Notes : Et voici le dernier feuillet qui clôt cette petite histoire, et cette partie par la même occasion. J'espère très sincèrement que vous aimerez. Pour ma part j'ai pris beaucoup de plaisir à l'écrire :) Bonne lecture à tous !

Personnages : Mach et Lyserg


Chapitre 4 : Le voleur de chats

Mach était de fort bonne humeur ce matin-là. Elle était en vacances à Londres depuis deux jours et avait décidé d'attaquer cette troisième journée sur les chapeaux de roue. Après avoir passé une bonne heure à se laver, faire son chignon et choisir ses habits, elle piqua un croissant dans la salle de restaurant de son hôtel et fila dans les avenues faire les boutiques. Sa matinée se résumé à des essayages de vêtements tous plus variés les uns que les autres. Son seul regret était l'absence de son chaton, Saturne, pour l'accompagner.

Ce dernier s'était sauvé dès son arrivée à Londres et elle n'avait pas réussi à le retrouver depuis, s'en remettant à une agence de détectives privés où Lyserg Diethel avait accepté d'enquêter avec joie et bénévolement, considérant cela comme un service rendu à une amie. Mach s'arrêta d'ailleurs devant l'enseigne « John, McHarver et Diethel, Détectives privés », hésitant à entrer. Elle ne supportait ni McHarver, ni la secrétaire, Angelina Smith, mais aurait bien invité Lyserg au restaurant en compensation de toutes les nombreuses fois où l'inverse s'était produit.

Elle poussa donc la porte, recevant immédiatement un regard noir de la blonde décolorée derrière son bureau dont elle n'avait cure.

- Je peux faire quelque chose pour vous ? demanda-t-elle d'une voix hypocrite.

- Je voudrais voir Lyserg, déclara-t-elle de but en blanc.

La secrétaire sembla s'étrangler à l'entente du prénom du jeune homme, elle-même ne l'appelant que par un « Détective Diethel » dégoulinant.

- Il est très occupé en ce moment, repassez plus tard.

Mach allait insister mais McHarver se chargea involontairement de l'affaire pour elle. Il sortit en trombe de son bureau et alla toquer à la porte de Lyserg avec force.

- Diethel, c'est la pause déjeuner tu viens manger ?

- J'arrive, lui répondit la porte en s'ouvrant. Laisse-moi le temps de finir mon rangement et je suis à toi.

Il retourna dans son bureau en laissant la porte entrebâillée sous les soupirs exaspérés de son associée qui se mit à taper du pied par terre pour passer le temps. Mach envoya un regard sarcastique à la secrétaire qui le lui rendit bien et décida d'attendre que Lyserg arrive. Entretemps un vieil homme sortit du troisième bureau, un peu courbé et les cheveux blancs grisonnants.

- Miss, pouvons-nous faire quelque chose pour vous ? s'enquit-il poliment en s'avancer vers la jeune femme.

Avisant sa présence, McHarver recula d'un pas, le souvenir du coup qu'elle lui avait donné lors de leur dernière rencontre encore très vif dans son esprit.

- Je viens voir Lyserg Diethel, indiqua-t-elle.

- Ah vous devez être Mach, il m'a parlé de vous, s'exclama le vieil homme. Détective Johns, à votre service, se présenta-t-il en lui tendant une main qu'elle serra volontiers. Même si je crois que quelqu'un s'occupe déjà bien de vous, ajouta-t-il avec un clin d'œil.

Mach lui retourna un sourire, se rappelant que Lyserg ne lui avait dit que du bien de son vieil associé qui approchait de l'âge de la retraite.

- Que diriez-vous miss de vous joindre à nous pour le déjeuner ? Nous serions ravis d'avoir votre compagnie, enchaîna Johns.

La shaman accepta, se moquant intérieurement du glapissement qu'émit la secrétaire dans son dos. Lyserg fut enfin prêt quelques minutes plus tard, et bien que surpris de découvrir Mach il n'en laissa rien paraître, lui adressant un signe de tête doublé d'un sourire.

Les trois détectives et Mach se mirent en route, confiant la gestion de l'agence en leur absence à la secrétaire qui était verte de jalousie.

Le repas tourna autour de l'affaire Abaz, nouvellement confiée à l'agence. Il s'agissait d'un vol de bijoux dont le propriétaire doutait des compétences de la police.

