Notes : Suivant chronologiquement de manière directe "La disparition", j'ai le plaisir de vous soumettre "Le sourcier" :D

Personnages : Mach et Lyserg


Chapitre 3 : Le sourcier

Mach se leva à une vitesse incroyable, toute excitée. Elle ouvrit ses fenêtres sur les rues de Londres et baissa la tête. En bas, une silhouette lui faisait des signes de la main. Elle était en retard.

La jeune femme s'habilla rapidement, passa un coup de brosse dans ses cheveux et dévala les escaliers de l'hôtel pour rejoindre Lyserg sans prendre le temps de manger ou même de se coiffer.

- Ca te va bien les cheveux lâchés, lui sourit le jeune homme en guise de salut.

Ils firent quelques pas et à sa grande surprise le jeune homme conduisit la shaman dans un café. Après avoir passé la commande, il sortit un plan de la ville de sa poche et l'étala sur la table sous le regard attentif de sa cliente. Mach avait perdu son chat la veille et, par une étrange coïncidence, en frappant à la porte d'une agence de détectives privés était tombé sur l'ancien participant du Shaman Fight qui lui avait proposé de mener l'enquête gratuitement.

- Alors ? demanda-t-elle en fixant le pendule immobile au-dessus de la table.

Morphin réapparut et fit un petit geste négatif de la tête. La fée et Jack avaient passé toute la nuit à chercher dans la ville sans retrouver le chaton et désormais il semblait que même les talents de sourcier de Lyserg se révélaient inefficaces.

- C'est fort troublant, murmura ce dernier. Il ne peut tout de même pas avoir disparu.

- Est-ce qu'il se pourrait qu'il soit… commença Mach, soudain pâle.

- Mort ? Non, impossible. Ca m'étonnerait qu'un chaton comme lui ait rejoint les cieux et s'il était un fantôme, mon pendule le trouverait. Viens, on va marcher et essayer de voir si Morphin détecte quelque chose au hasard des ruelles.

Les deux jeunes gens passèrent leur matinée à déambuler dans la ville, Lyserg en profitant pour présenter à sa compagne le patrimoine historique de Londres.

- Tu ne m'avais pas dit que tu m'invitais à manger près de Big Ben ce midi ? se rappela soudain Mach.

- Ca c'était uniquement si tu étais à l'heure, rectifia Lyserg.

- Mais j'étais à l'heure ! protesta avec mauvaise foi son interlocutrice.

L'anglais allait protester mais elle le menaça du regard, le défiant de la contredire.

- De toute manière j'ai déjà réservé, la rassura-t-il avec un sourire.

Ils allèrent s'installer à la table qui leur était préparée, Lyserg tirant la chaise à Mach avec galanterie.

- Tu es moins rustre que je ne l'avais pensé, se moqua-t-elle en prenant place.

En croisant les jambes, elle frôla accidentellement le genou du détective mais fit comme si de rien n'était, cachant la légère rougeur de ses joues derrière la carte alors que Lyserg regardait subitement ailleurs. Le service fut étonnamment rapide et Mach dévora du regard son assiette sans oser y toucher.

- Bon appétit ! s'exclama Lyserg.

Le Big Ben sonna douze coups, attirant l'attention des deux jeunes gens.

- Il est plutôt impressionnant, remarqua Mach.

- Oui, mais il n'est pas très difficile d'y monter, du moment qu'on n'a pas le vertige.

- Tu parles à quelqu'un qui vole sur un balai, argua la shaman. Je ne risque pas d'avoir le vertige, mais j'avoue me demander pourquoi tu es allé grimper tout là-haut.

- Pour mon épreuve de sourcier, expliqua Lyserg. J'avais sept ans à cette époque-là et je devais réussir l'épreuve pour que Morphin devienne mon fantôme gardien.

Le fantôme apparut sur son épaule, un sourire nostalgique peint sur son visage d'ange.

- En quoi consistait cette épreuve ? questionna Mach entre deux bouchées.

- Retrouver où mon père avait caché la clef de la cage de Morphin, expliqua-t-il. Et cette clef, c'est le pendule de cristal qui ne me quitte plus depuis. Avant j'avais l'habitude d'en utiliser un autre verre, et même après cet épisode je continuais de m'en servir pour ne pas abîmer la clef. Mais depuis que Yoh a cassé mon pendule de verre, disons que mes scrupules se sont envolés.

Mach pencha la tête sur le côté, un sourire aux bords des lèvres.

- Ton père était sourcier aussi alors, si je comprends bien. Il a dû être très fier de toi.

Le regard de Lyserg se fit lointain alors qu'il se remémorait son enfance.

- Oui, il l'aurait sans doute été…

Captant l'interrogation muette dans le regard de Mach, il précisa.

- C'est en rentrant chez moi ce jour-là que je suis tombé sur Hao.

Comprenant, Mach baissa la tête et eut la bonne grâce de paraître gênée. Cependant Lyserg ri, à son grand étonnement.

