«Au revoir, Elena.
Tu peux aimer les deux, tu sais. Je l'ai fait.»

Les dernières paroles de Katherine la hantaient encre, tel un psaume diabolique. L'unique possibilité à laquelle elle n'avait jamais directement voulu penser, pour préserver ce qui lui restait maintenant de dignité, peut-être, comme si le fait d'en aimer deux était indignant, voire quasi-mortel pour son amour propre. Mais était-ce réellement possible d'aimer deux hommes à la fois, deux frères, qui plus est? Certes, Katherine l'avait fait, elle. Mais Katherine était folle à lier, une psychopathe dans ce qui se fait de plus vrai. Elle Elena, était une simple humaine. Et les humains se devaient d'être raisonnables, sinon ils couraient à leur perte pure et simple. Déjà qu'elle s'était entichée d'un premier vampire, se seconder d'un deuxième était l'équivalent de tenter le diable.

Mais lorsqu'elle y réfléchissait, Stefan était tellement protecteur, attentionné, romantique, généreux et...

Partit.

Avec Klaus, l'ennemi numéro un, qui plus est.

Tout à l'inverse de Damon, son fougueux chevalier, qui lui avait promis de veiller sur elle quoiqu'il arrive. Car là où Stefan était raisonnable, Damon fonçait, sans se soucier de rien ni personne. Si l'un était sérieux, l'autre devenait cynique, le premier si respectueux, gentil, et le second tellement égoïste, narcissique, manipulateur, égcentr...

«Arrêtes, tu t'empoisonnes l'esprit.»

Elena jeta un coup d'oeil autour d'elle. Damon s'était déjà endormi, épuisé par les derniers évènements, «Après tout, il vient d'échapper à la mort.» Et elle aussi, était complètement vannée. Tout ce dont elle rêvait, là, maintenant, c'était d'un bon grand lit chaud et d'un oreiller moelleux afin d'y poser son crâne endolori. Elle aurait très bien pu retourner s'étendre auprès du vampire, mais ça aurait été totalement déplacé après que Katherine leur ait annoncé que Stefan s'était évaporé pour lui laisser la vie sauve - et qu'elle l'ait embrassé, soulignons-le.

D'ailleurs, elle regrettait amèrement ce geste, aussi tendre avait-il été. Et Damon pourrait très bien la narguer avec cela pour au moins le reste de ses jours, même s'il savait aussi bien qu'elle que elle n'avait fait ça que parce qu'ils étaient tous deux persuadés qu'il allait mourir pour de bon.

Et donner de faux espoirs à cet homme était bien la dernière chose à faire si l'on tenait ne serais-ce qu'un peu à sa santé mentale.

C'est ainsi qu'elle décréta qu'elle passerait la nuit dans - l'ancienne, désormais - chambre de Stefan. Qui, plus est, se situait pour son plus grand bonheur à l'autre bout de la pension.

Elena sortit de la chambre et referma doucement la porte, avant de courir à pas feutrés à travers le manoir. Elle grimpa un, puis deux paliers d'escaliers, et pénétra dans la chambre de son ex-petit copain.

Et la seule chose qu'elle trouva à faire, c'est de s'écrouler contre la porte, en larmes.

Comment Stefan avait-il pu l'abandonner ainsi?

Un élancement lui déchira la poitrine et elle décida de se relever et d'aller s'allonger sur le lit. Les yeux brouillés de larmes, elle ne fit pas attention où elle posa les pieds et se cogna directement le coin du pied sur un objet qui dépassait du dessous de lit. Un objet qu'elle n'avait jamais remarqué là auparavant.

Elle sautilla à cloche-pied en jurant et en laissant s'écouler des larmes de douleur, cette fois-ci, puis s'écroula de tout son long sur la parquet de bois franc. Elena se releva en titubant, prit appui sur une commode et envoya valse un vase en poterie qui s'éclata bruyamment sur son autre pied.

Découragée, elle rampa jusqu'au lit et fit glisser vers elle l'objet de ses malheurs.

Un grand cadre recouvert d'une jute brune, et un coin doré et pointu qui semblait la narguer. Elle retira totalement la toile, et découvrit un vieux papier corné. Une écriture courte et penchée le parsemait.

«Cher Stefan,
Si l'envie t'en prend, voilà ta porte de sortie. N'en abuse pas, surtout.
Emily B.»

Emily B.? Comme dans Emily Bennett? Et que voulait-elle dire par porte de sortie? Un échappatoire? Une sorte de portail magique, ou un tableau qui exauce les voeux?

Elena était de plus en plus désarçonnée. Et dans quel but l'ancêtre de Bonnie l'avait-elle offert à Stefan?

La jeune femme se pencha au-dessus de l'étrange objet et recula de sursaut en y voyant son visage. Elle se pencha à nouveau, et constata qu'il s'agissait en fait d'un miroir. Un énorme miroir recouvert de spirales dorées tournoyantes. Des reflets captivants s'en émanaient, comme s'ils l'enjoignait à y plonger. Elle en approcha sa main, et au moment où elle s'apprêtait à y toucher, une voix vint la sortir de sa torpeur.

- Elena!

Damon avait dû être réveillé par tout le vacarme qu'elle venait de causer. Et d'ailleurs, elle entendait déjà ses pas se rapprocher dans le corridor. Échappant au magnétisme du miroir, elle se releva prestement et fonça vers la porte. Parfaitement synchronisé, Damon toqua nerveusement au même moment.

- Elena? Est-ce que ça va?

L'intéressée regarda rapidement autour d'elle et pensa intérieurement que Damon ne pouvait pas entrer, le miroir étant bien en évidence au milieu de la pièce, diffusant son éclat doré un peu partout sur les murs, et s'aperçut en baissant la tête que la blessure à son pied saignait abondamment. Pas question de le laisser entrer maintenant, ni jamais, même.

- Tout va bien! fit-elle d'une voix plus ou moins assurée.

- Tu es sûre? J'ai entendu des sons étranges.

- Oui!

- Laisse-moi entrer, Elena, je veux voir ce qui se passe.

- Je te jure que tout va bien!

Mais cela ne sembla pas le convaincre. Damon tourna la poignée, et comme il était beaucoup plus fort qu'elle, la jeune femme céda rapidement.

Le visage du vampire semblait tendu, allant de pair avec la mine complètement terrorisée d'Elena. Elle recula de quelque pas, et Damon s'avança de plus en plus. Juste derrière elle, le miroir se mit à scintiller très fortement et à produire un étrange son de vortex, comme s'il s'apprêtait à aspirer la pièce. Damon fronça les sourcils.

- Mais qu'est-ce qu..., ne put-il terminer alors qu'elle reculait d'un dernier pas.

Elena poussa un cri terrorisé, puis chuta sur le dos.

Au lieu de se fracasser une fois de plus sur le sol, une matière chaude et moelleuse amortit sa chute, et avant qu'elle n'ait pu comprendre ce qui se passait, le miroir l'engloutit. Plongée dans le noir, elle paniqua, et un liquide épais et visqueux pénétra dans sa bouche et l'étouffa. Elle se débattit comme elle put, mais ça ne fit qu'empirer les choses.

Avant de complètement sombrer, un éclat de folie pure traversa son cerveau.

«Dieu que j'aimerais que ma vie ne soit pas si compliquée...»