- Il est prêt à nous en donner beaucoup si on retrouve ses biens avant eux, c'est une occasion à saisir.

Les trois détectives menaient fort rarement des enquêtes conjointes mais celle-ci semblait être assez sérieuse pour qu'ils y travaillent tous les trois. Mach ne comprit pas l'intérêt qu'ils y avaient. L'argent était une chose mais elle n'avait pas eu l'impression qu'ils en manquaient, du moins pour Lyserg. Tant d'efforts pour retrouver des bijoux lui semblaient plutôt obsolètes, en particulier comparé au peu de bonne volonté que McHarver avait témoigné envers la disparition de Saturne.

La table ronde était un peu petite pour quatre personnes et Mach, coincée entre Johns et Lyserg, effleura plusieurs fois ce dernier sans en être vraiment gênée mais en lançant des coups d'œil inquiets dans sa direction au cas où lui en serait indisposé. Il semblait cependant n'y prêter aucune attention et Mach se surprit à se demander si elle n'aurait pas préféré que ce ne soit pas le cas.

Chacun paya sa part de l'addition et ils quittèrent le restaurant, Lyserg et Mach ralentissant le pas par rapport aux deux autres pour pouvoir discuter.

- J'étais venue t'inviter, informa Mach, pour toutes les fois où tu m'as payé le repas. Mais je suppose que si cette fois c'est raté je trouverai bien d'ici la fin de la semaine une autre occasion.

Elle dissimula habilement l'espoir qu'elle avait à cette pensée et le sourire qui voulut se frayer un chemin jusqu'à ses lèvres quand il répondit.

- Pourquoi pas ce soir ? Je voudrais t'emmener visiter un coin sympa, je te laisserai l'addition.

- Ca marche, accepta Mach. Dis, ça a l'air sérieux votre histoire de bijoux.

- Ne me dis rien, je sais ce que tu penses, devina aisément Lyserg. Tu trouves que McHarver met beaucoup d'entrain pour des objets mais pas beaucoup pour des êtres vivants, comme c'était le cas pour ton chat, n'est-ce pas ?

Il n'attendit pas que la jeune femme acquiesce pour poursuivre.

- Comprends qu'il n'a pas autant de chance que Johns ou moi. Ce dernier arrive à la fin de sa carrière et a déjà bien économisé, c'est par plaisir qu'il est encore en service. Quant à moi, mon travail d'avocat m'a bien rapporté et j'ai toujours des ressources qui rentrent pour les affaires dont je m'occupe encore en parallèle. McHarver, lui, a eu pas mal de prêts à rembourser.

- Des dettes de jeu ? pensa naïvement Mach.

- Non, rit Lyserg. Il a une femme qui ne travaille pas et deux enfants, il faut de l'argent pour entretenir une famille. De plus il vient seulement de finir de rembourser l'achat de son appartement en centre-ville au début de l'année. L'immobilier coûte cher ; jusque là il n'a pas été très facile de faire des économies.

- J'aurai pu très bien le payer, maugréa la shaman.

- Mais lui en te voyant débarquer pensait à une fillette perdue et sans un sou, soupira Lyserg. Je ne dis pas qu'il a eu raison, surtout que tu n'es plus une gamine depuis longtemps, j'essaye juste de t'expliquer les raisons qui motivent ses actions.

C'était apprendre à comprendre autrui en fait, songea Mach. Elle ne commenta pas mais enregistra soigneusement cette leçon humaine dans un coin de sa tête, pour plus tard.

Lyserg se figea soudain à ses côtés, les sens en alerte.

- Mon pendule a détecté quelque chose, viens.

Il l'attrapa par le bras et se mit à courir dans les rues, traversant les passages piétons sens vraiment prendre garde aux feux mais toujours en parvenant à éviter passants et voitures. Du coin de l'œil, Mach aperçut le pendule de verre qui leur indiquait une direction, pointant à l'horizontale l'ouest. A moins que ce ne soit l'est…

Le pendule retomba brusquement quand ils débouchèrent sur une petite place et ne donna plus signe de vie. Les deux shamans cherchèrent des yeux Saturne mais aucune trace du chaton.

- Et maintenant ? questionna Mach.

- On va utiliser la bonne vieille méthode et demander aux gens.

