CHAPITRE XVIII :
Jack ramait depuis un moment, ils avaient engagé la chaloupe dans l'embouchure d'un fleuve et avaient pagayé contre le courant jusqu'à atteindre, ce qui de loin lui avait paru une forêt somme toute banale, mais qui était en réalité un bayou composé de palétuviers. Bientôt, elle aperçue des cabanons isolés où nulle lumière n'en filtrait. Étaient-ils habités ? Et si oui, qui voudrait vivre ainsi entre la mangrove et les arbres aux racines aériennes ? L'endroit semblait étouffer sous cette végétation particulière, d'ailleurs toute faune, toute flore s'étaient adapté à ces conditions de vie, mais ce pouvait-il que des hommes... Derrière un enchevêtrement de racines il lui sembla discerner un faible halo de lumière et lorsque la chaloupe termina son virage, elle vit une cabane, plus grande que les autres, fixée au tronc et racines d'un des plus imposant palétuvier. Jack y fixa un cordage et entreprit de passer devant, il enjamba la jeune femme et posa les pieds sur le ponton, puis il se retourna et lui tendit la main. Un frisson la parcourut, elle prit la main du pirate et grimpa elle aussi sur le petit quai. Il pivota des talons et approcha à grands pas de la porte, qu'il repoussa rapidement sans même frapper, Crystal le suivit et s'engagea à son tour. Une sueur froide lui remonta l'échine, l'endroit était composé de nombreuses étagères où des paniers d'osier et des bocaux aux compositions les plus diverses et repoussantes reposaient là en équilibre instable. Elle pivota vivement la tête sur sa gauche, un python albinos la fixait de ses yeux rouges sang, elle voulut hurler lorsque son pied heurta un bocal d'œil blancs aux regards morts, il roula et fut stopper par un bureau. Elle releva la tête et vit l'occupante des lieux, la peau sombre, les yeux injectés de sang, les dents noires, elle semblait en pleine discussion avec Jack.
_ A ce que j'ai pu entendre tu aurais violemment affolé les habitants de Nassau, je vois que mes services t'auront été très utiles. Parlait-elle la voix grave et le regard vitreux.
Soudain, elle parut remarquer la présence de la jeune femme et se releva brusquement. Elle pointa un doigts au long ongle noirci et sale vers elle, ouvrit la bouche comme pour parler puis la referma, elle porta son doigt à sa lèvre inférieure le regard vide posait sur Crystal. Elle retourna la tête vers Jack et elle put enfin respirer.
_ Jack ! je t'avais pourtant mis en garde sur le trésor Aztèque ! Pourquoi as t-il fallu que tu t'y rendes malgré tout ? Psalmodia t-elle. Se qui me surprend c'est que toi tu n'en sois pas affecté... continua t-elle pour elle même.
Elle avait compris, elle savait que la jeune femme était affectée de la malédiction Aztèque... comment avait-elle fait ? Ni Jack, ni elle n'en avait pourtant soufflait mots avant de pénétrer ici. Néanmoins, Crystal, le cœur soudain emplis d'espérance, parcourut la distance qui la séparait du bureau et y posa les mains à plat brusquement.
_ Je vous en supplie, aidez moi ! Je ne voulais pas voler ce trésor, je ne connaissais pas l'existence de cette malédiction et l'ai découvert à mes dépends. Jack n'y est pour rien dans cette histoire, c'est Barbossa qui nous y a emmené, il a fait acheminer chaque pièces du coffre sur le vaisseau... Seigneur, elle baissa la tête les larmes à yeux, ce n'est qu'après plusieurs jours que nous nous sommes sentis différents... il ne voulaient me croire que nous étions maudits... ses jambes tremblèrent, elle se laissa glisser au sol, je n'arrive plus... je n'en peux plus... je voudrais tellement que tout cela cesse... je vous en prie Madame ! Aidez moi ! Et si le seul moyen possible est ma mort alors... alors... j'en conviendrais sans hésitations... elle se prit la tête dans les mains et termina dans un souffle, je voudrais tellement pouvoir mourir...
Les deux autres personnes présentent dans cette pièce avaient écouté sans bruits son discours. La femme fixa du regard Jack et hocha négativement la tête avant de se retirer dans la salle adjacente. Le pirate regarda impuissant la jeune femme recroquevillait au sol, elle avait cessé de sangloter, elle ne pleurait plus autant qu'avant, son cœur se durcissait plus chaque jours qui passaient, elle s'éloignait aussi de plus en plus, se refermant sur elle même. Il fit un pas puis deux vers elle, l'atteint, lui prit un bras et la força à se relever. Il croisa son regard et tressaillit, il voyait la mort dans ces yeux de glace. Ce pouvait-il qu'il soit déjà trop tard...
_ Tia, n'a t-il vraiment rien que tu puisses faire ? Souffla t-il le cœur battant sourdement dans ses oreilles, le corps froid de le jeune femme tout contre lui.
_ Hélas non, je ne peux rien y faire... son destin est entre les mains d'Hector maintenant...
_ Bien, nous allons donc te laisser...
Il laissa Crystal rejoindre la chaloupe et lui emboita le pas.
_ Jack ! Le retint Tia Dalma.
Il se retourna et attendit.
_ Qu'as tu l'intention de faire ? Son cas ne va faire que s'aggraver.
_ Je pense la conduire jusqu'à la baie et l'y laisser entre de meilleures mains que les miennes... je ne peux d'autant pas plus la garder à mes côtés et la voir dépérir au fil des jours... soupira t-il.
_ C'est une sage décision Jack. Mais toi que feras tu ?
Il releva la tête le regard noir.
_ J'irai rendre une petite visite de courtoisie à Hector, il fend la mer à l'heure qu'il est avec mon bâtiment, il ne peux en être ainsi plus longtemps...
_ Méfie toi de Davy Jones Jack, il tient toujours ses promesses et un jour ou l'autre il viendra te réclamer son dû !
_ Oh lui ! Je l'attendrais de pied ferme, il rit.
_ Méfie toi Jack tu ne sais pas tout de lui...
_ Oui oui Tia, la coupa t-il, nous verrons ça au moment venu. Puis il quitta la cabane et laissa sa vieille amie seule comme toujours avec elle même et ses démons.
