Notes : Coucou à tous ! Nous attaquons une mini-série de feuillets en rappport les uns avec les autres. Voici donc "La disparition" qui sera suivie par "Le sourcier" puis par "Le voleur de chats". En espérant que vous apprécierez ce triplet autour de Mach et Lyserg. Je vais faire en sorte qu'ils puissent être lui plus ou moins indépendamment les uns des autres mais forcément, lus à la suite c'est mieux :p Bonne lecture !
Personnages : Mach et Lyserg
Chapitre 2 : La disparition
- Saturne ! Saturne où es-tu ?
Mach revint sur ses pas, traversa une nouvelle ruelle, remonta toute la grande avenue. Aucune trace de son chat nulle part.
Elle venait à peine d'arriver à Londres, quelques heures tout au plus, et avait décidé d'aller visiter quand le chaton avait sauté de ses bras et s'était enfui. Depuis, il lui était impossible de mettre la main dessus. Pour une fois qu'elle avait un congé et de quoi s'offrir un voyage, cela la mettrait vraiment très en colère de passer ses journées à courir derrière son chat. Cependant, elle ne se voyait pas l'abandonner aux rues de Londres. Ce n'était encore un bébé !
Cela ne faisait qu'une semaine qu'elle l'avait recueillie, petite boule de poils noirs abandonnée sous un banc. Elle s'était très vite attachée à lui. Il dormait sur ses draps, roulée en boule près de ses jambes, venait lui lécher le visage le matin pour la réveiller, miaulait doucement quand il avait fin, faisait ses griffes sur les affaires de Ryu, buvait les réserves de lait en trop qu'ils avaient stocké pour Men. Que demander de plus ?
Mach s'arrêta soudain en pleine rue, son regard attiré par une enseigne. Une agence de détective privée. Leurs services seraient sans doute coûteux mais elle pouvait bien sacrifier quelques vêtements pour retrouver son chaton. Forte de cette résolution, elle poussa la porte et passa une tête intriguée par l'entrebâillement.
- Je peux faire quelque chose pour vous ?
Mach dévisagea la secrétaire blonde assise à son bureau, se demandant si c'était une bonne idée de passer par cette agence. Décidant qu'elle pourrait bien se raviser au dernier moment, elle entra, ferma la porte derrière elle et avança jusqu'au bureau de la secrétaire. Elle examina cette dernière d'un œil critique. Lunettes carrées, dentition parfaite, cheveux ondulés tombant sur les épaules dont l'entretien devait la ruiner en produits de beauté, pas une seule imperfection sur le visage, tailleur qui n'empêchait pas un décolleté plongeant. Cette femme lui déplut aussitôt.
Elle avait déjà eu une certaine expérience avec des blonds à lunettes en uniforme, mais bien que n'appréciant guère Marco, elle le préférait de loin à la jeune femme se tenant devant elle. Lui au moins était un shaman. La secrétaire lui lança un regard interrogateur qui trahissait toutefois un certain agacement. Le regard de Mach se posa sur ses ongles manucurés d'un orange criard.
Ce n'était que la secrétaire, peut-être que le détective serait très compétent.
- Je cherche mon chat, déclara-t-elle sans préambule.
- Et ? l'engagea à continuer la secrétaire.
- Et je voudrais que votre agence le retrouve, c'est pourtant évident non ? ne put s'empêcher de lâcher Mach avec agacement.
La secrétaire fit la moue et reporta son regard sur l'écran de l'ordinateur. Mach n'avait jamais compris comment ces trucs fonctionnaient et n'avait pas l'intention de chercher.
- Nous sommes très occupés en ce moment, déclara-t-elle. Plusieurs contrats de maris disparus, de surveillance d'épouses, tout ça… Je préfère vous prévenir, je ne sais pas si un de nos détectives aura du temps de libre juste pour retrouver un chat.
Mach fit claquer sa langue et fusilla des yeux la secrétaire sans que cette dernière ne s'en aperçoive, toujours concentrée sur son bidule électronique.
- Vous avez demandé à la caserne de pompiers ?
- Pourquoi serai-je aller voir les pompiers ? répliqua Mach.
- Vous savez… fit-elle en agitant son bras en l'air. Au cas où quelqu'un l'aurait trouvé perché sur un arbre.
