Partie II : Péchés
Notes : Et un nouveau feuillet ! Oui je sais, c'est très rapproché du précédent, mais j'avais de l'inspiration, donc... Vous remarquerez que j'ai regroupé ces feuillets en parties. Tous les précédents appartiennent donc à la catégorie "Fêtes", et désormais je vous présente la partie "Péchés", qui comprendra très exactement 7 chapitres, je pense que vous devinez pourquoi ^^'
Personnage : Hana
Chapitre 1 : Envie
Hana regardait la pluie par la fenêtre de sa chambre, perdu dans de sombres pensées. Il avait enfin réussi à faire sortir Horohoro qu'il avait croisé dans l'escalier en disant qu'il allait chercher du gui. Drôle d'idée, mais venant de cet adulte irresponsable, ça ne l'étonnait pas. Son attention fut attirée par deux silhouettes qui traversèrent son jardin d'un pas vif avant de disparaître sous le perron. Depuis sa porte entrouverte, il entendit des voix depuis le rez-de-chaussée.
- Amidamaru, vas-voir qui c'est, lança-t-il, curieux mais n'ayant pas envie de se lever lui-même.
Malheureusement, le fantôme n'était pas là, sans doute en train de discuter avec l'autre guerrier chinois de cet insupportable Men. Il serra les poings de frustration mais finit par se lever, et alla jusqu'à la rambarde de l'escalier donnant sur l'entrée. Une très belle jeune femme se tenait dans le hall, à côté de celui qu'il reconnut comme étant Ren, le père de Men.
Quand elle se tourna vers Tamao, Hana put apercevoir son visage orné d'un sourire doux et de deux yeux rouges, des yeux qu'il détestait car appartenant à Men, mais qu'il ne pouvait s'empêcher d'admirer sur cette femme. Elle ôta sa veste, libérant une cascade de cheveux argentés qui voletaient dans son dos.
Elle appela son fils d'une voix enchanteresse, et Hana sentit son cœur se serrer quand il vit l'autre garçon arriver. Elle le prit dans ses bras pour le serrer contre elle, pendant que son père posait une main bienveillante dans ses cheveux. Du coin de l'œil, il aperçut Tamao lever la tête et se baissa rapidement, pour ne pas qu'elle le voie.
- Je vais vous préparer du thé chaud, déclara-t-elle. Tous les autres sont dans le salon.
- Merci Tamao, mais nous ne resterons pas longtemps, nous ne voulons pas t'importuner, fit savoir Ren.
- Ne dis pas de bêtises, lui répliqua la maîtresse de maison.
Quand il fut certain qu'elle était sortie, Hana se redressa et reporta son regard sur la petite famille Tao. Il fut choqué par le sourire léger qu'abordait Men, lui qui était toujours si sérieux, casse-pied et de mauvais poil.
- J'espère que tu n'as pas embêté Tamao, fit son père avec un froncement de sourcils.
- Bien sûr que non ! protesta immédiatement le petit garçon.
Le regard de Ren s'adoucit et la jeune femme aux cheveux argentés posa un baiser sur le front de son fils. Cette fois-ci, Hana partit en courant s'enfermer dans sa chambre, les mains tremblantes. Une famille… Une famille unie, c'était l'image qu'il avait eu en les voyant tous les trois ainsi, et une bouffée d'envie le submergea. Il s'imagina à la place de Men, dans les bras de la jolie dame, qui l'embrasserait elle aussi, avec cet élan d'amour maternelle.
Pourquoi… Pourquoi Men avait-il droit à une famille, et pas lui. Il ne voyait que très rarement ses parents, toujours en déplacement, et quand ils étaient présents, on ne pouvait pas dire qu'il recevait cette douceur et tendresse de la part de sa mère. En fait, petit, il avait toujours cru que c'était Tamao, sa véritable mère. C'était ce qu'on lui disait. Ryu, Ponchi, Conchi, les Hanagumi, Tamao elle-même. Sa mère l'aimait-elle si peu pour l'abandonner encore bébé ? Pourquoi ses parents étaient-ils partis sans lui ?
Tamao lui avait expliqué qu'Anna avait été élevée par la grand-mère de Yoh, et que ce dernier et Mikihisa étaient presque des étrangers, tant ils s'étaient peu vus et peu parlés. Alors pour combler cette douleur lancinante que lui causait l'absence de ses parents, il s'était fait une raison. C'était comme ça dans les familles de shamans, ce n'était pas que pour lui, tous étaient élevés par d'autres que leurs parents, c'était normal. Cette conviction lui avait permis de tenir bon, de ne pas être trop triste, de ne pas ruminer. Et puis, il y avait toujours eu Ryu pour lui remonter le sourire, et Reoseb et Seyrarm qui n'habitaient pas loin.
Mais aujourd'hui, en voyant cette aura chaleureuse autour de Men et ses parents, sa solide conviction venait de s'effondrer. Pourquoi Men avait-il droit à ce bonheur, et pas lui ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi…
Hana s'agenouilla sur son lit et posa son front contre la vitre froide. Il regarda les gouttelettes ruisselaient sur le carreau, de l'autre côté. Lui aussi, il voulait de l'amour. Lui aussi, il voulait une vraie famille, comme celle de Men. Ce sentiment de colère et de tristesse qui s'emparait de lui et lui broyait l'estomac, était-ce ce que Tamao appelait la « jalousie » ? Sans nul doute.
