Chapitre 2: Le livre dont l'histoire s'écrit toute seule.
Le train avait démarré depuis maintenant une bonne heure. Il leur en restait au moins quatre à passer dedans. Kôkô se trouvait apparemment après Crocus, près de la chaine de montagne au Sud-ouest du continent. Levy n'était jamais allée dans cette partie de Fiore, au moins elle verrait du pays, c'était le point positif. Et elle priait aussi pour qu'il ne fasse pas trop froid puisque la ville était à flanc de montagne.
Regardant les paysages défiler par la fenêtre avec sa musique sur les oreilles, elle s'imaginait ce qu'il pourrait se passer durant cette mission. Et surtout avec ce "Monstre". Le combat semblait inévitable à présent. Bien sûr maintenant Gajil était avec elle, mais ça ne l'empêchait pas de se faire du mauvais sang… Surtout pour lui. Elle appréhendait l'idée de se battre, mais elle savait qu'il faudrait faire face à un moment donné. Elle espérait juste ne pas être trop inutile. Malgré le fait que Gajil lui ait déjà dit ses quatre vérités à ce propos, elle ne pouvait s'empêcher de se sentir encore faible par moments et avait du mal à prendre confiance en elle. Elle soupira profondément, vaguement lassée par la monotonie du voyage et stoppa sa contemplation du paysage pour se tourner et observer le Dragon Slayer, assis en face d'elle. Le front contre la vitre, il paraissait lui aussi perdu dans ses pensées, et tout comme elle, il avait des écouteurs braqués sur ses oreilles. Sur le moment, Levy se demanda ce qu'il pouvait bien écouter comme musique, mais sachant pertinemment qu'il ne le lui dirait pas, elle reporta son attention sur ce qu'il se passait dehors, n'ayant pas envie qu'il remarque qu'elle le reluquait. Au bout d'un moment, fatiguée parce qu'elle n'avait rien à faire, elle ferma les yeux et somnola pendant tout le reste du trajet.
Lorsque le train s'arrêta enfin à leur station, Gajil la secoua pour la réveiller et Levy et lui furent les seuls à descendre, ce qui leur parût étrange au vu du paysage hors du commun qu'ils découvrirent en quittant la gare.
A peine sortis, ils se retrouvèrent dans l'allée centrale de la ville. Située à flanc de montagne, on la voyait s'élever et se perdre dans le ciel juste derrière les maisons. Ils aperçurent aussi une forêt à droite, un peu plus éloignée du village. A gauche, c'était juste la chaîne de montagne qui se prolongeait à perte de vue. Il ne faisait aucun doute que c'était à cause de ce "monstre" que personne ne venait, autrement il n'y avait pas de raisons, le cadre était vraiment magnifique. Il faisait un peu froid, Levy était contente d'avoir son gilet, mais c'était supportable. Il n'y avait pas de quoi se plaindre.
- Qu'est ce qu'on fait maintenant ? Demanda Gajil en baillant et en s'étirant, un peu endormi par le voyage.
Stoppant son admiration du paysage, Levy se tourna vers lui avec un air indécis et proposa, hésitante:
- Et bien, je suppose qu'on va voir le maire pour remplir les formalités. A part lui, je ne vois pas qui aurait envoyé cette mission à Fairy Tail.
- Ouais, c'est parti alors.
Tout les deux se dirigèrent vers la rue centrale qui séparait la ville en deux, remarquant ça et là des maisons en ruines. C'était étrange, on aurait dit qu'une bombe était tombée dessus, car celles d'à coté n'étaient pas forcément dans le même état. Gajil plissa les yeux en remarquant ce détail et renifla bruyamment, avant de laisser tomber, n'y accordant pas beaucoup d'importance. Quelques habitants les regardaient étrangement, du genre de se demander ce qu'ils faisaient là. Et ça se comprenait, ils étaient totalement perdus. La ville avait beau être grande, il y avait très peu d'indications. Donc, Levy décida d'aller demander son chemin à quelqu'un, puisque le Dragon Slayer refusait catégoriquement de le faire. Voyant une petite fille jouer dans la rue elle s'approcha doucement, ignorant les grondements qu'émettait régulièrement le mage derrière elle.
