Partie IV : Réunions
Notes : Salut ! Bah voilà, un nouveau feuillet qui, j'espère, vous plaira... C'est bizarre mais plus je le relis et plus je trouve que c'est de la provocation ouverte à une certaine personne, car en plus d'éclater son couple préféré j'affiche les deux autres avec insistance... Tant pis :p (Mais en contrepartie j'ai inséré une allusion à un couple qu'elle adore :D) Bonne lecture !
Personnages : Hao, Tamao
Chapitre 1 : Au Fumbari Onsen
Tamao adressa un regard doux aux couples qui dansaient dans le jardin du Fumbari Onsen. Horohoro avait quelques minutes auparavant prétendu haut et fort que Mach ne savait pas danser. Pour lui démontrer le contraire, la jeune femme avait forcé Lyserg à aller sur la piste, défiant Horohoro de trouver lui aussi une partenaire. Mary avait bien voulu se prêter au jeu, rougissant légèrement lorsque le shaman s'était avancé vers elle. Ryu avait posé un genou à terre devant Canna pour lui demander une danse, Yoh s'était empressé d'inviter Anna avant de se faire frapper, Ren s'était incliné légèrement devant une Jeanne souriante. Chocolove, qui était désormais en liberté conditionnelle, tournoyait dans un coin avec Pirika, lui marchant régulièrement sur les pieds par inadvertance.
Au début de la soirée, Reoseb avait décrété que c'était une soirée de couples vieux jeux, avait pris Men et Hana par le bras et les avait entraîné avec lui jouer au bowling, précédés par une Seyrarm rêveuse. Tamao avait hésité à les accompagner mais elle ne s'en sentait pas le droit. C'était elle la maîtresse de la maison, elle ne pouvait pas laisser le Fumbari Onsen en plan, il fallait qu'elle s'occupe des autres.
Avec un soupir un peu résigné, elle rentra dans la cuisine et commença à préparer des gâteaux.
- Tu me parais bien triste, Strawberry, s'éleva une voix dans son dos.
Elle n'eut pas besoin de se retourner pour reconnaître son interlocuteur mais son cœur manqua un battement.
- Pourquoi le serai-je ? Pour une fois qu'ils sont tous heureux et réunis, je devrai au contraire me réjouir.
- C'est à toi qu'il faut poser la question.
Tamao se borna à garder le silence sur le sujet.
- Opacho va bien ?
- Il a décrété que les femmes étaient toutes idiotes depuis que Seyrarm lui a envoyé des gâteaux auxquels il était allergique mais sinon il va bien, accepta de répondre Hao, sa voix trahissant son amusement.
Une main se posa sur celle de Tamao qui frémit. C'était la deuxième fois qu'il utilisait son pouvoir de matérialisation et comme la première fois, c'était troublant. Il la tourna vers lui et elle haussa un sourire interrogateur en constatant qu'il paraissait plus âgé que d'habitude. Il l'attira vers lui, posa son autre main sur sa taille et se mit à esquisser quelques pas de danse en souriant narquoisement.
Tamao voulut se dégager mais il la retint fermement sans cesser de sourire.
- Si vous êtes venu vous moquer de moi… commença-t-elle d'une voix menaçante.
- Arrête de me vouvoyer, c'est lassant, soupira Hao en penchant la tête sur le côté.
La jeune femme allait répliquer mais il l'attira plus près de lui, ce qui la déconcerta. Elle essaya vainement de le repousser avant de se mettre à lui marcher sur les pieds pour le forcer à la lâcher. Bien sûr, de même que Pirika n'avait pas cessé de danser avec Chocolove, Hao la garda dans ses bras.
- Tu es toujours en colère contre moi à ce que je vois, constata-t-il.
- Quand j'ai dit que vous étiez le roi des crétins, je le pensais, et je le pense toujours, répliqua-t-elle.
Il la fit tourner, la ramena contre lui, posa un léger baiser sur le haut de son front qui la fit rougir.
- Je sais.
