Note de l'auteur: Je crois qu'il va falloir vous attendre à ce que mes chapitres sortent à une heure indécente xD Il est 3h30 du mat... je suis vraiment irrécupérable =P En tout cas, bon chapitre ! Vous serez sans doute surpris par la fin ^^


Chapitre 4: Stupide Gajil.

Levy se réveilla difficilement et aussitôt elle sentit une énorme douleur lui parcourir le corps. Les yeux fermés, elle était prise de vertiges et avait l'impression que son cœur battait dans sa tête, la faisant haleter de douleur à chaque fois. Elle grogna et fit la grimace en sentant quelque chose de lourd peser contre son corps et l'étouffer à moitié. Elle tenta d'identifier ce qui l'entourait avec ses mains. Elle était allongée contre quelque chose de dur et de vraiment inconfortable. Et au dessus d'elle, quasiment écroulé contre son corps, il y avait Gajil. Non mais, sans gêne. Il était tellement lourd qu'il l'étouffait quasiment et restait collé à elle sans bouger. Quel culot ! Qu'est ce qu'il essayait de faire ? La tuer ? Parce que c'était bien parti. En faisant ça, il pensait peut-être qu'elle allait lui pardonner ? Alors ça, jamais !

En gémissant elle tenta de bouger, mais son corps était tellement faible et le Dragon Slayer était tellement lourd qu'elle utilisait le peu de forces qu'il lui restait pour rien. Et lui aussi ! Cet idiot ne pouvait pas se pousser ?

Soudain elle se raidit et à tâtons elle chercha le visage du mage d'acier. Elle se détendit imperceptiblement en sentant qu'il respirait encore. Mais au vu du liquide chaud et poisseux qu'elle sentit sur ses doigts lorsqu'elle frôla son front, il était sans aucun doute blessé et inconscient. Boulet.

C'est à ce moment là qu'elle commença aussi à paniquer. Elle n'y voyait rien, n'entendait rien, ne savait pas où elle était, si ce n'est que ce n'était sans doute pas à l'air libre. Et le silence assourdissant qui l'enveloppait était on ne peut plus inquiétant. Pour l'instant, elle se rappelait juste d'un cri effroyable, d'une lumière verte, puis d'une explosion. Et après rien. Elle ignorait s'il lui restait assez d'énergie pour tenter ce qu'elle allait faire parce qu'elle se sentait partir à nouveau, mais elle le fit quand même. Faiblement elle écrivit le mot "Light" et une lueur tremblotante la fit cligner des yeux et éclaira l'endroit où elle était. Aussitôt, avant même de pouvoir paniquer, elle sentit sa magie drainer ses dernières forces. Elle avait juste eu le temps d'apercevoir Gajil inconscient au dessus d'elle, empêchant des tas de gravats de lui tomber dessus, et de comprendre que l'hôtel s'était effondré sur eux avant que la lumière ne s'éteigne en même temps que sa conscience.


Lorsque Levy se réveilla à nouveau, cette fois elle était dans un lit. Elle en conclut qu'elle se trouvait dans une sorte d'infirmerie quand elle remarqua différentes armoires remplies de médicaments. Elle se releva en gémissant, sentant tous les muscles de son corps lui faire atrocement mal. Elle tourna alors la tête vers sa gauche, sursauta puis plissa les yeux en voyant Gajil, couché lui aussi dans un lit à coté d'elle. Il avait un gros pansement sur le front, apparemment il avait bel et bien été blessé. Et les souvenirs d'hier soir lui revinrent en mémoire, affreusement réels, affreusement intacts, affreusement douloureux. Et ceux de l'attaque qui avait détruit l'hôtel n'étaient rien comparés à la dispute qui avait eu lieu entre les deux mages, elle n'y pensait même pas. Elle se détourna vivement, retenant un rictus amer en se mordant la lèvre. Et elle pleura. De douleur. De rage. De déception. De tristesse. Elle ne savait plus quoi faire, quoi penser. Et Gajil… Qu'essayait-il de faire ? Quel jeu jouait-il ? D'abord il lui hurlait d'effroyables choses, et juste après il lui sauvait la vie ? S'il tentait de se faire pardonner, c'était raté, Levy n'était pas prête de le faire, pas aussi rapidement alors que la douleur menaçait de la submerger. Et lui, ce Dragon Slayer, comment arrivait-il encore à dormir où à se regarder dans une glace après ce qu'il lui avait dit ? Elle en ignorait peut-être la cause, mais maintenant elle ne voulait pas la connaître non plus. Elle ne voulait plus le voir, elle en souffrait trop. Et elle voulait qu'il paye, qu'il comprenne qu'on ne la manipulait pas sans conséquences.