- Coucou ! Excuse moi de te déranger, mon ami et moi cherchons la mairie, tu sais où elle se trouve ? Demanda la jeune fille en s'accroupissant devant l'enfant en face d'elle.
En voyant l'aura menaçante de "l'ami" de Levy, la petite fille pâlit et écarquilla des yeux terrifiés. On pouvait comprendre. Le mage d'acier la regardait l'air de dire "parle ou je t'égorge, vermine". Et la mage aux cheveux bleus le remarqua bien.
- Gajil tu lui fais peur, va-t-en, soupira-t-elle.
Le Dragon Slayer grogna et imita la voix de Levy d'une manière ridicule avant de se retourner et de s'éloigner les mains dans les poches en shootant des cailloux. La mage leva les yeux au ciel avant de reposer sa question. La petite fille lui expliqua que la mairie se situait juste au bout de la rue, un peu plus haut, sans quitter des yeux le Dragon qui leur tournait le dos en maugréant un peu plus loin. Chose qui exaspéra encore plus le mage d'acier puisqu'ils auraient pu trouver sans problème leur chemin et n'auraient pas eu besoin de demander. Ignorant son ami qu'elle trouvait bien ronchon aujourd'hui, elle remercia la fillette et se dirigea vers l'endroit indiqué. C'est seulement au bout d'un moment qu'elle remarqua quelque chose d'étrange.
- Dis Gajil, y'a un chat qui nous suit depuis avant, chuchota-t-elle.
- … Quoi ? Demanda ce dernier, abasourdi.
Il regarda la jeune fille comme si elle était devenue folle puis se retourna et observa derrière lui, histoire de vérifier. En effet, il y avait un chat. Il était gris et assez grand pour son espèce. Cependant, lorsqu'il vit que les deux mages l'avaient repéré, il fit quelque chose de vraiment suspect. Il alla sa cacher dans une ruelle et ne laissa dépasser qu'un quart de son visage et un de ses yeux d'une drôle de couleur pourpre. Le Dragon Slayer plissa les yeux, mais n'y prêta pas attention et se remit à marcher. Inquiète, Levy jetait parfois des regards derrière elle pour que la même scène se répète et que l'animal se cache à nouveau. Lorsqu'enfin les deux mages arrivèrent à la mairie, il disparut finalement. Etrange…
Les deux mages entrèrent et se présentèrent au secrétariat où travaillait une femme qui ressemblait étonnement à Evergreen, en plus strict et avec des habits plus… décents. Assise à un grand bureau au milieu de la pièce et occupant tout l'espace, elle triait des papiers avant de les ranger dans de drôles de tiroirs.
- Euh, bonjour. Excusez nous de vous déranger, nous venons pour la mission. Commença Levy en tendant la feuille qu'elle avait prit soin d'emmener au cas où.
La dame se redressa, attrapa le formulaire et l'inspecta d'un air calculateur. Avec un grand sourire elle s'empressa de la rendre à la mage et d'aller toquer à une porte à sa gauche pour les annoncer avant de les faire entrer et de refermer derrière eux. Ils eurent à peine le temps d'observer la pièce autour d'eux avant qu'un homme de grande taille en costume ne les assaille quasiment. A moitié chauve, il avait une drôle de moustache grise. Elle était très longue puisqu'elle lui descendait en dessous du menton, un peu comme un viking. Et elle était bouclée aussi, étrangement. Il avait l'air d'être dans la force de l'âge vu à quel point il bougeait et gesticulait.
Il arriva comme une furie et serra la main de Levy avec vigueur, manquant de peu de la lui arracher mais faillit se la faire broyer lorsqu'il tenta la même chose avec Gajil ce qui fit qu'il se calma de moitié. La mage fit rapidement les présentations, expliquant pourquoi ils étaient venus et ce qu'ils savaient faire avant que l'homme ne se présente à son tour, souriant comme s'il était le plus heureux du monde en cet instant.
- Je m'appelle Fiorenzo, ravi de vous rencontrer. Je pense que vous l'aurez compris, je suis le maire de Kôkô. Vraiment je suis transporté de savoir que des mages tels que vous aient décidé de nous aider, c'est fantastique ! Alors comme ça vous venez de Fairy Tail ? Même ici on entend parler de vous, votre renommée n'est plus à faire, babillait-t-il.