- Tu te rappelles quand je t'ai dit qu'être détective était un vieux rêve d'enfant ? C'était celui que j'avais à l'époque, avant d'obtenir mon pendule de cristal. Je voulais exercer le même métier que mon père. Et toi Mach, tu n'en as jamais eu, des rêves ?

Elle releva la tête et le dévisagea, cherchant quoi lui répondre.

- Pas vraiment, avoua-t-elle. Mais je n'aurai jamais imaginé devenir serveuse, ça c'est sûr. Et pourtant, ça ne me déplaît pas.

Ils achevèrent leur plat principal et attendirent la carte des desserts en silence, chacun cherchant vainement un sujet de conversation.

- Je ne te fais pas perdre ton temps au moins ? s'inquiéta Mach. Je m'en voudrais d'interférer dans ton travail.

- Oh non rassure-toi, absolument pas ! s'exclama Lyserg. Je n'ai pas d'autres enquêtes en ce moment.

- Donc si tu continues de surveiller ton pendule du coin de l'œil depuis tout à l'heure, c'est pour chercher Saturne.

- Exact.

Le serveur revint avec la carte et tous deux commandèrent une glace, Lyserg à la pistache et Mach à la vanille. De nouveau ces dernières ne se firent pas attendre et Mach ne put qu'admirer la qualité du service.

- Dis-moi, demanda-t-elle à Lyserg en finissant son dessert, ça ne blesse pas trop ton ego de constater la mise en échecs de tes talents shamaniques ?

Le sourcier releva brusquement la tête pour planter son regard dans le sien. Elle finissait de lécher sa cuillère, d'humeur taquine, se demandant comment s'il allait réagir à sa pique.

- Mise en échecs dis-tu ? releva le jeune homme. Sache que rien ni personne ne me mettra en échecs.

- Je demande à voir, lâcha Mach.

- Tu penses faire le poids contre moi ? s'enquit Lyserg.

- Jack et moi on vous écrase quand tu veux, où tu veux, déclara Mach avec assurance.

- D'accord, c'est ce qu'on va voir, releva le défi Lyserg.

Il acheva sa glace en deux temps trois mouvements, paya l'addition, invitant une fois de plus la jeune femme, et l'entraîna dans des rues moins fréquentées et plus excentrées de Londres. Ils marchèrent une bonne partie de l'après-midi avant d'arriver à un petit entrepôt désaffecté où Lyserg lui tint la porte pour entrer.

- Où sommes-nous ?

- Une vieille planque d'une bande de dealers… des marchants de produits illégales, explicita-t-il devant l'air perdu de la shaman. On les a arrêté il y a dix-huit mois à peu près et depuis l'endroit est abandonné.

- Je ne savais pas qu'un détective privé s'occupait de ce genre d'affaires.

- Disons qu'il m'arrive de travailler bénévolement avec la police, j'ai l'impression de me rendre utile.

Il traversa la salle pour aller se placer face à elle et ôté sa veste.

- Alors, prête ?

- Toujours, répondit Mach avec un sourire satisfait sur le visage, formant son over soul du même mouvement.

Ils s'élancèrent tous deux à l'assaut, Lyserg esquivant habilement les attaques de Jack en même temps que Mach sautait en tout sens pour ne pas être prise au piège du pendule du sourcier.

- Tu t'es ramollis avec l'âge, je t'ai vu bien plus performant dans tes matches, se moqua-t-elle en feintant.

Son over soul toucha le jeune homme à l'épaule, leur tirant un sourire à tous deux. L'instant d'après, Morphin s'élança et captura Mach. Le pendule après l'avoir ligotée s'arrêta à quelques millimètres de sa gorge, signant sa défaite. Lyserg lui adressa un sourire victorieux avant de la libérer.

- Ca va ? s'enquit-il en lui tendant la main pour l'aider à se relever.

Mach se releva en riant, ses cheveux non attachés lui couvrant la moitié du visage.

- Ca faisait longtemps que je ne m'étais plus amusée de la sorte ! s'exclama-t-elle en se dégageant les yeux.

Quand ils quittèrent l'entrepôt le soleil entamait sa course vers l'horizon et le ciel était teinté d'orangée et d'un bleu azuré.

- Il va bientôt faire nuit, allons-y, décida Lyserg en s'engageant dans les ruelles d'un pas pressé.

- Tu as l'air préoccupé, tu n'as pas quelque chose de prévu par hasard ? devina Mach.

- Une réunion avec mes associés, mais je te raccompagne d'abord.

- Je ne suis pas en sucre, protesta Mach. Je peux tout à fait rentrer toute seule.

- Mais…

- Il y a Jack pour me protéger et j'ai bien retenu le chemin, je ne me perdrai même pas. Au pire je demanderai mon chemin, ajouta-t-elle après un temps de réflexion. File, je me débrouille. J'ai suffisamment monopolisé ton temps aujourd'hui.

- Si tu insistes, soupira Lyserg. Bonne soirée.

- A toi aussi !