Elle attrapa son sac posé au bas de son lit, sale mais intact après que tout se soit effondré. Plongeant la main dedans, elle soupira de soulagement en y sentant tous ses livres, toutes ses affaires et toutes ses notes. Parfait. Décidée, elle se leva et sortit, laissant celui qui l'avait blessée et humiliée tout seul. Il n'avait qu'à ronfler, elle ne serait plus là lorsqu'il se réveillerai.

Alors qu'elle s'approchait de la porte, une idée lui vint à l'esprit. Une petite vengeance, qu'il sentirait passer. Pour la première fois de sa vie, un sourire purement sadique éclaira son visage et elle observa le mage d'acier endormi d'un air mauvais. Cherchant sa plume dans son sac, elle s'appliqua à lui réserver une surprise des plus démoniaques.

Finalement, lorsqu'elle eut fini sa besogne, elle ouvrit la porte et la referma d'un geste sec. Et elle eut juste le temps de se retourner que Fiorenzo se jeta sur elle en hurlant des excuses, des remerciements à Dieu et des tas de questions sur son état de santé. Il lui expliqua qu'après que l'hôtel se soit effondré, ils les avaient trouvés tous les deux évanouis sous les décombres et s'étaient empressés de les amener au centre médical de la ville. Levy n'arrivait même pas à répondre à la moitié de ses questions tellement elles arrivaient vite, et aussi parce qu'elle voulait avant tout rester seule et ne parler avec personne. Mais elle s'efforçait de prendre un petit air enjoué et de répondre poliment, cachant tant bien que mal sa détresse intérieure. Personne n'était censé savoir ce qu'il s'était passé, elle avait été trop humiliée pour vouloir en parler. C'est alors qu'en plein milieu de son questionnaire, le maire remarqua le sac de la jeune fille passé en bandoulière ainsi que sa veste et s'interrompit avant de reprendre:

- Vous allez quelque part ? Non pas que ce soit par curiosité, mais ce n'est pas conseillé vu votre état.

-Ne vous inquiétez pas, je vais bien, mentit la jeune fille en ébauchant un sourire rassurant. J'ai juste envie d'aller me dégourdir les jambes et de m'éclaircir les idées.

- Très bien, faites comme chez vous, je vous fais confiance. Mais, et votre partenaire ? Il ne vous accompagne pas ? Demanda le maire en jetant un coup d'œil à la porte derrière la mage comme si elle espérait le voir sortir.

Sur le coup, Levy aurait aimé répondre : "Vous vous trompez, cet enfoiré n'est en rien mon partenaire" mais se ravisa et se contenta d'une réponse plus simple et plus polie:

- Non il n'est pas encore réveillé.

Et mieux valait pour lui que ce jour n'arrive pas. Avec ce qu'elle lui avait laissé, il allait vite le comprendre.

- D'un autre coté, ses blessures sont plus graves que les vôtres, même si elles restent superficielles. S'il ne vous avait pas protégée, cela aurait pu être plus grave encore, ajouta-t-il en hochant la tête d'un air appuyé.

A vrai dire, la jeune fille n'entendit même pas la seconde phrase. Elle entra dans sa tête et fut aussitôt expulsée. Donc elle se contenta d'hocher la tête à son tour et de prendre congé. Il fallait qu'elle s'en aille, qu'elle s'isole. Loin de lui. Parce que tout cela la rendait malade. Maintenant c'était à son tour de se retrouver seul. Sauf qu'elle n'avait pas l'intention de rentrer de sitôt.

Elle sortit rapidement et se retrouva dans la rue. Elle se dirigea vers l'épicerie de la ville qu'elle avait déjà repérée en fouillant dans ses poches pour voir si elle avait assez d'argent. Ensuite elle acheta de quoi manger pendant plusieurs jours et tout se dont elle aurait besoin pour ne pas revenir avant longtemps. Une fois que ce fut fait, elle passa devant ce qu'il restait de l'hôtel, constatant les dégâts. Le mot "en miettes" correspondait parfaitement, et même s'il n'y avait eu aucune victime grave, le spectacle était à vous paralyser sur place. Comment une créature était-elle capable de faire s'effondrer un aussi grand bâtiment en si peu de temps, en laissant si peu de traces et en réduisant tout en poussière ? Sa puissance devait être colossale. Enfin, c'était Gajil qui s'en occupait, pas elle, elle s'en fichait après tout.

Prenant une grande inspiration et tenant fermement son sac bien rempli maintenant, elle s'en alla. En direction de la forêt. Un endroit calme et apaisant dont elle avait besoin. Et si le Dragon Slayer était tenté de la suivre, il aurait d'autres surprises.

