La révélation qu'Amélia avait eu lors des fêtes de fin d'année l'avait totalement reboostée pour la nouvelle année. Des projets d'avenir plein la tête, elle était déterminée à provoquer son destin plutôt que se laisser entraînée par le courant de la vie. Les opportunités, elle était bien décidée à les saisir et, plus que ça, aller les chercher. Sur son passage, Théo n'avait pu qu'être emporté par l'ouragan à son tour, pour son plus grand plaisir.

Certains jours, Amélia le fatiguait un peu. Elle ne lui laissait jamais le moindre répit, le poussant dans ses retranchements, le dirigeant comme un chef d'orchestre exigeant, un peu tyran sur les bords. Théo avait cependant conscience qu'elle avait raison d'agir ainsi, parce que s'ils voulaient que leurs projets aboutissent, il fallait qu'ils y mettent du leur. Quand Amélia lui demandait dix fois par jour où en était son dossier de mobilité internationale, le loup ne s'énervait donc pas.

Cependant, Théo s'inquiétait constamment pour sa sœur. Elle ne se ménageait pas, entre sa dernière année d'étude éprouvante et les autres démarches qu'elle entreprenait. Son petite frère lui conseillait souvent de lever un peu le pied, mais Amélia ne voulait rien entendre, ne relâchant jamais la pression.

— Mais je n'ai pas le temps de faire une pause ! s'énerva un jour la jeune femme. Il y a encore tant à faire. Si je m'arrête, tout va tomber à l'eau et je n'ai vraiment pas les épaules pour supporter un échec. Il faut que ça marche, Théo !

— Ça va marcher, Amélia. Relax.

— Ce n'est pas si simple, rien n'est encore fait. Tout peut encore se casser la figure.

— Moi j'ai confiance en l'avenir.

— Tu as toujours confiance en l'avenir, remarqua Amélia en levant les yeux vers le plafond. Mais tout ne se passe pas toujours comme prévu, c'est pourquoi je dois faire tout ce que je peux pour maximiser nos chances.

Théo n'insistait donc plus et laissait faire sa sœur. Au fond de lui, il savait qu'elle avait besoin de ça. Il lui fallait s'occuper l'esprit, se donner la sensation d'être active et utile, tout plutôt que rester les bras ballants et attendre de connaître le verdict qui viendrait déterminer leurs destins à tous les deux. Amélia avait besoin de se sentir en contrôle, même si ce n'était qu'une douce illusion.

Ce qui était le plus difficile pour Théo, c'était de garder le secret auprès de ses frères quileutes. Amélia lui avait fait promettre de ne rien leur dire parce qu'elle avait peur que cela leur porte la poisse. Elle préférait attendre de savoir si leurs projets allaient aboutir pour annoncer la nouvelle à leurs amis quileutes.

Le jeune homme s'était donc résigné à ne rien dire, se plongeant avec dépit dans sa dernière année de lycée. Il s'efforçait de donner son maximum en cours parce qu'il savait que ses résultats conditionnaient la possibilité pour lui d'intégrer un cursus à l'université de Washington. Si ses mauvaises performances scolaires devaient tout mettre à l'eau, il ne se le pardonnerait pas. Pour lui même mais aussi pour Amélia qui voulait tant que leurs projets se concrétisent.

Les mois passèrent, la pression montant. Amélia paraissait constamment au bout du rouleau, jonglant entre mille et une chose à la fois. Quand il la vit arriver en larmes à l'appartement un soir, Théo ne s'étonna donc pas. Sa sœur était à fleur de peau et pouvait se mettre à pleurer pour des détails insignifiants de son quotidien, comme une tâche de café sur son t-shirt. Le jeune homme se redressa cependant brusquement quand il constata le sourire rayonnant de sa sœur qui contrastait du tout au tout avec son visage baigné de larmes.

— Amélia ? s'étonna-t-il.

— Théo ! s'exclama sa sœur en retour, claquant la porte derrière elle dans son empressement. Théo, tu ne vas pas le croire, c'est incroyable ! J'en reviens pas ! C'est complètement fou, complètement dingue, je...

— Eh, respire ! l'interrompit Théo en riant. Dis-moi ce qu'il se passe ou je vais mourir de curiosité.

