Notes : Bonjour à tous ! Je suis contente d'avoir enfin écrit ce feuillet car il boucle un détail laissé depuis un moment en suspens (si vous ne voyez pas lequel c'est normal, vous comprendrez après avoir lu ;)) et puis que j'adore ces personnages ^^' C'est en lisant un tel feuillet que vous allez vous rendre compte qu'en réalité ils sont tous liés les uns aux autres (raison d'ailleurs pour laquelle aucun Hao/Jeanne ne verra le jour ici... à la limite dans une autre fic) Si vous ne voulez pas être perdus, je vous conseille donc d'avoir lu les feuillets "Sous le gui" et "Paresse", plus très éventuellement "Envie" si vous êtes tatillon sur les détails. Ce feuillet me tient beaucoup à coeur donc je serai très touchée si vous preniez le temps de me laisser votre avis. Bonne lecture !
Personnages : Myrtille et Perruque :p
Chapitre 7 : Colère
Je m'assois sur le rebord de la fenêtre, l'air rêveur. Un vent frais vient caresser mon visage et je ferme les paupières. L'instant d'après en les rouvrant, il est là, à côté de moi.
- Bonsoir Myrtille.
Malgré moi un mince sourire fleurit sur mes lèvres. Il ne s'est jamais lassé de ces surnoms ridicules.
- Qu'est-ce qui vous amène ici cette fois ? je demande.
- Rien de particulier, j'avais envie de passer.
Je le regarde me sourire et mon cœur bat plus vite, plus fort.
- Rien ne résulte jamais du hasard avec vous, je réplique.
Il sourit, de ce sourire si particulier à la fois moqueur et condescendant. Mais je ne m'en offusque pas tout cela est un jeu entre nous.
- Après toutes ces années tu me vouvoies encore Pinky, c'est drôle tu ne trouves pas ?
- Vous vous répétez, votre imagination aurait-elle atteint ses limites ?
Je détourne habilement la conversation, mais la question reste implantée dans mon esprit. Je le vouvoie toujours effectivement, même si je ne saurai exactement m'expliquer pourquoi. Voilà des années que le Shaman Fight s'est achevé et qu'il a fusionné avec le Great Spirit. Au bout de tant de temps qu'il vient régulièrement me voir, ne devrais-je pas le tutoyer ? Sans doute, mais ça ne passe pas. Ou plutôt, je crois que je crains ce qu'il pourrait en résulter. Heureusement qu'il ne peut plus lire dans les pensées.
- Non mais j'aime bien Pinky.
- D'habitude c'est plutôt Strawberry.
- Aussi, me concède-t-il.
Je soupire ; il est vraiment exaspérant.
- Alors, quelle est la véritable raison de votre visite ? je le relance.
- Pourquoi faudrait-il forcément qu'il y en ait un ? Ne puis-je simplement passer te saluer sans qu'il y ait obligatoirement un intérêt autre derrière ?
J'aimerais bien que ce soit le cas, qu'il ne vienne que pour s'enquérir de ma santé, me parler, discuter un peu avec moi. Au début je croyais que c'était le cas, sotte que j'étais. Ca fait mal ensuite de se rendre compte qu'il y a toujours une autre raison avec lui.
- Hana va bien, si c'est pour lui que vous venez.
- Je sais, il sera bientôt prêt.
- Les Hanagumi aussi.
- Je sais également.
- Alors pourquoi êtes-vous ici ?
- Et toi Tamavivra, tu vas bien ?
Tamamourra, Tamavivra… Il ne me l'avait encore jamais sorti celui-ci, et pourtant il en déjà trouvé une infinité. Il me demande si je vais bien et je sens mon cœur s'emballer mais il ne faut pas. Il ne vient jamais exclusivement pour moi et les rares fois où je m'étais imaginé que c'était le cas, en découvrant l'inverse j'ai souffert. A l'instant où j'espère compter pour lui mes joues s'échauffent, mon rythme cardiaque s'accélère, mes mains se font moites. Ensuite, je réalise qu'une fois encore je me suis fait des idées, je pâlis, j'ai du mal à respirer, je me sens vide à l'intérieur. Alors il ne faut pas que je me fasse d'illusion, il ne faut pas que je réponde à sa question.