La jeune fille se retint d'appeler Jack pour tailler cette humaine en pièce, se disant que c'était à elle de prendre ses responsabilités vu que rien ni personne ne l'avait forcée à entrer dans cette agence.
- Vous avez souvent l'habitude de refouler vos clients ? préféra-t-elle demander. C'est quelque chose qui n'arriverait jamais dans notre établissement, c'est très impoli.
Elle en savait quelque chose puisqu'elle travaillait dans une auberge.
- Vous travaillez dans une maison de joie ? J'ignorais que cela existait ensemble.
Mach ignorait totalement ce que pouvait être une maison de bonheur mais comprit au sourire sarcastique de la secrétaire que ce ne devait pas être très valorisant.
- Non, je suis serveuse, répondit-elle.
- Oh, c'est presque pareil alors.
La secrétaire sourit de toutes ses dents parfaitement blanches et alignées et Mach se retint de lui mettre son poing dans la figure, tout en pensant que Mary ou Canna n'aurait sans doute pas eu autant de scrupules à sa place.
- Bon alors, pour mon chat ? demanda-t-elle sans chercher à cacher son énervement.
- Hm, je vais voir ce que je peux faire, répondit la femme.
Elle décrocha un combiné téléphonique, composa quelques chiffres puis attendit. Un instant plus tard, il sembla qu'on lui réponde puisqu'elle se mit à parler à l'objet.
- Une cliente voudrait qu'on recherche son chat, je lui ai pourtant signalé que nous étions débordés mais elle insiste. Je me suis laissé aller à penser que peut-être…
Elle ne finit pas sa phrase mais hocha la tête avant de raccrocher.
- Le détective McHarver va vous recevoir. Si vous voulez bien patienter…
Mach tourna les talons et alla s'asseoir sur un des sièges inconfortables de la pièce en maugréant tout bas. Plus le temps passait et plus elle considérait que venir ici était une bien mauvaise idée.
Au bout d'un moment une des trois portes du fond s'ouvrit et un homme baraqué en sortit, un cigare à la bouche. Mach détestait la fumée de cigarette, tolérant à peine celle de Canna et ce uniquement parce qu'elle savait que cette dernière abritait son fantôme gardien.
- Miss… demanda-t-il.
- Matis, répondit Mach en se levant.
- Enchanté, je suis le détective McHarver. Angelina –il pointa la secrétaire de la tête- m'a dit que vous auriez éventuellement une affaire à nous proposer. Sachez d'emblée que nous n'acceptons que les affaires qui nous intéressent. Nous sommes assez réputés et sollicités, d'où l'avantage de choisir nos enquêtes.
- J'ai perdu mon chat, lui apprit-elle.
- Vous avez essayé de coller des affiches dans le quartier ? Ca suffit d'habitude.
Mach surprit un pouffement de la part de la blonde décolorée derrière son bureau et foudroya cette dernière du regard. Dans son dos, elle entendit la porte de l'agence s'ouvrir puis se refermer.
- Je suis en voyage, je viens d'arriver aujourd'hui et repart à la fin de la semaine, déclara-t-elle.
- Oui je vois… marmonna le détective. Excusez-moi un instant s'il vous plaît.
Il se tourna vers le nouvel arrivant avec un air réjoui sur le visage.
- Diethel ! Comment s'est passé ton enquête ? Bien j'espère. Ca y est, tu as bouclé ton dossier ?
- Impeccable, répondit le nouvel arrivant.
- Bien, bien, approuva McHarver. Je voulais justement m'entretenir avec toi au sujet d'une affaire particulièrement complexe.
- Tu n'étais pas occupée avec la demoiselle ? demanda le jeune homme en désignant Mach sans la regarder.
- Angelina, fais patienter la miss s'il te plaît. C'est une pauvre gamine qui a perdu son chat, elle peut bien attendre, ajouta-t-il sans même se soucier de baisser la voix.
Mach gonfla les joues et ferma les yeux, les poings serrés. Quand elle les rouvrit, elle était vraiment très en colère, et le sourire dédaigneux que lui accorda la secrétaire en venant vers elle n'arrangeait rien.
- Et dis donc toi ! s'exclama-t-elle en venant se dresser devant le détective qui l'avait grossièrement ignoré.
Ce dernier lui accorda un bref regard étonné avant de la congédier de la main.