L'après-midi des deux jeunes gens se résuma à interroger les passants, les touristes, les habitants du quartier, les vendeurs, les enfants… Ils prirent à peine le temps de partager une grosse barbe à papa à la fraise quand Big Ben indiqua quatre heures. Leurs recherches se révélèrent totalement infructueuses et lorsque les rayons du soleil commencèrent à décliner, ils se laissèrent tomber sur un banc, épuisés.

- Perdu, chuchota Mach.

- Ne perds pas espoir, la rassura Lyserg. Demain j'irai voir au refuge pour animaux. C'est plutôt loin mais peut-être l'auront-ils trouvé.

- Il vaudrait mieux que je vienne avec toi pour le reconnaître. Je peux passer te chercher à l'agence à huit heures.

- Huit heures à l'agence, ce serait un miracle dis-moi, rit Lyserg. Mais je crois que moins Angelina te voit, mieux ce sera. C'est moi qui passerais te chercher à la même heure, tu auras un peu plus de temps pour te préparer.

- Pourquoi l'appelles-tu Angelina d'habitude mais ne t'adresses-tu à elle qu'en la nommant Miss Smith ? se rappela soudain Mach.

Lyserg bascula sa tête en arrière sur le banc et soupira.

- Nous l'appelons tous Angelina, mais depuis que j'ai remarqué qu'elle me collait particulièrement, j'essaye de mettre de la distance en l'appelant par son nom de famille.

- Pas très glorieux tout ça, commenta Mach en gloussant. Tu ferais mieux de lui dire franchement que tu n'es pas intéressé.

- Oui peut-être, approuva Lyserg en fermant les yeux.

Mach l'observa un instant, résistant à l'envie de passer sa main dans ses cheveux verts.

- Hey ne t'endors pas ! s'écria-t-elle, tant pour se reprendre elle que pour le réveiller lui. Tu m'as promis que tu m'emmenais au restaurant ce soir.

- Au restaurant ? Je ne crois pas avoir parlé de restaurant, répliqua Lyserg en se redressant, les yeux grands ouverts.

- Tu as dit…

- J'ai dit que je t'emmenais dans un coin sympa, rectifia-t-il en lui adressant un clin d'œil.

Il se leva, lui attrapa la main et l'entraîna à sa suite. Il s'arrêta brusquement dans une ruelle et Mach lui rentra dans le dos en râlant.

- Un problème ? demanda-t-elle en remarquant son air soucieux.

- Non rien, mentit Lyserg. Allez on y va.

La jeune femme le suivit sans insister. Le sourcier jeta un dernier coup d'œil en arrière mais le clair de lune se reflétait dans la ruelle déserte. Pourtant, il lui semblait avoir bien vu ces deux yeux sur le toit, aussi rouges que des flammes.

Quand les deux jeunes gens furent partis, un garçon apparut, assis sur le bord d'un toit, entouré d'un groupe de chats. Ils vinrent se frotter à lui en miaulant doucement, réclamant des caresses. Parmi eux, un chaton noir avec le bout de l'oreille, le bout de la queue, le bout du museau et les pattes avant blancs.

- Un bar, lâcha Mach, incrédule, en regardant l'enseigne lumineuse de l'établissement.

- Ah mais ce n'est pas n'importe quel bar, rectifia Lyserg en la forçant à le suivre à l'intérieur.

L'endroit était éclairé avec des bougies éparpillées dans la pièce. Les tables en bois étaient petites et individuelles et de chacune on pouvait apercevoir une petite estrade dont la scène était pour le moment masquée par de lourds rideaux rouges. Près de l'entrée, un long bar en bois sculpté s'étendait tout le long du mur, avec derrière une foule de bouteilles de toutes tailles et de toutes variétés.

- Hey, Diethel ! Ca faisait un moment qu'on ne t'avait pas vu, s'exclama un des hommes accoudé au bar. Que deviens-tu ?

- Salut Bernard ! De mon côté la routine continue, et toi ?

- Les gars regardez, voilà Diethel qui se ramène, cria-t-il, déclenchant une salve d'approbation. Ben moi ma femme m'a viré la semaine dernière et en attendant qu'elle ne soit plus en pétard contre moi je me planque ici. Sam m'héberge à l'étage. Mais dis-donc tu es bien accompagné !