Après quelques heures passées à chercher un endroit où elle pourrait s'installer, elle finit par trouver une petite clairière isolée. Située à flanc de montagne, la pierre s'élevait un peu comme une falaise vers sa droite, et un ruisseau coulait à proximité. La première chose qu'elle fit fut de boire, et ensuite de se nettoyer un tant soi peu le visage, encore couvert de poussière.

Puis elle s'installa, profitant du calme paisible de la forêt pour s'apaiser, même si ce fut plus facile à dire qu'à faire. Et elle s'occupa du mieux qu'elle pût, se préparant à rester seule pendant un bon moment et préparant mentalement de nouveaux pièges au cas où le Dragon Slayer serait tenter de venir trop près.


Un peu plus tard, Gajil se réveilla à son tour, posant un regard brumeux autour de lui. D'après une montre accrochée sur le mur en face de lui, il était aux alentours de deux heures de l'après-midi. Il passa sa main sur son front et dans ses cheveux en grognant. Il était toujours sur les nerfs avec ce qu'il s'était passé hier soir. Que ce soit l'attaque où la dispute. Pour ce qui est de la dispute, il n'avait pas l'intention de revenir sur ses paroles, parce que c'était la vérité. Jusqu'à un certain point cependant. Et avec l'attaque, il préférait ne pas y penser. Parce que c'était principalement à cause de celui qui l'avait effectuée qu'il s'était énervé.

Il se leva en soupirant et fit un pas en avant. Et c'est à ce moment précis qu'une lueur jaillit au dessus de lui et que le mot "Water" lui tomba proprement dessus, lui faisant prendre une douche glacée. Cela eut le don de le réveiller de suite, et, haletant et crachotant, trempé des pieds à la tête, il maudissait intérieurement la mage aux cheveux bleus qu'il savait pertinemment responsable de cela. M'enfin, il avait tout ce qu'il méritait pour avoir été aussi grossier.

Il s'ébroua rapidement, n'accordant pas plus d'importance que ça à ce qui venait de se passer et se dirigea vers la porte. Sauf qu'au moment de passer sur le tapis, le mot "Move" s'activa, et Gajil tomba proprement sur les fesses avant que le tapis ne lui vole en pleine face. Enervé à présent, il se releva d'un air exaspéré, se jurant de retrouver Levy et de lui faire passer l'envie de l'emmerder comme ça. Sauf qu'elle n'était pas là. Il eut droit à la même scène qu'elle avec Fiorenzo, pour qu'ensuite il apprenne qu'elle était allée faire un tour. Oui, mais où ?

De plus en plus énervé et inquiet, il arpenta toute la ville à son tour, tentant de retrouver son odeur. Il finit par la trouver un peu en dehors de l'agglomération, par un simple coup de chance. Avec toute l'agitation, et vu depuis combien de temps il cherchait, cela relevait quasiment du miracle de l'avoir sentie. Mais maintenant, il n'avait plus qu'à la suivre. Et l'odeur de Levy l'emmena assez loin, jusqu'à la forêt. Il n'y aurait sans doute jamais pensé, et esquissa un rictus contrarié en comprenant que s'il n'avait pas eu un odorat suffisamment développé, il ne l'aurait jamais trouvée et se serait retrouvé tout seul comme un idiot.

A peine arrivé à l'orée de la forêt, un nouveau mot s'activa, confirmant que Levy était passée par là, mais aussi que le Dragon Slayer avait du souci à se faire. Ainsi, le mot "Rock" fit s'écrouler des rochers d'une partie de la montagne juste à coté de lui, et il se fit ensevelir par l'éboulement. Ensuite, au fur et à mesure qu'il avançait, il tomba dans des trous, se prit le pied dans des racines, se fit attraper la cheville par une liane qui le balança un peu plus loin, marcha sur des œufs pas très frais, se fit tabasser par des branches, et se retrouva collé sur l'herbe par les différents pièges que la jeune fille lui avait laissé. Le moins qu'on puisse dire c'est qu'elle avait été inventive. Il ignorait que ses mots pouvaient se déclencher à un moment donné. Encore une chose qu'il ne savait pas. Donc il la maudissait elle, mais lui aussi par la même occasion. Et finalement, alors que la fin de la journée approchait, il la retrouva enfin.

Après avoir affronté les différents pièges que la jeune fille lui avait laissés, Gajil finit par toucher au but. Levy s'était réfugiée dans une petite clairière au cœur de la forêt, et était en train de lire un des livres qu'elle avait emmené. Assise dans l'herbe, près du ruisseau, elle était repliée sur elle-même et tentant d'étouffer ses sanglots. A coté d'elle, ses affaires étaient éparpillées au sol. Elle avait tenté de continuer à traduire, mais son esprit était si peu apaisé qu'elle n'avait pas réussi et avait tout laissé tomber, frustrée. Alors qu'elle souhaitait juste oublier ce qu'il s'était passé hier soir, ses souvenirs ne cessaient de revenir, la détruisant intérieurement. Elle se sentait tellement trahie et brisée qu'elle avait juste envie de disparaitre ou de remonter le temps et que rien ne se soit passé.