Tamao ferma les yeux alors qu'un long frisson remontait le long de son échine. Encore une fois, sa déclaration pouvait être interprétée de différente manière. Au ton de sa voix, elle aurait été tentée de dire qu'il l'informait savoir ce qu'il n'avait pas compris la dernière fois. Cependant, parce qu'elle s'était déjà fait de fausses idées à ce sujet, elle préféra établir qu'il confirmait juste savoir qu'il était le roi des crétins.
- Regarde-moi, exigea-t-il d'une voix royale.
- Bien sûr, que sa Crétinerie me pardonne mon égarement, se moqua Tamao en rouvrant les yeux.
- Qui a déteint sur toi comme ça ? demanda-t-il. Ce n'est pas vraiment le style d'Anna, plutôt celui de Mach quand elle en veut à quelqu'un. Eprouverais-tu de la rancœur envers moi Strawberry ? ne put-il s'empêcher de demander d'une voix moqueuse.
Tamao lui marcha plus sauvagement sur le pied sans qu'il n'en semble affecté. Elle lui décocha un regard furieux qui le fit sourire.
- Tu m'énerves, lâcha-t-elle.
- Enfin tu me tutoies, se réjouit Hao.
La jeune femme haussa les épaules et jeta un coup d'œil aux gâteaux qui n'allaient pas se préparer tous seuls.
- J'ai du travail.
Son indifférence ne plut pas au jeune homme car il resserra son étreinte.
- Si je t'ordonne de ne pas le faire, ça ira ? chuchota-t-il.
Tamao se contenta de soupirer, lui faisant savoir par ce simple fait tout ce qu'elle pensait de sa supposition idiote.
- Au fait, n'avez-vous pas vieilli ?
Hao lui lança un regard réprobateur et garda le silence.
- N'as-tu pas vieilli ? céda Tamao en levant les yeux au ciel.
- Je suis le Shaman King, je n'ai plus d'âge déterminé. Je suis l'enfant qui vient de naître et la Terre à la fois, aussi vieux qu'elle mais aussi jeune que lui. Mais oui, ajouta-t-il, si tu te réfères à mon apparence, ce n'est pas celle que je revêts d'habitude.
Il s'écarta d'elle et lui sourit. Subitement, sous les yeux étonnés de la jeune femme, ses cheveux blanchirent, son visage se couvrit de rides et ses mains devinrent fripées. Il lui lança un regard amusé avant d'opérer la transformation inverse. Sa taille réduit rapidement, ses cheveux reprirent leur couleur originelle et son visage devint celui d'un poupon. Désormais, Tamao se tenait debout devant un petit garçon dans sa cape trop grande qui était censé être le grand Shaman King.
Horohoro entra dans la cuisine à ce moment-là pour chercher un refroidissement et s'accroupit pour se mettre au niveau de l'enfant.
- Hey salut toi ! Qu'est-ce que tu fais là ? Tu t'es perdu ?
- Crétin, ne manque pas de respect à ton roi, rétorqua Hao d'une voix sèche.
Toujours dans son corps d'enfant il contourna un Horohoro figé dont le sourire crispé ne quittait pas les lèvres.
- C'était quoi ça ? parvint-il au bout d'une longue minutes à demander à Tamao.
Cette dernière soupira et se remit à préparer ses gâteaux, le laissant trouver par lui-même la réponse.
…
Hao avait repris une taille normale une fois arrivé dans le jardin, devant les regards médusés des personnes présentes. Mach, Mary et Canna s'étaient aussitôt réjouies alors que d'autres comme Chocolove et Ryu avaient eu un brusque sursaut. Ren avait lâché un grognement avant d'entraîner Jeanne dans une nouvelle danse le plus loin possible du nouvel arrivant, ce qui avait bien fait rire ce dernier. Yoh était venu le saluer avec entrain, son éternel air d'imbécile heureux plaqué sur le visage. Au moins, certaines choses ne changeaient pas.
Horohoro les rejoignit avec un temps de retard en traînant des pieds, la mine renfrognée.
- Qu'est-ce que tu fais là d'abord, tu ne dois même pas savoir danser ! lui lança-t-il, boudant pour s'être fait traiter de crétin.
- Idiot ! fit sa sœur en lui tapant l'arrière de la tête. Tu as déjà dit ça à Ren, à Jeanne, à Anna, à Mach et à Chocolove et ils ont tous pu te prouver le contraire, mais ça ne fait rien tu continues de provoquer les gens que tu croises.
