Notes : Bonjour à tous ! Je constate que mon feuillet précédent ne vous a pas plu (sinon vous auriez laissé un petit mot gentil pour me le dire, n'est-ce pas ?) mais je m'en fiche j'ai de nouveau sélectionné le personnage principal au hasard, na ! Ca a failli être Manta d'ailleurs, mais j'ai relancé parce qu'il me manquait l'inspiration ^^'
Personnages : Surprise ! Je vous laisse le découvrir au fur et à mesure du texte ;)
Bonne lecture à tous !
Chapitre 4 : Gourmandise
J'ai invité mon seul et tendre amour au restaurant. Elle veut goûter à tout, manger de tout, reprendre de chaque plat. Elle rétorque au serveur furieux qui a apporté une salière que c'est mauvais pour la santé, et il fait bien de ne pas la contredire, car en tant qu'infirmière elle aurait pu parler pendant des heures entières pour démontrer qu'elle a raison. Elle est toujours douce, sauf quand il s'agit de nourriture. Je me demande comment elle fait pour manger autant et garder la ligne, mais elle y arrive. Je me lève pour aller payer l'addition et elle m'attend avec un grand sourire. La note, à défaut des plats, est salée la prochaine fois je l'inviterai au cinéma.
…
Je commence un petit peu à m'inquiéter à force de voir les aiguilles tourner sur la grande horloge du hall de cinéma. Le film va bientôt, si ce n'est déjà le cas, commencer, et ma chère hésite toujours entre glace à la pistache et glace aux framboises. Au moins a-t-elle déjà écarté fraise, citron et mangue, c'est déjà cela. Ah ça y est, elle a choisi.
- Deux boules vanille et chocolat s'il vous plaît, demande-t-elle.
…
On est tous les deux assis au bord de l'eau, côte à côte. Elle me pousse soudainement en arrière et pose sa tête sur mon ventre. Je souris en passant mes doigts dans ses longs cheveux blonds.
- Je t'aime tu sais, je souffle.
- Moi auchi.
Je relève un peu la tête. Ah oui, avec un quartier d'orange dans la bouche, c'est tout de suite moins pratique.
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Jouer à chat est notre jeu préféré. C'est souvent, pour ne pas dire toujours, elle qui lance la partie, en me chipant un livre, mes lunettes, un habit. Elle s'enfuie comme une gamine et je me lance à sa poursuite en riant. Parfois je mets du temps à la rattraper, laissant durer le plaisir, parfois je l'emprisonne tout de suite, la serrant fort contre moi en respirant son parfum. Elle rit, les yeux brillants.
Elle accepte toujours sa défaite, parfois avant même que le jeu n'ait commencé. Mais le jour où elle m'a déclaré alors que nous avions les pieds dans le ruisseau « Le premier qui fait tomber l'autre dans l'eau se voit offrir une boîte de chocolats » je me suis dit qu'il valait mieux que je la laisse gagner.
…
L'avantage avec la femme que j'aime, c'est que je sais exactement ce qui lui fera plaisir pour son anniversaire. Alors je m'enferme dans la cuisine, j'emprunte le tablier de cuisine de ma mère, je me lave les mains et je m'attèle à la tâche. Je me suis coupé avec le couteau, brûlé avec le four, me suis renversé de la farine dessus, ait de l'œuf collé dans les cheveux, les mains couverte d'une croûte suspecte, les vêtements entièrement salis – le tablier n'ayant pas correctement rempli son office – mais quand j'ai vu le regard que mon amour a posé sur mon gâteau, j'ai réalisé que tous ces sacrifices en valait bien la peine.
- Tu as du sucre sur les lèvres, m'a-t-elle murmuré avant de m'embrasser.
…
Un vide immense vient de se creuser dans ma poitrine. C'est à travers un rideau flou et humide que je distingue les contours de son corps. Je tombe à genoux près d'elle, et effleure son visage ensanglanté d'une main. Elle paraît glacée, figée, morte. Je ne peux pas y croire, je refuse d'y croire. La rose que je lui avais apporté tombe dans ses cheveux sans que je me rappelle avoir ordonné aux muscles de ma main de s'ouvrir. Je hais cet hôpital, je hais celui qui lui a fait ça, je hais la mort.
J'entends sans écouter des voix autour de moi, je sens sans percevoir des mains me relever, je vois sans regarder le corps de ma bien-aimée emmené. Je titube jusqu'à son bureau, avec quelques seringues posées sur le côté, des médicaments éparpillés. J'ouvre machinalement un tiroir et tombe sur une enveloppe qui porte son parfum et son écriture. En fines lettres : « Cadeau de mon aimé »
Qu'a-t-elle pu garder de moi si précieusement ? Je vois des gouttes tomber sur l'enveloppe, mais ne comprends pas qu'il s'agit de mes larmes. C'est d'une main tremblante que j'attrape le contenant et l'ouvre. Je reconnais une lettre d'amour, la première que je lui ai écrite, parfumée à l'orange, son fruit préféré. Et avec, une sucette de ce goût. Je ne la savais pas encore gourmande, lorsque je la lui avais offerte. Il s'agit du premier présent que je lui ai fait, il y a déjà de nombreux mois. Dire qu'elle ne l'a pas mangée…
Je serre la sucette fort entre mes doigts, et glisse l'enveloppe et la lettre froissée dans ma poche. Je ne me rappelle pas du trajet que j'ai pris pour rentrer chez moi, il est sans importance. Le visage de mon amour tué me hante encore, se superposant au souvenir plein de vie que j'ai d'elle. Je descends d'un pas rapide les escaliers menant sous terre, je pousse la bibliothèque qui dissimule la cave, je donne un grand coup de pied dans la porte pour l'ouvrir. Un vent glacé s'engouffre dans mes veines, me paralyse. Je respire difficilement, aperçoit un cercle rouge fondant sur moi.
Ne reste plus que la douleur. Ma poitrine je brûle, j'arrache ma chemise. Un immense cercle de feu est tracé dans ma peau. Je hurle, et serre toujours plus fort la sucette dans ma paume. Je la revois sourire, je la revois danser, je la revois dormir, je la revois rêver. Je la revois vivre, tout simplement. Je refuse de laisser la mort l'emporter.
Je cesse de crier, et fais un peu en avant dans la cave. Je vois du sang couler le long de mes bras sans en localiser la provenance. Je m'en moque, je trouverai le moyen de la ramener, même si je dois y laisser la vie. Déterminé, je fais un autre pas. Le cercle sur ma poitrine s'estompe peu à peu avant de s'effacer totalement.
Je n'ai plus mal, ni dans mon corps, ni dans mon âme. Je vais la ramener, c'est une certitude. Alors je referme la porte derrière moi, m'approche de la table de bois couverte de poussière, souffle sur le premier livre. « Alchimie et Shamanisme »
Alors, toujours en serrant la sucette d'Elisa entre les doigts, je me plonge dans la lecture des travaux de mon ancêtre Faust, le premier du nom.
