Notes : Bonjour à tous ! Voici l'un des plus longs feuillets publiés, j'espère qu'il vous plaira. L'idée originale me trottait dans la tête depuis un bon moment déjà alors je suis contente d'avoir enfin pu l'écrire comme je le voulais. Je me suis beaucoup amusée en le rédigeant, à vous de me dire si vous avez apprécié le lire :) Bonne lecture !
Personnages : Hao et Tamao
Chapitre 5 : Paresse
Tamao sort silencieusement de la maison. Les garçons se détendent dans la source thermale, Anna est devant son émission, Ponchi et Conchi se défient aux cartes, Pirika, épuisée, est déjà couchée. Après les évènements de la journée, elle a besoin de discuter, de prendre l'air, de se livrer, de penser à autre chose… Elle ne sait pas exactement ce qu'elle souhaite, elle sait juste qu'elle ne veut pas rester dans cette maison.
Sa confrontation avec Hao repasse en boucle dans sa tête. Ce n'était pas la première fois qu'elle le voyait, certes, mais la première fois qu'il lui parlait directement. En Amérique, toute la scène s'était jouée uniquement entre Anna et lui, Manta et Tamao s'étaient contentés de les regarder. Aujourd'hui, cela avait été totalement différent.
Lyserg et Jeanne étaient morts, Manta évanoui. Elle s'était dressée contre Anahol, et avait réellement espéré que le cauchemar qu'elle était en train de vivre allait cesser lorsque Marco s'était relevé. Il avait maîtrisé leur adversaire en un temps record, et semblait contrôler parfaitement la situation. Tamao avait cru, l'espace d'un instant, que tout irait bien. Marco voulait savoir où était Sati pour ressusciter Jeanne et Lyserg. Ils allaient revenir à la vie, tout rentrerait dans l'ordre.
Malheureusement encore une fois le destin avait joué avec ses rêves, et la voix d'Hao l'en avait sortie.
- Marco, désolé de te décevoir. Sati est déjà morte.
Opacho, Hao et Rackist étaient passés à côté d'elle sans lui accorder un seul regard, marchant droit vers Marco et Anahol. Mais si elle leur était insignifiante, l'inverse n'était pas vrai, et un vent glacé s'était emparé de son corps à leur passage. Elle s'était sentie si petite.
Hao avait discuté avec Marco et encore fois elle avait jouée à la toile de fond. Inutile, invisible et pourtant risquant de perdre la vie si un mot de trop était échangé entre les antagonistes.
- De toute façon… vous allez mourir ici.
Les paroles d'Hao ne l'avaient même pas fait tressaillir. Elle s'y attendait de toute façon. Elle avait échappé à la mort une première fois lors de l'explosion, puis une seconde fois lorsque Marco était soudainement revenu d'entre les morts, avant qu'Anahol ne la tue. Mais personne ne pouvait tromper éternellement la faucheuse, sauf Hao peut-être.
Une immense voiture over soul apparut à côté d'elle et l'attention d'Hao, Rackist et Anahol se porta sur elle. Marco explique que malgré sa mort la voiture ne disparaîtra pas, qu'elle conduira les corps de Jeanne et Lyserg, ainsi que Manta et elle en lieu sûr, près de Faust. L'esprit de Tamao s'était embrouillé, et seule l'idée de la mort imminente de Marco avait réussi à se frayer un chemin au milieu du flot d'informations.
- Non… Marco risque de…
Les adultes ne l'avaient même pas entendue. De nouveau, ils avaient discuté en se désintéressant d'elle. En fait, Tamao doutait qu'à part Marco, et Anahol avant l'arrivée de son maître, aucun d'eux ne l'ait vraiment considérée. C'était vers l'over soul que leurs regards s'étaient tournés, pas vers elle. Pour eux, elle n'était rien.
- Je tuerai tous ceux qui s'opposeront à moi.
Tamao avait cru voir une flamme briller dans le regard d'Hao. Son cœur s'était mit à battre plus vite, plus fort. Elle refusait de laisser les autres mourir, elle refusait de laisser Hao gagner.
- Non.
Cette fois-ci, son cri avait attiré toute l'attention sur elle. Pour la première fois, le regard de l'onmyo s'était posé sur elle, pour la première fois, il lui avait parlé. Et ce souvenir imprimé dans sa mémoire refusait désormais de s'effacer.
- Alors que vas-tu faire ? Vous pouvez tenter de vous échapper, mais je n'ai pas l'intention de vous laisser partir. Toi aussi tu rêves de te marier avec Yoh Asakura. Tu devrais essayer de te mesurer à moi.