— Je suis acceptée pour le stage à Seattle ! Je suis acceptée ! Je vais à Seattle !

La joie communicative d'Amélia déborda sur Théo et tous les deux crièrent leur bonheur en se sautant dans les bras. Amélia était comblée de voir son projet aboutir, et Théo était fier de l'accomplissement de sa sœur. Personne ne le méritait autant qu'elle, ça il en était certain.

Quand ils se furent calmés, Amélia s'enquit de savoir si Théo avait lui des nouvelles de sa candidature à l'université de Washington. Quand le jeune homme haussa les épaules, cela entacha un peu leur joie. Tout n'était pas encore gagné, le parcours du combattant n'était pas terminé. Des décisions restaient encore à être rendues et cela ne dépendait pas d'eux. Cette bonne nouvelle aida cependant Amélia à regagner confiance en l'avenir. Elle prenait son acceptation en stage, dans une entreprise réputée, comme un bon signe. Le signe que le destin était prêt à leur sourire.

Son projet de stage aux Etats-Unis étant désormais acté, la jeune femme put se focaliser sur la dernière ligne droite de ses études : à savoir achever son mémoire de recherche. Elle continua donc à passer son temps à la bibliothèque universitaire, celle-ci étant presque devenue sa deuxième maison. Elle y était bien souvent en compagnie de Armin, bien que ces deux là aient finis par garder une relation strictement amicale, sans plus aucuns débordements physiques.

Sans cette distraction, Amélia ne pouvait plus ignorer le manque que l'absence d'Embry faisait peser dans son cœur. Les jours, les semaines et les mois avaient beau passer, il continuait à lui manquer avec autant de force. Parfois, elle avait envie de lui envoyer un message, de lui demander comment il allait, mais elle se retenait. Elle continuait un peu naïvement à espérer que ses sentiments finiraient par disparaître, qu'il fallait juste encore quelques jours de plus, quelques petits jours pour qu'elle puisse finalement tourner la page.

Elle vivait cependant dans la peur que Théo lui annonce que le quileute s'était finalement imprégné. Amélia se disait que ça finirait par arriver, très bientôt, que ce serait sûrement pour le mieux, que cela lui permettrait de définitivement passer à autre chose, mais cette perspective l'effarait. Elle voulait qu'Embry soit à elle, pas qu'une autre dérobe son cœur. Elle savait combien elle était déraisonnable de penser ainsi, mais qu'y pouvait-elle si son cœur ne voulait pas oublier le quileute ?

Désormais qu'ils n'avaient qu'une relation amicale sans ambiguïté, Amélia avait parlé d'Embry à Armin. Elle n'avait bien évidemment pas pu tout lui expliquer sur la complexité de sa relation avec le quileute, mais en parler lui avait fait du bien.

— C'est donc pour lui que tu voulais absolument partir faire un stage à Seattle ? s'était enquis Armin, un sourire en coin.

Amélia s'était empressée de le détromper. Elle ne faisait pas ça pour Embry, elle faisait ça pour elle, et pour toute cette famille qu'elle s'était découverte à La Push. Le faire pour Embry, ça aurait été totalement absurde de sa part. Vu comment les choses risquaient de se terminer, le jour où il s'imprégnerait...

— Mais une fois que tu seras là-bas, comment ça va se passer entre lui et toi ? Vous n'allez vraiment pas vous relaisser une chance ?

La perspective de reprendre sa relation avec Embry plaisait beaucoup à la jeune femme, mais c'était encore une fois complètement déraisonnable. C'était juste repousser l'inévitable, se faire souffrir un peu plus encore... D'un autre côté, Amélia militait depuis toujours sur la nécessité de prendre le risque de souffrir si on voulait vivre.

— S'il est aussi accro à toi que tu sembles l'être à lui, je ne vois pas comment vous pourrez vous contenter d'une relation amicale... insista Armin.

Cela fit soupirer Amélia. Armin avait raison : elle ne voyait pas comment Embry et elle pourraient être un jour seulement amis. Cela ne dépendait pourtant pas d'eux, et ça, Amélia ne pouvait pas l'expliquer à Armin.

— Tu m'inviteras pour le mariage j'espère, ce sera l'occasion pour moi de venir aux Etats-Unis pour la première fois, la taquina ce dernier.

