Note de l'auteur: Yosh ! Encore un long chapitre ! Et j'ai de nouveau fait ma sadique à la fin =P J'espère qu'il vous plaira ! A la prochaine pour le suivant (qui risque de prendre du temps, vu que j'ai du mal avec les scènes de combat xD)


Chapitre 8: Monter au paradis ?

Gajil et Levy partirent trois jours plus tard, après s'être correctement reposés. Ils devaient être assez en forme pour supporter plus d'une demi-journée de marche et ce qui suivrait. Le lac qu'ils avaient repéré était loin au Sud, mais c'était la seule piste qu'ils pouvaient suivre pour l'instant.

Après avoir quitté Kôkô et rapidement traversé les voies ferrées, ils se retrouvèrent en pleine nature, ne pouvant plus se guider qu'avec une carte. Après quelques heures, les montagnes se firent plus petites derrière eux et ils arrivèrent dans une vaste plaine, parfois entrecoupée de quelques arbres solitaires et balayée par le vent. Quelques fleurs poussaient ça et là et Levy avait juré voir un lapin passer à toute vitesse à quelques mètres d'eux. Gajil se contentait d'un demi-sourire amusé, observant la nature autour de lui avec minutie, comme s'il souhaitait que rien ne lui échappe. En particulier tout ce qui pouvait paraître suspect et les attaquer, du genre d'un certain Dragon souhaitant plus que jamais les empêcher de réussir la mission. Malgré son bras blessé, le mage d'acier semblait en forme et ils n'avaient fait que deux petites pauses, plus pour se repérer que pour se reposer. Il devait être aux alentours de treize heures lorsqu'enfin, après s'être légèrement perdus, ils trouvèrent un grand lac. La plaine et l'herbe laissait peu à peu place à des graviers et autres gros rochers. Et ensuite, entouré de pierres, il y avait le lac. Bleu, sans aucune vague et tellement grand qu'on en voyait à peine le bout. L'eau était tellement claire que le ciel s'y reflétait. Les deux mages décidèrent de poser leurs affaires, de manger les sandwichs qu'ils avaient préparés et de relire les énigmes, cherchant des indices. Mais sans grand succès. Alors tous les deux se séparèrent et cherchèrent aux abords du lac à la recherche de quelque chose de suspect. Ils ne savaient pas précisément ce qu'ils cherchaient, mais ils continuaient. Sauf qu'au moment où ils se retrouvèrent environ une demi-heure plus tard sans avoir rien trouvé, ils commencèrent légèrement à perdre patience.

- Putain et maintenant, on est censés faire quoi ? S'énerva le Dragon Slayer.

Il attrapa un caillou au sol et le balança violemment dans l'eau en continuant ses insultes. Levy sursauta à coté, ne sachant pas non plus ce qu'ils devaient faire. Jusqu'au moment où il voulut lancer un second caillou et s'interrompit soudain en écarquillant les yeux. La jeune fille suivit son regard et fit de même en constatant le phénomène étrange. L'onde provoquée par le premier projectile que Gajil avait lancé était bizarre. Elle se propageait à partir de l'endroit où l'eau avait été touchée, mais les mini vaguelettes qui en avaient résulté n'arrivaient jamais à la rive. Etrangement, elles s'arrêtaient à mi chemin, comme si un obstacle invisible les empêchait d'aller plus loin. Et c'était ce qui avait retenu leur attention. Parce que ce n'était pas normal et que c'était absolument ce qu'ils recherchaient. Quelque chose qui sortait de l'ordinaire. Gajil balança le deuxième caillou qu'il avait en main et la même scène se répéta à nouveau, le faisant plisser les yeux. En regardant l'eau, une idée vint soudain à l'esprit de la mage aux cheveux bleus et elle sortit son livre de son sac, contemplant respectivement la couverture et le lac devant elle.

- Gajil, lance le livre dans l'eau, déclara-t-elle, absolument convaincue et déterminée.

- Quoi ? Et si ça foire ? On en a besoin de ce bouquin. C'est pas moi qui irais le chercher à nouveau, j'te préviens tout de suite.

- Non j'en suis sûre. Il y a quelque chose de bizarre avec cette eau, et si le livre est une "clé" il devrait réagir à son contact et vice versa, fait-le s'il te plait.

Elle lui tendit le livre et il l'attrapa d'un air peu convaincu, le soupesant avec un rictus ennuyé. On aurait presque dit que ça lui fendait le cœur de le jeter à l'eau. En fait, c'est surtout qu'il ne voyait aucun rapport entre Zeref et ce lac. Avec un long soupir, il lança le livre aussi loin qu'il pouvait et il tomba dans l'eau avec un grand bruit d'éclaboussures. Et puis… rien.

- Bon. Va le chercher, je te regarde, ordonna le Dragon Slayer.

Une grimace à la fois énervé et purement sarcastique apparût sur son visage et il s'apprêta à aller s'assoir un peu plus loin, lorsque soudain la terre se mit à trembler et il se retourna à nouveau vers le lac. Peut être que ça avait fonctionné finalement. Levy se rapprocha lentement de lui, le regard fixé sur la surface de l'eau qui s'était mise à bouger et à bouillir.

Soudain, un immense geyser jaillit au milieu du lac, faisant se soulever la terre par sa puissance et il grimpa vers le ciel avec un bruit assourdissant. Les deux mages sursautèrent et sans plus réfléchir plongèrent derrière un rocher pour se protéger de l'impressionnant phénomène qui se déroulait en face d'eux. Pendant un court moment ils ne bougèrent pas, haletants et le cœur battant, noyés dans l'incompréhension au fur et à mesure que les secondes s'égrenaient. Après une concertation commune et un hochement de tête ils passèrent juste le bout de leur tête de derrière le rocher, Levy collant Gajil et refusant de s'éloigner à plus de vingt centimètres. L'eau montait tellement haut que les deux mages n'en virent rapidement plus le bout. Ils étaient en train de se décrocher la tête en regardant vers le ciel, la bouche pendant jusqu'au sol et l'esprit vide de toute pensée un tant soi peu cohérente. Mais ils n'avaient encore rien vu. Parce que, lorsque l'eau retomba avec un grondement et de grosses vagues qui s'écrasèrent sur le rivage, un énorme escalier apparut à la place. A première vue, on aurait pu penser qu'il était en verre. Transparent mais avec des reflets arc-en-ciel, il montait en colimaçon vers le ciel, disparaissant dans les nuages. Et sur la première marche, il y avait le livre. Lentement, les deux mages sortirent de leur cachette et s'avancèrent, la tête toujours bloquée vers le haut. Ils s'approchèrent timidement de l'escalier et Levy attrapa le livre, ne pouvant s'empêcher de toucher ce sur quoi il était posé. Apparemment, c'était solide, malgré le scintillement qui en émanait. Cependant, un certain Dragon Slayer ne semblait pas convaincu.

- Hors de question que je monte là-dessus.