- Plus tard…
Le formidable coup de pied qu'il reçut dans un endroit sensible l'empêcha de finir sa phrase. Il se plia en deux, les mains sur son bas-ventre, les joues rouges et le souffle coupé. Mach, ravie, s'étira en arrière. Depuis le temps qu'elle se retenait.
- Mais enfin vous êtes malade ! s'exclama la blonde d'une voix suraigüe. Agent Diethel, faites quelque chose je vous en prie.
D'un coup d'œil dédaigneux Mach aperçut la secrétaire s'accrocher au bras du second détective, lançant un regard énamouré et plein d'espoir vers lui. Cependant ce dernier se moquait totalement d'elle, son attention concentrée sur Mach, ce qui fit se tourner vers lui la jeune femme.
- Je te connais, tu es une des Hanagumi non ? questionna-t-il.
Mach fut tellement surprise qu'il mentionne le nom de son équipe durant le Shaman Fight qu'elle resta sans voix.
- Tu la connais ? s'exclama pitoyablement la secrétaire.
Constatant que le prénommé Diethel ne lui accordait aucune attention, elle envoya un regard furibond à Mach, comme si elle était responsable de l'inattention que lui prêtait l'homme aux cheveux verts. La shaman fronça les sourcils, l'image de ce dernier lui rappelant quelqu'un.
- Tu es un des copains de Yoh, non ? Celui qui était chez les X-laws.
- Lyserg, fit-il en lui tendant la main.
Mach la serra avec méfiance en déclinant son propre prénom, le tout sous le regard horrifié de la secrétaire qui semblait en pincer pour le détective et digérait mal qu'il se présente si familièrement auprès de « la folle au chat ».
- Viens dans mon bureau, histoire de m'expliquer ce que je peux pour toi. Lâchez-moi Miss Smith.
La fameuse Angelina, en plus de grogner en se voyant appelée par son nom de famille, lança un regard meurtrier à Mach avant de retourner derrière son bureau. La shaman suivit Lyserg vers le fond de la salle où il lui ouvrit la porte et la laissa pénétrer la première dans son bureau en parfait galant homme. Au-dehors, l'agent McHarver était toujours écroulé contre un mur, mais personne ne semblait s'en soucier.
...
- Je te prie d'excuser mes partenaires de travail, déclara Lyserg en allant s'asseoir derrière son bureau. Ils sont assez… hautains.
- Je ne dirai pas ça, répliqua Mach en prenant place dans le siège mis sa disposition.
- Ils ont une assez haute estime de leur travail, exposa le détective.
- Toi aussi et pourtant tu ne te montres pas odieux avec les clients, lui retourna-t-elle. Du moins je l'espère, ajouta-t-elle avec un regard soupçonneux.
Il lui sourit et joignit ses mains en posant les coudes sur son bureau.
- Alors, que puis-je faire pour toi ? J'ai cru comprendre que tu avais égaré ton chat.
- C'est cela, approuva Mach. Mais la secrétaire m'a dit que vous étiez débordés, alors je comprendrais tout à fait que la recherche d'un simple animal ne fasse pas partie des priorités de votre agence.
Pourquoi se montrait-elle aussi agressive envers lui, elle n'aurait su le dire. Ou plutôt si, parce qu'elle était sacrément remontée contre les deux autres et que s'il travaillait avec eux, c'est qu'il était aussi fautif.
- Je comprends que tu sois en colère contre mon associé, commença Lyserg d'une voix calme. Mais il n'est pas comme nous, ce n'est pas un shaman, il n'a pas la même conception de la vie. Pour nous, la nature doit être respectée et ton chat est une personne comme une autre, un ami auquel tu t'es attachée. C'est normal que tu veuilles tout mettre en place pour le retrouver, j'agirai comme toi à ta place. Cependant c'est un point de vue qu'une majorité est loin de partager.
Mach garda le silence, touchée plus qu'elle ne voulait le laisser paraître. Son analyse était correcte, ses mots vrais, son engagement sérieux. S'il y avait bien une personne pour l'aider à retrouver Saturne, c'était lui et personne d'autre. Retenant avec difficulté le rouge qui lui montait aux joues, elle essaya de reprendre contenance.
- Je repars à la fin de la semaine au Japon, il faudrait que je l'ai retrouvé d'ici là, déclara-t-elle sans commenter son discours. Tes honoraires seront les miens.
- Pas de ça entre nous, je t'aiderai gratuitement, déclina joyeusement Lyserg. Les amis de mes amis sont mes amis, et je ne fais pas payer mes amis.