Gajil, lui, ne savait plus ce qu'il voulait. Il s'était laissé emporter hier soir et lui avait balancé tout ce qui lui traversait la tête pour qu'elle le laisse tranquille, quitte à lui avoir dit des bêtises. Cependant, il ne s'attendait pas non plus à ce qu'elle parte pour de bon, même s'il l'avait cherché. Et avec tous les sorts qu'elle lui avait laissés, il était clair qu'elle ne voulait pas le voir. Ce n'était peut-être as son genre, mais maintenant il avait envie de s'excuser, Parce qu'il se rendait compte qu'il avait vraiment été abominable avec elle. Et dire que c'était une chose qu'il ne voulait plus jamais être… Elle pleurait, elle souffrait, et c'était de sa faute à lui, parce qu'il s'était comporté comme un lâche et avait retourné sa colère contre elle, et pas contre lui. Il se sentait minable. C'était lui qui était faible depuis le début. Alor maintenant, il devait assumer ses actes, mettre les choses au clair, laisser sa putain de fierté de coté et s'excuser. Avant qu'il ne soit trop tard. Même s'il se doutait que la limite avait déjà été franchie. Alors il s'avança, décidé à tout lui dire même si elle ne l'écoutait pas.

La jeune fille entendit soudain un petit toussotement briser le calme de la clairière et sursauta. Son cœur se mit à battre la chamade, faisant pulser une douleur ravivée dans tout son corps. Elle n'avait aucun doute sur l'identité de la personne dans son dos, mais se retourna tout de même, sachant pertinemment que cela lui ferait mal. Mais elle s'en fichait, après tout, une fois de plus, un de moins, qu'est ce que cela changeait à la situation ? Rien. Rien du tout. Alors elle sauta sur ses pieds et se retourna, décidant de faire face au Dragon Slayer. Le silence s'épaissit au fur et à mesure que leurs bouches restaient closes, refusant d'émettre le moindre son, même si leurs yeux s'affrontaient durement. Ceux de la jeune fille, froids, tristes emplis de détresse, contre ceux du mage d'acier, hypnotisants quoique inexpressifs, sans émotions, puisqu'idiot comme il est, il ne cessait jamais de les cacher.

- Alors c'est là que tu te planquais ? Finit-il par demander d'une voix froide.

Sans un mot et sans le lâcher du regard, Levy resserra sa prise sur le livre qu'elle avait en main, la froideur de son corps cédant peu à peu la place à une chaleur haineuse. Et d'un geste rapide et violent, elle lui jeta son livre en pleine figure en guise de réponse. Il ouvrit la bouche d'un air surpris mais n'eut pas le temps d'esquiver et se prit l'objet en pleine tête avec un drôle de bruit avant qu'il ne tombe au sol. En grognant il se frotta le nez, avant de continuer d'un ton râleur:

- Des pièges et maintenant un bouquin ? T'en as des façons d'accueillir les gens crevette.

- Tu t'attendais à autre chose ? Explosa-t-elle d'une voix aigue qui fit s'envoler les oiseaux. Et arrête de m'appeler "Crevette" ça m'énerve ! Je t'interdis de me donner des surnoms !

- Eh ! Calme-toi déjà un peu et on en reparle.

- Me calmer ? ME CALMER ? COMMENT VEUX-TU QUE JE ME CALME ? Et puis d'abord, comment tu m'as trouvée ?

- J'ai un bon odorat. Mais les surprises que tu m'as laissées m'ont pas mal retardé. J'te remercie, c'était sympa de ta part, ironisa-t-il avec une grimace des plus contrariée en la foudroyant du regard.

D'ailleurs, ça ne lui fit ni chaud ni froid, ce regard. Au contraire, elle était satisfaite de voir qu'il s'était fait avoir et avait juste envie de se payer sa tête au vu des feuilles et autres traces des épreuves qu'il venait d'affronter qui le maculaient.

- Et malgré ça tu n'as pas compris que je voulais pas te voir ? Qu'est ce que tu viens faire ici ? Va-t-en ! Laisse-moi tranquille ! Siffla-t-elle en serrant les poings, ne le quittant pas des yeux.

Jamais Gajil ne l'avait vu tellement hors d'elle qu'en cet instant. C'était à la fois terrifiant et triste venant d'elle qui était d'habitude si calme, douce et joyeuse. Pourquoi ne voyait-il que maintenant l'ampleur de tout ce qu'il avait brisé ? Jamais il ne serait capable de guérir quelqu'un. Non, lui ne faisait que blesser. Il se dégoutait lui-même. Vraiment. Et il avait mal, mal pour elle, parce que, au fond, il ressentait la même chose.