Elle n'avait pas répondu, elle n'en avait pas besoin. Elle se moquait éperdument de ce qu'il pouvait dire, elle savait qu'il jouait avec ses pensées et avec elle. Il n'était pas question qu'elle se laisse avoir, elle était déterminée à protéger ceux qu'elle aimait, ce en quoi elle croyait. S'il fallait l'affronter pour cela, elle était prête.
- Tamao, ne l'écoute pas et sauve-toi vite ! lui avait crié Marco.
- La ferme. Tu veux que je brûle tes lunettes ?
Une brusque vague de colère avait parcourue Tamao. Elle savait qu'elle allait mourir, en fait, elle se demandait pourquoi ce n'était pas encore le cas. Alors c'est sans la moindre hésitation qu'elle avait pointé son arbalète sur Hao.
- Ca suffit, s'était-elle contentée de déclarer.
Elle s'attendait à beaucoup de choses, mais pas à ce qui avait suivi. Elle pensait s'enflammer, souffrir, mourir. Au lieu de cela, les adultes détournèrent le regard, l'ignorant. Une nouvelle fois, elle reprenait son rôle de tapisserie. Il lui fallut jeter un coup d'œil derrière elle pour comprendre ce revirement de situation. Anna était là.
- Anna !
Soulagement, bonheur, joie… Tamao n'aurait su dire ce qu'elle avait ressenti exactement à ce moment-là. Une seule chose était sûre, c'est qu'elle s'était sentie en sécurité, soutenue. Elle n'était plus seule.
- Tamao, tu as eu chaud ! s'était exclamé une voix en provenance du golem. Ne t'inquiète pas, nous sommes là !
- Reoseb et Seyrarm !
- Le golem a été décoré de kanjis par Anna, il est encore plus puissant qu'avant !
Tamao avait souri. S'ils étaient ensemble, il ne pourrait rien leur arriver. C'était idiot bien sûr, car Hao pouvait tous les balayer d'un seul coup, néanmoins elle avait l'impression qu'ils étaient invincibles.
- Alors ? avait demandé Anna à son attention.
- Heu… rien.
Rien. Comme si tout ce qui venait de se produire n'était rien. En même temps, que pouvait-elle répondre d'autre ?
La suite s'était enchaînée trop rapidement pour qu'elle en garde autre chose qu'un souvenir flou. Ils étaient montés dans la voiture et le golem et s'étaient enfuis, Rackist et Anahol à leurs trousses. Il fallait se dépêcher d'aller chercher Yoh pour secourir Anna, restée seule avec Hao.
Tout cela… avait été tellement riche en émotion. Tamao en tremblait presque, à se le remémorer. Elle aurait besoin d'extérioriser sa peur, mais elle ne le peut pas. Elle voudrait empêcher son cœur de battre encore si fort, bien des heures après, mais elle ne le peut pas. Elle voudrait que quelqu'un la rassure ou se blottir sous ses couettes pour tout oublier, mais elle ne le peut pas. La seule chose qu'elle peut faire, c'est marcher à travers les arbres, à ressasser les évènements.
…
Le Shaman Fight était vraiment épuisant. Tamao escalada quelques rochers, prit appui sur un arbre, fit encore quelques pas avant de trouver un endroit dégagé. Le village des participants s'étalait sous elle, dans le clair de lune. Elle se laissa tomber dans l'herbe fraîche et porta son regard sur les étoiles accrochées à la voûte céleste. Elle ne pensait plus aux événements de la journée, à sa peur, à son courage, à sa folie. Elle ne pensait plus aux autres, elle ne pensait plus à elle. Elle ne pensait plus à rien, excepté peut-être ces points brillants qui semblaient s'animer pour danser sous ses yeux.
Elle ferma les paupières, bercée par le silence. Les battements de son cœur avaient retrouvé un rythme normal. Un léger souffle de vent vint caresser son visage et un sourire naquit sur ses lèvres. Ses dons de shaman l'alertèrent soudain et elle se redressa brutalement dans l'herbe, les yeux grands ouverts, le cœur battant à cent à l'heure.
- Tu en as mis du temps, avant de me repérer, se moqua une voix dans son dos.
Elle n'osa pas se retourner, sachant à qui elle aurait à faire face. Cette voix qui l'avait poursuivie toute la journée revenait la troubler dans son repos, c'en était véritablement agaçant.
Il rit alors qu'elle-même n'osait plus bouger. Que diantre fichait-il ici, si près de l'endroit où dormait Yoh et les autres ? Venait-il pour les attaquer ? Si c'était le cas il fallait qu'elle les défende, ou plutôt qu'elle les prévienne.
Tamao jeta frénétiquement des coups d'œil à droite et à gauche avant de se rappeler qu'elle était seule, Conchi et Ponchi sans doute toujours plongés dans leur partie de carte à côté d'Anna.
- On ne peut pas avoir de la chance à chaque fois, cette fois-ci il n'y a personne pour venir te sauver.