- Je pense que nous n'avons pas le choix Gajil.

- C'est un truc de fou, et si ce machin disparait quand on est dessus, on fait quoi ? On tombe et on attend tranquillement de mourir ? Je monte pas, j'ai pas confiance.

- Tu sais, je ne suis pas plus rassurée que toi. Mais pour résoudre les énigmes, on doit monter.

Pour montrer l'exemple, elle grimpa sur la première marche et sauta légèrement dessus, attestant qu'elle était solide. Le mage d'acier soupira et passa devant elle, grimpant les marches quatre à quatre, apparemment peu désireux de s'attarder sur cette… chose qui ne lui inspirait pas du tout confiance. Levy le suivait tant bien que mal, l'entendant régulièrement répéter des insultes d'une voix étouffée par l'anxiété.

L'ascension s'avéra plus difficile que prévue pour les deux mages. Le sol qui s'éloignait, la température qui chutait, le vent qui soufflait, la montée qui n'en finissait pas et la fatigue d'avoir à escalader tant de marches était autant de facteurs qui faisaient qu'ils avançaient plus que lentement. Et en plus des nombreuses pauses de Gajil qui s'épuisait plus facilement maintenant, ils devaient aussi faire face aux crises de panique de Levy, de plus en plus rapprochées au fur et à mesure que le sol rapetissait sous ses pieds et qu'elle n'avait aucune rampe à laquelle se tenir. Donc elle s'agrippait de toutes ses forces au Dragon Slayer en gémissant, ralentissant encore la progression. Et finalement… finalement ils arrivèrent enfin en haut. Après une montée interminable, une peur qui grandissait et une fatigue qui venait insidieusement les frapper aux plus mauvais moments, ils se retrouvèrent juste sous les nuages pendant que l'escalier s'y enfonçait. D'un simple regard et d'un accord silencieux les deux mages se prirent la main histoire de ne pas se perdre en grimpant dans le brouillard au dessus de leurs têtes. Après un petit moment difficile à essayer de passer la couche nuageuse et humide dans laquelle ils étaient entrés, tous les deux finirent par en sortir pour arriver dans un endroit… bien particulier.

Ce qu'ils étaient en train de vivre leur paraissait tellement incompréhensible que soudain, la seule explication qui leur parût crédible fut qu'en fait Metallicana les avaient tués et qu'ils ne faisaient que rêver. Levy avait vu juste pour ce qui est du lac, mais jamais ils ne s'étaient attendus à devoir prendre au premier sens le fait de monter un escalier vers le nord, donc vers le haut, pour ensuite se retrouver là où ils venaient d'atterrir.

- Mais c'est quoi ce bordel ? Lâcha soudainement Gajil, complètement ahuri.

- Je n'en ai absolument aucune idée, répondit faiblement la mage aux cheveux bleus, tout aussi incrédule que lui.

Ils rêvaient, il n'y avait pas d'autre explication possible, sinon comment expliquer l'étrange phénomène qui se présentait à eux ? Au dessus des nuages, l'escalier disparaissait pour laisser la place à une plateforme ronde de la même matière transparente et lumineuse. Et devant leurs yeux, s'étendaient à perte de vue des nuages. Etais-ce cela qu'on appelait le paradis ? Les deux mages regardaient autour d'eux, noyé dans l'incompréhension et le choc de se retrouver dans un tel endroit improbable. Après un long moment passé à se demander si c'était réel, Levy secoua la tête et s'approcha du bord, touchant timidement la surface des nuages du bout des doigts. Et en plus de sembler différents et plus consistants à vue d'œil, ils l'étaient. La jeune fille s'était attendue à traverser le nuage, mais au contraire, elle se heurta à une surface douce comme du coton et moelleuse comme un coussin, un peu comme ce que pensent les enfants quand ils ne savaient pas encore que les nuages n'étaient en fait que de la vapeur d'eau. Mais… c'était quoi ce délire ? Pour qu'il y ait des nuages comme ça, ils devaient être dans un endroit particulièrement singulier. Donc ou on les avait tué, ou ils avaient du absorber/fumer/manger quelque chose d'un peu louche. A moins que ce ne soit aucune des deux propositions et que tout soit vrai. Ce qui, étrangement, paraissait encore le plus probable. Levy s'assit sur le rebord et effleura les nuages de ses pieds, avant de se tourner vers Gajil qui regardait autour de lui sans rien comprendre.

- Tu viens ? Demanda-t-elle, interrompant brusquement l'examen suspicieux des alentours du mage d'acier.

- Nan, t'es folle ? Je refuse de descendre.

Et pour illustrer ses propos le Dragon Slayer s'assit sur la plateforme et croisa les bras. Il n'avait définitivement pas confiance, et surtout, pas envie de risquer sa vie pour le moment.

- Gajil s'il te plait, gémit Levy qui essayait de le tirer par le bras, mais sans grand succès.

- Si t'as tant envie de marcher la dessus et de retomber au sol, vas y j'te regarde, te gêne surtout pas. Et puis, je préfère ne pas quitter notre seule porte de sortie tu vois…

- Mais ils sont solides ! On peut marcher dessus, fais moi confiance.

Il fallut huit essais pour convaincre le mage d'acier que, oui, ils pouvaient marcher sur des nuages, mais ils y parvinrent quand même. Grommelant une insulte, il descendit et se mit à marcher avec réticence sur les nuages à coté de la mage aux cheveux bleus, peu rassuré par la texture molle sous ses pieds. Sauf que, pour cette fois, il avait vu juste. A peine s'étaient-ils éloignés de quelques mètres que la plateforme, et par conséquent l'escalier qui leur avait permis de monter, disparut avec un drôle de bruit, faisant se retourner les deux mages qui autrement n'auraient rien remarqué. S'ensuivit ensuite un long moment de silence choqué et abasourdi, tandis qu'ils essayaient de comprendre que leur seule sortie venait de disparaître à jamais. Le premier à réagir fut Gajil, mais pas forcément en bien.

- QUOI ? PUTAIN QU'EST-CE QUE JE T'AVAIS DIT ? MAIS ON M'ECOUTE JAMAIS MOI ! Hurla-t-il en se précipitant vers l'endroit qu'il venait de quitter, cherchant une quelconque trace de l'escalier mais sans rien trouver.

- Qu'est ce qu'on va faire maintenant ? Gémit la jeune fille en s'approchant lentement, tout en restant à bonne distance du Dragon Slayer qui s'énervait de plus en plus.

Jusqu'à ce qu'une voix dans leur dos ne leur réponde subitement.

- Pour l'instant, je doute que vous puissiez faire grand-chose.

Levy se retourna en sursautant pour se retrouver nez à museau avec un grand Dragon blanc aux yeux bleus. Elle cria de surprise et recula automatiquement au moment où Gajil arrivait et s'interposait entre les deux, la magie illuminant déjà son corps.

- Doucement jeune mage, je ne vais rien vous faire. Vous n'avez besoin d'avoir aussi peur.