- Parfaitement ! Il y en a forcément un qui ne sait pas danser !
- Oui toi, enchaîna Mach d'une voix implacable.
- Demande à Mary, elle pourra te confirmer que je danse très bien.
Tout le monde se tourna vers la jeune femme qui garda volontairement le silence, engendrant une vague de regards moqueurs à l'égard d'Horohoro.
- Mary ! s'exclama ce dernier, trahi.
Mais la jeune femme n'eut pas à répondre car Hao l'invita à danser, ce qu'elle accepta aussitôt. Horohoro se mit à grommeler sous les regards amusés de ses camarades et se rabattit vers le buffet. Il ne remarqua qu'à ce moment-là un petit groupe de chats sortis d'il ne savait où dans un coin, se frottant contre Saturne comme s'ils le connaissaient déjà.
- Je crois que ce sont des amis de mon frère, fit Yoh en remarquant son regard perplexe.
- Rappelle-moi pourquoi Manta n'a pas pu venir ? changea de sujet Horohoro.
Yoh avala les petits fours qu'il avait dans la bouche avant de répondre.
- Il a une conférence en Amérique et impossible de la décaler. Il a dit qu'il n'arriverait que demain en fin d'après-midi.
- Dommage, soupira Horohoro.
La musique changea et la cavalière d'Hao aussi, Mary cédant sa place à Mach.
- Lyserg avait raison pour Saturne, commenta-t-elle.
Hao se contenta de sourire.
…
Hao avait décidé d'inviter à danser au moins une fois toutes les jeunes femmes présentes. Il ravit Pirika à sa discussion avec Ren et Lyserg sous les regards furieux d'Horohoro, puis parvint à convaincre Anna de faire quelques pas avant de se tourner vers Jeanne. Ren ne broncha pas lorsqu'il l'invita et la jeune femme le suivit sur l'herbe fraîche sous les quolibets des autres.
- N'empêche, voir ces deux anciens ennemis danser ensemble, c'est assez… étrange et à la fois exceptionnel, releva Yoh.
Hao détailla le visage pâle de sa cavalière. Les rayons de la lune se reflétaient dans ses cheveux et dans ses yeux, les animant d'un éclat irréel. Ils valsèrent lentement, chacun un sourire au bord des lèvres. Elle passa sous son bras, s'écarta, se rapprocha. Du coin de l'œil il aperçut Tamao arriver avec ses gâteaux et détourner rapidement le regard en les voyant. Il avait appris à la connaître ces dernières années, il savait que si elle agissait ainsi c'est qu'elle était embarrassée, que ce soit par la situation ou par les sentiments qui l'assaillaient. S'il le voulait il aurait pu lire dans ses pensées, mais il se retint bien que la tentation soit grande. De toute manière, à l'expression sur son visage, il n'était pas difficile de deviner qu'elle était jalouse et il trouvait cela attendrissant.
- Cela fait longtemps que nous ne nous étions plus revus, fit remarquer Hao d'une voix légère à Jeanne.
- Oui, répondit-elle, pensive. Depuis ce fameux vendredi. Tu savais qu'il viendrait, n'est-ce pas ?
Hao sentit la curiosité piquer les gens autour d'eux qui pouvaient entendre sans mal leur conversation. Seul Ren semblait rester stoïque et s'en moquer, sans doute parce que sa femme lui avait raconté leur rencontre. Jeanne trébucha et se rattrapa à sa cape. Lui-même la tint un peu plus fermement pour l'empêcher de tomber, tout en continuant de danser.
- Désolée, s'excusa-t-elle.
Il lui adressa un sourire moqueur qui fit froncer les sourcils de la jeune femme, avant qu'elle ne se mette à rire.
…
Tamao sentit son cœur se serrer à l'en étouffer. Jeanne avait un très joli rire; Jeanne était forte; Jeanne était belle. Et surtout, Jeanne était dans ses bras, près de lui. Elle adressa un regard en biais à Ren mais celui-ci ne semblait pas préoccupé par sa femme, discutant avec Ryu et Canna. Si lui ne se faisait pas de souci, elle-même n'avait aucune raison de s'en faire, n'est-ce pas ?