Un petit nombre de personnes se rassemblèrent autour de Lyserg, lui donnant l'accolade avec des visages réjouis, et le shaman les présenta à Mach tous un par un bien qu'elle soit incapable de retenir un seul nom ! A part peut-être celui du premier homme, Bernard.

- Je ne savais pas que les policiers étaient aussi bien accueillis dans les bars, releva Mach à voix basse.

- Mais je ne suis pas un policier, je suis un détective, lui répondit-il avec un clin d'œil.

Ils purent enfin s'approcher du bar et un gros bonhomme à la mine enjouée émergea de l'arrière boutique.

- Tiens Lyserg, quel bon vent t'amène ?

- Salut Sam ! Mon amie Mach est en visite du Japon et je ne pouvais pas la laisser repartir sans avoir mis une seule fois les pieds ici.

- Ma petite miss vous êtes la bienvenue chez l'oncle Sam, c'est moi, précisa-t-il inutilement en se montrant du pouce. Qu'est-ce que je vous sers ? C'est pour la maison.

- Comme d'habitude pour moi et je pense pareil pour Mach.

- Que prends-tu ? se renseigna la jeune femme.

- Cocktail sans alcool.

- Ah non, se rengorgea Mach. Je veux un cocktail normal. Pour une fois que Tamao n'est pas là pour me surveiller.

L'oncle Sam s'esclaffa en les écoutant.

- Si je vous sers du cidre, ça vous va ? Doux, ajouta-t-il devant le regard réprobateur de Lyserg.

Celui-ci hocha la tête pour marquer son accord et le patron leur sortit une bouteille et deux gobelets en terre cuite.

- Je crois que ta table est libre ce soir, indiqua-t-il au jeune homme.

- Merci Sam pour le cidre, c'est très généreux.

- Tout le plaisir est pour moi mon garçon.

Lyserg conduisit Mach en la tenant par le coude jusqu'à une petite table près du mur mais avec une vue dégagée sur la scène, posa la bouteille et lui tira sa chaise comme il en avait pris l'habitude depuis qu'ils se côtoyaient.

- Un détective n'est-il pas censé passé inaperçu ? repartit à l'attaque Mach sitôt qu'il fut assis.

- Si, mais pas ici, sourit énigmatiquement le sourcier. J'ai des contacts dans un peu tous les établissements et sait me faire discret, mais ici je jouis de mon identité et me contente de passer du bon temps. Il n'y a que des habitués ici, tous sachant quel métier je fais.

- Mais dans le cas où tu aurais une enquête sur l'un d'entre eux ?

- Je refuserai, je n'enquête pas sur des amis. Or chez l'oncle Sam, on est tous amis.

- Tu as une manière très particulière de te faire des amis et tu accordes ta confiance bien vite, critiqua Mach.

- Je n'ai pas dit que je faisais confiance à mes amis, releva Lyserg. Disons que le Shaman Fight m'a plutôt marqué et que j'ai essayé de changer de méthode pour aborder les gens.

- Tu ne me fais pas confiance ? nota Mach.

Lyserg rigola mais en voyant le regard sérieux que la shaman lui portait se reprit.

- Bien sûr que si, qu'est-ce que tu vas imaginer.

- Que tu continues de me voir comme une ancienne disciple d'Hao ? Quelqu'un que tu as détesté.

- Ne dis pas de bêtises, soupira Lyserg. Des erreurs on en fait tous et le passé est le passé. Nous avons tous grandi et mûri, devenus des personnes différentes. Un exemple frappant mais très révélateur c'est Tamao. Ca se passe d'explications.

Mach approuva d'un hochement de tête, convaincue.

- Pourquoi Sam t'appelle par ton prénom mais les autres Diethel ? questionna-t-elle.

- Sam appelle tout le monde par son prénom. A ses yeux nous sommes tous des enfants venus à un spectacle dont il est l'animateur, répondit-il en sirotant son cidre.

- Pourtant Bernard est un prénom, non ?

- Erreur, c'est son nom de famille, la détrompa Lyserg. Tu devrais boire ton cidre, il est très bon.

Mach sursauta en se rendant compte qu'elle ne l'avait même pas vu la servir. Elle approcha le récipient de sa bouche avec méfiance avant de goûter le breuvage du bout des lèvres.

- Ca a un goût de pomme, jugea-t-elle.

