A/N : Les insomnies c'est le mal, je vous souhaite de ne jamais avoir à en vivre, et c'est à peu près tout ce que j'ai à dire aujourd'hui.
Résumé du chapitre précédent :
Sirius décide d'accepter l'aide de Narcissa pour sa réhabilitation. Lucius invite Remus et Sirius à séjourner au manoir Malfoy tant que le Square Grimmaud n'est pas rénové. Ils acceptent et Buck reste dans la forêt du domaine. Pendant le diner, Harry commence à raconter comment il a eu le journal de Tom et comment celui-ci l'a aidé. Avant de révéler que Tom est aussi un mage noir, Harry et Draco partent de la salle à manger sur suggestion de Narcissa.
Une fois hors de portée de la salle à manger, Draco se tourna vers Harry et lui lança un regard noir.
- Potter, tu as trois secondes pour m'expliquer pourquoi je suis encore tenu à l'écart.
- Parce que si j'avais raconté la vérité complète, mon parrain aurait explosé dans la foulée, baguette ou pas. Ce que ta mère a proposé, c'est de nous épargner ça et de faire en sorte que ton père et elle puissent mieux contrôler la situation.
Le Prince de Glace soupesa la sincérité de son interlocuteur pendant une poignée de secondes avant de céder en soupirant. Harry remarqua toutefois l'éclair blessé qui fusa dans les yeux du Serpentard avant qu'il se détourne, et se mordit la lèvre avant de poursuivre.
- Mais si j'ai ta parole que tu n'en parleras à personne, je peux t'expliquer le reste.
Sa déclaration eut le mérite d'immobiliser Draco en plein milieu du couloir, avant que celui-ci se retourne lentement pour plonger ses yeux gris dans les prunelles émeraude.
- Très bien, déclara Draco au bout de quelques secondes. Dans ce cas, on va dans ma chambre.
- Pourquoi la tienne ?
- Parce que j'ai décidé que ce serait la mienne. Si je dois apprendre encore une chose improbable sur toi, j'aime autant que ce soit dans un endroit qui m'est familier.
Harry émit un petit rire, mais suivi l'autre adolescent sans hésiter.
En quelques minutes, ils se retrouvèrent de nouveau dans la chambre du Serpentard, assis dans les mêmes fauteuils que la fois précédente. Comme la veille, le ciel commençait à perdre les couleurs chatoyantes du crépuscule pour adopter le bleu sombre de la nuit.
Draco fit apporter un plateau avec du thé, et s'installa confortablement avant de remarquer que le héros de Griffondor avait les yeux rivés vers l'horizon.
- Qu'est-ce qu'il y a de si intéressant dehors ? ironisa-t-il.
- La liberté, répondit le brun sans réfléchir.
Harry réalisa que sa réponse était inattendue, et sentit une légère gène lui colorer les joues. Il préféra ignorer l'air étonné de son rival, et passa une main dans ses cheveux dans un geste nerveux avant de se pencher en avant.
- Donc, fit le Griffondor avec un sourire forcé, qu'est-ce que tu veux savoir ?
- Pour commencer ? Je veux savoir qui est ce Tom, si c'est lui l'ami commun que tu as avec mon père, et pourquoi tu t'attendais à ce que Black et Lupin réagissent mal.
- Tu permets que je commence par la partie la plus simple ?
- Fais donc, je m'en voudrais de te compliquer la vie.
La pointe d'ironie lui valut un froncement de sourcils réprobateur, que Draco ignora royalement.
- Tom est bien l'ami que j'ai en commun avec ton père, admit Harry.
- Et c'est son journal que tu m'as chargé de lui donner à Noël pour qu'ils puissent communiquer ?
Harry hocha la tête, et Draco rangea l'information à sa place. Si tout allait bien, il allait enfin avoir les réponses aux questions qu'il se posait depuis la fin de la deuxième année.
- Pour savoir qui est Tom, c'est là que l'histoire devient un peu plus ironique et un brin improbable.
- Potter, vu ce que j'ai appris de toi en une journée, je crois qu'il n'y a plus grand-chose qui peut me surprendre.
Le Golden Boy dévisagea son rival en silence, convaincu que le Serpentard allait bientôt se rendre compte de leur inexactitude.
- Permets-moi d'en douter. Est-ce que tu sais ce qu'est un horcruxe ? demanda Harry.
Draco réfléchit quelques instants, mais dut se résoudre – à sa grande frustration – à admettre qu'il n'avait jamais entendu le terme.
- Non.