— Ne t'emballe pas ! s'exclama Amélia en se mettant à rire un peu trop bruyamment, s'attirant les foudres d'une partie des étudiants de la bibliothèque universitaire.

— Bon, en tout cas, j'espère que tu me tiendras au courant ! Je veux tout savoir de ta vie à Seattle.

— Je n'y suis pas encore, nuança la jeune femme. Mais si le projet aboutit vraiment, je te raconterais tout, c'est promis.

Et Amélia espérait vraiment que son amitié avec Armin survivrait à la distance. Au cours des derniers mois, le soutien de son ami de fac lui avait été extrêmement important. Il était même sûrement son unique vrai ami actuellement. Elle ne voulait pas perdre cela, même si leurs chemins allaient bientôt géographiquement s'éloigner. Elle se désolait de seulement commencer à former des attaches quand elle allait bientôt devoir quitter son pays. Cela lui semblait injuste...

— Tu veux venir manger à la maison ce soir ? s'enquit Amélia.

Elle avait vraiment envie de présenter son ami à Théo, de façon un peu plus acceptable que lors de leur dernière rencontre. Et puis, ces derniers temps, Armin et elle ne se voyaient que dans le contexte universitaire. Souffler un peu ne leur ferait donc aucun mal à tous les deux.

— J'ai promis à mon frère de passer du temps avec lui, ce soir, admit Armin.

— Oh mais tu n'as qu'à lui proposer de venir aussi, alors ! s'enthousiasma Amélia. Je suis très curieuse de le rencontrer, depuis le temps que tu me parles de lui.

— Bon, si tu as vraiment envie de supporter Alexy ce soir, alors c'est ton problème !

Ce soir là, Amélia prit plaisir à cuisiner pour la première fois depuis longtemps. Il lui arrivait assez rarement de passer plus de temps qu'il ne le fallait à préparer à manger. Elle avait tant d'autres choses à faire que cuisiner était en dernier sur sa liste. Cette fois là pourtant, elle était ravie de se consacrer à quelque chose qui ne concernait ni ses études, ni ses projets d'avenir.

— Je ne comprends pas, reconnut Théo alors que sa sœur cassait des œufs dans un bol. Toi et Armin, vous n'êtes vraiment qu'amis ?

— Puisque je te le dis, répliqua Amélia.

— Mais, il y a quelques mois, vous... vous étiez plus qu'amis il me semble.

— Nous n'avons jamais été en couple, nia la jeune femme. Disons que nous étions amis avec quelques bénéfices, mais c'est fini ça.

— Beurk, je ne veux vraiment pas de ce genre de détails.

— C'est toi qui a abordé le sujet, s'amusa sa sœur.

— Certes. J'ai juste du mal à comprendre comment vous parvenez à être uniquement amis après... ces bénéfices.

— Tu dis ne pas vouloir de détails mais tu tends vraiment le baton pour te faire battre là, s'esclaffa Amélia. Tu ne crois pas à l'amitié homme-femme ou quoi ?

— Bien sûr que si, rétorqua Théo. Je comprends juste difficilement comment il est possible de revenir en arrière, une fois qu'on a... franchis un certain pas.

— Eh bien, cela s'est fait très simplement, en ce qui nous concerne Armin et moi. Nous n'avons jamais été amoureux l'un de l'autre, il n'y a donc pas eu de réel retour en arrière à faire.

— Et tu es certaine qu'il est sur la même longueur d'onde que toi ?

— Mais oui ! répondit Amélia en levant les yeux au plafond. D'ailleurs, si tu veux tout savoir, il est dans une situation semblable à la mienne. Lui non plus n'arrive pas à oublier une fille avec laquelle il est sorti, et ça date même du lycée pour lui...

Dans l'esprit du frère et de la sœur, le visage d'Embry s'imposa. Théo se sentit à nouveau triste pour la situation de sa sœur, elle qui méritait tellement d'être heureuse mais qui se trouvait aux prises avec un fort inconvénient de la magie quileute, un destin sur lequel personne n'avait le moindre pouvoir.