La capacité qu'il avait à parler vite sans s'arrêter ni reprendre son souffle était juste spectaculaire. Et agaçante aussi au bout d'un moment. Levy rougit, gênée par tant de compliments. Mais ce ne fut pas le cas de Gajil.
- Oui c'est ça. En attendant, est ce qu'on pourrait voir la raison pour laquelle on est ici ? Demanda-t-il sans aucune autre forme de politesse.
La mage des mots lui jeta un regard lourd de reproches auquel il répondit avec joie par un de ses meilleurs airs agacé. Même si elle aussi désirait commencer le travail le plus rapidement possible, ce n'était pas une façon de couper quelqu'un en plein interrogatoire, si on pouvait appeler cela ainsi. Heureusement, Fiorenzo ne le prit même pas mal et changea directement de sujet en les emmenant dans une pièce derrière son bureau, remplie d'objets et de livres, tous plus anciens les uns que les autres. Dont un en particulier, placé sous verre et fermé par un gros cadenas qu'il entreprit d'ouvrir. Apparemment c'était celui qu'ils devaient traduire. Il réussit finalement à le sortir et le tendit à Levy qui l'attrapa précautionneusement. La couverture était d'une couleur verte, un peu délavée par les années. Le seul problème visible, et bien…
- Dites, coupa Gajil en observant l'objet par-dessus l'épaule de Levy. On peut encore considérer ça comme un bouquin ? Il fait quoi ? 10 pages ?
Oui, le livre était extrêmement fin. Et il n'y avait pas que ça. En l'ouvrant doucement, Levy mots remarqua qu'une seule de ses pages était écrite. Et la mise en page était bizarre. Il y avait comme un cadre composé de petits symboles étranges, formant des phrases, et au milieu de la page, encore d'autres caractères, écrits en plus grand. Aussitôt le maire s'empressa de tout leur expliquer.
- Oui c'est normal. A vrai dire c'est un livre magique. Nous l'avons fait examiner par des experts du conseil de la magie et ils ont découvert que le livre s'écrit au fur et à mesure grâce à un ancien sortilège. Ils pensent aussi que ces signes au milieu sont des sortes d'énigmes ou d'indices qu'il faut élucider en plus de les traduire, pour accéder à la suite. Et aussi que ceux d'à coté sont juste des informations, comme en donnerait un vrai livre.
- S'ils ont trouvé tout ça, ils auraient pu traduire aussi nan ? Tout pour ne pas se fouler hein ? Rétorqua le Dragon Slayer.
- Malheureusement non, parce que c'est une langue qu'ils n'ont jamais vu.
- Nous étudierons tout ça au calme, d'accord Gajil ? Coupa la mage aux cheveux bleus, voyant bien que le mage d'acier ne tarderait pas à sortir une bêtise, même s'il en avait déjà dit beaucoup.
Elle ne voulait pas être en froid avec le maire par la faute de cet imbécile.
- Mmh., grommela-t-il. Et dites, j'ai encore une question. C'est quoi cette histoire de monstre non identifié ?
Et apparemment c'était à son tour de poser des questions et au maire de répondre.
- Ah oui. A vrai dire cela fera bientôt six mois que nous attendons que des mages viennent nous aider à ce propos. Mais j'imagine qu'ils prenaient cela pour une blague et par conséquent personne n'est venu. Nous avons donc décidé d'inverser les choses et de mettre la traduction du livre au premier rang pour voir si des mages seraient prêts à nous aider.
- Ouais d'accord, mais c'est vrai que c'est idiot de dire que vous n'avez pas vu votre agresseur alors que ça fait six mois qu'il vous persécute.
- C'est pourtant la vérité. Il attaque toujours la nuit, et jamais à une date fixe. Nous ne pouvons pas prévoir quand il frappera, cela peut être ce soir ou bien dans un mois. Il y a parfois des signes avant coureurs, du bétail qui disparait, mais malgré cela nous ne sommes jamais réellement préparés à ses frappes. Et justement parce qu'il ne s'approche quasi jamais du village, nous ne savons pas ce que c'est. La montagne offre de nombreuses cachettes et il arrive à frapper sans être vu, ce qui nous cause beaucoup de soucis. La seule certitude que nous ayons à son sujet est qu'il est immensément grand vu comment la terre tremble lorsqu'il s'approche.