- Un horcruxe est un objet dans lequel une partie de l'âme d'un sorcier a été transférée. Le transfert s'exécute la plupart du temps par un rituel après que l'âme en question ait été déchirée, ce qui se fait lorsque le sorcier en question commet un meurtre.
Le Serpentard perdit quelques couleurs. Ses parents ne lui avaient jamais caché l'existence de la magie noire et avaient vaguement commencé à lui enseigner les parties les moins sombres de cet art, mais ce type de pratique était bien au-delà de ce qu'il avait pu étudier jusqu'à présent.
- Le journal de Tom est un horcruxe, déclara Harry. C'est pour ça qu'il est doté de capacités supérieures à la plupart des objets magiques.
- Donc ce Tom est un meurtrier, déduisit Draco d'une voix qui flancha légèrement.
- Un meurtrier multi-récidiviste, pour être exact, précisa Harry. Tom Jedusor a créé plusieurs horcruxes, mais ce n'est pas le sujet.
- Jedusor ? reprit le blond. Le nom ne me dit rien.
Harry laissa un sourire à la fois amusé et triste planer sur ses lèvres.
- Je t'assure que c'est un sorcier dont tu as déjà entendu parler. Encore que pour la partie de sa vie qui l'a rendu célèbre, il a utilisé un autre nom.
- Lequel ?
- Est-ce que Lord Voldemort te dit quelque chose ?
Draco ouvrit la bouche pour répondre par réflexe, mais se retrouva bloqué dans la position au fur et à mesure qu'il réalisait ce qu'il venait d'entendre. Sa première conclusion fut qu'il avait compris de travers.
- Tu peux répéter Potter ? J'ai cru que tu avais prononcé le nom du Seigneur des Ténèbres.
- Tu as bien entendu. Le vrai nom de Lord Voldemort est Tom Jedusor.
Le Griffondor s'enfonça dans son fauteuil avec sa tasse de thé dans les mains, et s'amusa à observer son rival essayer d'intégrer toutes les implications derrière cette simple phrase. Le Serpentard était tellement perdu dans ses pensées et ses réflexions qu'Harry se permit de l'observer, sans s'inquiéter d'être repéré. Force lui était d'admettre que le Prince de Glace méritait son surnom. Draco était élégant même après une révélation de cette ampleur, il avait un physique fin mais tonique – poste d'Attrapeur oblige – mais son visage était ce qui retint le plus l'attention de Harry. Son rival avait une peau pâle, mais d'une pâleur délicate, qui mettait ses cheveux blonds cendrés en valeur.
Ses yeux aussi étaient remarquables, Harry n'était pas sûr que quiconque à Poudlard ait la même nuance parfaitement équilibrée entre bleu et gris. L'un dans l'autre, Harry devait admettre qu'en ce qui concernait la beauté physique, Draco sortait du lot.
Son cerveau fit une pause soudaine. Depuis quand son rival était-il passé de Malfoy à Draco dans son esprit ? La pensée lui fit froncer les sourcils pendant une poignée de secondes, puis Harry laissa tomber. Il appelait déjà Lucius et Narcissa par leurs prénoms après tout, il s'était sûrement juste habitué à leur présence à tous, rien de plus. Tant qu'il ne faisait pas l'erreur à l'oral, tout irait bien. Draco essaierait à coup sûr de l'étrangler si Harry l'appelait par son prénom.
- Que je sois sûr de bien comprendre, déclara finalement le blond. Tu es tombé sur le journal du Seigneur des Ténèbres dans les toilettes de Poudlard pendant ta deuxième année, il s'est présenté à toi comme Tom Jedusor, qui est sa véritable identité, et par un procédé qui m'échappe complètement, vous êtes devenus… amis ?
Harry éclata de rire, et eut besoin de presque vingt secondes pour réussir à se calmer. Il reprit son souffle avec difficulté et essuya quelques larmes au coin de ses paupières avant de reposer sa tasse – heureusement vide – et de répondre.
- C'est ça, même si j'admets que ça a l'air absurde dit comme ça.
- Absurde ? Potter, ce n'est pas absurde à ce stade, c'est purement et simplement impossible !
- Tu sais, j'ai pratiquement banni le mot impossible de mon vocabulaire le jour où j'ai appris que la magie existait, répondit le Griffondor en haussant les épaules.
Draco posa ses coudes sur ses genoux et se prit la tête dans les mains.
- Je ne sais même pas quoi répondre à ça, maugréa-t-il.
- Entre nous, l'aida Harry, ma vie est devenue beaucoup plus simple le jour où j'ai accepté qu'elle n'avait aucun sens et que toutes les improbabilités du monde avaient l'air de vouloir me tomber dessus.