Le Dragon n'avait apparemment pas peur que Gajil puisse le frapper, puisqu'il n'avait pas bougé et était tout simplement resté couché en face d'eux, agitant la queue comme un chat. Sans le quitter des yeux le Dragon Slayer désactiva sa magie, mais Levy préféra rester dans son dos. Ses premiers rapports avec les Dragons avaient été assez… sanglants, donc non, elle n'avait pas spécialement confiance. Jusqu'à ce que le mage d'acier ne s'asseye et ne se mette soudain à discuter paisiblement.

- Je me disais aussi que ce nom me rappelait quelqu'un. Tu es Daégan n'est ce pas ?

- J'ai la forte impression que ma réputation m'a précédé. Oui en effet, c'est moi.

L'intéressé adressa un sourire plein de crocs aux deux mages qui, dans le cas de la jeune fille, s'efforça de répondre par un rictus crispé.

- Levy, tu te souviens hier je t'ai parlé d'un Dragon qui avait vécu plus de mille ans. Ben c'est lui, expliqua Gajil qui lui intima ensuite l'ordre de s'assoir d'un geste de la tête.

- Ah, fut tout ce que la jeune fille réussit à répondre en obéissant.

Elle s'assit rapidement, veillant toutefois à ne pas être trop éloignée du mage d'acier qui, au vu de son air, pensait qu'il n'y avait aucun danger. Cela la détendit un peu d'ailleurs. Puis elle se mit à détailler le Dragon en face d'elle.

Il avait l'air plus petit, et surtout moins menaçant que Metallicana. Et lui au moins avait des cornes. Des écailles blanches aux reflets arc en ciel couvraient son corps et ses yeux bleus, d'une rare couleur électrique, luisaient d'intelligence. Il avait aussi une étrange crête grise sur le cou, et s'il avait été humain, Levy aurait facilement pu appeler ça des cheveux blancs. Ça lui faisait comme une crinière de cheval, mais hérissée vers l'arrière, l'effet était assez amusant à regarder. Et c'est vrai qu'il semblait vieux. Mais Gajil avait aussi précisé qu'il était mort il y a de nombreuses années de cela, d'où la question qui sortit de sa bouche:

- Donc on est au paradis là ?

- Je doute fort que l'on puisse nommer cet endroit "paradis" jeune fille, répondit le Dragon.

Il semblait amusé par leur air perdu et par la façon dont ils observaient les alentours, donc il s'empressa d'ajouter:

- Je dirais qu'il s'agit d'un passage intermédiaire, le paradis est plus haut à ce qu'il paraît. Mais je ne peux pas y aller, mon devoir est de surveiller ce qu'il se trame ici bas.

- Donc tu nous espionnes en gros ? Demanda Gajil en plissant les yeux.

- Pas exactement non. Je peux voir ce que vous faites, mais même si j'ai ce pouvoir, j'interviens rarement. Pourtant c'est le cas cette fois-ci.

Après avoir écouté les explications du Dragon, Levy comprit soudain et se mit à fouiller bruyamment dans son sac sous le regard étonné des deux autres, avant de sortir le livre qu'elle avait entièrement traduit.

- Est-ce que c'est lié à ce livre ? C'est juste qu'il est dit que c'est la "clé" pour venir ici, donc je me demande…

- Tiens mon livre. Cela faisait longtemps que je n'en ai point eu entre les mains. Vous savez, nous n'avons pas spécialement le temps de préparer nos affaires avant de mourir, c'est dommage j'en aurais bien emporté avec moi pour m'occuper. Rester ici est si triste par moments que je ne peux refuser un peu de nouveauté.

- J'ignorais que vous étiez bon lecteur et que ce livre était à vous.

- Mais les apparences sont souvent trompeuses ma chère.

Le Dragon repris lentement son bien que la jeune fille lui tendait puis s'empressa de répondre à sa question silencieuse tout en le feuilletant.

- Comme vous l'aurez constaté, c'est un livre magique. Justement, il permet pour une seule fois seulement, de venir me voir. J'imagine que vous l'avez compris avec les énigmes à l'intérieur.

La jeune fille hocha la tête affirmativement, mais Gajil semblait avoir trouvé quelque chose d'étrange et s'empressa de le faire remarquer.

- Justement elles étaient louches ces énigmes. Tu dis que c'est ton bouquin, mais il parle clairement de ce qu'il s'est passé avec Metallicana. Comment tu peux savoir tout ça ?

- Oh mais je ne le peux pas. C'est là que la magie intervient. Ce livre est peut-être à moi, mais seulement en ce qui concerne les informations sur les Dragons que j'ai moi-même écrites. Pour les énigmes, il s'agit simplement d'une manifestation de la magie qui vous guide vers la suite des évènements, puis vers moi, c'est aussi simple que cela. Comment croyez vous que je me tiens au courant de ce qu'il se passe dans le monde ? La magie me permet de voir tout cela. Tu comprendras donc que je sais exactement ce qu'il s'est passé avec ton père.

Le Dragon Slayer fit la moue, pas forcément enchanté d'apprendre que sa défaite face à Metallicana avait eu plus de spectateurs que prévu, même s'il semblait convaincu par la réponse du Dragon. Cependant, les deux mages n'avaient pas qu'une question, et aussitôt Levy réorienta la conversation vers ce qui l'intéressait. Relisant ses feuilles où elle avait noté la traduction du livre et sans les lâcher des yeux, elle finit par demander.

- Et le sceau de Zeref ? C'est quoi exactement ?

- Ah… le sceau de Zeref… Personne ne vous as donc expliqué ce qu'il s'est passé le 7 juillet n'est ce pas ? Enfin, je parle plus pour toi Gajil.

- Non. On ne m'as rien dit, répondit ce dernier en croisant les bras.

- Dans ce cas je vais le faire, dans les grandes lignes seulement. Connaissez-vous Acnologia ?

A l'entente de ce nom, les deux mages sursautèrent et se regardèrent, se rappelant clairement du Dragon noir qui avait failli tous les tuer.

- On l'a rencontré ! Sur l'île de Tenrou ! S'exclama Levy.

- Vraiment ? Et vous en êtes sortis vivants ?

- Oui enfin… Il a quand même détruit l'île, continua Gajil avec réticence.

- Il a atterri sur l'île et nous avons tenté de l'arrêter, mais lorsque nous avons compris que nous ni arriverions pas, on à décidé de battre en retraite et d'unir nos magies pour rentrer à Fairy Tail, raconta la jeune fille pour terminer.

- Dans ce cas, cela facilite les choses. Ce jour là, le 7 juillet, sept Dragons, dont Metallicana, Grandine et Ignir, ont été choisis pour aller le combattre, et le sceller une bonne fois pour toutes, lui et Zeref qui est à la fois son maître et son fils, car tout comme toi Gajil, lui fut élevé par Acnologia. Cependant, ils ne sont jamais revenus et d'après les informations, Zeref était toujours en liberté, d'où la conclusion qu'ils ont échoué.