- Je suis venu te chercher. Et m'excuser… Pour hier soir, déclara-t-il simplement en baissant les yeux.

Il serra les poings et les dents, se sentant même indigne de la regarder en face. Cela faisait longtemps qu'il n'avait plus connu les émotions qu'il ressentait maintenant. Cette envie de hurler en priant pour que tout aille mieux. Cette douleur si douce mais ô combien puissante traversant tout son corps. Pour la première fois depuis longtemps, il était triste. Anéanti en se rendant compte de ce qu'il avait fait. Comme elle, il se souvenait de tout, de chacun de ses gestes, de chacune de ses paroles, absolument tout. Comment avait-il peu être fou au point de lui dire des choses pareilles ? Tout ça parce qu'il venait de retrouver quelqu'un qu'il ne pensait, et n'avait pas envie de revoir avant longtemps. Mais quel âne, bon sang, quel âne !

- Parce que tu penses peut-être que je vais te pardonner si facilement ? Glapit la jeune fille, sentant une rage qu'elle n'avait jamais connue monter en elle.

- Non.

Il s'avança vers elle, ce qui eut pour seul effet de la faire reculer avec un gémissement rauque.

- NE M'APPROCHE PAS ! Hurla-t-elle, laissant de nouvelles larmes couler sur ses joues.

Elle ne voulait pas qu'il vienne près d'elle. Elle avait déjà assez mal sans avoir besoin de sa présence trop proche d'elle. Elle voulait juste rester seule et ne plus rien ressentir. Elle se sentait tellement abandonnée… Si elle avait pu, elle aurait hurlé sa douleur au monde entier, mais elle n'avait plus assez de forces pour ça. Elle était encore et toujours trop faible. Pas à la hauteur. Nulle. Moins que rien. Comme toujours. A ce moment précis, elle avait juste envie de s'effondrer au sol, de s'endormir, et de tout oublier. De rester seule et de ne plus connaître cette atroce douleur de trahison et de peine le pire pour elle c'est que,peu importe les gestes, les arguments, les querelles, les fissures et les blessures, quoiqu'il se passe, quoiqu'il fasse ou dise, il y aura toujours une petite partie d'elle qui l'aimera. Alors, qu'il la trahisse, qu'il lui mente, qu'il la trompe ainsi, lui faisait aussi mal que si elle s'arrachait le cœur. Elle avait l'impression de tomber dans un abîme noir et sans fond, tellement il l'avait brisée. Elle l'aimait, et il l'avait rejetée violemment, d'une manière quasi impossible à égaler. Et pour cela, elle lui en voulait. Jamais de sa vie, elle n'avait eu autant envie de détruire quelqu'un d'autre. Elle, la calme et gentille Levy. Sauf qu'après ce qu'il avait dit, il n'y avait plus aucun moyen pour qu'elle soit douce avec lui.

Ne l'écoutant même pas, il s'approcha encore et la jeune fille finit par buter contre un énorme rocher, grognant et tremblant de colère. Heureusement le Dragon Slayer s'arrêta à une distance raisonnable et la contempla de ses yeux rouges dans lesquelles elle adorait plonger son regard, autrefois. Mais c'était autrefois, maintenant il ne restait plus que la douleur et la peine, elle ne voyait plus son regard, ne voyait pas qu'il était désolé. Alors qu'il ouvrait à nouveau la bouche, Levy lui colla une gifle, oubliant qui il était, oubliant qu'il pouvait la tuer s'il le voulait, oubliant qu'il était plus fort qu'elle. La tête du mage d'acier partit à angle droit vers la gauche avec un claquement sec. Etrangement il ne changea même pas de position, se contentant de cligner des yeux, comme si son cerveau aussi s'en était prit une et redémarrait. Ne cherchant même pas à se venger ni à répliquer, il tourna à nouveau la tête pour recommencer sa phrase avant de s'en prendre une deuxième, mais cette fois sur l'autre joue, toujours sans un mot de la jeune fille qui se contentait de sangloter. Mais au bout de la quatrième baffe qu'il se prit de cette façon sans pouvoir en placer une, il en eut assez.

Avec un grognement sourd il s'avança vers elle, ignorant ses glapissements désespérés et plaquant ses mains des deux cotés du corps de la mage aux cheveux bleus, ne lui offrant aucune possibilité de s'échapper, ni de le baffer. Oui parce que, pour donner correctement une claque à quelqu'un, il faut que l'épaule parte avec et donne de l'élan. Et là, elle n'avait plus de place. Alors, elle fit autre chose. Elle se mit à lui donner des coups de pieds dans les jambes et à marteler son torse de coups de poing en se débattant de plus en plus lorsqu'elle voyait que ça ne lui faisait ni chaud ni froid. Même si ce n'était pas vrai et qu'intérieurement Gajil se retenait de grogner. Sauf que c'était intérieur, pas visible.