Mach s'apprêtait à protester vigoureusement mais il la coupa dans son élan.
- Alors, commença-t-il. A quoi ressemble ton chat ?
Prise de court, la jeune femme prit quelques secondes pour réfléchir.
- Petit, ce n'est encore qu'un chaton, avec un pelage noir. Il a le bout des pattes avant, le bout du museau et le bout de sa queue blancs. Ah, et aussi le bout de son oreille droite. Yeux jaunes, comme tous les chats. Il aime particulièrement les sushis et le lait, griffe tout ce qui porte la trace de Ryu, bien que je pense que cet élément ne t'aidera pas dans ton enquête. Et il ronronne quand on le caresse.
Lyserg, professionnel, ne lui fit pas remarquer que les traits de caractère qu'elle mentionnait étaient communs à tous les chats, mais la jeune femme s'en rendit compte elle-même et préféra se taire avant de continuer à raconter des choses inutiles.
- Tu l'as depuis quand ? questionna-t-il.
- Une semaine à peine.
- D'accord.
- Pourquoi cette question ? s'étonna Mach.
- Pour savoir s'il s'est beaucoup imprégné des flux shamaniques qui se trouvent à l'auberge ou pas, expliqua le détective.
Mach le regarda griffonner sur sa feuille, les lunettes qu'il avait attrapées en s'asseyant glissant lentement sur son nez. Il était plutôt mignon mais son physique n'avait rien d'exceptionnel non plus. « Alors pourquoi tu le dévisages avec tant d'intérêt ? » sembla la questionner des yeux son fantôme en apparaissant sur la commode derrière le bureau de Lyserg.
Mach lui lança un regard furieux avant de l'ignorer, ce qui le fit ricaner.
- Pourquoi tu fais ce métier ? demanda la shaman à brûle-point.
Lyserg releva ses grands yeux surpris sur elle avant de sourire.
- J'ai fait des études en tant qu'avocat mais ça ne me plaisait pas autant que je le pensais, raconta-t-il. J'ai mon diplôme et tout le reste et j'ai aidé pas mal de détenus, je suis d'ailleurs toujours en contact avec certains, mais je me suis rendu compte qu'il n'y avait que le métier de détective que j'aimais vraiment exercer. Un vieux rêve d'enfant, rit-il.
Il se remit à écrire quelques instants puis se redressa de nouveau.
- Après m'être renseigné j'ai déniché cette agence où ils recrutaient de nouveaux détectives, les deux déjà en service étant trop chargés. J'ai fait mes preuves et ils m'ont pris… mais je ne te cache pas ne pas trop me plaire ici. Bien sûr c'est toujours un plaisir d'aider les gens et d'enquêter mais je commence à réfléchir à m'établir à mon compte. Je n'aurai plus à échapper aux assauts d'Angelina et à la jalousie de McHarver.
- Tu es meilleur que lui ? demanda Mach d'une voix anodine.
- Il semblerait que oui, soupira-t-il modestement.
- Et ton troisième associé ?
- Proche de la retraite. Il a été un excellent détective en son temps mais ne prend plus beaucoup d'affaires, on le voit de moins en moins. C'est dommage, je m'entendais bien avec lui.
Il inscrivit encore quelques mots avant de refermer son stylo et de se relire.
- Enfin, je ne sais pas pourquoi je te raconte tout ça, je dois t'embêter, lâcha-t-il.
- Non, non, pas du tout, le détrompa Mach. Dis, ajouta-t-elle en le voyant se lever, tu vas commencer les recherches tout de suite ou tu as une autre enquête en cours.
- Je pensais m'y mettre tout de suite, tant que la piste est chaude. Et toi, tu as quelque chose de prévu ? Je ne t'ai pas demandé où tu l'as perdu, espérant que tu pourrais directement m'y conduire avant de retourner à tes occupations. Je suppose que ce ne doit pas être loin d'ici, ça m'étonnerait que tu es traversé tout Londres pour trouver une agence de détectives.
- Exact ! confirma Mach en le suivant dehors.
Lorsqu'ils passèrent devant le bureau de la secrétaire, cette dernière assassina une nouvelle fois Mach du regard et cette dernière lui tira puérilement la langue avant de courir après Lyserg qui ne s'était rendu compte de rien.
- C'était puéril, commenta-t-il.