- Et vous Perruque, comment vous portez-vous ?
Il grimace, je souris. Je sais qu'il déteste ce surnom.
- Je croyais que nous nous étions déjà mis d'accord à ce sujet, gronde-t-il.
- Je ne m'en rappelle plus bien, je réplique en faisant la moue. Vous auriez une preuve ?
J'essaye de dissimuler mon air victorieux mais c'est difficile. En tant qu'esprit, il va avoir du mal à me prouver que ses cheveux sont réels. Pourtant j'aperçois une lueur amusée dans ses yeux, comme une flamme, et je frissonne malgré moi. Il approche son visage du mien et soudain j'écarquille les yeux en sentant un souffle d'air chaud. Il est un fantôme !
Son sourire s'agrandit devant mon émoi alors qu'il se rapproche encore. Cette fois-ci je peux sentir la chaleur qu'il dégage, son nez qui vient se frotter au mien, ses cheveux qui caressent mes joues. Parfois, j'oublie que je parle au Shaman King, celui qui nous a tous ressuscités à la fin du Shaman Fight, rendant un corps à ceux dont le leur avait été détruit. Ce devait être un jeu d'enfant pour lui de revivre. En plus désormais, il n'avait plus besoin de se réincarner et de passer par toutes les étapes de l'enfance.
Mon cœur bat vraiment très vite désormais. J'ai fermé les yeux, trop troublée pour supporter son regard. J'ai l'impression d'être revenue des années en arrière, lors de cette fameuse nuit où je lui avais réellement parlé pour la première fois. Cette nuit où il m'avait déclaré avoir décidé de me tuer, où pour la première fois je l'avais appelé Perruque, où de la même façon qu'en ce moment-même, il m'avait forcé à changer d'opinion.
Il s'agissait de la même scène, à l'exception faite que j'étais devenue une jeune adulte et qu'au lieu d'être dans la forêt nous étions tous deux sur le rebord de la fenêtre du Fumbari Onsen. Comme la première fois je passe ma main dans ses cheveux, mais sans qu'il m'y amène cette fois-ci. Il s'approche encore plus si cela est possible et je ne peux m'empêcher d'entrouvrir légèrement les lèvres.
Subitement, exactement comme cette fois là, il n'est plus là. Le contact doux de ses cheveux entre mes doigts disparaît, son souffle s'évapore, sa présence recule. Je rouvre brutalement les yeux pour le voir me regarder à plusieurs centimètres de moi, souriant, esprit. J'ai réellement cru qu'il allait m'embrasser ; j'ai espéré qu'il allait m'embrasser.
Encore une fois mes illusions se brisaient. Il fallait vraiment que je les enferme quelque part d'où elle ne pourrait plus jamais s'échapper.
- Satisfaite de ma preuve ?
J'ai envie de le défier, de poursuivre le jeu chat-souris établi entre nous, de ne pas lui laisser la victoire, mais je me sens trop fatiguée pour cela, trop déçue, trop attristée. Et puis que peut la souris contre le chat ? Alors je me contente de hocher la tête et ça lui suffit.
- J'ai encore des choses à faire alors si vous en veniez au fait maintenant ?
Je suis contrariée, en colère contre moi-même. Mon ton est sec mais cela ne semble pas le déranger.
- Tu es amoureuse.
Je sursaute. Sa déclaration me fait l'effet d'un électrochoc.
…
J'étais en train de pleurer, recroquevillée quelque part dans un coin du jardin du Fumbari Onsen. Je venais de claquer la porte de l'auberge en criant. Cela devait faire à peine un mois qu'Anna et Yoh étaient partis en me laissant Hana mais je n'en pouvais déjà plus. Trop de choses, trop de soucis, trop de tracas, trop d'émotions... Trop. Je voulais juste tout oublier.
Il était apparu à ce moment-là, pour la première fois depuis la fin du Shaman Fight. Il s'était assis à côté de moi, m'avait parlé, avait séché mes pleurs, m'avait appris le nom de certains nuages qui passaient au-dessus de nous, m'avait redonné courage et confiance en moi. Il avait été là pour moi. C'était l'unique fois où j'avais réellement eu l'impression qu'il n'avait pas d'autre but à sa visite.