- C'est normal, c'est du cidre, se moqua gentiment Lyserg.

Ils passèrent la soirée à converser gaiement, parlant de tout et de rien. A un moment les rideaux s'ouvrir et quelques danseuses vinrent les distraire. Suivit un spectacle de magie que Mach regarda d'un œil critique.

- Ce type n'est pas un shaman, dit-elle. Je ne sais pas où est la supercherie, mais je sais qu'il y en a une.

- Exact. Si tu arrives à la déceler, je te confie un secret.

Mach quitta brusquement la scène des yeux pour l'observer à lui.

- Tu es ami avec le magicien, déduit-elle.

- Non, je suis un détective, je regarde ailleurs qu'à l'endroit où on veut que je porte mon attention.

La jeune femme eut beau faire tous les efforts du monde, il lui fut impossible de comprendre comment fonctionnaient les tours.

- Tu m'expliques ? réclama-t-elle en applaudissant à la fin.

- Quand on sera dehors, accepta Lyserg.

- Et le secret ?

- Ah ça non, tu n'avais qu'à mieux regarder.

Malgré toutes les suppliques de Mach, il ne se laissa pas fléchir, et à trop menacer et supplier Lyserg, la shaman faillit ne pas se rendre compte de ce qui se préparait. Heureusement que Jack la réveilla brusquement. Elle eut à peine le temps de jeter un coup d'œil sur la scène où un homme souriant regardait dans sa direction que leurs plus proches voisins la prirent par les bras. Ils la conduisirent en riant jusqu'à l'estrade d'où elle jeta un regard paniqué en direction de Lyserg.

Ce dernier souriait, avec à ses côtés Zelel et Morphin qui empêchaient Jack de rejoindre sa maîtresse. Mach assassina le détective du regard avant de suivre les recommandations que lui donna l'homme à ses côtés.

- Placez-vous dos au mur, voilà parfait. Vous mettez les bras le long de votre corps et surtout vous ne bougez pas. Vous me faites confiance n'est-ce pas, c'est sans danger, lui affirma-t-il.

Juste pour cela, elle n'était pas rassurée.

- Pablo est le meilleur de sa discipline, il n'y a aucun souci à avoir, ajouta une femme brune habillée avec des volants rouges en s'approchant d'elle et en positionnant les paumes de Mach bien à plat contre le mur du fond.

- C'est vous son assistante normalement, n'est-ce pas ? compris la shaman.

- Oui, et en dix ans de métier, il ne m'est jamais rien arrivé. Détendez-vous.

Elle lui fit un clin d'œil avant de s'éloigner et d'aller se ranger sur le côté de la scène. Dès qu'elle se fut écarter, Mach aperçut le fameux Pablo, un couteau en main, saluer la salle. D'un geste nonchalant il envoya un couteau dans son dos sans même le regarder qui vint se planter à une dizaine de centimètres de l'épaule de la jeune femme.

Elle repensa subitement à Zenchin qui avait toujours harcelé Mary, Canna et elle-même pour qu'elles acceptent de servir de cobaye à son tour de lancer de couteaux. Elles avaient toujours refusé à l'époque, mais peut-être aurait-elle dû accepter, au moins serait-elle préparée à ce qui allait suivre.

Inspirant et expirant profondément, Mach calma les battements frénétiques de son cœur et posa un regard assuré sur le lanceur de couteaux.

- Ca va ? demanda-t-il en silence, juste en formant les syllabes sur ses lèvres.

Mach lui sourit en réponse, n'osant pas bouger la tête, au cas où il lancerait une arme à ce moment-là.

Une lame fila dans l'air et vint se planter à quelques centimètres de son poignet, puis une seconde près de sa hanche, une troisième au niveau de son épaule.

Pablo salua le public comme il se devait avant d'aller récupérer ses couteaux.

- Si vous voulez qu'on arrête maintenant Emie reprendra sa place, c'est vous qui voyez, lui dit-il au passage.

- Allez-y, je ne crains rien, l'encouragea Mach.

A l'instant même où il s'éloigna, couteaux en main, son ventre se contracta et elle se maudit d'avoir dit cela. Le numéro était sans doute impressionnant à regarder, mais il l'était encore plus à vivre. Les couteaux étaient lancés avec rapidité et précision, venant à chaque fois se planter près des sa peau sans jamais la toucher. Même quand les lames vinrent jouer près de sa tête aucune mèche ne se détacha.