Sans sortir sa tête de ses mains, l'adolescent blond trouva le moyen d'émettre un petit rire incrédule. Aussi difficile qu'il lui soit de l'admettre, le Golden Boy avait probablement raison sur ce point.
- Dis-moi, reprit Draco d'une voix hésitante, tu réalises que ce... Tom Jedusor est le meurtrier de tes parents ?
Le visage d'Harry s'assombrit, et il dut prendre une inspiration profonde. Il se doutait que l'argument sortirait à un moment ou à un autre, mais la pensée était toujours difficile à encaisser.
- Les choses sont un peu plus compliquées que ça, expliqua le Griffondor. Tom et moi avons beaucoup discuté de ce qu'il avait fait, de pourquoi il l'avait fait, et de comment il en était arrivé à devenir Lord Voldemort.
Avant que le Serpentard puisse poser la moindre question, Harry leva une main pour l'interrompre.
- Il s'agit de son histoire, et il te la racontera s'il le souhaite. En ce qui me concerne, disons que c'est compliqué... mais que je lui ai pardonné. Et après ça, il est plus ou moins devenu mon mentor.
Il y eut un long silence, puis Draco se redressa dans son fauteuil, inspira un grand coup, et adressa un petit sourire ironique à son rival.
- Je ne vois pas pourquoi la réaction de Black et Lupin t'inquiétait. Je suis persuadé qu'ils le prendront très bien.
- Et moi qui croyait que tu commençais à être moins sarcastique, soupira Harry d'un air exagéré.
- Potter, je suis un Serpentard et un Malfoy.
- Donc arrogant et... arrogant ? sourit le Griffondor.
- Ce n'est pas de l'arrogance quand c'est justifié, rétorqua le blond d'un air hautain. Je suis meilleur que tous les autres, Potter.
- Si ça te fait plaisir d'y croire, répliqua Harry.
Les deux adolescents se regardèrent quelques instants avec un air de défi, puis leur sérieux se craquela légèrement et ils échangèrent des sourires joueurs.
- Tu as encore d'autres surprises comme ça derrière ta façade de parfait Griffondor ? demanda Draco.
- Quelques-unes, plaisanta Harry avec un clin d'oeil. J'envisagerai de t'en parler si tu es sage.
- Potter, depuis trois ans qu'on se connait, tu devrais savoir que je suis la personnification du calme et de la mesure.
Le regard plus que dubitatif du brun aurait assurément offensé Draco s'il n'avait pas lui-même eu conscience d'exagérer un tout petit peu avec cette dernière affirmation.
- Blague à part, reprit Harry en se redressant, tout ce que je viens de te raconter est vraiment top secret. Personne ne doit l'apprendre.
- Tu vas me faire croire que même Granger et Londubat ne sont pas au courant ?
- Non, répondit le Golden Boy sans hésiter. Officiellement, même pour eux, j'ai détruit le journal de Tom à la fin de la deuxième année et il est en train de moisir dans la Chambre des Secrets.
Draco ignora la petite pointe d'émotion positive et étrange qui se glissa dans sa poitrine, et se força à retrouver son impassibilité.
- Si c'est aussi secret, pourquoi est-ce que tu m'en parles ? Surtout si Dumbledore l'ignore et qu'il a l'habitude d'utiliser la Légilimancie sur les élèves de l'école.
Harry lui adressa un sourire machiavélique.
- Je sais que Rogue protège ses Serpentards du directeur et Neville m'a dit un jour que tous les enfants nés dans des familles Sang-purs apprenaient les bases de l'Occlumancie avant d'arriver à Poudlard.
Le Prince de Glace haussa un sourcil mais ne nia pas le fait. Sa mère l'avait effectivement formé aux bases de cet art très tôt et lui avait donné quelques clés pour éviter que son esprit soit envahi contre son gré. Il attendit toutefois que son rival réponde à la partie la plus importante de sa question, ce qu'il fit avec un peu plus de réserve mais une sincérité indubitable.
- Je te le dis aussi parce que je sais à quel point c'est dur de se sentir mis à l'écart quand tout le monde sait quelque chose que j'ignore, murmura Harry. Ça n'aurait pas été juste que tes parents, Rogue, Sirius et Remus soient mis au courant, mais que toi tu restes dans le noir.
Lorsque le Golden Boy croisa de nouveau ses yeux, il était légèrement embarrassé. Draco resta sans voix pendant cinq secondes, avant de répondre la première chose qui lui vint à l'esprit.
- Potter, c'est incroyablement stupide et risqué, tu en as conscience ? Je pourrais trahir tes secrets à tous les Serpentards, à toute l'école, à la Gazette ou même à Dumbledore. Par Salazar, soupira-t-il, qu'est-ce qui te prend de me révéler des informations pareilles ?