Depuis il était revenu plusieurs fois, pour s'enquérir d'Hana, de la vie de l'auberge, de ce qu'étaient devenues ses anciennes subordonnées, savoir si j'avais des nouvelles des autres. Bien qu'espérant de tout cœur que cela pusse être faux, il me donnait toujours l'impression en partant que je n'avais été qu'un intermédiaire, qu'il venait juste se renseigner auprès de moi. Je me suis même fait à l'idée que déjà ce jour où il était venu me réconforter, c'était dans la perspective que Yoh et Anna avaient besoin de moi pour élever leur fils. Pourtant n'était-il pas le Shaman King ? Tout ce qu'il me demandait, ne le savait-il pas déjà ? Pourquoi viendrait-il me questionner à moi au lieu d'aller directement voir les personnes concernées si ce n'était parce qu'il m'appréciait ?
Je ne pouvais nier que sa présence m'avait été d'une aide précieuse lorsque je m'étais occupée d'Hana. Cela avait été dur mais j'y étais parvenue. Je n'étais pas encore une adulte et pourtant avait réussi à m'en tirer mieux que certains, grâce à lui en partie.
Je n'avais jamais dit aux autres qu'il venait régulièrement me rendre visite. Je le vouvoyais toujours, il se moquait toujours de moi, ne m'appelait jamais par mon prénom, mais j'étais bien avec lui. Je rêvais de lui la nuit, aurait souhaité qu'il vive parmi nous, l'appréciait. L'aimait en réalité.
Si Yoh n'avait été que l'image de l'idéal recherché par une petite fille, lui était toute autre chose. Malgré toutes les limites, toutes les contraintes que je m'étais posées, j'avais fini par tomber malgré tout amoureuse de lui, un esprit. Décidément j'étais vouée à souffrir à cause des Asakura.
…
- Souris, tu es toujours là ? me ramène de mes souvenirs sa voix.
- Tamamura, répondis-je par réflexe.
- Rat, souris… C'est du pareil au même non ?
Je le foudroie du regard mais cela ne fait qu'accentuer son sourire. J'essaye avec peine d'empêcher mes joues de s'enflammer. Il n'y a bien que lui pour continuer d'arriver à me faire rougir désormais.
- Alors, qu'est-ce que ça fait ? me demande-t-il.
- De ?
- D'être amoureuse.
- Qui vous dit que je suis amoureuse ? je réplique d'une voix que je tente d'avoir ferme.
Il éclate de rire et me dévisage d'un regard ironique.
- Pourquoi ne veux-tu pas répondre à ma question ? Tu peux tout me dire, tu le sais non, m'embête-t-il.
- Si vous savez tout, je n'ai pas besoin de vous apprendre ce que cela fait d'être amoureux, je lâche avec défi.
- Je n'ai jamais dit que je savais tout, me retourne-t-il. Tu l'aimes un peu, beaucoup, passionnément ou à la folie ?
- Pas du tout.
- C'est mal de mentir.
J'ai déjà été de nombreuses fois mal à l'aise, surtout jeune où un rien me mettait dans l'embarras, mais à ce point… Quoique lorsque j'étais amoureuse de Yoh j'ai vécu pire.
- Depuis quand ?
Rectification faite, il n'y a jamais rien eu de pire qu'en ce moment. S'il sait que je suis amoureuse de lui, il ne peut pas arrêter de m'embêter à ce sujet ? Ou alors me dire si oui ou non c'est partagé. Je secoue la tête, rougissante. Ce n'est pas partagé, ça ne le sera jamais. Encore une fois, je ne peux m'empêcher d'espérer et la chute sera douloureuse. Je le sais, c'est toujours le cas.
J'arrête soudainement de respirer lorsqu'il s'allonge sur le dos et pose sa tête sur mes genoux pour me regarder à l'envers.
- Alors, depuis quand ? s'enquiert-il avec un air non pas narquois mais réellement curieux.
- Un bon bout de temps, je souffle.
- Tu n'es pas très explicite, me reproche-t-il.
- La fin du Shaman Fight.
Je n'ose pas imaginer la couleur pivoine que doivent avoir mes joues.