- C'est pour ça qu'ils ont disparu subitement sans rien dire ?

- Oui c'est pour cela. Cependant, vous avez été laissés derrière pour une bonne raison. Nous avons tenté de stopper Zeref avec les Dragons, nous n'y sommes pas parvenus. Mais vous, les Dragon Slayer, vous étiez toujours là. Certes, trop jeunes, mais vous étiez là. Et chacun sait que la magie des Dragon Slayer est capable de rivaliser avec les Dragons, car elle est la seule capable de leur infliger bon nombre de dégâts. Zeref aussi est un Dragon Slayer, il connait ce lien. Et il a fait en sorte, en scellant les Dragons qui vous ont élevés, de sceller votre pouvoir en même temps, pour que vous ne puissiez pas en utiliser toute la puissance, et ainsi, ne jamais pouvoir battre Acnologia, ou n'importe qu'elle autre Dragon. Il a utilisé le lien qui vous a unis aux Dragons qui vous ont enseigné la magie pour la bloquer.

- Mais Metallicana à été libéré apparemment. Donc si je comprends ce que vous dites, Gajil aurait du récupérer ses pouvoirs non ? Interrogea Levy.

Elle avait littéralement avalé les paroles de Daégan. Il n'avait pas parlé plus de cinq minutes mais avait déjà apporté pas mal de solution, elle devait le noter quelque part.

- Metallicana n'a pas été libéré volontairement. J'imagine que la magie qui le retenait prisonnier je ne sais où à du s'estomper au fil des années et qu'il a finalement pu s'échapper. Cependant, le sceau bloquant la magie des Dragons Slayers ne se détruit pas de la même manière. Gajil, tu dois par toi-même trouver cette limite en toi et la briser. N'oublie pas que ta magie devient plus puissante lorsqu'elle est animée par tes sentiments, c'est ainsi que tu peux espérer repérer le sceau, parce qu'il tentera de la canaliser.

- Donc si je m'énerve j'ai plus de chance de briser ce truc ?

Le Dragon Slayer faisait une drôle de tête, apparemment il cherchait à remettre en ordre les informations qu'on lui donnait.

- En gros oui.

- Pourtant, Natsu s'est déjà énervé, parfois beaucoup plus que Gajil et son sceau n'a pas été brisé, dit la mage aux cheveux bleus qui avait à présent le nez collé à un bout de feuille et notait tout ce qu'elle entendait, sous le regard amusé du Dragon assis en face d'elle.

- Parce que le sceau de Zeref ne réagit qu'en présence d'un Dragon. Etait-il réellement hors de lui contre Acnologia ?

- Non, pas vraiment. A ce moment là nous étions tous épuisés et presque vidés de magie…

- Et bien tu as ta réponse.

Les deux mages se regardèrent, méditant les paroles du sage se tenant devant eux. Les réponses qu'il leur avait fournies allaient leur servir à quelque chose, et ils échafaudèrent un petit plan pour ne pas être totalement démunis lorsqu'ils devraient se battre. Même si, pour l'instant, à part l'idée de rouer Metallicana de coups sans le laisser attaquer, ils n'avaient pas grand-chose d'autre et s'imaginaient déjà le fiasco total que ce serait s'ils devaient mettre ce plan à exécution. Cependant, après toutes ces découvertes, nos deux amis décidèrent de prendre congé, parce que s'ils restaient plus longtemps, ils ne rentreraient sans doute pas avant la nuit, même si cela les dérangeait de partir maintenant parce qu'ils auraient aimé discuter un peu plus avec le vieux Dragon.

- Nous ne nous reverrons point après cela. Mais j'ai été ravi de vous rencontrer jeunes mages, cela faisait bien longtemps que je n'avais plus parlé à personne, déclara ce dernier en leur adressant un clin d'œil amusé.

- Nous aussi Daégan, je ne pense pas qu'on oubliera ce qu'il c'est passé aujourd'hui. Et on vous remercie d'avoir répondu à nos questions, ça nous aidera beaucoup pour la suite, le remercia Levy en s'inclinant rapidement.

Le Dragon sourit, dévoilant ses grandes dents pendant que la jeune mage lui tapotait timidement le museau. Puis il se tourna vers Gajil qui n'avait pas dit un mot et regardait son bras blessé, apparemment perdu dans ses pensées. Daégan s'approcha doucement et le mage d'acier daigna enfin relever la tête pour croiser son regard, même s'il ne disait toujours rien.

- Que ressens-tu Dragon Slayer ?

- Je ne sais pas. Je ne sais plus.

- Tu as l'esprit confus parce que tu dois affronter celui qui t'as élevé ?

- Oui… Un peu.

- L'affronter ne signifie pas le tuer. Je suis sûr que tu réussiras à lui faire entendre raison. Si tu crois en toi, alors tu es capable de tout.

Après avoir dit ses mots, le corps du Dragon s'illumina d'une belle lumière blanche aux reflets arc en ciel, comme ses écailles, puis il toucha habillement le bras droit du Dragon Slayer, laissant sa magie se propager par ce contact. Gajil se raidit brusquement mais ne dit rien, et une fois que le halo s'estompa, ses bandages avaient disparu et il n'y avait plus aucune trace de blessure. Etonnée, Levy s'approcha pour voir de plus près pendant que son ami faisait quelques mouvements, histoire de voir si tout était en ordre. Et effectivement, il était guéri.

- Voila voila. Une bonne chose de faite. Maintenant, je doute que faire durer ces séparations soit une bonne chose, soupira le Dragon en s'asseyant lourdement.

Pendant un long instant ses yeux bleus restèrent ainsi à regarder les deux mages qui faisaient de même, puis la même lumière l'enveloppa une nouvelle fois et Gajil et Levy se retrouvèrent soulevés du sol, enfin, des nuages sur lesquels ils pouvaient marcher. La dernière chose que les deux mages virent fut Daégan qui souriait dans leur direction, puis la lumière blanche s'accrut encore et les aveugla. Sur le moment, ils eurent la terrifiante impression de tomber brusquement, mais ils perdirent connaissance avant de s'en effrayer.


Levy se réveilla en sentant une brise chaude sur sa joue. Elle remarqua qu'elle était couchée dans l'herbe et les graviers, non loin du lac, et que le manteau de Gajil trônait bien en évidence sur ses épaules. D'ailleurs ce dernier était assis sur un gros rocher qui était à moitié plongé dans le lac et scrutait l'horizon, vraisemblablement perdu dans ses pensées. La jeune fille se releva en baillant et se dirigea vers lui, posant son manteau sur le rocher à coté d'elle lorsqu'elle fut près de lui. Il se tourna vers elle et la contempla de son regard grenat pendant un petit moment, avant de se détourner pour contempler à nouveau la surface immaculée du lac.

- Ça va ton bras ? Il est guéri ? Demanda-t-elle en l'effleurant du bout des doigts.