- LÂCHE-MOI ! VA-T-EN ! JE VEUX PAS TE VOIR ! VA-T-EN !

A chaque fois qu'elle le touchait, elle se rappelait de ses paroles. A chaque fois qu'elle le regardait dans les yeux, sa douleur revenait. Elle voulait juste qu'elle cesse, et pour cela, lui qui en était la cause, devait disparaitre, s'en aller. Il devait partir, elle ne pouvait plus supporter sa présence. Ça l'amusait donc tant que ça de la harceler ? Il n'avait que ça à faire de la voir pleurer ?

- Je ne partirais pas, je dois te parler. La voix de Gajil couvrait même ses cris, bien qu'elle soit étonnement plus douce et étouffée.

- JE NE VEUX PAS T'ECOUTER ! JE N'AI RIEN A TE DIRE ! VA-T-EN !

Elle tentait vainement de le pousser, ou de s'échapper en criant, mais rien n'y faisait. Il ne bougeait pas, lui rappelant une nouvelle fois sa faiblesse. Elle n'était même pas capable de se défendre correctement, elle avait toujours eu besoin des autres. Avec lui, elle avait cru être capable de se débrouiller, elle avait eu envie de l'impressionner, de ne pas le décevoir et de lui montrer qu'elle aussi était forte comme lui. Mais si tout était basé sur un mensonge, où était sa force ? Nulle part, elle avait été inventée.

- Ecoute moi Levy, s'il te plait. Je sais que tu ne veux pas me voir, mais il faut que je te dise –

- LA FERME ! TAIS-TOI ! VA DONC T'EN PRENDRE A D'AUTRES, MAIS LAISSE MOI SEULE ! TU EN AS ASSEZ FAIT !

Elle criait tellement fort que tous ses mots résonnaient, que ce soit à l'extérieur, ou à l'intérieur du Dragon Slayer. Est-ce qu'il était trop tard pour se faire pardonner ? Apparemment oui. Déjà la première fois, ça avait vraiment été miraculeux qu'elle ne prête plus attention à ses actes et le considère comme un ami. Ami… Alors qu'il en avait trouvé, il les perdait. Il brisait le lien lui-même, sans doute sans le vouloir, mais il le faisait quand même. Finalement… c'était peut-être lui qui avait eu raison dès le début.

"Avoir des amis te fera souffrir de toute façon, à un moment donné. Que ce soit parce que tu les protégeras au péril de ta vie, ou bien parce vous vous séparerez. Si tu ne veux pas avoir mal, ne t'attache pas. Compris Gajil ?"

Oui, peut-être avait-il raison… Lorsqu'il était entré à Fairy Tail, il avait oublié ses paroles, et peu à peu, il avait fait tout le contraire de ce qu'il lui avait dit. Maintenant, il espérait juste être capable de recoller les morceaux, et s'il n'y parvenait pas, il ne pourrait s'en prendre qu'à lui-même.

- Ne réagis pas comme ça, j't'en prie. Laisse-moi t'expliquer…

- Mais comment pensais-tu que j'allais réagir hein ? Tu croyais que j'allais te féliciter peut-être? Que j'allais me prosterner à tes pieds et me laisser cracher au visage ? Non, je ne suis pas comme ça ! Comment as-tu seulement pu imaginer un truc pareil ? Comment… Comment as-tu pu trahir ainsi tes propres amis ? Me trahir moi alors que je te faisais confiance ! Pourquoi t'es tu amusé à jouer avec moi comme ça ? Est-ce que je n'étais rien de plus pour toi qu'un simple objet à manipuler pour parvenir à tes fins ? De toute façon, du moment que tu as ce que tu veux, tu t'en fiches des autres, tu n'es qu'un sale égoïste, je ne sais même pourquoi je me mets dans des états pareils alors que tu n'en vaux même pas la peine. DEGAGE ! VA-T-EN ! JE TE HAIS !

- Mais laisse moi au moins en placer une et m'excuser merde !

- JE NE VEUX PAS ENTENDRE TES EXCUSES ! DE TOUTE FACON QUI ME DIT QUE CE NE SERA PAS UN RAMASSIS DE MENSONGES JUSTE POUR ME FAIRE PLIER A NOUVEAU HEIN ? QUI ME LE GARANTIT ? PERSONNE ! JE NE PEUX PLUS TE FAIRE CONFIANCE ! TU N'AS QUE CE QUE TU MERITES !

