CHAPITRE XVII :

La cabine très contiguë ne possédait qu'une couche ainsi qu'un bureau, la seule vue sur l'extérieur étant un hublot, mais pour le moment la seule source de lumière restait la bougie posait sur le bureau. Elle s'assit sur l'unique chaise et contempla les infimes mouvements de la flamme dorée, le son étouffé d'une chaîne glissant le long de la coque lui parvint, Jack venait très certainement de jeter l'ancre. En effet, la porte de la cabine s'ouvrit et un Jack éreintait y entra. Il traîna les pieds et tomba lourdement sur la couchette. Crystal ne le quitta pas des yeux, il dut sentir le poids de son regard car il tourna la tête dans sa direction et la fixa.

_ Vous semblez ne pas avoir fermé l'œil depuis plusieurs jours. Attesta t-elle.

_ Que croyez-vous, je n'allais pas jeter l'ancre chaque soir pour pouvoir dormir, marmonna t-il dans la couverture, je devais distancer tous problèmes. Mais ce soir, j'ai bien l'intention de me reposer quelques heures, nous sommes à l'abri pour le moment... il se redressa subitement, mais qu'êtes-vous en train de faire ? Ragea t-il.

Elle reporta son regard sur la bougie, elle avait oublié de retirer sa main de la flamme avant arrivée du pirate. Sa peau rougissait à vue d'œil et des cloques apparurent, l'odeur devenait insoutenable, elle ne ressentait pourtant rien et le spectacle des pustules éclatants sous la brûlure constante l'attirait inexorablement. Bientôt la peau de ses doigts se recroquevilla, ses ongles noircirent, ses os craquèrent. Jack bondit et tira son bras en arrière, il fixa le moignon restant les yeux exorbités de dégout. Un rayon de lune soudain envahit l'espace contiguë et se refléta sur la jeune femme, au regard de son compagnon elle comprit qu'il la voyait telle qu'elle était réellement, les phalanges calcinées reprirent leur place et la main squelettique reprit forme humaine. Jack la tenait toujours au bras et quand la lune disparue derrière un nuage il observa l'étrange phénomène s'inverser, la main brûlée était à présent normale sans aucunes marques. Il la relâcha et se rassit au bord du lit les yeux écarquillés. La jeune femme vit du dégout passait devant les prunelles sombres, une larme roula sur sa joue, elle se releva rapidement et quitta sans mots dire la cabine, la tête dans les mains. Jack ne l'avait pas retenu, était resté là assis le regard fixe, comme choqué. Elle gagna l'avant du navire et s'y réfugia comme à son habitude. Elle glissa dos à la proue, s'assit à terre et pleura toutes les larmes de son corps.

Quand celles-ci vinrent à se tarirent, elle releva la tête et observa le cœur lourd l'apparition du Soleil et les différents changement de gamme de couleur du ciel. Jack sortit alors et gagna le gaillard d'avant, elle se douta qu'il allait venir relever l'ancre, elle se précipita donc vers celle-ci et de tout la force dont elle était capable, tenta de la relever. Il vint à elle le regard noir, la somma de le laisser travailler tranquille. Elle le regarda choquée de son ton, il semblait avoir changé, la voir sous la lune l'aurait-il poussé à la considérer comme... un monstre ? Elle voulait pleurer, mais son orgueil l'en empêcha. Elle lança subitement :

_ Si je vous rebute à ce point vous n'avez qu'à me tuer ?

_ Après ce que j'ai assisté cette nuit, je me demande bien comment je le pourrais ! Hurla t-il.