Interrompant les pensées de Amélia et Théo, la sonnette de l'appartement retentit. Amélia ayant les mains prises, ce fut Théo qui alla ouvrir. Il se retrouva alors face à deux jeune hommes qui se ressemblaient comme deux gouttes d'eau mais avec des styles complètements opposés. Théo reconnut sans mal Armin, le jeune homme aux cheveux noirs et aux yeux bleu qu'il avait un jour trouvé dans son salon en train d'embrasser langoureusement sa sœur, un souvenir un peu trop frais dans son esprit à son goût et qu'il aurait aimé oublier. A côté d'Armin, se trouvait un jeune homme aux cheveux teints de façon excentrique en bleu saphir. Circonspect, Théo ne put s'empêcher de noter que le jeune homme était une véritable explosion de couleur à lui tout seul, avec la couleur de ses cheveux, une veste violette et un t-shirt orange. C'était pour le moins déstabilisant.

— Mon frère fait toujours cette impression, la première fois qu'on le voit, nota Armin en lisant dans le regard de Théo. On s'y habitue, ne t'inquiète pas.

Un peu gêné de la façon dont il avait analysé du regard l'inconnu, Théo laissa entrer les deux invités de sa sœur dans l'appartement. Le clin d'œil que lui adressa le garçon aux cheveux bleu ne l'aida pas à reprendre contenance.

De son côté, Amélia apprécia dès le premier coup d'œil l'excentricité du frère de Armin. Elle comprenait finalement mieux tout ce que son ami avait pu lui dire sur son frère jumeau. Il était tout à fait comme elle l'avait imaginé.

— Tu dois être Alexy ! s'exclama-t-elle d'un air ravi depuis la cuisine.

Une longue conversation s'initia entre Amélia et ses deux invités, conversation à laquelle Théo assistait comme un spectateur extérieur. Il était plutôt stupéfait de voir sa sœur si détendue après des mois d'angoisse et d'émotions exacerbées. Ce soir, elle semblait totalement redevenue elle-même, ce qui était plaisant à voir. Théo se fit cependant la réflexion que le destin était bien pervers à son égard : pourquoi fallait-il toujours que tout aille au mieux pour Amélia quand elle s'apprêtait à quitter un pays ? Le jeune homme avait bien compris que l'amitié de Armin lui était devenue indispensable ces derniers temps, et Théo craignait que s'éloigner de son nouvel ami si précieux soit difficile pour elle. Lui-même n'avait aucune attache solide ici et se fichait totalement de perdre le contact avec ses vagues connaissances du lycée. Théo dut néanmoins abandonner ses réflexions quand Amélia lui ramena les pieds sur terre.

— Tu peux sortir les assiettes ? lui demandait sa sœur.

Serviable, Théo s'exécuta. Plus tard, quand ils se furent mis à table, Amélia présenta plus en détail son frère à ses deux amis. Comme Armin la première fois, Alexy fut scotché d'apprendre que Théo était le petit frère et Amélia la grande sœur.

— Ce n'est pas possible que tu n'ai que 18 ans ! s'exclama le jeune homme. Vos parents ne vous ont pas nourri de la même façon, c'est pas possible...

Amélia vit Armin se tendre à la mention des parents. Il ne savait que trop bien que les parents de Amélia et Théo étaient décédés et le sujet était donc plutôt sensible. Amélia le rassura d'un sourire.

— Ce sont les gènes quileutes qui sont plus forts chez Théo que chez moi, répliqua-t-elle à Alexy. Moi, je ne suis qu'une faiblotte visage pâle, voilà tout...

— Les gènes quileutes ? s'enquit le jeune homme.

— Notre mère était originaire d'une réserve indienne, dans l'Etat de Washington, aux Etats-Unis. Quant à notre père, il était tout ce qu'il y a de plus français. J'ai hérité de notre père et Théo a hérité de notre mère...

— De sacrés gènes, dans cette réserve indienne, remarqua Alexy en posant un regard appréciateur sur Théo.

A ce regard, Théo réagit en piquant un fard, ce qui fit discrètement rire Amélia et Armin. Pour sauver son frère, Amélia réorienta cependant la conversation et Théo put se remettre à respirer un peu. Il était décidément très mal à l'aise face à l'attention que le garçon aux cheveux bleus lui portait. Cela le troublait plus que ça n'aurait dû. Il était certes habitué à l'attention particulière que lui portaient les filles depuis sa soudaine croissance musculaire, mais c'était la première fois pour lui que cette même attention se manifestait chez un garçon.