Des oiseaux s'envolaient des arbres à toute vitesse, effrayés par le bruit assourdissant que faisait la jeune fille en colère. Sans s'arrêter elle frappait, pleurait, criait, tremblait, souffrait. Pendant des années, elle s'était sentie faible, et quand, enfin, quelqu'un avait réussi à lui redonner confiance en elle, elle découvrait que ce n'était que de la pure hypocrisie. Et son monde, ses rêves, ses idéaux sombraient avec elle.

Voyant que ses coups ne feraient pas déguerpir le mage d'acier, et voyant bien que sa douleur et sa haine ne faisaient qu'empirer sans jamais s'apaiser, elle passa au niveau supérieur. Avec une force qui lui était encore inconnue jusqu'à présent elle prit appui sur la pierre derrière elle et se jeta sur le Dragon Slayer, le faisant violemment tomber au sol avec un cri de surprise. Avant de se ruer sur lui. Elle ne se maitrisait plus, laissant sa colère et sa douleur guider ses gestes. Pourquoi devait-elle être la seule à souffrir ? Pourquoi lui ne ressentait rien ? Il devait payer pour toutes ces horribles choses qu'il lui avait envoyées au visage, il devait aussi avoir mal. Alors elle le frappa, partout où elle pouvait. Et lui ne réagissait pas, il la laissait faire, encaissant sans un son. Comme cette fois là, où il l'avait protégée, peu après son arrivée à la guilde. A ce moment là… N'étais-ce aussi que des mensonges ? Avait-il joué la comédie ? Elle ne savait pas, elle ne savait plus, et ne voulait même pas chercher à savoir. Elle voulait juste ne plus avoir mal, ne plus souffrir… quitte à mourir. Et pourtant, elle avait beau le cogner de toutes ses forces, sa peine ne s'estompait pas comme elle l'avait prévu.

Soudain, alors qu'elle allait le frapper une nouvelle fois, il para, attrapant sa petite main toute rouge à force d'avoir donné des coups. Puis de l'autre il lui attrapa l'épaule et se redressa en grimaçant, avant de l'attirer contre lui doucement. Aussitôt elle se débattit plus violemment encore, elle ne voulait pas qu'il la touche, pas après ce qu'il lui avait dit, il n'avait pas le droit. Qu'espérait-il faire exactement comme ça ? La calmer ? Bien sûr qu'elle avait envie d'une épaule sur laquelle pleurer, de bras chaleureux qui l'enserraient dans une étreinte réconfortante. Mais, même si lui tentant de l'être, elle ne le voulait pas venant de lui, elle ne pouvait pas l'accepter après la souffrance qu'il lui avait causée.

- Levy… J'aimerais tout t'expliquer, mais je peux pas. Essaye de me comprendre.

- Qu'est ce que tu veux dire par là ? Demanda-t-elle sèchement en cessant de se débattre mais en restant tout de même tendue.

- Tu voulais savoir pourquoi j'étais pas là hier. C'est pas que je veux pas te le dire, c'est que je peux pas, c'est tout.

- Et comment puis-je te faire confiance alors, si tu ne me dis rien ?

- Tu ne peux pas. Et je ne te demande pas de le faire. Je te demande juste d'écouter ce que j'ai à te dire.

- Et bien vas-y, je t'écoute.

Elle s'écarta brusquement et croisa les bras, le fixant d'un air sérieux, attentif et courroucé. Qu'il évitait d'ailleurs lorsqu'il répondit, non sans hésiter et bredouiller.

- Ce… Ce que je t'ai dit… C'est vrai, je l'ai pensé. Au début. Mais… Au moment où… Où tu as commencé à me dire mes quatre vérités là-bas… J'ai compris que… Finalement… Je n'étais pas venu que pour moi. Qu'en fait… J'avais eu envie de… Faire équipe avec toi. Mais j'ai été idiot… Et j'ai pas donné de sens à ce que je ressentais. J'me suis borné dans mon idée, sans prendre en compte le reste. Et je sais que même si j'étais énervé, c'était pas une raison pour te dire tout ça, et que je suis désolé.

Levy ne répondit rien. Elle ne savait plus. Elle voulait par-dessus tout le croire, mais il pouvait très bien la manipuler à nouveau. Elle avait perdu tout ses repères, ne parvenait pas à se décider et était complètement affolée. Gajil le sentit bien, et continua, un peu plus sérieux tout d'un coup.

- Je te demande pas de me pardonner pour ce que je t'ai dit, parce que c'est impardonnable. Et je peux pas te demander de me faire confiance non plus, parce que je peux rien dire. Je veux juste que t'arrêtes de pleurer et d'avoir mal à cause de moi.