- Oui, il va beaucoup mieux. Je sais pas comment il a fait, mais il me l'a guéri. Remarque, c'est tant mieux, j'aurais jamais pu battre mon père avec un seul bras.

La jeune fille hocha simplement la tête, avant de subitement se rendre compte de quelque chose.

- Gajil j'ai dormi combien de temps ? Il est quelle heure ?

- Oh ça fait bien une demi-heure que tu ronfles. Je pouvais pas te réveiller, tu faisais tellement de bruit que j'arrivais pas à m'approcher, plaisanta-t-il avec un sourire moqueur.

- Q-quoi ? Même pas vrai !

La mage aux cheveux bleus rosit légèrement face à sa boutade, craignant que ce soit vrai malgré tout.

- Gihihi, si j'te le dis !

Toute rouge de honte, elle lui tira la langue avant de le pousser dans l'eau. Le Dragon Slayer sursauta et cria de surprise avant de tomber avec un grand bruit, vite couvert par les éclats de rire de la mage aux cheveux bleus qui se pencha au dessus de la surface. Mais elle ne s'attendait pas à ce que le mage d'acier surgisse de l'eau et ne lui attrape soudainement le poignet avec un sourire sadique, avant de l'y jeter à son tour. Elle poussa un cri aigu et sortit la tête de l'eau, complètement choquée, battant furieusement de bras.

- Espèce d'idiot ! J'étais encore habillée ! Cria-t-elle en se débattant.

- Et alors ? Moi aussi j'te signale. Et puis si vraiment ils te gênent, t'as qu'à les enlever, plaisanta-t-il avec un sourire vicieux en se léchant les lèvres.

- Non mais ça va pas ? Sale pervers !

Elle l'éclaboussa et s'éloigna à toute vitesse, tentant de cacher ses joues roses et se mettant à rire en voyant qu'il la poursuivait. Elle arriva près de la rive et se mit à courir pour lui échapper mais ce n'était pas vraiment efficace. Avec un rire qui ne prédisait rien de bon, Gajil finit par l'attraper et la rejeter dans l'eau, loin du bord et donc de son unique sortie.

- Attends tu vas voir ! Grogna la jeune fille en se relevant tant bien que mal.

Elle se jeta sur le Dragon Slayer et encore une fois ils se retrouvèrent dans l'eau, chahutant, rigolant et tentant de prendre le dessus sur l'autre. Il fallait reconnaître que cette mission les avait particulièrement stressés, maintenant ils évacuaient à leur manière. Ce n'était pas la première fois que Levy entendait Gajil rire mais étrangement, aujourd'hui c'était différent. D'habitude, il avait son petit rire sadique et méchant à lui, qu'il utilisait rarement d'ailleurs. Mais là, il semblait tout autre. Jamais elle n'aurait cru pouvoir entendre un son empli de tant de bonheur et de gaité s'échapper de la bouche du Dragon Slayer et pourtant c'était le cas. Il riait à gorge déployée, à moitié essoufflé pendant qu'il s'amusait à mouiller la jeune fille et vice versa. Il s'amusait ! Lui le froid et l'insensible Gajil Redfox s'amusait à éclabousser Levy Mcgarden, la fille qu'il avait tant blessée par le passé. Mais c'était d'autant plus plaisant à vivre que s'en était surprenant. Alors ils continuaient, et Levy était heureuse aussi. Elle était tellement partie dans son fou rire qu'elle en avait les larmes aux yeux et n'était plus capable de bouger. Et le Dragon Slayer en profita pour lancer une attaque qu'il venait d'inventer.

- Déferlante du Dragon d'acier !

Elle cria quand une grosse vague l'emporta vers la rive où elle s'échoua, encore à bout de souffle après son batifolage dans l'eau. Jusqu'au moment ou Gajil se retrouva on ne sait pas trop comment au dessus d'elle à quatre pattes, le front collé au sien, aussi essoufflé que la jeune fille. Et c'est à ce moment là que l'étrange envie qu'elle avait déjà eue le jour d'avant lorsque Gajil était sorti faire un tour après que Lilas l'ai embêté, sauf que, cette fois-ci, elle était beaucoup plus forte et la submergea, faisant brusquement changer la vision qu'elle avait de l'homme au dessus d'elle.

Ses yeux mi-clos l'hypnotisaient, lui donnaient envie de s'en approcher encore, de le scruter d'un peu plus près. En sentant ses cheveux qui chatouillaient sa joue, elle n'avait qu'une envie, celle de passer la main dedans, de les toucher et de ne plus les lâcher. Son souffle chaud et si enivrant qui caressait ses lèvres l'empêchait de penser de manière cohérente, elle voulait juste s'en approcher, goûter à sa source ce merveilleux élixir qui lui faisait perdre ses esprits. L'idée même de le toucher, de sentir son corps brûlant contre le sien l'obsédait tant que plus elle y pensait, moins elle parvenait à bouger pour réaliser son fantasme, ne pouvant que l'imaginer. C'est presque si elle sentait sa peau glisser lentement sous ses doigts. Elle se voyait déjà parcourir son corps de ses mains, apprivoisant peu à peu l'animal indomptable au dessus d'elle, faisant sienne cet être rude et froid. En train de divaguer complètement, elle imaginait déjà le Dragon Slayer poser délicatement ses lèvres dans son cou. Puis il lui murmurerait de sa voix rauque et profonde, mais si belle à entendre qu'il ressentait la même chose qu'elle avant de se rapprocher un peu plus et de la serrer contre lui. Et ils étaient déjà si proches ! Elle avait juste à bouger la tête de quelques millimètres et ses rêves se réaliseraient. Pourtant, cette même attraction qu'elle ressentait la clouait au sol, l'empêchait de respirer, ne lui permettait pas de le quitter des yeux, la condamnant à l'observer en silence. Elle ne comprenait pas ce qu'elle attendait pour agir, pourquoi elle ne saisissait pas sa chance, pourquoi elle se montrait aussi idiote. C'est seulement lorsque Gajil se redressa et la libéra avant d'aller chercher son manteau posé un peu plus loin qu'elle s'autorisa une grande bouffée d'air, haletante, la gorge en feu, les joues rouges et les yeux rivés sur lui. Ce moment avait peut-être duré plusieurs minutes pour elle, mais il ne s'était en réalité écoulé que quelques secondes, pas suffisantes pour penser que le mage d'acier s'était arrêté volontairement et aurait eu envie de l'embrasser. La jeune fille posa lentement sa main contre sa poitrine, tentant de calmer son cœur qui s'était mis à danser une valse incontrôlée. Elle réussit finalement à baisser la tête et esquissa un petit sourire triste, pendant que son reflet dans l'eau lui répondait. Elle était vraiment pathétique. Comment avait-elle pu penser cela de lui à un moment pareil, en pleine mission ? Comment avait-elle pu fantasmer sur lui à ce point là ? Elle était vraiment stupide. Elle avait bien remarqué qu'elle ne l'intéressait pas, depuis le temps, alors pourquoi continuait-elle à s'accrocher ? Elle n'en savait rien, et d'ailleurs ne comprenait pas ce qu'il lui arrivait.