- Depuis que je suis arrivé, je te trouve différent de celui que tu es à Poudlard, répondit Harry avec honnêteté. Disons que j'ai décidé que ça valait le coup de prendre le risque et d'essayer de te faire confiance.
Le Prince de Glace se trouva une nouvelle fois sans voix, et une partie de son esprit nota que la chose était en train de se produire un peu trop régulièrement depuis que Potter était arrivé au manoir. Le reste de ses capacités cognitives essayait vainement de trouver quelque chose à répondre à la déclaration qu'il venait de recevoir. Fichu Potter qui le prenait au dépourvu avec son honnêteté imprévisible.
Il n'eut pas le temps de parvenir à une réponse adéquate avant que le héros de Griffondor s'étire et se lève en bâillant.
- Je crois que je vais aller dormir. Si les potions ont fait effet demain, on essaie de trouver un moment pour aller voler ?
Draco fut presque reconnaissant pour la question et la possibilité d'achever la conversation de façon normale. Presque.
- Seulement si tu es complètement guéri, je refuse que ma victoire écrasante soit mise sur le dos d'une blessure dont tu n'es pas remis.
Harry émit un petit rire avant de se diriger vers la porte avec un petit signe de la main.
- Bonne nuit.
- Bonne nuit, Potter.
Une fois le Griffondor parti et la porte refermée, Draco sortit sur son balcon et observa le ciel. L'horizon étoilé lui remit en mémoire la réponse spontanée que son rival lui avait donnée, lorsqu'ils s'étaient installés dans sa chambre. La liberté. Avec le recul, si le héros de Griffondor avait vraiment vécu dans un placard pendant des années, les grands espaces et l'immensité du ciel étoilé devaient effectivement avoir un côté extraordinaire. Le Serpentard n'arrivait même pas à imaginer à quel point la vie de son rival avait été horrible avant d'arriver à Poudlard.
Le Prince de Glace posa ses coudes sur la rembarde et son regard se perdit dans le lointain. Les dernières lueurs du jour étaient en train de s'éteindre, laissant la nuit régner sur le domaine Malfoy. Une légère brise soufflait, trop faible pour représenter une quelconque menace pour sa coiffure, mais assez pour rendre l'air un peu plus frais. Draco inspira profondément, et tenta de remettre en ordre tout ce qu'il venait d'apprendre en une seule petite journée. Salazar savait que s'il n'organisait pas tout clairement dans son esprit, il n'allait jamais survivre plus d'une semaine à l'ouragan Potter, encore moins l'été entier.
Draco allait reprendre méthodiquement depuis le début de la journée quand un bruit de pas se fit entendre derrière lui. Il se retourna pour tomber sur l'objet de ses pensées, qui le fixait avec d'un air admiratif et légèrement stupide.
- Qu'est-ce qu'il y a Potter, tu ne peux déjà plus te passer de moi ? fit Draco avec un sourire en coin.
- Dans tes rêves, Malfoy, rétorqua le Griffondor par réflexe.
- Ce qui se passe dans mes rêves relève de ma vie privée, Potter. C'est assez indiscret de ta part de vouloir t'en mêler.
Son sourire en coin se chargea d'un léger sous-entendu charmeur et il s'amusa beaucoup à voir son rival rougir et se mettre à bafouiller des mots incohérents. Décidément, ce nouveau moyen d'embarrasser le célèbre Golden Boy lui plaisait de plus en plus. Il fallut presque une minute pour que Potter réussisse de nouveau à le regarder dans les yeux et à lui parler.
- J'ai juste oublié de te demander quelque chose, bougonna Harry.
Draco haussa un sourcil mais conserva son air impassible, encourageant silencieusement son rival à poursuivre.
- Laisse Buck en vie. N'exige pas sa mise à mort une deuxième fois. S'il te plait, ajouta Harry après un instant de silence.
L'adolescent blond sentit sa bonne humeur disparaitre immédiatement et il se retourna en direction du paysage. En présentant son dos à son rival qui était resté dans l'embrasure de la porte-fenêtre, Draco s'assurait de dissimuler le mécontentement qui assombrissait son visage. Lorsqu'il répondit, ce fut d'un ton dépourvu de toute émotion.
- Cet hypogriffe est vraiment si important que ça pour toi ?
Un silence lui répondit pendant quelques instants, et le Prince de Glace sentit l'amertume l'envahir. Évidemment que Potter tenait à cette foutue bestiole. Le Golden Boy n'allait d'ailleurs certainement pas manquer de lui rappeler qui avait agi comme un imbécile en premier lieu.