- Mouais. Bon après tout c'est moi qui m'en charge, je vois pas où est le problème, je l'abattrai quand même, termina le Dragon avec un sourire sûr de lui.
Levy examina une dernière fois le livre avant de le ranger dans son sac. Elle commencerait à travailler au calme lorsqu'ils seraient seuls.
- Très bien, je vais vous conduire à l'hôtel, veuillez me suivre s'il vous plait, déclara Fiorenzo en voyant qu'ils avaient tout ce qu'il fallait.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Ils sortirent du bâtiment et traversèrent la ville à grands pas, montant un peu plus en altitude puisque apparemment leur hôtel se situait en hauteur. Et même ici, ils virent une bonne quantité de maisons en ruines, c'était désolant. Et surtout ils se demandaient quel sorte d'être vivant était capable de faire autant de dégâts matériels. Et le fait qu'il soit "immensément grand" n'était pas forcément une excuse à tout.
Enfin ils arrivèrent devant un grand bâtiment de la même couleur gris-blanc que la montagne, et qui surplombait toute la ville. Il n'était pas forcément très grand, mais l'architecture était très jolie, avec des formes simples mais bien calculées. Ils passèrent une grande porte et Fiorenzo les laissa à la réception, repartant régler ses affaires. Les deux mages se firent conduire à leur chambre et prirent le temps de regarder l'intérieur de la bâtisse. L'hôtel était assez simple mais très joli. Tout était fait en bois à l'intérieur, un escalier permettait d'accéder aux étages et il y avait énormément de fenêtres, laissant voir le fabuleux paysage. Même si il n'y avait qu'eux à y loger pour l'instant. Vous comprendrez qu'ils eurent le droit à la meilleure suite.
- Je hais les hôtels. Déclara subitement Gajil lorsqu'ils se retrouvèrent seuls.
- Pourquoi donc ? Demanda Levy en lui adressant un regard surpris.
En bougonnant le mage d'acier ouvrit la porte de la chambre à la volée et s'empressa de grogner :
- Parce qu'ils ont toujours que des lits deux places. Voila pourquoi.
Juste après avoir grogné cette phrase, il s'effondra sur ledit lit -qui était effectivement deux places- et soupira bruyamment avant de se tourner et de se retourner dans tous les sens sur les couvertures. Levy écarquilla les yeux, bouche bée devant ce drôle de spectacle.
- Qu'est ce que tu fais ? Interrogea-t-elle d'un air abasourdi.
- J'marque mon territoire, ironisa le Dragon Slayer en lui tirant la langue avant d'ajouter: nan je regarde juste si c'est assez confortable.
La jeune fille rougit face à la remarque du Dragon et se détourna rapidement, le laissant faire ses cabrioles en paix. Et aussi parce que soudain, une petite voix dans sa tête lui avait murmuré : "et si tu allais le rejoindre et faire la même chose ?" Elle se serait donné une gifle.
Ils n'avaient pas eu droit à une chambre, c'était carrément une suite. Avec un immense séjour composé de deux gros canapés, d'une table en bois ronde et d'une grande télévision, d'une salle de bain splendide et assez grande pour contenir une famille de quinze personnes au moins, et bien sûr, le joli lit deux places. C'était sans doute le seul point négatif. Jamais elle n'arriverait à dormir avec lui à coté d'elle ! Il fallait qu'elle trouve une solution. Sinon, à part ça, ils avaient une vue magnifique sur le village en dessous et le paysage au loin.
C'est au moment où Levy se mettait à l'aise et s'asseyait sur le canapé que Gajil ressortit, tout décoiffé mais l'air content de lui. Le lit était confortable, nouveau point positif.
Mais les deux mages, trop occupés à poser leurs affaires et à s'installer ne remarquèrent pas le drôle d'oiseau gris et noir qui s'envola de la fenêtre où il était perché.
Lorsque la jeune fille eut déposé toutes ses affaires là où elles devaient être et se soit finalement habituée à l'agencement de la suite, elle prit son sac et s'installa rapidement à table, Gajil derrière observant tous ses faits et gestes d'une manière absolument gênante.
- Bon commençons !
Levy se frotta les mains d'un air joyeux et motivé et ouvrit le livre avant d'examiner les caractères qui y étaient écrits. Même si elle n'eut pas à le faire bien longtemps, puisque, quelle surprise, Gajil trouva avant elle. Regardant le livre par-dessus son épaule, il plissa les yeux et devança la mage.