- Qu'est ce que tu fais Crevette ? Tu viens ?

L'appel du mage d'acier ne tarda pas à la faire sortir de ses pensées et elle redressa rapidement la tête dans sa direction. Il était déjà prêt à rentrer, son sac et son manteau sous le bras. La mage aux cheveux bleus rassembla ses affaires à son tour et le rejoignit en trois foulées sans un mot, tentant simplement de ne pas le regarder trop longtemps. Ils refirent le chemin à l'envers pour rentrer à Kôkô, se hâtant légèrement pour rentrer avant la nuit, et après un long moment de silence Levy finit enfin par demander timidement:

- Gajil, on devrait pas faire évacuer la ville tu crois ?

- Pourquoi faire ?

- Et bien, si Metallicana nous attaque et que nous devons l'affronter, au moins ça évitera les blessés.

- Ouais, c'est une bonne idée. Mais, on dit quoi au maire ? Faut quand même que ça soit crédible, et c'est hors de question qu'on lui dise que c'est mon père.

- Dans ce cas, on lui dira juste que c'est un Dragon.

- Il va nous rire au nez, plus personne ne croit aux Dragons.

- On peut toujours essayer.

- Ouais ben ça sera sans moi alors.

Le Dragon Slayer se tût et ne prononça plus aucun mot jusqu'à ce qu'ils arrivent en ville. Heureusement, la Lune venait juste de se lever lorsqu'ils virent les premières habitations et ils se dépêchèrent de rentrer. Puis, comme l'avait suggéré la mage aux cheveux bleus, ils allèrent voir le maire pour lui exposer l'idée qu'ils avaient eu. Ils entrèrent dans la mairie, saluèrent la secrétaire qui était encore et toujours cachée derrière des piles de feuilles. Peut-être prenait-elle du retard dans son travail, mais les deux mages ne préféraient pas savoir comment et avec qui. Ils toquèrent rapidement au bureau de Fiorenzo qui les accueillit chaleureusement et semblait heureux de les revoir enfin sains et saufs. Même si, étant passablement exténués, les deux membres de Fairy Tail décidèrent d'écourter la chose. Après tout, ils dormaient quasiment debout.

- Fiorenzo, peut-on vous demander quelque chose ? Commença Levy.

Elle se tordait les mains et parlait d'une voix qui laissait passer la gravité de ce qu'elle souhaitait annoncer, ce qui ne lui plaisait pas énormément non plus.

- Bien sûr, tout ce que vous voulez.

- Nous pensons qu'il serait bien de… faire évacuer la ville.

Après avoir entendu ces mots, le visage d'habitude souriant du maire devint grave et attentif à son tour. Même sa voix changea du tout au tout et devint sérieuse.

- Ah oui ? Pourquoi donc ? Est-ce à cause de ce monstre ?

- On est à peu près sûr que c'est un Dragon. On demande juste d'évacuer histoire d'éviter les pertes humaines en cas de combat direct, lâcha Gajil d'une voix dure, adossé dans le fond de la salle.

- Un Dragon ? Et ben ça pour une surprise s'en est une belle ! Vous en êtes sûrs ?

Là, Fiorenzo commençait clairement à paniquer. Même si savoir pourquoi un Dragon s'en prenait à eux lui importait peu pour l'instant. Les deux mages hochèrent la tête d'une façon un peu raide, confirmant l'hypothèse qu'ils avaient formulée, et étrangement le maire cessa totalement de paniquer. Et contrairement à ce que Gajil pensait, il les croyait sur parole. Ses sautes d'humeur étaient déconcertantes et ils auraient pu en rire si la situation n'était pas dramatique.

- Permettez que j'annonce la nouvelle demain. Il se fait tard et évacuer une ville durant la nuit n'est pas le moins risqué.

Compréhensifs, Gajil et Levy hochèrent la tête avant de prendre congé pour aller se coucher. La journée avait été particulièrement épuisante, et ils savaient que le lendemain ne serait sans doute pas mieux, maintenant, ils voulaient simplement dormir. A peine eurent-ils passé la porte que Levy se dirigea vers la cuisine et fit bouillir de l'eau pour faire des nouilles. Gajil s'écroula sur le canapé avec un grognement à faire trembler les murs. Il ne daigna bouger que lorsque la jeune fille eut terminé de préparer le repas et s'installa à table avec un long soupir avant d'attaquer directement le contenu de son assiette comme son amie. Puis ils firent la vaisselle et partirent se coucher directement. Enfin, Gajil se coucha, mais Levy préféra s'asseoir près de la fenêtre et regardait dehors d'un air légèrement déprimé. Le Dragon Slayer hésita à aller la voir, ne voulant pas la déranger, mais au bout d'un long moment passé à l'entendre soupirer, il se décida quand même à lui parler. Elle ne le sentit derrière elle qu'au moment ou les mains du mage d'acier se posèrent sur ses épaules et qu'il lui demanda:

- Un problème Crevette ?

Il avait une voix un peu bourrue et lui tapotait nerveusement les épaules en regardant dehors pour ne pas la regarder elle, un peu comme s'il voulait qu'on évite de penser qu'il se préoccupait d'elle. Et comme à chaque fois qu'elle le voyait torse nu, Levy ne pût s'empêcher de rosir et de se sentir nerveuse, mais finit par balbutier une répons.:

- Maintenant que je n'ai plus rien à traduire, je me sens un petit peu inutile, confessa-t-elle en baissant les yeux.

- C'est pas vrai, au contraire. Arrête de penser à des trucs comme ça et vient te coucher, bougonna le Dragon Slayer en retour.

La jeune fille hocha la tête et il la lâcha avant de retourner se coucher, de lui tourner le dos et de prendre toute la couverture une fois qu'elle fut installée à coté de lui. Même s'il avait été un peu maladroit, il avait cherché à lui remonter le moral. Elle sourit sous les couvertures et ferma les yeux, pour finir par s'endormir, complètement épuisée. Même si sa nuit ne fut pas vraiment reposante. Parce que, sans aucune raison, elle fit des cauchemars.


Levy se réveilla en sursaut, en plein milieu de la nuit, et ne sachant pas où elle était, elle commença à se débattre en criant et en gémissant, jusqu'à ce que ses oreilles arrivent enfin à percevoir un son et s'arrêtent de siffler.

- Levy !

Elle ouvrit les yeux et vit Gajil au dessus d'elle qui lui donnait de petites tapes sur les joues pour qu'elle se réveille pendant qu'elle se débattait. Dès qu'elle le vit elle se jeta à son cou en pleurant, manquant de le faire s'écraser contre elle dans sa précipitation. Presque avec désespoir elle entoura la taille du Dragon Slayer avec ses jambes, refusant de le laisser partir, pendant que lui se recouchait doucement sur le coté, tenant toujours la jeune fille dans ses bras. Il s'était mis à lui tapoter le dos et à lui murmurer des mots apaisants à l'oreille, jusqu'à ce que ses pleurs deviennent des sanglots étouffés dans son cou.