Elle s'éloigna d'un pas énergique, pressée de prendre un bon bain pour se détendre et de manger un peu. Cependant s'il y avait bien quelque chose qu'elle n'avait pas, c'était le sens de l'orientation, et il ne fallut pas longtemps pour qu'elle se perde dans les petites ruelles. Elle ignora royalement un groupe de jeunes qui l'appelaient depuis un bar, sans doute pas totalement sobres, et poursuivit sa route avec de moins en moins d'entrain, se rendant compte progressivement qu'elle ne reconnaissait pas les lieux. Les chemins étaient sales, mal éclairés et sentaient la friture, lui donnant des hauts le cœur.

- Oh encore un mur, c'est bien ma veine, râla-t-elle en fronçant les sourcils alors qu'elle débouchait dans un énième cul de sac.

- En tout cas c'est la nôtre, lui répondit une voix grasse dans son dos.

Elle se retourna en levant un sourcil dédaigneux et tomba sur un grand mec louche qui ne marchait pas droit. Sans s'occuper de lui elle le dépassa, mais il la retint par le bras. Mal lui en pris car Jack veillait au grain été se chargea d'envoyer le malotru s'écraser contre un mur. Le choc devait être douloureux, mais pas mortel.

Mach revint au dernier carrefour et s'engagea dans une nouvelle rue. Arrivée à moitié de chemin, elle remarqua qu'elle débouchait dans un endroit encore plus sombre que précédemment, en plus d'être parcouru par une partie des jeunes idiots du bar précédent. Elle tourna les talons et se crispa en apercevant l'autre partie de la bande lui bloquant le passage au niveau du croisement. Visiblement l'affrontement était inévitable, elle allait devoir en amocher un ou deux.

Ils commencèrent à se rapprocher en riant grassement, l'insupportant au plus haut point. Elle alla se plaça devant l'un de ceux qui l'empêchait de revenir au carrefour, les mains sur les hanches.

- Laissez-moi passer, demanda-t-elle d'un ton froid.

Pour toute réponse, la bande ricana plus fort. Mach inspira à fond pour se calmer.

- Je ne le répèterai pas : dégagez.

Une main attrapa son bras et elle se retourna vivement, le corps parcouru de pulsions meurtrières en réalisant que ce sale humain avait osé la toucher.

- Hey les jeunes, lâchez-là et fichez-moi le camp.

Avant même qu'elle puisse créer son over soul une nouvelle voix s'était élevée depuis le croisement, faisant s'immobiliser la bande. Mach bougea la tête pour apercevoir l'homme qui venait de les interpeler et reconnut à ses cheveux verts Lyserg, pointant le canon d'un pistolet sur le groupe.

- Même pas cap de tirer, le défia un de ceux qui avaient le plus bu.

- Tu veux voir, murmura Lyserg d'une voix menaçante en enlevant le cran de sûreté.

Les jeunes poussèrent brutalement Mach contre un mur et filèrent sans demander leur reste, se bousculant pour passer devant les autres. La shaman grogna en sentant un mal de tête poindre et se releva en grimaçant.

- J'aurai très bien pu me débrouiller toute seule, dit-elle à Lyserg qui approchait, son arme baissée mais pas rangée.

- Et finir au commissariat du coin pour homicide ?

Mach tourna la tête, boudant. Lyserg soupira.

- Je n'aurai pas dû te laisser seule, c'était sûr que tu te perdrais.

- Je ne suis pas perdue ! s'offusqua Mach.

- Bon viens, ton hôtel est sur mon chemin pour aller à l'agence d'ici de toute façon.

La jeune femme refusa de lui donner raison mais le suivit cependant en claquant ses pieds contre la chaussée.

- C'est grâce à Morphin que tu m'as retrouvée ? demanda-t-elle après un silence.

- Oui, acquiesça Lyserg.

- Depuis quand les détectives ont le droit de porter et d'utiliser une arme ?

- C'est celle des X-laws, elle abrite Zelel, lui apprit le jeune homme avec amusement.

- Ah, ta voiture, lâcha Mach avec un haussement d'épaules, ne voulant pas le laisser avoir le dernier mot.

Lyserg ne s'en formalisa pas, trouvant la jeune femme très belle quand elle prenait cette pose outrée, les yeux furibonds, le menton en l'air et les bras croisés. Elle tourna subitement à gauche et le jeune homme la suivit en riant.

- Qu'est-ce qui t'amuse ? grogna-t-elle.

- Je ne sais pas où tu vas, mais ton hôtel c'était à droite.

L'air indigné, elle tourna rageusement les talons et s'éloigna d'un pas énergique trahissant son agacement.

- Et bien à plus tard, la salua-t-il quand ils parvinrent devant son hôtel.

- Dépêche-toi d'y aller, tu es déjà en retard, lui ordonna-t-elle.

Il lui adressa un dernier sourire avant d'obtempérer, la laissant seule devant l'entrée éclairée. Mais déjà, il lui manquait.