En fait si, il s'en était aperçu.
- Oh ça va, râla Mach en détournant la tête, l'air ennuyé.
Elle passa les bras dans son dos, examinant les rues, les gens et les bâtiments au fur et à mesure qu'ils marchaient.
- C'est toi qui es censée me guider, lui rappela-t-il lorsqu'ils arrivèrent à un croisement.
La jeune femme haussa les épaules et s'engagea dans une ruelle, le détective à sa suite. Ils marchèrent un bon moment et il ne fallut pas longtemps à Lyserg pour se rendre compte qu'ils tournaient en rond. Toutefois il n'osa pas le faire remarquer à la shaman qui maugréait contre tout Londres et avançait à grands pas agacés, les sourcils froncés.
- Tu sais, dit-il au bout d'une heure de vaines déambulations. On pourrait repartir de ton point de départ pour refaire le trajet que tu as fait quand tu avais encore Saturne. D'où es-tu partie ?
- De ma chambre d'hôtel.
Elle lui indiqua l'adresse et en un clin d'œil, Lyserg les y conduisit, naviguant dans Londres avec aisance. Ils reprirent ensuite le chemin que Mach avait fait en flânant à son arrivée et ne tardèrent pas à trouver l'endroit exact où le chaton s'était sauvé.
- C'était pile ici, déclara la shaman. Il a sauté de mes bras et filé dans cette direction.
- Parfait, répondit Lyserg en détaillant l'endroit. Viens !
Il l'entraîna par le bras dans une ruelle déserte et sortit son pendule de sa poche. Après avoir accompli son over soul avec Morphin, ils retournèrent sur leurs pas et se mirent en marche suivant les indications du pendule. Plusieurs fois, ce dernier se mit à tourner sur lui-même, semblant perdu, puis prenait une direction totalement différente que la précédente.
- Etrange, murmura Lyserg. Tu sais, songea-t-il soudain, tu n'es plus obligée de rester avec moi. Je sais où te trouver, je viendrai te voir dès que j'aurai retrouvé ton chaton.
- Ah pas question, s'exclama Mach. Ca a l'air drôle ton enquête, je veux te suivre pour voir comment tu fais.
Lyserg n'eut pas le cœur de la congédier et la laisser marcher dans ses pas. Ainsi remarqua-t-elle que le visage du sourcier devenait de plus en plus perplexe à mesure qu'ils progressaient dans le temps.
- C'est normal que ton pendule change de direction si Saturne se déplace, fit-elle.
- Non, il devrait se réorienter au fur et à mesure, déclara-t-il. Là au contraire, il change brutalement. Comme si ton chat se téléportait à travers la ville.
Mach ne sut quoi répondre.
...
La nuit tomba finalement sur la ville et les deux jeunes gens, tout shamans qu'ils étaient, commencèrent à avoir froid.
- On ne progressera pas plus aujourd'hui, soupira Lyserg. Je tenterai une autre approche demain. Morphin, survole la ville au cas où tu trouverais quelque chose.
La petite fée acquiesça, imitée par Jack qui prit l'initiative de faire de même.
- Je t'invite ? proposa Lyserg en se tournant vers Mach.
Cette dernière accepta de bon cœur, peu désireuse d'aller manger toute seule au restaurant de l'hôtel. La présence de Saturne lui manquait, avec lui elle se fichait pas mal d'être perdue toute seule au milieu de Londres, elle avait l'impression d'être épaulée.
Lyserg la conduisit dans une petite bâtisse de l'époque victorienne où ils se dépêchèrent d'entrer à l'abri du froid. Le patron, qui connaissait le détective, leur dénicha une petite table près du feu et leur proposa les cartes.
- Tu es de nationalité anglaise toi aussi non ? C'est étonnant que tu ne sois jamais venue à Londres, démarra Lyserg pour engager la conversation.
- Je suis de nationalité shamanique, fit-elle d'une voix plate en baissant la tête.
Interloqué, Lyserg la fixa, cherchant à capter son regard derrière les mèches rousses qui s'étaient échappées de son chignon.
- Mach, appela-t-il doucement.
- J'ai vécu les six premières années de ma vie dans une vieille maison loin de tout, avec un jardin délabré rempli de citrouilles. Au début c'était ma grand-mère qui s'occupait de moi et me guérissait avec potions et grimoires. Et puis un jour elle m'a caché dans la cave, il y a eu des bruits, des coups, des cris.