- T'as fait un cauchemar ? Demanda-t-il gentiment en caressant ses cheveux, les joues vaguement colorées de rose.

Il la sentit hocher la tête en tremblant et en reniflant. Il soupira et baissa les yeux vers elle, souriant légèrement en la voyant agrippée à lui.

- Tu veux en parler ?

Venant de Gajil, une telle phrase ne serait jamais sortie de sa bouche en tant normal. Levy en oublia même comment pleurer tellement elle avait été surprise d'entendre ces mots de sa part. Mais c'est aussi pour cela qu'elle se décida à tout lui dire.

- J-j'ai rêvé que… Metallicana venait et qu'il te… te crucifiait à un arbre, co-comme ce qu'il s'est passé il y a longtemps… et qu'il te torturait devant moi sans que… sans que je puisse rien faire. P-puis après il est reparti… mais toi… tu étais… mort.

Elle craqua sur le dernier mot et se remit à pleurer en le serrant un peu plus fort.

- Chut… ce n'était qu'un rêve, oublie ça d'accord ?

Même s'il continuait à la rassurer, le mage d'acier n'en pensait pas moins à l'intérieur. La légère allusion qu'elle avait eue dans son rêve du temps où il était à Phantom Lord était bien là. Il venait de comprendre que malgré le temps qui avait passé, elle était toujours traumatisée par ce qu'il lui avait fait, la preuve, elle en rêvait encore, même si c'était plus qu'indirect. Il avait juste envie de disparaitre maintenant. Il se remettait à penser qu'elle ne méritait même pas qu'il la touche. Et pourtant… pourtant elle lui avait raconté cela en pleurant dans ses bras. Elle lui avait déjà dit lui avoir pardonné. Le corps ou l'esprit peuvent peut-être pardonner, mais pas les deux en même temps, il venait d'en avoir la preuve. D'un autre coté, il devait reconnaître qu'elle pleurait pour lui, parce qu'elle l'avait cru mort dans son cauchemar. C'était étrangement gênant, et malgré la culpabilité qui jaillissait à nouveau en lui, il sentait une étrange chaleur se propager dans son ventre jusque dans son cœur, et lui donnait envie de sourire. Après un long moment passé ainsi à résoudre ses problèmes intérieurs et à rassurer Levy, Gajil se rendit enfin compte qu'elle s'était endormie contre lui. Il essuya doucement ses joues encore couvertes de larmes et fit une chose qu'il n'avait jamais faite auparavant. Il lui embrassa tendrement le front, avant de remettre la couverture correctement sur eux deux et de se caler confortablement dans le lit, finissant par s'endormir à son tour.


Le lendemain matin, lorsque la jeune fille se réveilla, le soleil se levait à peine et le seul bruit qu'elle entendait était le chant des oiseaux. Elle n'ouvrit pas immédiatement les yeux, savourant la douce chaleur qu'elle sentait contre son corps. Avant de brusquement se rendre compte de ce que c'était en sentant quelque chose bouger contre elle, puis un souffle chaud parcourir sa joue, et enfin un drôle de grognement. Elle ouvrit les yeux et se rappela soudain de ce qu'il s'était passé hier soir en plissant les yeux. Gajil dormait encore apparemment. Il tenait fermement la jeune fille par la taille et la serrait contre lui, l'empêchant de sortir. C'est à ce moment là que la même chaleur et la même attirance qu'elle avait ressentie hier revenait à la charge soudainement. Sa gorge se serra et elle se remit à trembler. Son cœur battait si fort dans sa poitrine que le sang qui pulsait dans ses veines semblait en feu. Son odeur recommençait à l'enivrer et ses mains tressaillirent légèrement lorsque la poitrine du mage d'acier se souleva lentement sous ses doigts. Elle n'arrivait de nouveau plus à bouger et le contact des mains du Dragon Slayer sur sa taille la faisait se raidir encore plus. La seule chose qu'elle pouvait voir était le creux de son cou où sa tête était posée. Des picotements électriques possédaient ses lèvres et l'envie de les poser sur la peau douce en face d'elle obsédait son esprit. Le peu de conscience qu'il lui restait lui hurla qu'elle était folle mais elle ne comprenait même pas ces mots. Avec un faible halètement mêlé d'un gémissement, elle posa ses lèvres sur son cou. Lentement, petit à petit, elle se retrouva couchée sur Gajil au lieu d'être couchée à coté de lui, toujours agrippée à son cou comme si sa vie en dépendait. Elle ne parvenait plus à saisir la réalité de ce qu'elle faisait, il fallait juste que son besoin soit satisfait à n'importe quel prix, et toutes les émotions qu'elle ressentit à ce moment là noyèrent ses sens. Ce n'est qu'au moment où le mage d'acier se mit à grogner et à bouger sous elle que sa conscience et la pleine possession de ses membres lui revint, et il lui fallut toute la volonté du monde pour s'écarter de lui. Il se frotta légèrement les yeux et bailla au moment où la jeune fille tentait de reprendre son souffle et surtout de cacher ses rougeurs, à quatre pattes au dessus de lui. Le Dragon Slayer posa son bras sur son front, ouvrit à moitié un œil et grogna:

- Déjà réveillé le rat de bibliothèque ?

Levy ne répondit pas, elle n'en était pas capable, mais au moins elle avait une excuse à ses joues pourpres maintenant. Toujours sans un bruit elle se recoucha bien gentiment à coté de lui, cachant tout de même son visage sous la couverture pour l'observer discrètement. Après une bonne demi-heure passée ainsi, tous les deux se décidèrent enfin à aller prendre un petit déjeuner. Levy tentait avant tout de faire comme s'il ne s'état rien passé, mais ce n'était pas toujours très facile. Comme lorsqu'ils étaient allés tous les deux dans la salle de bain pour se préparer, après avoir mangé.

La mage aux cheveux bleus se coiffait machinalement et tentait de retenir ses cheveux avec son habituel bandeau orange lorsqu'une phrase interrompit le calme ambiant de la pièce.

- Tiens c'est louche.

Levy tourna la tête et remarqua que le Dragon Slayer était en train d'appuyer sur une petite marque rouge au niveau de son cou, les yeux plissés pendant qu'il observait le tout dans le miroir.

- Où est ce que je me suis fait ça ? J'me rappelle pas m'être cogné pourtant. Grogna-t-il.

La réaction de la jeune fille lut immédiate. Elle lâcha un rapide "je vais aux toilettes" sortit de la pièce comme un ouragan, attrapa une boite de mouchoirs et s'enferma justement dans les toilettes, tentant de limiter l'affluence du sang qui coulait de son nez avec discrétion. Et la seule chose qui revenait en boucle dans son esprit était une question dont la logique était fatale: pourquoi avait-elle fait ça ?