- Louche. Qu'est ce que fait un livre écrit en ancien dragon dans ce village de campagne ?
- Tu connais cette écriture ?
La jeune fille fit un bond sur sa chaise en se retournant vers lui, les yeux lui sortant quasiment de la tête. Elle l'a connaissait aussi, mais voir le Dragon Slayer la trouver avant elle était sidérant.
- Un peu. Juste de vue en fait. Metallicana m'avait une fois montré un bouquin du même genre, mais vu que c'est un langage qui a disparu il y à au moins trois cent ans, il a pas jugé bon de me l'enseigner, avoua-t-il en fourrant ses mains dans ses poches et en regardant ailleurs.
En gros, elle aurait tout de même besoin de ses livres pour traduire. Et elle le ferait sans l'aide du Dragon Slayer qui venait de s'affaler sur le canapé et d'allumer la télé, maugréant dans sa barbe. Rapidement, Levy sortit ses livres et se retrouva entourée d'une trentaine de gros volumes. Maintenant elle pouvait y aller.
Ouvrant rapidement le fin livre vert, elle attrapa trois de ses gros dictionnaires et se mit à traduire mot à mot sur une feuille à coté d'elle, les inscriptions qui constituaient le cadre. Ce qu'elle pensait se confirma, c'était bien des dragons qui avaient écrit ce genre d'ouvrage. C'est pour ça qu'ils l'avaient ensorcelé. Adorant les énigmes et autres casse-têtes, c'était typique de leur part.
La nuit venait juste de tomber et on vint leur servir à manger lorsque la mage termina la première page du livre. En gros, les phrases du cadre décrivaient le caractère des dragons, expliquait comment ils avaient ensorcelé le livre, et d'autres choses de ce genre. Et au centre, le texte disait :
"Maintenant que vous êtes arrivés,
L'aventure peut commencer.
Je suis là pour vous aider,
Mais il faudra d'abord me décrypter."
Ça avait le mérite d'être clair. Apparemment le livre était conscient que quelqu'un cherchait à percer son secret. Lorsqu'elle lui récita cette espèce de… "poème-énigme", Gajil grogna que les rimes étaient idiotes avant de retourner à son repas.
Maintenant qu'elle avait traduit la première page, il fallait attendre pour la seconde, comme l'avait précisé le livre. Exténuée et n'ayant plus grand-chose à faire, Levy se dirigea vers la salle de bain pour prendre un bon bain et se détendre, laissant Gajil seul dans le salon. Elle eut quelques difficultés pour régler l'eau, ne sachant pas trop comment fonctionnait leur nouvelle douche haute technologie, mais elle finit par gagner et réussit à se laver tranquillement. Au bout d'une demi heure passée sous le jet d'eau chaude, elle se mit en pyjama, enfila un peignoir et sortit. La première surprise qu'elle vit fût que Gajil n'était plus dans le salon et ni dans la chambre. Sans doute sur le toit; les Dragons Slayers, aimaient beaucoup être dehors, elle le voyait souvent avec Natsu et Wendy, c'était donc tout à fait possible. Et la deuxième surprise fut qu'une deuxième page du livre venait de s'écrire. Gajil attendrait, elle voulait continuer maintenant. Enfin, elle ne traduisit que l'énigme au milieu, c'était le plus excitant après tout. Elle ferait le reste demain, ils n'étaient pas pressés. Contente et fière d'elle, elle sortit de la suite et se dirigea vers le toit trente minutes après avoir commencé à traduire la deuxième page. Et cette fois l'énigme était:
"Passe partout, il est parmi vous.
Changeant de forme selon ses envies.
Depuis que vous êtes ici, il vous suit.
Prenez garde à lui,
Il n'est pas votre ami."