- Effectivement, cela fait un bon bout de temps.
Je m'attends à ce qu'il commente, se moque, mais au lieu de cela il me sourit sincèrement, presque tendrement. J'ai le cœur qui bat à toute allure et des papillons qui s'envolent dans l'estomac.
- Ca me fait plaisir.
L'étau qui semblait enserrer ma poitrine depuis le début de la conversation disparaît. Cela lui fait plaisir… Suis-je sensée comprendre que rien n'est possible entre nous ? Bien sûr je m'y attendais, bien sûr c'était couru d'avance, mais cela ne m'a pas empêché encore une fois d'espérer vainement. J'attends le poids qui ne va sans doute plus tarder à tomber dans mon ventre mais rien. Au fond, je suis soulagée qu'il le sache, d'avoir partagé ce secret avec lui. Je ne me rappelle pas lui avoir jamais rien caché, ceci excepté. Même si notre relation n'ira jamais plus loin que ce qu'elle est à présent, je suis déjà contente que nous soyons allé aussi loin.
- Je crois que tu as brisé le cœur d'Horohoro, rit-il gentiment.
Horo est amoureux de moi ? Il devrait commencer par arrêter de mettre la pagaille dans mon auberge.
- Il le sait ? je questionne, ne comprenant pas comment il aurait pu s'en apercevoir.
- Il vous a surprises, répond-il laconiquement.
Je tremble. Ai-je rêvé où vient-il réellement de me vouvoyer ? Et surpris à faire quoi ?
Il se relève et je ne l'en empêche pas. Notre conversation arrive à son terme, il va partir. Il se retourne une dernière fois vers moi et me sourit.
- Soyez heureuse avec Mach.
Je reste un instant figée à ses mots, repassant dans mon esprit la conversation que nous venons d'avoir et ce qui s'est produit entre Mach et moi dans la cuisine il y a peu. Ensuite, j'explose.
- Espèce de shaman idiot, abruti, débile ! Celui qui sait tout mais en fait ne sait rien ! Parle pour ne rien dire ! N'est qu'un imbécile fini ! Le roi des crétins !
Je hurle. Demain je n'aurai plus de cordes vocales, mais actuellement j'ai réellement besoin de toute ma voix pour hurler à cette perruque à quel point je la déteste. Je n'ai même plus conscience des injures que je lui lance tant je suis en colère. Lui reste immobile à me regarder, étonné et ne comprenant pas ma fureur.
- Un idiot pareil il ne doit bien en exister qu'un seul dans tout l'univers !
Je continue de crier, encore et encore. Lui semble s'être un peu repris et cherche sans doute les raisons de mon énervement. Mon énervement… quel euphémisme. Je suis totalement hors de moi !
Quand je me rends compte que j'ai trop forcé sur ma voix et que je me retrouve à bout de souffle, je rentre dans l'auberge d'un pas rageur sans un regard supplémentaire, plantant là un Crétin King stupéfait et totalement abasourdi, ou plutôt abruti.
Je me dirige vers ma chambre et voit toutes les têtes des occupants sortir dans le couloir, ainsi que Ryu ouvrir la bouche pour parler.
- Mademoiselle T…
- La nuit on dort, qu'est-ce que vous fichez debout ? Retournez vous coucher ! Puisque vous n'êtes pas fatigués, dès l'aurore vous me nettoierez l'auberge de fond en comble !
Yoh, qui était présent car nous avions fêté le nouvel an quelques jours auparavant, eut le malheur de ne pas retourner dans sa chambre assez vite et de ressembler à son frère, ce qui lui valut de se faire écrabouiller par le shugen ultime. Tant pis pour lui. Même Ponchi et Conchi avaient été suffisamment intelligents pour disparaître de ma vue, il n'avait qu'à avoir un cerveau. Je pense que lui et son jumeau devaient s'en partager un pour deux, ça expliquerait bien des choses.
Je claque violemment la porte de ma chambre derrière moi et marche rageusement jusqu'à mon lit. Flûte ! Je hais ce jour maudit où Mach et moi nous sommes retrouvées l'une sur l'autre dans la cuisine. Pourquoi avait-il fallu que ce soit sur moi qu'elle trébuche aussi !
