accueillir mon arrivée. Pas même une femme de ménage, j'étais étonnée.

Le silence était pesant. Cette maison était belle de l'extérieur, mais ce n'était qu'une façade pour cacher la froide réalité et les tensions présentes entre les membres de cette famille.

Dépitée, je montais les grands escaliers face à moi. Je passais directement devant ma chambre. Prise par une profonde nostalgie, je l'ouvris et je souris en voyant que rien n'avait bougé. Je voyais les deux grandes fenêtres qui entouraient ses murs et je me remémorais des bons souvenirs de mon passé.

Je me souviens avoir eu mon premier copain, Alistar de Montfort, à quinze ans. Ces parents étaient français et il était inscrit dans le même lycée privé multilingue que Jasper et moi. Il grimpait de temps en temps par la fenêtre pour passer la nuit ensemble. Je me souviens cacher l'échelle derrière la maison pour qu'il puisse l'utiliser. Je m'étais fait surprendre qu'une fois par le cuisinier. Heureusement que lui et moi s'entendions bien parce que je lui avais fait promettre de ne rien dire à mon père. Il m'avait un peu sermonnée, mais ce n'était rien en comparaison à ce que mon père aurait fait. Selon lui, toutes relations amoureuses était interdite, de peur que sa réputation soit entachée. Il ne voulait surtout pas d'une adolescente enceinte. J'étais contente d'avoir eu accès à un moyen de contraception très jeune, comme ça je n'avais pas eu de soucis à me faire.

J'ai toujours défié l'autorité de mon père de toute manière, j'ai même fait un tatouage qu'il déteste et le fait que je conduise une moto le rend littéralement malade.

J'ai fait ma première fois chez lui, avec Alistar, malgré toutes ses interdictions et ses restrictions. C'était sa première à lui aussi. Je m'en souviens, c'était ridicule. Je me demande même comment on a pu être aussi nuls.

Nous sommes restés six mois ensemble avant de le faire vraiment. Nous avions fait des préliminaires, tester quelques petites choses avant de passer à l'acte. On passait nos soirées à se câliner, à regarder des séries et parler de tout et de rien.

C'était mon premier amour, je m'imaginais passer ma vie avec lui. Malheureusement, le destin nous a séparé. Il est reparti en France faire des études dans une Université à Paris. Je ne sais plus en quoi, mais je me souviens avoir été triste de son départ. Il était tellement beau, des yeux gris et des cheveux noirs, son regard froid lui donnait cet air tellement sexy. Il avait cet air « rien à foutre » collé au visage et j'adorais sa personnalité désinvolte.

Il avait toujours des tonnes idées plein la tête, une manière tellement unique de les exprimer. Quelques fois, ses opinions tranchées et sa recherche constante de connaissance était fatiguant, il pensait toujours avoir raison, à penser détenir la vérité absolue. J'appréciais son honnêteté au détriment du regard des autres, même s'il était très maladroit et mal à l'aise socialement.

Je me demande s'il habite encore à Paris. Ça serait sympa de le revoir, maintenant que j'y pense.

A contrecœur, je refermais la porte de ma chambre. Je traversais le couloir pour atteindre le bureau de mon père. Prenant une grande inspiration, m'attendant au pire, je frappais trois fois.

« Entre, » dit-il, sévère.

Il était assis, face à moi. Il portait toujours une cravate, même lorsqu'il ne travaillait pas et que personne ne pouvait le voir. J'avais toujours rêvé de l'étrangler avec.

Il ne me regarda même pas, ses yeux toujours rivés sur cet ordinateur. Et dire que j'avais hérité de ses yeux verts, j'ai longtemps haï la couleur de mes yeux.

L'attente commençait à devenir gênante alors je débutais la conversation, déjà irritée.

« Tu m'as demandé de venir. »

« Comment se passe ton travail ? »

La colère monta légèrement mais je repris ma posture neutre afin de ne laisser aucune émotion transparaitre. J'ai longtemps appris à contrôler mes émotions, encore plus devant lui.

« Très bien, je vais avoir une promotion. Je pars à Paris en juin pour le lancement de notre prochain parfum. »

Il ne me regardait toujours pas, encore en train de taper sur son ordinateur. Ne pouvait-il pas être fière de moi, au moins une fois dans sa vie ? Ou même me montrer un minimum d'intérêt ?

Il me rendait folle, avec sa moustache et ses cheveux dégarnis. J'avais envie de les lui arrachés.

« Cullen travaille toujours avec toi ? »

Je pris une grande inspiration et acquiesçais.

« J'espère que tu ne te feras pas dédoublé par un Mexicain »

J'aurai aimé être choquée par cette réflexion mais le racisme de mon père était bien connu, autant que sa misogynie. Il n'avait jamais aimé mon ex petit-ami (pas comme s'il avait aimé ou rencontré mes autres relations) et n'avait jamais caché son désaccord.

« Nous avons les mêmes valeurs, lui et moi. Nous aspirons tous les deux au poste de patron de l'entreprise. D'ailleurs, il vient avec moi à Paris pour le lancement. »

Il jeta un coup d'œil en ma direction, levant un sourcil.