- Tamao tu danses ? lui proposa Yoh d'une voix enjouée.
Elle hésita à accepter mais préféra décliner en prétextant qu'elle avait oublié d'éteindre le four après avoir cuisiné les gâteaux. Elle esquiva Chocolove et Pirika qui riaient ensemble devant l'entrée et se réfugia dans sa petite cuisine. Elle n'en pouvait plus de voir tous ces couples qui lui rappelaient à chaque instant avec toujours plus de force sa solitude. C'était idiot, elle ferait mieux d'être heureuse pour eux, de profiter qu'ils soient tous là, mais elle n'y arrivait pas. Si seulement Manta n'était pas en conférence en Amérique, ou Reoseb, Seyrarm et les enfants au bowling…
Elle secoua la tête en réalisant l'égoïsme de sa pensée. Mais tout de même… Les fantômes eux-mêmes s'étaient empressés de se rendre au bowling avec eux, estimant qu'il y aurait plus d'animation que de regarder leurs maîtres danser. Même Ponchi et Conchi l'avaient abandonnée, prétextant que les jolies filles étaient dehors.
- Maiden est à croquer, avait dit Ponchi, mais on a trop peur de Ren pour rester l'observer.
« Sage décision », avait pensé alors Tamao.
Elle soupira et se mit à faire la vaisselle, se demandant avec angoisse ce qu'elle pourrait trouver à faire quand elle aurait fini, ce qui arriverait très bientôt.
- Je vais vous quitter, entendit-elle Hao déclarer dehors, j'ai encore des choses à faire.
- Tu repasseras ? questionna Yoh. Je veux dire, bientôt, pas dans des années ?
- On verra, répondit Hao d'une voix énigmatique.
- A la prochaine alors !
Un silence et puis plus rien. Dans le jardin les shamans se remirent à discuter normalement, à parler de tout, mais surtout de rien. On n'entendait plus le miaulement des chats. Hao était parti. A cette pensée, Tamao sentit ses mains se mettre à trembler alors qu'elle essuyait la dernière assiette. Elle la posa soigneusement à côté des autres avec la crainte de la laisser tomber puis alla fermer la porte pour ne plus entendre les voix provenant du jardin. Elle ferait mieux de les prévenir qu'elle montait se coucher mais elle n'avait pas le courage d'aller les voir. Ses yeux la piquaient désagréablement et elle secoua vivement la tête.
- Quelque chose ne va pas Strawberry ?
Tamao sursauta à l'entente de cette voix moqueuse. Elle releva brusquement la tête et découvrit Hao, redevenu simple esprit, planté au milieu de la cuisine et la regardant avec une lueur amusée dans le regard.
- Tu ne pensais tout de même pas que je m'éclipserai sans te dire au revoir, n'est-ce pas ? demanda-t-il d'une voix doucereuse.
Tamao détourna le regard pour ne pas acquiescer.
- Idiote.
Oui, elle le savait qu'elle était idiote. Idiote de croire qu'il pouvait s'être attaché à elle, idiote de sentir son cœur battre à tout rompre, idiote de ne pas avoir laissé Anna se débrouiller avec la vaisselle pour aller au bowling avec les autres, idiote de se sentir mal quand il dansait avec une autre, idiote d'espérer et espérer encore.
- Enfin, soupira Hao, je suppose qu'il faut bien être une reine des idiotes pour faire la paire avec un roi des crétins.
Tamao étouffa un hoquet et se tourna vers lui. Leurs regards se rencontrèrent une fraction de seconde avant qu'il ne disparaisse. Décontenancée, elle fit un pas en avant, son inconscient lui dictant d'essayer de le retenir. Comme si tendre la main vers un fantôme pouvait l'empêcher de disparaître…
Elle sentit une respiration dans son cou, un doux baiser dans sa gorge, un léger souffle dans ses cheveux, des papillons dans son ventre, le temps qui s'arrête dans sa poitrine, un rire qui résonne dans la pièce avant de s'atténuer puis disparaître. Cette fois-ci il était réellement parti, mais quand Tamao alla se coucher, il revint aussitôt envahir ses rêves.