S'il n'avait jamais eu aucun mal à résister aux avances des filles de sa classe, pour la simple et bonne raison qu'il n'était jamais intéressé par les filles en question, cette situation nouvelle lui faisait se poser de nouvelles questions. Théo n'avait jamais ressenti la moindre attirance pour personne, ce qui l'incitait parfois à se demander si quelque chose dysfonctionnait chez lui. Ses amis plaisantaient parfois en lui disant qu'il devait être de l'autre bord pour rester insensible aux filles qui le dévoraient du regard. Néanmoins, Théo n'avait jamais non plus éprouver la moindre attirance pour la gent masculine, ce qui lui faisait dire que ce n'était pas un problème de "bord".

Théo pensait qu'il n'était juste pas fait pour l'amour. Ça ne l'intéressait tout simplement pas. Les autres ne comprenaient pas, pensaient juste qu'il lui fallait un coup de pouce pour "s'y mettre". Cela fatiguait le jeune homme. Il aurait aimé qu'on le lâche avec tout ça, qu'on le laisse vivre comme il l'entendait. Le monde ne tournait-il vraiment qu'autour de l'amour ? Ne pouvait-on pas se satisfaire d'autres choses en ce monde ?

— Tu es avec nous, Théo ? s'enquit Amélia.

— Hmm, marmonna-t-il.

— Dis-moi, on a échangé les rôles. Ces derniers mois, c'était plutôt moi qui étais dans la lune.

— C'est plutôt un retour à la normal, rétorqua son frère. Tu as enfin retrouvé ton débit de parole habituel !

Amélia lui tira la langue, bien consciente d'être redevenue la bavarde qu'elle avait été avant toute cette histoire. Il lui était si agréable d'enfin se retrouver elle-même, après des mois à n'avoir été que l'ombre d'elle-même. Le monde semblait retrouver son équilibre. Néanmoins, si elle n'insista pas auprès de son frère en la présence d'Armin et d'Alexy, elle comptait bien lui demander plus tard ce qui lui obscurcissait l'esprit ainsi. Il paraissait préoccupé et cela réveillait ses instincts de grande sœur.

Alors que la personnalité agréable d'Alexy prenait le relais pour animer la conversation, la soirée se poursuivit dans une ambiance sympathique. Les jumeaux finirent par repartir, d'avantage en raison de l'heure tardive que par ennui. Reboostée par cette soirée, Amélia affichait un sourire jusqu'aux oreilles tandis qu'elle faisait la vaisselle. Plus léthargique, Théo était à nouveau perdu dans ses pensées. N'y tenant plus, Amélia interrompit la vaisselle pour scruter son frère avec insistance. Il mit plusieurs secondes à réaliser que les bruits de vaisselle avaient cessé.

— Quoi ? demanda-t-il.

— Est-ce que tout va bien, Théo ?

Il poussa un soupir. Il s'était attendu à ce que sa sœur lui pose des questions mais il n'avait pas encore décidé s'il était prêt à parler. Sa crise existentielle lui paraissait tellement ridicule. Il savait cependant que sa sœur ne le jugerait jamais.

— Ça va, répliqua-t-il néanmoins
— Pas à moi, Théo !

— Je t'assure, ce n'est rien de grave. Je pense juste à certains trucs, ces derniers temps. Je ne suis pas encore prêt à en parler, mais je te promets que lorsque ce sera le cas, je penserais à toi.

— Bon, tant que tu sais que tu peux tout me dire.

— Bien sûr, je n'en ai jamais douté.

Une fois la vaisselle achevée et le rangement effectué, Amélia souhaita une bonne nuit à Théo et partit s'écrouler dans son lit. Seule, sans la présence agréable de Armin et Alexy, la jeune femme retourna à ses vieux démons. Elle pensa à Embry, à la perspective de le revoir, à ce qu'elle ferait le cas échéant... et cela lui donna des nœuds au cerveau et à l'estomac.

Elle pensait toujours à lui quand les bras de Morphée l'enveloppèrent.