« Serait-ce de la faiblesse que j'aperçois ? »

Cette phrase me coupa la parole nette. C'était bien l'une des pires phrases qu'il m'avait sorties, et dire qu'il osait me traiter de faible alors que j'avais reçu la plus belle opportunité de ma vie.

« Si lui te bats, déjà que j'ai loupé ton éducation, là, ça sera encore pire. »

J'aimerai bien savoir comment il peut échouer quelque chose qu'il n'a jamais entrepris.

« Je n'aurai pas eu ce genre de problème si tu étais un garçon. »

Quel connard. Quel enfoiré, il a passé toute ma vie à me sortir cette excuse débile et j'ai passé le restant de ma vie à essayer de lui prouver le contraire. J'ai toujours tout fait pour réussir, pour devenir quelqu'un. Et lui, comme d'habitude, n'en a rien à faire de tous mes efforts entrepris.

« Il a son fils qui travaille, non ? Ce n'est pas à lui que le poste revient ? »

« Il veut quelqu'un qui mérite vraiment le poste. »

« Ah ! Enfin quelqu'un d'intelligent. Il devrait prendre une bonne décision. »

Je soufflais et frappais nerveusement mon pied contre le sol, croisant les bras.

« Tu m'appelles juste pour me dire ça ? Dire à quel point tu es encore déçu de moi et que j'ai raté ma vie. »

« Non. Ta mère est toujours à l'hôpital. Ça s'est aggravé. Je voulais qu'on aille la voir ensemble, fais semblant de t'y intéresser. »

Comment ça, aggravé ? pensais-je.

Après ces mots tranchants, plus aucun dialogue ne passait entre nous. Seul le bruit de la route se faisait entendre, mon père n'aimait pas la musique et encore moins la radio. Les clignotants me rendaient folle et le trajet s'éternisait jusqu'à l'hôpital. J'aurai dû y aller avec ma moto.

J'avais toujours détesté les médecins et encore plus les hôpitaux. Ils avaient cette étrange odeur de vieux et de neuf, de désinfectant et de médicaments périmés. Je suivais Charlie à grands pas, ne voulant surtout pas trainer derrière lui mais ne sachant où aller non plus.

Quelques étages plus hauts, nous entrions dans le centre gériatrique, aux soins intensifs.

Alors que mon père se dirigeait directement vers sa chambre, je m'arrêtais devant le bureau à l'accueil.

« Bonjour, » commençais-je. « Je suis Bella Swan, j'aimerais avoir les résultats d'examens de ma mère, Renée Swan. »

« Bien sûr. »

Elle imprima les documents attendus.

« Vous avez pris une décision ? » me demanda-t-elle en me tendant les feuilles.

Je levais un sourcil.

« Pour ? »

« Son admission aux soins palliatifs. »

Comment son état pouvait-il être aussi grave ? Comment mon père ne m'avait-il pas mise au courant de son état avant ? C'était inadmissible. Il dépassait clairement les bornes, c'était un bel abruti !

Je partis en direction de sa chambre, rangeant les feuilles dans mon sac, ne prenant pas la peine de lui répondre. Je tentais de garder ma colère de côté, de l'inhibée alors que je voyais ma mère allongée sur ce lit, un masque d'oxygène sur le visage et des fils sortir de ses bras. L'odeur était encore plus forte dans cette pièce.

Mon père lui prenait la main et caressais ses cheveux, anciennement bruns à l'instar des miens. Les rares fois où j'observais de la compassion venir de mon père était dans ces moments-là, en présence de ma mère. C'est pour cette seule raison que je sais qu'il a un cœur, d'ailleurs.

En me voyant, elle me sourit et me tendis la main. Doucement, je la pris. Elle était si froide, la sensation me donna la chair de poule. Ses yeux brillaient alors qu'elle me regardait.

« Ton père m'a dit que tu partais à Paris ? »

Un sourire illuminait mon visage. Il lui avait dit. Cela signifiait quelque chose.

« Oui, une grosse promotion à la clé, » souris-je. « Je pourrais être chef d'entreprise, comme j'ai toujours voulu. »

Elle acquiesçait doucement avec une petite toux.

« Promets-moi une chose, Bella. »

« Tout ce que tu veux, maman. »

« Fait tout ce qui est en ton pouvoir pour avoir ce poste. »

J'étais surprise qu'elle me fasse promettre ça. Et j'étais encore plus surprise d'accepter, de lui promettre de réaliser ce rêve, de tout faire pour devenir patronne de LNL.

« Bien. Je t'aime, ma fille. »

Une émotion nouvelle parcourra mon être. La main qui tenait la sienne trembla légèrement, je ressentais une boule se former dans ma gorge et mes yeux s'humidifier. Je peinais à prendre ma respiration alors que je lui renvoyais les trois petits mots, ces trois mots que je n'avais pas entendus souvent au cours de ma vie.

« Je t'aime aussi. »

***…***…***

Une fois dans la chaleur de mon appartement, dans la sécurité, dans la solitude que m'apportait ces quatre murs, je laissais les émotions de cette journée m'envahir.