Au bout de cinq minutes et une vingtaine de jets de couteaux, Pablo invita de la main Mach à le rejoindre, ce qu'elle fit en contrôlant le tremblement de ses jambes. Tous deux saluèrent sous une ovation d'applaudissements et la jeune femme put retourner à sa place.

- Je vais te tuer, murmura-t-elle rageusement en s'asseyant près de Lyserg.

- Tu ne risquais rien, calme-toi. Je ne t'aurai pas laissé dans les mains de Pablo si j'avais eu le moindre doute à ce sujet.

Devant son air serein, Mach lui tourna le dos et prit Jack dans ses bras, empêchant son fantôme libéré par Zelel de se jeter sur le sourcier pour le découper en tranches.

- Au fait c'était ça le secret, lui apprit-il.

Elle tourna la tête pour l'interroger du regard, ne comprenant pas.

- Le secret de tout à l'heure, lui rappela-t-il. C'était qu'ils avaient prévu de te faire monter sur scène.

Malgré le regard furibond que Mach lui lançait Lyserg sourit. Elle tourna la tête et laissa échapper un soupire las. Comment pouvait-elle rester fâchée contre quelqu'un d'aussi gentil ?

Au final ils passèrent une excellente soirée et quand ils quittèrent l'établissement, il était plus de minuit passé. Remarquant qu'elle frissonnait, Lyserg ôta sa veste pour la poser sur les épaules de Mach, recevant un petit « merci » en retour. Adorable, trouva-t-il.

Le lendemain matin ils se rendirent au refuge pour animaux mais malheureusement Saturne ne s'y trouvait pas.

- Tu sais, fit Lyserg en ressortant, je suis certain que je finirai par le retrouver. Et si ce n'est le cas qu'une fois que tu sois rentrée au Japon, je prendrai soin de lui jusqu'à mon prochain séjour à l'auberge.

Ses mots firent chaud au cœur à Mach qui commençait à désespérer de ne pas trouver son chaton. Le jeune homme passa l'après-midi à travailler sur l'affaire Abaz mais le soir lui fit la surprise de venir la chercher pour l'emmener au théâtre où il avait acheté deux places pour « Macbeth », de Shakespeare.

La fin de la semaine passa très rapidement. Mach eut droit à une visite complète de Londres et ses musées et les deux jeunes gens partagèrent presque la totalité de leurs repas ensemble. Survinrent brusquement les adieux à l'aéroport sans qu'aucun n'ait vraiment pris conscience qu'ils allaient devoir se séparer, et c'est avec une boule dans l'estomac que Mach réalisa qu'elle rentrait au Japon, qu'elle ne le verrait plus.

- Miaou.

Elle baissa la tête et ses yeux s'écarquillèrent en remarquant le chat noir tranquillement en train de se frotter contre ses jambes.

- Saturne ! s'écria-t-elle en se baissant pour le prendre dans ses bras.

- Alors c'est lui, le fameux chaton, constata Lyserg en observant l'animal. Enchanté, fit-il, moi c'est Lyserg, l'ami de ta maîtresse.

Il passa une main sur la tête du chat qui se laissa faire en ronronnant de plaisir.

- Je n'arrive pas à le croire, balbutiait Mach. On a passé la semaine à le chercher alors qu'en fait… C'est incroyable !

Lyserg se retourna en sentant comme un courant d'air frais dans son dos, mais son regard eut beau balayer l'endroit il ne remarqua rien d'anormal. « Pas si incroyable que cela si je ne me trompe », songea-t-il.

- Bon et bien, à une prochaine Mach. Peut-être nous reverrons-nous plus tôt que nous ne le pensons, déclara-t-il.

- Merci pour tout Lyserg, j'ai passé une semaine formidable.

Sur ce, elle se dressa sur la pointe des pieds et posa un baiser sur la joue du détective qui rosit légèrement.

- A bientôt ! s'écria-t-elle en s'éloignant vers son avion, lui faisant de grands gestes avec sa valise tenue dans une main alors qu'elle pressait contre son cœur Saturne de l'autre.

Quelque part en haut du Big Ben, un garçon souriait. Il en fallait si peu pour rendre les gens heureux.