Tamao serra ses poings et réfléchit activement. Sauter de la falaise ? Mourir immolée était sans doute moins douloureux. S'enfuir à toutes jambes ? Comme si elle avait la moindre chance. Faire la morte ? C'était bon uniquement pour les animaux, et elle doutait sérieusement de l'efficacité de cette technique, en particulier face à Hao Asakura.
- Dis-moi Tam-tam, as-tu peur de la mort ? souffla-t-il à son oreille.
Tamao se raidit il était vraiment près désormais.
- Tam-tam ? s'étonna-t-elle en maîtrisant les tremblements de sa voix.
- Si tu crois que je me rappelle de ton prénom en entier…
- C'est Tamamura, coupa-t-elle abruptement.
Hao s'assit à côté d'elle sans commenter.
- Alors Piano, as-tu peur de la mort ? lança-t-il d'un ton narquois.
Tamao sentit ses joues s'échauffer, et préféra pour ne pas avoir à répondre à sa déplaisante question le reprendre une fois de plus sur son nom.
- Tamamura.
- Ce n'est pas ton prénom, répliqua Hao.
- Pour vous c'est Tamamura et rien d'autre.
L'onmyo tourna la tête vers elle et la dévisagea d'un regard perçant. Tamao détourna la tête, ne pouvant soutenir son regard. Son cœur s'affolait et elle était bien contente d'être assise, n'étant pas sûre que ses jambes aient réussi à la supporter si elle était debout.
- Je préfère les framboises, lâcha le jeune homme.
Tamao mit du temps avant de faire le rapprochement entre Tamamura, les mûres et les framboises, et quand elle y parvint enfin Hao enchaînait sur autre chose.
- Tu n'es pas une humaine, mais tu es faible, il est normal que tu ais peur de la mort.
- Qui vous dit que j'ai peur de la mort ? riposta Tamao pour le principe.
- Pas de ça avec moi Strawberry, n'oublie pas que je peux lire dans tes pensées.
Il s'allongea dans l'herbe et ferma les yeux sous le regard incrédule de la jeune fille.
- J'aime bien Strawberry, je crois que je vais continuer de t'appeler comme ça, fit-il à mi-voix.
- Pas question, c'est moche, se défendit Tamao.
- Tu trouves que plafond c'est joli ? Ou alors tapisserie.
Mur, plafond, tapisserie… Tamao se demandait quand même si le dernier il ne l'avait pas fait exprès. Elle fixa l'herbe sans répondre, les lèvres serrées. Tapisserie… C'était sans doute un surnom qui lui irait à merveilles. Pourtant, elle savait à quel point elle détestait ce rôle, mais cela ne suffisait pas.
- Je te laisse jusqu'au lever du soleil, murmura Hao à côté d'elle.
- Pour ? demanda-t-elle d'une voix hésitante.
- Vivre.
Un frisson glacé parcourut l'échine de la jeune fille. Son sort était scellé, au premier rayon du jour il la tuerait. L'idée la percuta brutalement et elle s'allongea à son tour sur l'herbe, le regard vide. Pourquoi ne voulait-elle pas mourir maintenant alors que dans l'après-midi, lorsqu'elle s'était retrouvée face à lui, cela lui était égal ? Etait-ce parce qu'alors elle s'était résignée, que désormais elle s'était projetée dans l'avenir ? Avait-elle réellement escompté mourir plus tôt dans la journée ?
- Tu te poses trop de question Pinky, tu ferais mieux d'aller faire tes adieux tant que tu le peux encore.
- Tamamura, rectifia-t-elle machinalement.
- Je faisais référence à ta couleur de cheveux.
- Je ne vous appelle pas Perruque moi, lui retourna-t-elle.
Le visage d'Hao apparut subitement dans son champ de vision. Il s'était redressé et se penchait désormais sur elle, un sourire diabolique au coin des lèvres. Tamao retint sa respiration, paralysée.
Le jeune homme lui prit la main et le contact de sa peau fit l'effet d'une décharge électrique à la jeune fille. Il la porte jusqu'à ses cheveux, la força à passer ses doigts au travers, à tirer dessus. Tamao regarda avec une sorte de fascination sa main privée de volonté propre se perdre dans la chevelure brune de son ennemi. Ils étaient doux, soyeux, et n'avaient décidément rien d'une perruque.
- Je préfère ça, commenta Hao, satisfait, en reculant son visage de celui de Tamao.
La jeune fille attrapa une mèche de cheveux et tira fort. Il grimaça et l'assassina des yeux.
- Pour m'en assurer, justifia-t-elle en le défiant du regard.