Elle trembla, les poings crispés sur la table. Lyserg s'avança vers elle, sa main allant serrer celle de la jeune femme.
- Quand je suis parvenue à sortir, les carreaux des fenêtres étaient brisés, la maison saccagée, les livres éparpillés par terre. Voir les grimoires auxquels ma grand-mère tenait tant étalés ainsi par terre… ça m'a fait mal. Alors je les ai tous ramassés et rangés, comme elle m'avait montré.
Elle s'étrangla dans sa phrase mais se reprit, d'une voix plus sûre, plus affirmée.
- Je n'ai trouvé aucune trace de ma grand-mère mais je savais ce qui lui était arrivé. Les hommes du village voisin étaient venus la chercher pour la brûler comme sorcière. J'ignore pourquoi ils n'ont pas fait de même avec les grimoires et la maison. Sans doute craignaient-ils la fameuse malédiction des citrouilles. D'une certaine manière, j'ai eu de la chance.
Mach retira sa main de la sienne, ramenant ses bras le long de son corps et posant ses mains tremblantes sur ses genoux, sous la table pour ne pas qu'il les voit.
- Elle existait bien, cette malédiction des citrouilles, puisque maintenant j'ai Jack… murmura-t-elle.
Subitement elle releva la tête pour les planter dans ceux de Lyserg. Il aperçut quelques larmes au bord de ses yeux, bien qu'elle n'ait permis à aucune d'entre elle de couler sur ses joues.
- Je me suis retrouvée seule dans cette grande maison froide avec pour toute protection une couverture miteuse et c'est ainsi que le seigneur Hao m'a trouvée. Il m'a prise avec lui, il m'a emportée loin de ce cauchemar, il m'a protégée de la folie des hommes. Alors je comprendrais très bien que toi tu le détestes parce qu'il a tué tes parents, mais moi il m'a sauvée.
Lyserg garda un moment le silence, son regard perdu dans celui de Mach. Celle-ci le défiait de dire du mal d'Hao et en même temps n'arrivait pas à croire qu'elle lui avait tout raconté, à lui, un presque inconnu au fond. Qu'avaient-ils en commun sinon le tournoi des shamans ?
- On retrouvera ton chat, je te le promets, se contenta-t-il de dire.
Mach hoqueta et baissa de nouveau la tête, déboussolée par de telles paroles.
- Alors les jeunes, qu'est-ce que je vous sers ? intervint le patron en apparaissant brusquement près d'eux.
...
Lyserg commanda pour eux deux et Mach ne fut pas déçue, appréciant son repas. Ils ne parlèrent pas beaucoup, échangeant à peine quelques mots, mais la shaman apprécia ce silence suite aux révélations qu'elle venait de lui faire. Il paya l'addition puis la raccompagna chez elle, les faisant passer par les rues les plus illuminées de Londres.
Quand ils arrivèrent devant son hôtel, Lyserg lui adressa un regard attendri et fit quelque chose à laquelle elle ne s'attendait absolument pas, il la prit dans ses bras.
- Tu veux toujours participer aux recherches demain ? lui demanda-t-il en l'étreignant.
- Bien sûr, s'exclama Mach avec un temps de retard, pensant à toute autre chose alors qu'elle se retrouvait aussi près de lui à humer son odeur.
- D'accord, je passe te chercher à huit heures pétantes dans ce cas. Soit prête ! fit-il avec enthousiasme en s'écartant.
- Huit heures ! s'horrifia la jeune femme qui avait prévu de profiter de son congé pour faire la grasse matinée.
- L'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, déclara-t-il d'un ton qu'il voulut solennel. Et puis si t'es à l'heure, je te paye le déjeuner dans un restaurant qui a vue sur Big Ben.
- Offre intéressante, ça vaudrait presque le coup que je fasse l'effort d'être à l'heure, joua Mach en faisant la moue.
Lyserg lui sourit.
- Et ne t'en fais pas pour ton chat, ajouta-t-il. Il n'y a encore rien ni personne que je n'ai pu trouver.
Mach acquiesça. A force d'être avec lui, elle en avait presque oublié Saturne et s'en voulut aussitôt.
- A demain, conclut-il avant de s'éloigner en lui adressant un dernier signe de la main.
- A demain, lui répondit Mach avec des étoiles dans les yeux.