Au bout d'un petit moment, il vit trois silhouettes sortir de la maison, puis Zenchin, Big Buy Bill et Blocken les suivre. Il s'agissait des deux grandes de tout à l'heure, et d'une plus petite, qui marchait entre les deux, tenant la main à chacune d'entre elle. Et à cet instant, Hana se rendit compte qu'il n'avait jamais autant envié Men. En apercevant son reflet à travers le verre, il découvrit sans surprise la pâleur de son propre teint. Cette jalousie qui le prenait aux tripes en devenait maladive.
Il aurait voulu détourner le regard, mais il ne le pouvait pas. Il continuait de fixer Men et ses parents qui s'éloignaient, avec ce souhait persistant d'être à la place du garçon. Il pouvait imaginer d'ici la joie que cela lui procurerait, d'être entouré, d'être aimé, et aussitôt, se rendant compte de la perversité de ses pensées, se dégoûtait.
Quand les trois ombres eurent disparues sous la pluie, il se laissa tomber sur son lit et fixa le plafond de sa chambre. Et toujours, ces mots se répétaient dans sa tête. Pourquoi, pourquoi, pourquoi… Pourquoi lui, et pas moi ?
- Hana ? le sortit de sa torpeur la voix de Mach.
La jeune femme ouvrit la porte de sa chambre et passa la tête par l'entrebâillement.
- Viens manger le repas est prêt. Et au fait, tu aurais pu venir saluer Ren et Jeanne et saluer les autres pour leur départ.
Non, il n'aurait pas pu aller les saluer. La jolie jeune femme l'aurait peut-être embrassé sur le front, à lui aussi, et il aurait ressenti cette joie malsaine de peut-être pouvoir voler la place de Men. Ou alors elle ne l'aurait pas fait, et sa déception aurait creusé un grand vide dans sa poitrine.
- Pas faim, répliqua-t-il.
- Dépêche-toi, je ne donne pas cher de toi si Tamao est obligée de venir te chercher elle-même.
En temps normal, Hana aurait frissonné à cette idée mais à cet instant, il n'avait pas peur. Seule restait cette jalousie, cette envie qui le rongeait de l'intérieur.
…
L'image de Men entouré et aimé de ses parents l'obséda toute la nuit, et quand il se regarda dans le miroir au petit matin, il se trouva une tête à faire peur. La boule était toujours logée au creux de son estomac, refusant de disparaître.
- Bon, je file avant de rater mon avion. Pirika me tuerait si je rentrais en retard, disait Horohoro dans l'entrée.
- C'est vrai que ta sœur n'est pas une tendre, approuva Ryu.
- Ah, mais je ne peux pas partir sans avoir embrassé Hana ! s'exclama-t-il.
Il l'aperçut se rendant d'un pas traînant à la cuisine et se jeta sur lui.
- Au revoir mon petit Hana, tu vas me manquer !
- Lâche-moi tout de suite !
Horohoro se prit un fantastique coup de pied de la part du jeune garçon mais ne se départagea pas de son sourire pour autant.
- Allez, j'y vais. A plus Hana, et merci de m'avoir prêté ta chambre !
Le garçon ne répondit pas, se contentant de regarder l'adulte lui faire un clin d'œil avant de quitter la maison. Au fond de lui, la boule se défit un peu. Peut-être qu'en fait, Horo allait lui manquer un peu, à lui aussi.
Il reprit son entreprise première, soit se traîner jusqu'à la cuisine, et s'abandonna sur une chaise. Il observa son bol de lait d'un air vide, réfléchissant à tout et à rien.
- Salut tout le monde ! Vous allez bien ? On vient de croiser Horo qui partait, il avait l'air très en retard.
Hana sursauta, croyant avoir rêvé la voix qu'il entendant depuis l'entrée.
- Forcément, tu le connais, fit Ryu en riant.
Yoh ouvrit avec énergie la porte de la cuisine et adressa un grand sourire à Hana.
- Surprise ! déclara-t-il.
Son fils le regarda sans réagir. Il ignorait que ses parents devaient rentrer aujourd'hui, il pensait ne pas les revoir avant encore six mois. Mais il était vrai que ce soir, c'était le passage à la nouvelle année, c'était normal qu'ils rentrent. Habituellement, il accueillait toujours son père avec un fantastique coup de pied. C'était sa manière à lui de le punir de l'abandonner tout le temps où il partait en voyage. Depuis petit, il ne se rappelait pas une seule fois où il ne l'avait pas reçu avec son traditionnel coup. Peut-être qu'il aurait pu, ne serait-ce qu'une fois, une unique fois, se jeter dans ses bras. Peut-être alors qu'ils auraient ressemblé à la famille de Men. Mais ce n'était pas aujourd'hui, après quatorze ans, que cela allait se produire.
Il sentit soudain une main lui ébouriffer les cheveux et leva la tête vers son père. Ce dernier souriait bêtement comme il savait si bien le faire, et Hana lui infligea le fameux coup de pied qu'il méritait comme signe de bienvenue.
Anna, Yoh, Tamao, Ryu, les Hanagumi, Horohoro quand il ne lui cassait pas les pieds… Au fond, ils étaient tous sa famille, sa grande famille. Alors au fond, ce n'était pas grave si elle ne ressemblait pas à celle de Men. Les différences sont importantes, et puis l'important, c'est juste d'avoir des gens qu'on aime et qui nous aime autour de nous.