La tête baissée, les poings fermés, il tâchait de se calmer et attendait la réaction de la jeune fille. Qui, à vrai dire, ne fût pas celle à laquelle il pensait. Elle renifla bruyamment avant d'entourer la nuque du Dragon Slayer de ses bras et d'enfoncer sa tête dans son torse en sanglotant. Il ouvrit la bouche et écarquilla les yeux de surprise. Est-ce que… Est-ce que ça voulait dire qu'elle l'excusait ? Il n'arrivait pas à y croire, elle ne pouvait pas faire cela, c'était impossible.

- Stupide… Tu es vraiment stupide. Murmura-t-elle en se remettant à pleurer doucement.

- J'ai déjà entendu ça quelque part. Mais t'as raison. Depuis le début j'ai été con.

- Je ne t'ai pas encore entièrement pardonné, et pour la confiance, c'est pareil. Pourtant je me sens mieux maintenant qu'on en à parlé et que tu es venu t'excuser. Je te remercie pour ça. Mais… je pense que j'y suis aussi pour quelque chose. J'aurais mieux fait de te laisser tranquille et de me mêler de mes affaires hier soir.

- Ne dis pas de conneries. Même si j'étais mal à ce moment là, j'avais pas à te dire ça. Et je t'ai inquiétée lorsque je suis parti sans rien dire. Il à fallu que tu me fasses le même coup pour que je ressente la même chose m'en rende enfin compte. Tu n'y es pour rien. Et j'arrive pas à comprendre comment tu peux encore être aussi ouverte avec moi malgré tout ce que je t'ai fait…

- A vrai dire, je l'ignore aussi. J'imagine que ça fait partie de mon caractère et que ça ne changera sans doute jamais. Mais il y a une chose dont je suis sûre malgré tout ce qu'il s'est passé: j'ai envie de faire cette mission avec toi.

La gorge nouée par l'émotion et le soulagement, il se contenta de l'enlacer timidement, de l'attirer contre lui et d'enfouir sa tête dans ses beaux cheveux bleus en murmurant un faible "Merci" et en fermant les yeux.

Pendant longtemps ils restèrent ainsi, sans parler, sans bouger, juste heureux de s'être un tant soit peu réconciliés. Puis ils finirent par rentrer à Kôkô, se posant une question dont la logique était fatale : Maintenant que l'hôtel avait été détruit… Où allaient-ils loger ?

Heureusement, à peines rentrés et après avoir exposé ce léger problème à Fiorenzo, ce dernier les invita chez lui et Gajil faillit demander s'il pouvait dormir dehors. Heureusement pour eux, Fiorenzo s'installa chez sa secrétaire, soucieux de leur confort, et aussi pour… autre chose.

Leur nouvelle maison était assez simple, à peine plus meublée que leur chambre d'hôtel. Et le Dragon Slayer râlait parce qu'ils devaient faire la cuisine tous seuls maintenant. Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'atmosphère entre les deux mages avait légèrement changée. Maintenant, les silences étaient plus gênés qu'autre chose.

Vers vingt-deux heures, le mage d'acier alla se coucher, dans leur nouveau lit deux places (quelle surprise !). Levy resta encore un peu debout, décidant de rattraper son retard sur la traduction. Bon, elle laissait de coté les informations sur les dragons et s'occupait juste des énigmes au centre. Ça lui rappelait qu'elle n'avait toujours rien dit à Gajil à propos du chat-oiseau et des deux énigmes précédentes. Elle le ferait demain.

S'installant à table, elle prépara ses affaires et commença à travailler. L'esprit enfin vidé de ses soucis, elle prit du plaisir à traduire, et cela finit même par la détendre. Même si, avec ce qu'elle avait traduit, il n'y avait plus aucune raison d'être détendue…

"Bientôt, le secret sera révélé

Et tout va se compliquer.

Car seul le fils peut-espérer gagner,

Contre celui que vous devrez affronter."

Là, ils avaient un problème. Si seul le fils du "monstre non identifié" pouvait l'affronter, Gajil n'y arriverait sans doute pas. Puisque son père à lui était Metallicana, un dragon.

… Une seconde… Monstre…? Dragon… ?

Et s'il fallait prendre le problème à l'envers. Et si Gajil était réellement le fils de celui qu'ils devaient battre, dans ce cas…

A ce moment là, lorsqu'elle trouva la réponse, elle sursauta si violemment qu'elle en fit bouger le lit et son cœur se mit à battre à un rythme effréné dans sa poitrine, comme pour la prévenir du danger.

Trop de choses concordaient. L'attitude de Gajil, l'attaque de l'hôtel, le cri qu'ils avaient entendu juste avant. Et si… Et si le monstre non identifié qu'ils devaient affronter se trouvait réellement être le père de Gajil ? Ce pouvait-il que ce soit… Metallicana ?

Les choses commençaient sérieusement à prendre une mauvaise tournure, et ça ne lui plaisait vraiment pas.