« Pour une fois dans sa vie, Damon avait manqué de réflexes.
Et il s'en mordait dûment les doigts. »
Au moment même où Elena avait été aspirée par cet étrange miroir doré, il sut qu'il l'avait perdue pour de bon. Et pas qu'au sens figuré.
Complètement paniqué, il s'agenouilla et pencha son visage au-dessus de la surface miroitante, où les tourbillons dorés semblaient s'être calmés. Enfin presque. Subsistait toujours ces étranges émanations lumineuses, et un crépitement métallique, comme si le miroir se préparait à ce que quelqu'un d'autre y plonge.
Damon approcha sa main du miroir, mais ne put le toucher, car une force invisible semblait l'en empêcher. Ne sachant plus quoi faire, il se releva et s'essuya le front du revers de la main. Il soupira. «Mais où ce damné miroir l'a-t-elle envoyée? Et comment en connaissait-elle l'existence?» Il ne comprenait tout simplement pas comment une telle chose avait pu être entreposée dans la chambre de son frère. Stefan était-il au courant qu'il l'avait en sa possession?
Puis, essayant à nouveau de trouver une solution pour Elena, le fil de ses pensées se bloqua net.
Il resta incrédule de sa réflexion un instant, puis compris que ce qu'il venait de dire, que ce qu'il s'évertuait à trouver, n'avait aucun bon sens. Parce qu'il ne savait pas lui-même ce qu'il faisait là, maintenant. Il jeta un regard perdu autour de lui.
«Elena? Mais qui est Elena?»
•••••
Lorsque la jeune femme reprit conscience, elle se retrouva une fois de plus dans le noir absolu, complètement désorientée. Allongée et immobilisée, quelque chose de chaud et de particulièrement douillet l'enveloppait de la tête aux pieds. Quelque chose d'inhabituel mais de drôlement familier à la fois.
Se rappelant soudainement comment ouvrir les yeux, Elena entreprit de découvrir où elle pouvait bien se trouver. La première chose qui s'imposa dans son champ de vision fut le blanc. Partout du blanc, si brillant et éclatant qu'il en venait à lui brûler les rétines. «La lumière du jour.» La jeune femme déplia lentement tous ses doigts, les faisant craquer un par un, puis répéta le même processus avec ses orteils. Elle se sentait particulièrement sereine, comme si elle venait de passer à travers une excellente nuit de sommeil. Chose qui n'était pas arrivée depuis plusieurs mois, déjà.
Se relevant en position assise, Elena observa attentivement la pièce où elle se trouvait; murs jaune crémeux, commodes vernies en bois blanc où s'entassaient plusieurs effets personnels, maquilleuse dotée d'un grand miroir où quelqu'un avait scotché des photographies de gens souriants et heureux, et même, derrière elle, cette immense reproductionde équine Mary Leslie en guise de tête de lit. «Mais... C'est ma chambre?»
S'extirpant de la chaleur des draps, elle posa doucement ses pieds sur la moquette à poils longs et s'y enroula les doigts de pied. Puis, elle se releva complètement afin d'explorer cette chambre qui paraissait si semblable à celle de ses souvenirs... Mise à part quelques anomalies, qu'elle ne mit pas grand temps à détecter.
Les photographies sur le miroir, par exemple.
Celle d'elle et Stefan semblait s'être évaporée et avait été remplacée par une plus vieille, du temps où elle sortait avec Matt. Des photos de famille s'étaient glissées un peu partout, tantôt elle et sa mère, puis s'ajoutaient sur d'autres Jeremy et son père. Plus aucune trace de Jenna ni d'Alaric. Seulement et encore cette petite famille parfaite et sans histoire, celle qu'ils formaient avant l'accident.
Elena ouvrit la porte et sortit sur le palier. Des bruits de vaisselle et des voix lui parvenaient du rez-de-chaussée. Jusque là, tout semblait normal. Aucun meuble d'évaporé ou de déplacé ne serait-ce que d'un seul centimètre. Elle descendit lentement l'escalier, puis se figea de stupéfaction. Les voix qui provenaient de la cuisine n'avaient rien à voir avec celle de Rick et encore moins avec celle de Jeremy. «Mais qu'est-ce que...»
Se rapprochant encore un peu plus, elle parvint à comprendre ce qui se disait.
- Gr... Grayson, arrête! ricana doucement la première voix, qui lui était plus que familière. Si les enfants descendant et nous voient!
Cette voix, qu'elle connaissait par coeur, et qu'elle n'avait plus entendue depuis bien longtemps, déjà. Mais c'était impossible, ça ne pouvait pas être elle...
- Maman? ne put-elle se retenir, les larmes aux yeux.
Elle était pourtant bien là.
- Oh ma chérie, tiens! J'étais justement en train de dire à ton père qu'il devrait allez vous réveiller pour que vous ne soyez pas en retard en cours.
Elena ne put en croire ses yeux. Ses deux parents étaient là, bien réels, à préparer le petit déjeuner comme si de rien n'était. Miranda Gilbert la couva de son regard maternel infiniment doux qui lui avait tant manqué, et une larme dégringola sur la joue de la jeune femme.
- Oh maman, papa! Vous m'avez tellement manqué! s'exclama-t-elle en leur sautant dans les bras.