Enfin "calmée" et légèrement plus présentable, elle sortit des toilettes au moment où on toquait à la porte et elle alla ouvrir pendant que Gajil arrivait derrière, enfin habillé. A la grande surprise des deux mages, il s'agissait de Fiorenzo. Il avait l'air excessivement nerveux, mais gardait la situation bien en main et leur expliqua qu'il avait prévenu les habitants. Ceux-ci avaient déjà commencé à préparer leurs affaires et certains étaient même déjà partis. Etant donné que Kôkô était un village situé à flanc de montagne, les risques d'avalanche n'étaient pas à exclure, donc cela faisait longtemps qu'un campement avait été crée dans la forêt dans le cas où ils auraient à quitter le village à cause du danger. Les villageois savaient dont s'y prendre, ce qui facilitait les choses. N'ayant pas grand-chose à faire de plus, Gajil et Levy aidaient à transporter des affaires et faisaient des allers-retours entre Kôkô et le campement sans s'arrêter.

Ils entamaient leur cinquième aller-retour lorsqu'ils croisèrent deux visages familiers. Le mage d'acier et Levy s'apprêtaient à emmener les affaires d'un petit couple de retraités qui les remerciaient mille fois de leur aide lorsqu'un bruit assez familier et de mauvaise augure résonna aux oreilles du Dragon Slayer, venant de derrière lui.

- Gwabwa ! Blllllb !

Lentement il soupira et pencha la tête sur le coté, avec un mauvais sourire. Puis il se retourna et baissa les yeux pour voir Lilas qui semblaient heureuse d'avoir été remarquée.

- Putain c'est pas possible. Dites moi qu'je rêve !

- Désolée Gajil mais je crois que tu ne rêves pas, pouffa Levy à coté de lui.

Le bébé tant redouté par notre cher mage d'acier tendit les bras vers lui et sautilla sur ses petits pieds, voulant sans aucun doute possible être porté. Ce qu'il comprit immédiatement.

- C'est hors de question que je porte ce démon !

Un raclement de gorge courroucé à coté de lui suivit d'un coup de coude le fit changer d'avis, et il posa ses affaires, attrapa la fillette avant de la poser sur ses épaules en grondant, puis de reprendre ses valises.

- T'as intérêt à te tenir toi, grommela-t-il pendant que la petite applaudissait et criait de joie, un peu comme quelqu'un qui se rend compte qu'il a les chiffres gagnants à la loterie.

Puis les deux mages repartirent, accompagnés de Sebastian qui les aidait aussi à porter quelques affaires en plus des siennes. Il s'était d'ailleurs étonné de voir que le bras du Dragon Slayer était guéri, et Levy s'était empressée d'expliquer que sur leur route ils avaient rencontré quelqu'un qui maitrisait une magie de guérison, et qu'il s'en était occupé. Gajil ne prenait pas part à la conversation, il était trop occupé à gérer le bébé sur ses épaules. Lilas semblait d'ailleurs très enthousiaste et prenait son nouvel ami pour un cheval. Elle lui tirait les cheveux, sautait sur ses épaules et agitait ses petits pieds, pensant qu'il avancerait plus vite alors que ça ne faisait que l'agacer. Après avoir traversé une petite partie de la forêt, le campement fut enfin en vue et Gajil se mit littéralement à courir vers les tentes qui avaient été dressées, faisant immédiatement descendre Lilas de ses épaules une fois qu'il fut arrivé avec un sourire de vainqueur avant de s'éloigner parce qu'elle voulait l'attraper. Ils aidèrent Sebastian et ceux qui arrivaient à s'installer, avant de repartir à Kôkô pour que la même scène se répète une nouvelle fois. Jusqu'au moment où, en milieu d'après-midi, ils revinrent dans la ville alors que tout le monde avait été évacué. Et bien oui, eux restaient dans le petit village. Si Metallicana se décidait à attaquer, c'est ici qu'il frapperai, au moins les deux mages étaient sûrs de ne pas le manquer.

Ils déambulaient dans l'allée centrale de la ville, calme et vide à présent, sans plus aucune trace de vie que la leur. Même si Gajil avait rejeté cette idée, il commençait à penser qu'ils avaient bien fait de tout raconter à Fiorenzo et de faire évacuer Kôkô. Avant toute chose, il fallait éviter les blessés. Une vie importait plus qu'une habitation. Le Dragon Slayer soupira, enfouit ses mains dans ses poches et tapa dans un caillou en regardant le sol. Levy à coté de lui affichait aussi une moue inquiète, les mains croisées dans le dos. C'était plus qu'angoissant de rester là, à attendre un combat qui serait peut-être leur dernier, alors que tout dans leurs corps et leurs esprit hurlait de fuir pendant qu'il en était encore temps. Sentant très bien à quel point elle était oppressée par ce silence et cette attente il leva la tête dans sa direction, croisant son regard aussi perdu que le sien, et pour une fois esquissa un de ses rares sourires. Elle répondit elle aussi par un petit sourire tremblant et tapota doucement son épaule.

- Tout se passera bien, déclara-t-elle autant pour le rassurer lui qu'elle-même.

- J'espère… ça vaudrait mieux.

Il n'avait jamais été aussi nerveux et anxieux en attendant un combat, et il en détestait d'autant plus ces sentiments qui le faisaient devenir faible et lâche. Il ne fuirait pas, il se battrait peu importe contre qui. Il avait été élevé pour ça après tout.

Cela faisait peut-être moins d'une heure que les habitants étaient tous partis se réfugier dans la forêt, mais pour Levy et Gajil, il s'était déjà écoulé plusieurs jours tellement le temps leur paraissait long soudainement. Enfin, le hasard fait bien les choses comme on dit. Ils n'auraient plus à attendre bien longtemps. Alors qu'ils se dirigeaient lentement vers la maison dans laquelle ils avaient élu domicile, le Dragon Slayer stoppa net et s'immobilisa au milieu de la rue, les poings fermés, regardant fixement le sol et les dents serrées. Aussitôt la mage aux cheveux bleus s'arrêta aussi, laissant apparaître l'anxiété sur son visage.

- Gajil, ça ne va pas ?

Il ne répondit pas, ne bougea pas. Et Levy comprit pourquoi en regardant par-dessus son épaule. Elle recula au moment ou Gajil se retourna lentement. Son cœur battait si fort dans sa poitrine que s'en était presque douloureux, sans compter la peur qui commençait à lui mordre le ventre. Parce que derrière eux il y avait un chat. Gris. Aux yeux rouges. Assis sur le sol, le regard brillant d'une étincelle amusée, comme si on venait de lui proposer un bol de lait ou qu'il venait de découvrir un nid de souris.

- Je crois que c'est l'heure de la baston, déclara Gajil, affichant un rictus amer en faisant lentement craquer ses doigts.

Metallicana retroussa ses babines de chat en un sourire vicieux. Oh oui, c'était l'heure de se battre.