- Oui, répondit le Griffondor. Je suis désolé qu'il t'ait blessé, mais il a réagi par instinct et il ne mérite pas de mourir pour ça.
- Je ne veux pas de cette créature près de moi, déclara Draco. Et personne à l'école ne doit savoir qu'il est toujours en vie.
L'exclamation de surprise étouffée qui lui parvint de derrière lui fit fermer les yeux un instant. Le Serpentard n'était pas sûr de ne pas regretter cette décision plus tard, mais il s'était déjà senti suffisamment coupable la première fois. Et entendre le Golden Boy ravaler sa fierté pour plaider la cause d'un stupide hypogriffe ne faisait rien pour apaiser sa conscience.
- Merci.
Le soulagement et la gratitude sincères qui exsudaient de ce simple mot se fichèrent dans la poitrine de Draco comme un poignard. Apparemment, Potter était revenu avec la certitude qu'il allait exiger la tête de la créature et refuser de revenir sur sa décision. L'héritier Malfoy entendit à peine son rival s'éloigner et la porte de sa chambre se refermer.
- Alors voilà comment tu me vois malgré tout, murmura Draco dans le vent.
Même prononcée dans un souffle, sa voix véhiculait toute l'amère dérision de ses pensées. Le Prince de Glace n'eut même pas le courage de forcer un sourire ironique. Après tout, cela faisait trois ans qu'il se comportait comme l'héritier aristocratique parfait et dépourvu de morale lorsqu'il s'agissait d'affronter son rival de Poudlard. Pas étonnant que Potter le voit de manière si sombre.
Harry Potter. Qui, en plus d'être le sauveur du monde sorcier, le Golden Boy de Griffondor et l'archétype du héros noble et valeureux, était aussi le filleul de Sirius Black, premier et seul sorcier à s'être évadé d'Azkaban. Et comme si cette nouvelle addition ne suffisait pas, il avait également fait en sorte de pouvoir prouver l'innocence de son parrain, en apprenant au passage à invoquer un Patronus. Draco nota mentalement de demander plus tard à son propre parrain ce qui s'était réellement passé cette nuit-là.
Harry Potter. Qui défendait la cause d'un loup-garou en le traitant comme une personne normale, pour ne pas dire comme un proche. Vu la façon dont il semblait un peu mieux accepter les contacts physiques de la part de Lupin, l'ancien professeur de Défense avait réussi à passer outre une partie des barrières du héros de Griffondor. Et c'était sans compter sa petite plaidoirie pour la vie d'un hypogriffe.
Harry Potter. Qui, du haut de toute sa noblesse et de toute sa perfection, pardonnait le meurtrier de ses parents et lui offrait son amitié. C'était la partie avec laquelle Draco avait le plus de mal. Une partie de l'âme du Seigneur des Ténèbres s'était liée avec Harry Potter au point de devenir son mentor, et même après avoir appris la vérité, le héros de Griffondor continuait de lui accorder sa confiance.
Harry Potter. Qui avait rejeté son amitié en première année, mais qui avait accepté celle du Seigneur des Ténèbres en deuxième année. Peu importe la façon dont le Prince de Glace tournait l'information, il la sentait enserrer son cœur comme un buisson d'épines.
Lentement, l'héritier de la plus prestigieuse famille Sang-pur de Grande-Bretagne se retourna et regarda l'intérieur de sa chambre. Les rideaux verts volaient doucement sous l'effet de la brise nocturne, et l'éclairage magique lui permettait de distinguer l'ensemble de la pièce. Partout où il regardait, le décor, les meubles, le moindre coussin était une preuve du luxe dans lequel il avait grandi.
Mais en cet instant, même tout le travail qu'il avait fourni pendant l'entièreté de sa vie pour apprendre les bonnes manières, les langues étrangères, les coutumes du monde magique, tout ce qui faisait de lui quelqu'un de supérieur... tout avait l'air vain, creux et superficiel.
Potter, de son côté, n'avait rien possédé pendant presque toute sa vie. Pas de parents, pas de possession matérielle, pas de connaissance du monde magique, une éducation moldue plus que limitée, rien. Malgré sa célébrité et son exploit alors qu'il était encore bébé, il avait été plus maltraité qu'un elfe de maison pendant toute son enfance avant d'être jeté dans un monde qu'il ne connaissait pas.
Et pourtant, en dépit de tout, au lieu de sombrer dans la haine de ses bourreaux et de ceux qui le rabaissaient, le Golden Boy avait systématiquement pris sur lui de défendre et pardonner les autres.