Il n'avait même pas nié, voulait-il donc vraiment la voir disparaître ? Les larmes affluèrent sans le vouloir, elle perdit toute contenance et s'accroupit à ses pieds, les mains jointes vers lui, elle lança désespérée :

_ Je vous en prie Jack tuez moi ! Je n'en peux plus, ne plus rien ressentir, ni la douceur des embruns sur mon visage ni même la chaleur de vos caresses... je ne supporte plus mon état, je me sens tellement horrible... hier j'ai bien vu votre dégout, je ne saurais rester plus longtemps ici à endurer cette... non ce manque de douleur... je suis un monstre, voilà ce que je suis, un monstre... Jack part pitié, mettez fin à mes jours comme ils l'ont fait pour Bill. Attachez moi dont à l'un de vos barils de rhum et laissez moi quitter ce monde qui n'est plus le mien...

il tressaillit et lui tint les mains, avant de la forcer à se relever, il la prit brutalement dans ses bras et chuchota tout contre son oreille :

_ Allons Trésor, vous ne comprenez pas, Bill n'est pas mort. Ce qu'ils lui ont infligé est bien pire que la mort... vous êtes tous devenus immortels en somme après avoir piller le trésor, vous ne pouvez donc absolument pas mourir.

Elle tressauta dans ses bras et releva la tête vers son visage.

_ Mais alors...

_ Bill n'est pas mort, toutes les minutes il meurt étouffé par le manque d'air ou sous le poids de la colonne d'eau, mais de part la malédiction, il revient sans arrêt à la vie. Il est donc coincé la dessous et forcé de revivre chaque minute sa mort. Il resserra son étreinte. Ne me demandez jamais plus cela, m'entendez-vous ! Personne au monde ne devrait être permis de subir une telle atrocité.

Après cela, les jours s'égrainèrent sans fin. Ils dérivaient sans but précis, au début Crystal s'était porté volontaire pour l'aider à la tâche et ainsi lui permettre de prendre de petites pauses. Pauses où il s'enfermait constamment dans la minuscule cabine à se saouler au rhum. Elle avait vite fait le tour, la cale, elle aussi de taille réduite, ne contenait que très peu de vivres mais surtout des barils de rhum à foison. Elle avait tenter d'en boire quelque peu mais avait vite déchanté, son corps ne supportait plus l'apport de substances quel qu'elles soient. Un matin, alors que Jack dormait, semble t-il, elle était monté au nid de pie et avait tenter non sans crainte, un prodigieux plongeon. Pensant ainsi, qui c'est, se tuer sur le coup. Hélas, hormis boire la tasse comme jamais il ne lui avait été permis, elle était restait en vie et pour couronner le tout, à son réveil Jack la voyant trempée jusqu'aux os, l'avait blâmé comme une petite fille. Depuis, elle attendait là, la barre à la main qu'il vienne la relever.

Néanmoins, à présent ils avaient un but, Jack lui avait parlé d'une vieille amie qui selon lui serait surement à même de les aider. Crystal n'était pas dupe, s'il voulait les emmener chez cette femme c'était aussi, et surtout, pour avoir quelqu'un d'autre à qui parler. Elle se doutait que sa compagnie n'était pas des meilleures, à toujours voir le mal partout, à prêcher le faux. Elle le sentait s'éloigner d'elle jour après jour. De plus, elle ne pensait pas s'être autant attaché à lui mais la distance qu'il mettait entre eux la tuait, elle avait mal au cœur et cette douleur lui faisait tout autant du bien. Après toute ces semaines à ne plus ressentir la douleur, celle qui la rongeait de l'intérieur atténuait ses envies de suicides.

Soudain, elle aperçue la terre droit devant. Rapidement, elle maintint la barre en place à l'aide du cordage et descendit au pas de course la volée de marche avant de venir tambouriner contre la porte de la cabine. Elle entendit un grognement lui répondre, elle ouvrit, avisa du tas informes de draps et de vêtements amoncelaient sur la couchette et cria que la terre était en vue. Jack émergea lentement des couvertures et la fixa le regard embué, il bailla à s'en décrocher la mâchoire, se frotta les yeux ourlés de khôl et se redressa. Elle laissa la porte ouverte et regagna la barre. Sur cette île se trouvait la fameuse « vieille » amie du pirate et, elle l'espérait, ses espoirs de survie...