Celle-ci inquiétait un peu Levy. Qu'est ce qu'il voulait dire par "il vous suit" ? Sans parler de deux dernières phrases tout aussi inquiétantes. Perdue dans de vagues suppositions, elle monta un petit escalier et ouvrit la porte menant au toit, laissant s'engouffrer une bourrasque dans le couloir, avant de voir le Dragon Slayer, assis près du bord. Et bien, au moins il n'avait pas le vertige. Il regardait la Lune qui éclairait les sommets enneigés des montagnes toutes proches d'une lumière douce. Ses longs cheveux ébène flottaient gracieusement au vent, lui faisant comme une cape noire dans le dos. Les yeux perdus dans le vague, il ne se retourna pas lorsque Levy passa la porte, même si ça ne faisait aucun doute qu'il l'avait entendue. Elle s'assit finalement près de lui, tâchant de ne pas regarder le sol, plusieurs mètres sous eux. En soupirant elle admira aussi la montagne, ne sachant pas quoi dire pour entamer une conversation, et savoura ce calme apaisant si rare à trouver. Et finalement, ce fut Gajil qui brisa le silence :
- Alors, tu en es où ? Demanda-t-il en se tournant vers elle.
- J'ai réussi à traduire une partie de la deuxième page, qui est apparue après. Elle m'inquiète un peu à vrai dire.
La jeune fille lui récita ce que disait le texte et le Dragon Slayer fit la moue.
- Mouais, je suis pas forcément convaincu, s'il nous suivait vraiment, on l'aurait déjà remarqué non ?
- Je ne sais pas. C'est étrange tout de même.
Gajil grogna en guise de réponse, reportant son attention sur l'horizon. Il était tard, toute la ville était endormie à présent, la seule lumière qu'on voyait provenait de l'astre au dessus d'eux.
- C'est beau tu ne trouves pas ? Soupira-t-elle en se tournant vers le mage d'acier.
- Mmh.
- Allez, arrête de te la jouer renfermé et dit ce que tu penses.
- Comme si ça intéressait quelqu'un de savoir ce que je pense, grogna-t-il en regardant ailleurs.
- Moi ça m'intéresse.
- Hmpf.
Il croisa les bras et fit la moue en guise de réponse, se refermant comme une huitre, sous le regard inassouvi de la jeune fille qui n'avait pas obtenu sa réponse. Heureusement pour le Dragon Slayer, la conversation allait vite être oubliée, remplacée par quelque chose de plus inquiétant.
Soudain un cri perçant traversa le ciel, comme un écho déchirant parvenu jusqu'à eux, qui disparut avec le vent aussi vite qu'il était venu. Les deux mages se relevèrent brusquement, observant l'horizon et les contours de la chaine de montagne noyée dans le brouillard, espérant sans doute l'entendre à nouveau et prouver que ce n'était pas le fruit de leur imagination.
- Qu'est ce que c'était ? Chuchota Levy en resserrant les bras autour de sa poitrine en un geste instinctif, fixant avec crainte le ciel.
- J'sais pas. Je rentre. Déclara Gajil d'une voix rauque.
Il se retourna vivement et son regard croisa celui de la mage aux cheveux bleus une fraction de seconde. Juste assez pour qu'elle note quelque chose d'étrange. Précipitamment, il claqua la porte et laissa la jeune fille toute seule dehors. Pourquoi… Pourquoi avait-elle lu de la peur et de l'appréhension dans ses yeux ?
Lorsqu'elle se décida enfin à descendre quelques minutes plus tard parce qu'elle avait froid, elle vit que le Dragon Slayer était déjà couché, seuls ses cheveux dépassaient de la couverture et son manteau était posé sur le canapé. Et en plus elle avait oublié cette histoire de lit deux place. Erreur fatale. Timidement elle s'assit sur le bord du lit avant de se glisser sous la couverture, chacun de ses gestes étant emprunt d'hésitation, de gêne et de nervosité. Raide comme un piquet et rouge comme une pivoine elle tira la couverture jusqu'à son nez et se cacha en dessous, observant discrètement le dos de son partenaire. Mon Dieu, si on apprenait qu'elle dormait dans le même lit que lui… Mais elle devait se raisonner, il n'allait rien se passer, il n'allait rien lui faire, même si c'était horriblement embarrassant. Surtout qu'il était torse nu, lui. Timidement elle chuchota un "Bonne nuit" auquel il répondit vaguement, déjà à moitié assoupi. En soupirant elle fit le vide dans son esprit et se détendit, sachant pertinemment que si elle se posait trop de questions elle ne s'endormirait pas. Finalement elle ferma les yeux, laissa ses pensées s'envoler ailleurs et plongea dans un profond sommeil.