Potter avait une âme plus noble que tout ce que l'éducation et les richesses de la famille Malfoy pourraient jamais acheter. En deux jours, Draco avait l'impression que l'écart entre son rival et lui s'était creusé au point qu'il ne pourrait plus jamais le rejoindre, quels que soient ses efforts.
- Saint Potter, souffla Draco. Ça ne te suffisait pas d'être le héros de Griffondor et du monde sorcier ?
Le Prince de Glace nota l'humidité qui coulait sur ses joues, mais ne chercha pas à essuyer ses larmes. À la place, il se changea pour enfiler son pyjama, et s'installa dans son lit après avoir éteint les lumières et fermé la fenêtre. La lumière de la lune et des étoiles illuminait sa chambre et faisait ressortir les couleurs émeraude et argent qui décoraient la pièce.
Lorsqu'il ferma les yeux, son esprit lui imposa aussitôt une image de son rival. Celui-ci avait un sourire joyeux aux lèvres, une main dans les cheveux, et un regard espiègle. Draco ne comprenait pas comment quelqu'un qui avait vécu une enfance aussi tragique que la sienne pouvait encore rire et sourire aussi facilement. Comment il avait pu pardonner son pire ennemi et lui offrir son amitié.
Sa dernière pensée fut pour le mélange d'émotions dans sa poitrine. Celles-ci semblaient incapables de se décider, et il ne savait plus s'il devait haïr son rival pour être à ce point inaccessible, l'envier à en devenir fou, ou simplement s'effondrer et renoncer à jamais mériter autre chose que son indifférence et son mépris.
-o-oOo-o-
Harry se réveilla le lendemain matin, sans se demander où il était cette fois, mais avec une nervosité presque immédiate. Il n'avait aucune idée de la façon dont la fin de la discussion entre Narcissa, Lucius, Sirius et Remus s'était déroulée, et il était anxieux à l'idée de descendre pour le petit déjeuner.
Malgré tout, il rassembla tout son courage de Griffondor, s'habilla, et sortit dans les couloirs avec une boule au ventre. Le temps qu'il arrive à la salle à manger, il réalisa que seul Lucius était présent. Celui-ci se tourna aussitôt vers lui.
- Bonjour Harry, le salua Lord Malfoy.
- Bonjour, fit le brun d'une petite voix.
L'aristocrate fronça les sourcils, et attendit que l'adolescent se soit assis pour s'adresser de nouveau à lui.
- Quelque chose ne va pas ?
- Hum ? Oh, rien, c'est stupide, se renferma le Griffondor.
- Harry, sans vouloir t'offenser, déclara Lucius avec une pointe d'humour, tu n'es pas le menteur le plus convaincant qui soit. Si quelque chose te préoccupe, tu peux en parler.
Le garçon à la cicatrice se mordit la lèvre et hésita un instant, avant de renoncer à cacher son anxiété et de se tourner vers le père de son rival avec un air de pure inquiétude.
- Qu'est-ce que vous avez raconté à Sirius et Remus hier soir après qu'on soit partis ?
Lucius se tendit imperceptiblement, mais son masque impassible resta en place. En son for intérieur, il songea qu'il aurait dû se douter de ce qui tracassait l'adolescent. Et vu la réaction que les deux Griffondors avaient eu la veille, Harry avait de bonnes raisons d'être nerveux.
Black et Lupin avaient été fous de rage après avoir vu ses souvenirs et ceux de Narcissa. Les époux Malfoy avaient eu besoin de toute leur force de persuasion pour empêcher les deux Griffondors d'aller tuer les moldus, et probablement Dumbledore dans la foulée. Ils n'avaient cédé qu'à la condition de pouvoir avoir leur propre vengeance sur les monstres qui avaient fait souffrir leur filleul et élève. Et il s'était agi de la partie la plus simple de la soirée.
- Ce qui s'était passé chez les moldus, et chacun d'entre eux a longuement discuté avec le journal. J'ignore ce qu'ils se sont dit, admit Lucius, mais je pense qu'ils souhaiteront en parler avec toi ce matin.
Harry prit instinctivement une grande inspiration, et sentit le début d'une crise de panique arriver. Et si Sirius et Remus étaient dégoûtés par son amitié avec Tom ? Et s'ils le rejetaient pour avoir pardonné le meurtrier de leurs meilleurs amis ? Et s'ils le détestaient à présent ? Ils étaient le dernier lien qu'il avait avec ses parents et Harry avait soudainement l'impression de les avoir trahi. Sa vision commença à se brouiller tandis qu'Artémis lui envoyait une myriade d'émotions rassurantes. Mais même le soutien de la basilisk ne fut pas suffisant pour calmer sa peur panique à l'idée d'être rejeté et abandonné par les deux Griffondors.