Hao sourit diaboliquement et se rapprocha d'elle, réduisant la distance les séparant. Tamao ferma les yeux, sentant son souffle dans son cou, sur ses lèvres, sur ses paupières. Les cheveux bruns lui tombèrent sur le visage alors que la bouche d'Hao venait frôler sa joue.
- N'oublie pas, chuchota-t-il à son oreille. L'aurore.
Elle rouvrit brusquement les yeux et se retrouva en face à face avec les étoiles. La pression qui s'exerçait sur elle quelques instants auparavant avait disparue, et en se relevant, elle constata que les environs étaient déserts. Avait-elle rêvé ? Certainement pas.
…
Tamao resta encore un moment immobile, à regarder les étoiles. L'aurore… Elle se leva machinalement et marcha vers l'auberge, avançant comme une automate. Elle passa sans un mot dans le salon, ignorant ses fantômes inquiets qui voulurent savoir où elle était passée, mais s'arrêta devant la porte de Yoh. Elle pouvait entendre des voix de l'autre côté. Celle de Yoh et celle de son frère. Elle hésita à aller demander des explications à Anna, puis décida que cela ne la concernait pas et alla se coucher.
Enjambant silencieusement Pirika et Anna endormies, elle s'allongea sur son futon. Avait-elle vraiment envie de passer les dernières heures qui lui restaient à dormir ? Que pouvait-elle faire d'autre sinon ? Au fond, si la mort venait la prendre dans son sommeil, ne serait-ce pas moins douloureux ?
Elle resta de longues heures éveillées, perdue dans ses pensées, avant que la fatigue n'ait raison d'elle et ne vienne la cueillir pour l'emporter dans les bras de Morphée.
…
Le soleil n'allait plus tarder à se lever. Pirika et Anna étaient déjà levées et avaient quitté la pièce. Elle fixa un moment le plafond sans bouger. Mieux aurait valu pour elle dormir encore lorsque viendrait l'aurore.
Malgré cela elle se leva pour aller s'accouder à la fenêtre. Dehors, la nuit arrivant à son terme était encore paisible.
- Déjà éveillée ?
Tamao ne se retourna pas en reconnaissant la voix d'Hao. Elle entendit la porte se fermer après qu'il fut entré, mais elle s'en moquait. Lui qui était si puissant, n'avait-il pas d'autres choses à faire au lieu de la tourmenter ?
- Il semblerait bien que non, Tambourin.
- Tamamura, fit-elle laconiquement.
- Tu sembles avoir perdu tout goût à la vie, la mort te sera reposante.
- J'aime la vie et je ne veux pas mourir, je suis juste résignée à prendre les choses comme elles viennent.
- Si tu ne veux pas mourir, pourquoi ne pas avoir alerté Yoh et les autres ?
- Comme s'ils pouvaient me protéger de toi…
- Crois-tu que je me serai battu contre eux juste pour te voir mourir ?
- Non, après tout je ne suis rien à tes yeux. Je ne comprends même pas pourquoi tu veux me tuer maintenant, pourquoi tu m'as laissé une nuit de plus, pourquoi tu me parles en ce moment. A moins que ce ne soit pour te distraire.
- Mes félicitations, tu arrives à deviner les choses sans utiliser ta tablette divinatoire, se moqua Hao.
Tamao ne releva pas.
- Depuis quand me tutoies-tu ?
- Depuis que j'ai réalisé que le vouvoiement s'adressait aux personnes que l'on respectait.
- Tu devrais surveiller ton langage, de lui dépendra la santé de tes amis et de savoir si ta mort sera rapide et douce ou lente et douloureuse.
- M'accordez-vous tant d'importance que vous éprouvez le besoin de me menacer ? questionna Tamao en se retournant vers lui.
Hao lui sourit et s'avança vers elle sans qu'elle n'esquisse un geste pour s'enfuir. Elle releva le menton pour le défier d'approcher encore, ce qu'il fit sans en tenir compte.
- Peut-être pour la même raison que je pousse Anna à bout, pour voir cet éclat de peur dans tes yeux, murmura-t-il en posant sa main sur sa joue.
Le visage de Tamao s'empourpra et Hao éclata d'un rire mauvais.
- Tamamura… souffla-t-il correctement pour la première fois. Je crois que je préfère Tamao.
Ainsi il connaissait bien son prénom. Prévisible, il lisait dans les pensées.
Il se détourna d'elle, s'éloigna et s'apprêta à sortir de la chambre. Tamao jeta un bref coup d'œil par la fenêtre dans son dos, juste le temps de constater que le soleil s'était levé.
- Le jour est là, osa-t-elle faire remarquer, incertaine.
- Je sais, confirma Hao. Mais j'ai la flemme d'appeler le Spirit of Fire.
Et sur ce il quitta la pièce pour aller prendre son petit-déjeuner avec les autres.