Il ne remarqua même pas qu'il était pratiquement tombé de sa chaise pour entourer ses genoux de ses bras dans une tentative de protection inutile. Les exclamations qui retentirent autour de lui ne lui arrivaient qu'en arrière-plan, comme un bruit de fond, et il réagit à peine lorsqu'il sentit quelqu'un le prendre dans ses bras.
- Harry, tout va bien, je suis là. Tout va bien. Tu es en sécurité, tu n'es pas seul.
Progressivement, les mots répétés d'une voix apaisante finirent par le ramener à la réalité, et il prit conscience des cercles qu'une main dessinait dans son dos et du fait que sa tête était en partie posée contre une épaule. Lorsqu'il parvint de nouveau à respirer et à voir sans trop trembler ou hésiter, il remarqua les cheveux noirs et ondulés qui arrivaient juste au-dessus de sa tête.
- Si... Sirius ?
- Je suis là Harry. Je suis là et je reste avec toi. Tout va bien, respire.
Il fallut presque dix minutes de plus pour qu'Harry revienne à lui et sorte complètement de sa crise, mais il garda sa tête enfouie dans l'épaule de son parrain et s'agrippa à sa chemise comme si sa vie en dépendait.
Narcissa, qui était entrée en même temps que son cousin et juste avant que son mari se lève pour rejoindre l'adolescent, resta à bonne distance. Remus était agenouillé à côté d'Harry et Sirius, prêt à intervenir en cas de besoin. Draco était figé à côté de sa mère, incapable de détacher les yeux de l'image du Golden Boy sanglotant dans les bras de son parrain.
Après un instant d'hésitation, la sorcière blonde chuchota quelques mots à son fils et son mari, avant de faire un signe discret à Remus, qui la remercia d'un hochement de tête. Les trois Malfoy s'eclipsèrent avec discrétion de la salle à manger pour leur laisser un peu d'intimité.
Une fois que les trois blonds furent partis, Remus prit sur lui de poser la main sur l'épaule du plus jeune.
- Harry, tu vas mieux ?
- Vous allez m'abandonner ? demanda l'adolescent de but en blanc.
Les deux Maraudeurs n'eurent pas besoin de se concerter pour répondre en choeur d'une voix choquée et indignée.
- Jamais de la vie !
- Par Merlin, je viens à peine de retrouver mon filleul, gronda Sirius. Il est hors de question que je te perde une deuxième fois !
La respiration du plus jeune se fit un peu plus régulière, mais lorsqu'il reprit la parole, sa voix était faible et tremblante.
- Même... même après avoir parlé avec Tom ?
À la mention du nom, Sirius et Remus se tendirent. Les multiples révélations de la veille étaient toujours dures à avaler, pour l'un comme pour l'autre.
Après le semblant de compromis réalisé sur le sujet des Dursley, Remus avait été le premier à insister pour remercier Tom d'avoir pris soin d'Harry et de l'avoir soutenu l'été précédent. Lucius Malfoy avait alors sorti un journal à la couverture de cuir noir, et écrit quelques lignes dedans. L'ancien professeur n'en avait pratiquement pas cru ses yeux lorsque les phrases s'étaient effacées avant d'être remplacées par une réponse. Au final, l'aristocrate avait expliqué que le fameux Tom acceptait de leur parler, mais via la même méthode que celle qu'il utilisait avec Harry. Pour laisser un peu plus de temps à Sirius afin que sa colère redescende, Remus y était allé le premier.
Abaisser ses barrières mentales face à l'inconnu n'avait pas été naturel, mais Remus s'était plié à l'exercice et s'était retrouvé dans son bureau à Poudlard, avec la forme de son loup intérieur à ses côté et un adolescent de seize ou dix-sept ans en face de lui. Celui-ci s'était présenté en tant que Tom Jedusor, et avait attendu que le Maraudeur finisse de parler avant de lui présenter ses excuses et de lui raconter plus en détail qui il était et pourquoi Harry était aussi nerveux à l'idée d'évoquer son existence.
Lorsqu'il était sorti du carnet, presque une heure plus tard, Remus avait été incapable de prononcer un mot ou de réagir. Il avait tout simplement reçu trop d'informations d'un coup, et avait accepté avec un immense soulagement le verre de whisky que Lucius lui avait glissé dans la main.
Même après une nuit entière à y réfléchir, il n'était pas certain de savoir quoi penser de Tom Jedusor. Les horcruxes, les meurtres, la torture, tout ce qui faisait partie de lui sans être exactement lui, l'aide qu'il avait apportée à Harry, ses excuses et son regret sincères, les manipulations de Dumbledore... C'était juste trop d'informations pour prendre une décision. Pour autant, le lycanthrope – autant sa partie humaine que loup – refusait de ne pas répondre à Harry.
- Ce que Tom nous a raconté change beaucoup de choses, admit Remus, mais certainement pas l'affection que j'ai pour toi. Ta décision de lui pardonner t'appartient, et ne change pas la façon dont je te vois, Harry.
L'étincelle d'espoir qui apparut dans les yeux verts lui confirma qu'il avait fait le bon choix, et il ajouta un petit détail avec un clin d'oeil pour aider son ancien élève à se détendre.
- De toute façon, ma partie loup t'a identifié comme un membre de sa meute, louveteau. Il ne me laisserait pas t'abandonner aussi facilement, crois-moi.
Harry fit un tout petit sourire, mais pour Remus, ce fut suffisant. Il n'avait pas menti, le loup en lui avait marqué le fils de ses meilleurs amis comme un louveteau appartenant à sa meute dès le premier jour où il l'avait rencontré. Après douze ans de distanciation forcée, l'identification avait un peu perdu de sa puissance, mais l'année passée à Poudlard avec le jeune Griffondor avait complètement réveillé ses instincts.
Harry releva la tête pour observer le visage de son parrain, qui était toujours tendu mais n'avait pas lâché son filleul.
- Sirius ?
Celui-ci était perdu dans les révélations de la veille. Voir les souvenirs de Narcissa et son mari concernant les Dursley l'avait mis dans une rage folle, et il avait volontiers laissé Remus contacter Tom en premier. L'animagus avait à peine retrouvé un semblant de calme lorsque son tour était arrivé, et l'air hagard, choqué et complètement perdu de l'autre Griffondor l'avait un peu inquiété.
Sirius avait néanmoins suivi les instructions et s'était retrouvé au milieu d'un jardin en fleurs qui lui rappelait vaguement quelque chose. Cependant, avant qu'il puisse retrouver quoi exactement, un adolescent qui portait un uniforme de Serpentard était apparu en face de lui et l'avait salué par son nom. Au bout de cinq minutes de conversation sur Harry et les Dursley, Sirius avait l'impression qu'il allait bien s'entendre avec ce Tom Jedusor.
Une heure et beaucoup d'autres explications plus tard, Sirius était incapable de dire s'il voulait le remercier d'avoir aidé son filleul, l'étrangler de ses propres mains, l'aider à retrouver une vie normale ou les trois à la fois. Il avait en face de lui l'homme qui était à la fois le meurtrier de ses meilleurs amis sans l'être, une victime des manipulations de Dumbledore, et la personne qui avait fait davantage pour Harry que n'importe qui dans les douze dernières années combinées.
En toute honnêteté, Sirius avait été à deux doigts de sauter sur ce Jedusor pour le tuer, mais quelque chose l'avait retenu, sans que le Griffondor sache identifier quoi. Depuis qu'il était sorti du journal, il n'arrivait pas à se décider sur ce qu'il devait faire de tout ça.
La voix brisée et presque desespérée de son filleul le ramena toutefois à lui, et en plongeant ses yeux dans les deux émeraudes qu'il avait autrefois vues briller chez Lily, il sut qu'au moins une partie de sa décision était prise. L'animagus ressera sa prise sur l'adolescent, et le serra contre lui.
- Harry, rien ni personne ne nous séparera, je te le promets. Je vais être honnête avec toi, ajouta-t-il en grimaçant, j'ai besoin de temps pour encaisser toute cette histoire. Mais tu restes mon filleul préféré, et je respecte tes choix.
Le garçon à la cicatrice sentit le soulagement le submerger et expira longuement, avant de sourire de manière un peu plus assurée.
- Je croyais que j'étais ton seul filleul ?
- Encore heureux ! Merlin sait que j'ai déjà bien assez à faire avec toi, s'exclama Sirius en riant.
- Hey ! protesta Harry.
- Patmol, soupira Remus, le tact et la délicatesse, tu te souviens ?
La grimace faussement désolée de l'animagus fit rire Harry, et la tension qui existait jusqu'alors sembla se dissiper. Remus et Sirius englobèrent Harry dans une étreinte aussi réconfortante que possible. Une fois celle-ci achevée, les Maraudeurs réitérèrent leur promesse qu'ils ne l'abandonneraient pas et respecteraient ses décisions sur le sujet de Tom Jedusor.
